Toute la soirée, Enzo fut calme, perdu dans des pensées qui mêlaient l'impatience et la crainte. Il savait ce qui allait arriver cette nuit – ce qu'il avait désiré et espéré allait se produire, et avec l'homme dont il avait rêvé. Mais à présent il était un peu effrayé. Et si ce n'était pas aussi beau qu'il pensait ? Pourtant, malgré son anxiété, les yeux du garçon brillaient. Se savoir désiré par le jeune homme l'emplissait d'une telle joie qu'elle surpassait ses craintes.
Au belvédère, il ne parla presque pas. Quand Martino lui demanda ce que le caporal lui avait dit, Enzo lui dit juste qu'il voulait qu'il déplace quelques outils et Martino n'insista pas. Son père aussi avait accepté sans le moindre problème cette explication simple. Le garçon se sentait un peu coupable de ce mensonge et il laissa une pièce de plus sur la table, comme pour alléger sa conscience – c'était la première fois qu'il mentait à son père.
A dix heures et demie, Rosario et Cesare dirent qu'ils rentraient. Enzo n'attendit que quelque minutes pour dire au revoir et repartir vers chez lui. Mais au lieu de rentrer, après avoir attentivement vérifié que personne ne regardait par la fenêtre et que les rues étaient désertes, il continua d'un pas rapide jusqu'à la route du cimetière. Il s'arrêta au carrefour, s'assit près de l'édicule et attendit, de plus en plus ému.
A peine quelques minutes plus tard, il entendit le pas d'un cheval dans la nuit. Il se leva et scruta la rue étroite essayant de discerner dans la pénombre la silhouette du jeune homme à cheval. Enfin, il le vit. Enzo crut qu'une flèche lui transperçait le cœur. Ruggiero vint près du garçon et un instant ils restèrent silencieux.
Puis le jeune homme tendit les bras, "Monte, viens !" dit-il simplement.
Enzo saisit les bras de Ruggiero qui le souleva et l'assit sur la selle, devant lui. Enzo frissonna, il sentait la chaleur du corps du jeune homme contre le sien. Ruggiero fit se retourner le cheval, puis l'éperonna pour prendre le sentier vers la vallée.
D'un bras, il ceignait la poitrine du garçon et Enzo se laissa aller contre ce corps musclé, en ressentant un plaisir confus. A un moment, il sentit la turgescence du jeune homme contre ses fesses et il frissonna intensément. Le cheval avançait vite, et à chaque pas de l'animal leurs deux corps se pressaient et se frottaient. Enzo était de plus en plus excité : il sentait l'érection du jeune homme et il savait en être la cause.
L'air de la nuit était parfumé d'un mélange d'odeurs sensuelles et les grillons lançaient dans la nuit leur passionné appel d'amour. De temps en temps, le cheval soufflait sous la charge de deux personnes, mais il continuait son chemin d'un pas rapide et patient.
Ils atteignirent une vieille bâtisse et, sous la Lune, Enzo reconnut le vieux moulin à olives qui servait à présent d'entrepôt. Ruggiero arrêta le cheval, laissa le garçon sauter au sol, puis il descendit vers la porte. Il sortit une grande clé de sa poche et ouvrit la porte. Il fit signe au garçon d'entrer et le suivi, tenant toujours son cheval, puis il referma la porte. Il faisait nuit à l'intérieur et Enzo s'arrêta.
Il sentit la main de Ruggiero le prendre par le bras et l'attirer en avant. Il se laissa guider par le jeune homme.
"Attention, il y a un escalier." dit le jeune homme. Enzo la sentit du pied. Ils montèrent jusqu'à une petite chambre où une fenêtre laissait passer le clair de lune. "Ici," dit simplement Ruggiero.
"Je ne peux pas rester très longtemps..." murmura le garçon.
"Ce sera assez pour ce qui nous venons faire ici." répondit le jeune homme.
"Faire ?" demanda Enzo, en sentant qu'il était niais
"Tu as changé d'avis ?" dit le jeune homme en laissant son bras, "Tu sais de quoi j'ai envie, n'est-ce pas ?"
"Oui, de me la mettre dans le cul." répondit le garçon.
Ruggiero le regarda, figé par cette expression si crue, mais Enzo n'en connaissait pas d'autres et il ne voyait dans cette expression triviale rien de mal ou de honteux, au contraire...
Alors il demanda encore, presque certain que son rêve allait devenir réalité, "Vous aimez le faire, n'est-ce pas ?
"Bien sûr, beaucoup. C'est vraiment bon."
"Bien... mais pour moi aussi ?" demanda le garçon en hésitant.
"Pour toi aussi," dit gentiment le jeune homme, puis, avec stupeur, en ayant déjà deviné la réponse, "Tu ne l'as jamais fait, c'est ça ?"
"Non, jamais. Mais vous si, n'est-ce pas ? Avec beaucoup de garçons ?"
"Plein, oui, mais je n'en ai jamais désiré un autant que je te désire, toi." dit Ruggiero en reprenant le bras du garçon pour l'attirer doucement à lui. Ses yeux brillaient de désir.
Enzo fit un pas en arrière et murmura "Attendez..."
"Nous avons peu de temps, tu sais ?" lui rappela le jeune homme, mais il ne le retint pas.
"Mais ils étaient tous contents, après ?"
"Bien sûr."
"Vraiment ?"
"Je ne pourrais pas te mentir, tu comptes trop pour moi" dit Ruggiero sur un ton sincère. "Ce sera beau, tu verras, fais-moi confiance" ajouta-t-il.
"J'ai confiance en vous, mais laissez-moi le voir, avant..." murmura le garçon en regardant entre les jambes de Ruggiero.
Le jeune homme sourit, ouvrit sa veste et commença à défaire les boutons de son pantalon.
Enzo l'arrêta de la main et lui demanda, un peu nerveux "Je peux la sortir ? Ca ne vous gêne pas ?"
"Au contraire..." répondit le jeune homme avec un sourire qui ne cachait rien de son excitation.
Enzo défaisait les boutons de ses doigts, en effleurant délicatement le tissus fin du sous-vêtement et enfin il sortit le sexe de Ruggiero du pantalon et le caressa légèrement, "Mon Dieu, comme il est grand !" l'admiration et la peur s'entendaient dans ce murmure, "Tellement plus grand que le mien !"
"Tu ne l'aimes pas ?"
"Si... que c'est beau."
"Tu la veux en toi ?"
"N'est-ce pas ce que vous voulez de moi ?"
"Mais toi, le veux-tu ?"
"C'est pour ça que je suis là, n'est-ce pas ?"
"Tu le regrettes, maintenant ?"
"Pas encore." dit le garçon avec un sourire timide.
"Alors laisse moi baisser ta culotte." dit Ruggiero en faisant tomber le bretelles d'Enzo de ses épaules.
Enzo retint sa culotte des deux mains et, en regardant le jeune homme dans les yeux, il dit "Mais je dois d'abord vous poser une question si vous voulez me la mettre dans le cul."
"Quoi ?" demanda le jeune homme, craignant que le garçon ne lui demande de l'argent. Bien sûr, il lui en donnerait, mais il serait déçu – il avait l'air d'un garçon propre et honnête, différent de tous ces garçons de Palerme ou de Syracuse qui n'allaient avec lui que pour de l'argent.
"Si ça me fait mal, vous n'allez pas me forcer à la prendre entière ? Si je vous le demande, vous vous arrêterez ?" demanda le garçon à mi-voix, sans cesser de caresser l'érection de son compagnon.
"Bien sûr, Enzo, je ne veux pas te faire mal. Veux-tu que je le jure ?"
"Ce n'est pas la peine, j'ai confiance en vous. Mais elle est tellement grande et tellement long que j'ai un peu peur. Maintenant, si vous voulez, vous pouvez me déshabiller aussi." dit Enzo avec un sourire timide.
"Bien, et tu me déshabilles. C'est encore mieux quand on est nus" dit le jeune homme avec émotion. Ils se déshabillèrent l'un l'autre et, en caressant le corps du garçon "Mon Dieu, ce que tu es beau, Enzo ! Je crois rêver, t'avoir ici, avec moi...» puis il murmura " Mais viens ici maintenant" en le poussant gentiment vers une pile de sacs vides.
"Que dois-je faire ?" demanda le garçon, hésitant.
Ruggiero ne répondit pas, mais il attira le garçon contre lui, l'agenouilla sur les sacs, se mit à genoux derrière lui, sans cesser de le caresser. Enzo tremblait, et dans son dos, le jeune homme tremblait aussi : il savait qu'il allait prendre l'innocence d'Enzo, l'innocence de ce garçon qui avait allumé en lui un tel feu de désir, et qui avait accepté sa proposition de faire l'amour avec une telle simplicité.
"Penche-toi en avant..." chuchota-t-il à l'oreille du garçon.
"Comme ça ?" demanda le garçon en frissonnant.
"Un peu plus."
"Vous avez promis..."
"Oui." répondit Ruggiero en caressant avec un doux plaisir ce corps jeune et beau qui s'offrait à lui. Il sentait le désir et la crainte du garçon, et ce mélange lui fit ressentir une incroyable tendresse. Certes, il le désirait, mais ce qu'il voulait vraiment, c'était lui donner du plaisir et pas juste profiter de lui.
Enzo attendait. Il pensa qu'à présent, même s'il le voulait, il ne pouvait plus reculer. Mais de toute façon il ne voulait pas reculer. Il se dit que même si ça faisait mal, il supporterait la douleur parce que ce ne serait pas bien d'avoir amené le jeune homme jusque là pour le décevoir après. Non, il ne voulait pas décevoir Ruggiero.
Il sentit la chaleur du jeune homme contre lui. Le contact de leurs peaux nues était quelque chose de tout nouveau pour lui, et c'était incroyablement beau. Il sentit le dur dard frotter entre ses petites fesses, là encore c'était une merveilleuse sensation. Et quand le bout du sexe toucha son petit trou, il pensa que lorsqu'il jouait avec ses doigts ce n'était rien comparé à ça. Ce contact le fit frissonner et le frisson de son compagnon lui dit l'intensité qui le poussait vers lui.
"Oh, Enzo !" murmura Ruggiero la voix rauque, pleine de passion, et il commença à pousser.
Le garçon ressentit un doux plaisir en sentant cette chair chaude, vivante et frissonnante, se frayer un chemin en lui. "Ah !" fit-il dans un râle, lorsque la pression du jeune homme se fit plus forte.
Le jeune homme arrêta immédiatement de pousser, lui caressa la poitrine, comme pour le rassurer. A ce geste, le garçon sentit que Ruggiero ne voulait vraiment pas lui faire mal. Alors il commença à pousser légèrement en arrière pour lui faire comprendre qu'il pouvait continuer. Le jeune homme recommença à pousser et Enzo sentait qu'il était progressivement rempli par ce sexe dur qui glissait lentement en lui, et c'était bien meilleur que quand il essayait lui-même avec les doigts – oui, il y avait beaucoup, beaucoup plus de plaisir. La petite douleur de la chair distendue à ses limites semblait juste rendre le plaisir plus intense. Enzo était stupéfait et ravi. "Enfin..." pensa-t-il dans une joie éclatante.
Il sentait que Ruggiero respirait fort et il pensa avec plaisir que c'était lui qui excitait tant le jeune homme. Il le sentait continuer à entrer en lui, avec précaution mais détermination et il se sentait comblé. Enzo n'avait plus peur. Et il ne sentait pas la douleur qu'il avait craint. Il sentait le sexe de Ruggiero sombrer en lui, grand et majestueux, jusqu'à être entièrement en lui.
"Tout va bien ?" demanda Ruggiero avec passion.
"Oui, c'est parfait."
Alors le jeune homme commença à bouger doucement, d'avant en arrière, et Enzo commença à gémir. Ruggiero lui caressa encore le corps et le sexe en érection.
"Oh, que c'est bon !" murmura le garçon lorsque Ruggiero accéléra son rythme.
Enzo exultait, et sa joie se répendait dans tout son corps, l'amenant à l'extase. Le garçon tremblait et son tremblement devint convulsif jusqu'à ce qu'il atteigne soudain un orgasme intense. Alors Ruggiero éjacula dans le garçon qui se sentait au paradis. Il pensa que cette union avait été à la fois le plus long et le plus court moment de sa vie, et surtout le plus beau.
Le jeune homme le tenait serré entre les bras et il s'abandonna sur le garçon. Puis il l'embrassa sur la joue. Enzo trouva bizarre d'être embrassé, mais le baiser lui apporta un grand plaisir, pas le plaisir dévastateur qu'il venait de connaître :plus subtil, doux et gentil, mais néanmoins aussi intense. Ruggiero se détacha lentement de lui, le tourna sur le dos puis le repris dans ses bras.
"Je t'ai un peu fait mal, n'est-ce pas ?" demanda-t-il dans un murmure, en l'attirant contre lui et en le caressant.
"Un peu, au début."
"Mais tu es content, maintenant ?"
"Bien sûr, et vous ?"
"Tu me vouvoies encore? A ce stade ça n'a plus vraiment de sens, tu ne crois pas ?"
"A ce stade ?"
"A ce stade, oui, puisque tu es à moi maintenant."
"A vous," répéta-t-il rêveur avant d'ajouter "Mais vous irez aussi avec les autres garçons."
"Non."
"Vraiment ?"
"Si tu veux de moi, je serai aussi à toi, à toi seul."
"Vraiment ?" répéta le garçon, dubitatif mais heureux.
"Si tu veux de moi."
"Bien sûr que je veux de vous !"
"Alors ça n'a aucun sens de me vouvoyer, n'est-ce pas ? Maintenant je suis a toi."
"Je ne peux pas vous tutoyer. Les autres sauraient."
"Je ne pense pas."
"Mais moi je pense que si. Alors je dois vous vouvoyer, même si vous êtes à moi. Ce n'est qu'en secret au fond de mon cœur que je peux vous tutoyer."
Ruggiero le caressa tendrement "Tu me plais tant !"
"Mon cul ?"
"Non, tout en toi." répondit le jeune homme, presque en le berçant..
Enzo était heureux, pas seulement de ces quelques mots, mais surtout de la tendresse qu'il sentait en étant dans les bras du jeune homme.
"Enzo, il faut qu'on trouve le moyen de se voir souvent."
"Ce serait superbe, mais... mais il faut que je rentre à la maison maintenant, il est tard. Si mon père est déjà rentré à la maison, il s'en fera pour moi. Et quelle excuse puis-je lui donner cette fois-ci ?"
"Que tu as eu envie de faire une balade, seul." suggéra Ruggiero en lui caressant le visage.
"Mais nous devons partir maintenant. Vous voulez bien me laisser au carrefour de la route du cimetière ?"
"Comme tu veux. Je suis triste de devoir te quitter."
"Moi aussi, je suis triste, mais..." dit le garçon en se levant et il commença à s'habiller.
Lorsqu'ils furent dehors, Ruggiero referma la porte à clé et étendit les bras et ils se retrouvèrent enlacés. Puis ils montèrent sur le cheval.
"Ca fait un peu mal, maintenant." murmura le garçon.
"J'ai essayé de ne pas te faire mal."
"Je sais."
"Je suis désolé, mais ça va passer, tu verras."
"Ne soyez pas désolé. Je le voulais au moins autant que vous."
"Tu me désirais ?"
"Bien sûr, je vous désirais, sinon je ne serais pas venu." dit le garçon, puis il ajouta "Ne croyez pas que je sois un dévergondé parce que je vous ai dit oui tout de suite, vous êtes vraiment mon premier homme."
"Je sais."
"Vous savez ?"
"Ces choses se comprennent et se sentent."
Ils se séparèrent au carrefour. Enzo rentra en vitesse. Il ouvrit la porte, un peu inquiet. Tout était silencieux. Il alla à la chambre de son père et vit avec soulagement qu'il n'était pas encore rentré. Alors il alla à sa petite chambre et se coucha. Il se rappela avec ce qui venait d'arriver et en ressentit un grand plaisir, il se sentait heureux. Il pensa que désormais il n'aurait plus dû aller au belvédère, mais à la taverne, avec son père... Il sourit à cette pensée, mais il savait qu'il ne pouvait pas – les gens ne comprendraient pas, ils mépriseraient et se moqueraient de deux hommes qui couchent ensemble, surtout de celui qui la prend dans le cul.
Ils le traiteraient comme une femme, et ça pourrait être encore pire que ça. Et pourtant, Enzo ne se sentait pas comme une femme juste parce qu'il avait été pris par Ruggiero. D'ailleurs le jeune homme ne l'avait pas traité comme une femme, ni comme une putain. Les sales blagues de ses copains sur ceux qui "la prennent dans le cul" étaient absurdes. Mais par ailleurs, ils se moquaient de tout et de tous, ils n'avaient même pas de respect pour les saints de l'église.
Enzo s'endormit satisfait, en pensant à la relation secrète qui le liait désormais à son beau caporal. Il n'entendit pas son père rentrer. L'homme vint bénir son fils comme d'habitude, et se réjouit de l'expression douce et sereine du visage de son fils. Il pensait qu'il avait de la chance d'avoir un fils si bon et si gentil.
Le lendemain matin, en se levant, Enzo sentit que l'irritation entre ses fesses semblait plus forte que la veille au soir. Mais au lieu de le déranger, cela le rendit heureux. Il se souvenait des blagues de ses copains, comme "si je t'encule, tu vas marcher les jambes écartées pendant un mois" et il se dit qu'il devrait prendre garde à bien marcher comme d'habitude pour que personne ne devine ce qui s'était passé.
Quand Ruggiero arriva à la place, il regarda Enzo avec des yeux lumineux qui firent fondre le garçon, et il dit comme d'habitude "Viens".
Regarder le dos de son caporal apportait à présent un nouveau plaisir à Enzo, parce qu'il savait que maintenant ils étaient l'un à l'autre, et qu'eux seuls le savaient. Il se demanda quand il pourrait à nouveau ressentir ce plaisir intense, sentir son homme entrer en lui, sentir son homme le combler, danser en lui.
Il travailla comme toujours avec application, attendant avec impatience la pause du déjeuner. Il regardait le soleil pour deviner combien il restait de temps avant midi.
Enzo le vit marcher entre les rangées d'arbres, et il passa deux fois près de lui. Mais ils n'étaient pas seuls aussi n'échangèrent-ils que quelques mots, "Tout va bien ?"
"Oui, merci."
"Chaude journée, aujourd'hui."
"Oui, il fait chaud."
Mais leurs yeux en disaient beaucoup plus et Enzo se demandait avec frayeur si quelqu'un pouvait remarquer la lueur particulière et lire dans le regard du jeune homme. Et dans ce cas, il pourrait en comprendre la raison. Il avait l'impression que les autres devaient être conscients que cette soirée avait tout changé pour lui et pour le caporal. Il en était à la fois inquiet et heureux.
Enfin la pause sonna. Enzo alla chercher sa part puis partit s'asseoir sous le même arbre. Comme il l'espérait, Ruggiero y arriva rapidement.
"Salut" dit-il en s'asseyant. "Comment vas-tu ?"
"Ca fait plus mal qu'hier." dit le garçon avec un sourire doux.
"Je suis désolé..."
"Moi pas. Au moins je sais que ce n'était pas un rêve. Quand pouvons nous nous retrouver ?"
"Quand tu veux, comme hier."
"Je ne sais pas. J'aimerais, mais ... et si ils se rendent compte, vous y pensez ?"
"Ils ne se rendront pas compte."
"Vous croyez ? Les gens ici... il semble qu'ils n'aient rien de mieux à faire que de fourrer leur nez dans les affaires des autres. Et puis pour vous, qui me la mettez, ce ne serait pas si grave, mais pour moi, qui la prends... Vous vous rendez compte de ce que ce serait ? Les copains ne sont pas tendres lorsqu'ils parlent de ceux qui se font mettre. "
"Tu regrettes ?" demanda le jeune homme.
Enzo le regarda, stupéfait. "Comment pouvez-vous penser une telle chose ?" demanda-t-il d'un ton de reproche attristé qui fit sourire Ruggiero. "Mais si ils se rendent compte pour nous, on ne pourra plus jamais se voir, vous comprenez ? Alors il faut faire très attention, si l'on veut continuer" Il ajouta, l'air d'expliquer quelque chose d'évident "Vous voulez continuer, n'est-ce pas ?"
"Tu en doutes ?"
"Nous nous connaissons encore si peu" se justifia Enzo "Et si pour vous je n'étais que l'un des nombreux garçons que vous avez eu ?"
"Non, pas toi, Enzo, tu n'es pas un parmi les autres. Absolument pas. Tu dois me croire."
Enzo pensa que le jeune homme disait ces mots avec grand sérieux, et il en fut heureux, puis, l'air très sérieux, il demanda "A combien de garçons avez-vous déjà dit ces mots ?"
"A personne, jamais."
"Et qu'y a-t-il de spécial en moi ?"
"Tu... tu n'es pas venu avec moi pour de l'argent, comme les autres garçons."
"Pour de l'argent ? Vous voulez dire que ... comme les putains. Des garçons font aussi ça ?" demanda Enzo, étonné.
"Oui."
"A Palerme ?"
"Et à Syracuse."
"Quand vous allez à Syracuse, c'est pour ça ?"
"C'était pour ça. Mais c'est différent maintenant."
"Vous le jurez ?"
"Je le jure."
"Parce que je ne vous demande pas d'argent ?"
"Je n'ai pas à m'en faire pour l'argent, tu le sais" dit le jeune homme avec un ton de reproche. Enzo sourit. "Je te désire..." murmura Ruggiero.
"Moi aussi, j'aimerais que vous puissiez me prendre, ici et maintenant."
"Ce soir, au carrefour ?"
"Ce n'est pas discret, mais..."
"Mais ?"
"J'y serai."
Et ils s'y rendirent. Quand le jeune homme arriva, il monta Enzo sur la selle devant lui et le jeune homme recula pour sentir le désir déjà réveillé du jeune homme. "Vous êtes déjà dur." dit-il, heureux.
"Je l'étais déjà sous l'arbre tout à l'heure" répondit-il en éperonnant le cheval. Il abaissa la main pour vérifier l'entrejambe du garçon, "De toute façon, toi aussi tu bandes déjà."
"Bien sûr," répondit le garçon en augmentant sa pression contre la poitrine de l'homme. Puis il demanda, un peu coquet, "Vous me désirez ?"
"A ton avis ?" répondit-il en caressant Enzo.
"A quel point ?" insista le garçon.
"Je vais te le montrer bientôt, Enzo." Répondit le jeune homme d'un ton si sensuel que le garçon frémit.
Ils montèrent à la petite chambre du vieux moulin et se déshabillèrent l'un l'autre, fiévreusement.
Enzo prit le beau membre dur de son partenaire entre les mains et le caressa. "Poussez le dans mon cul." implora-t-il gentiment et cette fois-ci le jeune homme trouva les mots moins crus que la veille.
"Tu le veux vraiment ?"
"Plus que l'air que je respire."
"Ca va encore te faire mal."
"Ne vous en faites pas, je le veux" dit-il, décidé.
Ils s'allongèrent sur les sacs et Enzo sentit la caresse rêche du tissus sous son corps et celle, douce, de la peau du jeune homme au dessus de lui. Il frissonna. Il sentit que Ruggiero commençait à entrer en lui. Heureux, il se détendit, se concentrant sur le plaisir de cette invasion. Et quand le jeune homme commença à le prendre avec des mouvements longs et virils, à entrer et sortir de son canal chaud et étroit, Enzo gémit, submergé par un plaisir intense. Puis il entendit la voix rauque du jeune homme qui disait "Oh, mon amour !" et Enzo se sentit l'envie de pleurer de bonheur...