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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 1
LE CAPORAL
CHAPITRE 11
PETRUZZO

Les travaux à la villa avançaient bien. Les ouvriers avaient commencé à refaire les trois chambres de la petite tour : une au quatrième, pour Ruggiero, une au troisième, une sorte de petit salon, et une au second pour Enzo. L'entrée était au premier, et il y avait aussi une salle de bain, de sorte que l'ensemble était comme un petit appartement. Jusqu'à la fin des travaux ils pourraient l'utiliser en sécurité. Ruggiero fit mettre un double lit au quatrième et un simple au second, puisque de toute façon ils n'utiliseraient que le lit du quatrième. Le nouveau lit n'était ni aussi grand ni aussi moelleux que celui de la chambre du maître, mais il leur allait. Enfin, les pièces furent meublées, elles étaient prêtes. Quand ils s'y retirent pour la première nuit, Ruggiero trouva des fleurs dans toutes les pièces. Enzo les avait cueillies en secret. La cheminée de la chambre était allumée et il en émanait une douce chaleur et une lumière suggestive, en complément à celle des lampes à huile sur le rebord de la fenêtre, sur la petite table et au dessus de la cheminée.

"Ce n'est pas aussi beau que la chambre d'en bas, mais..." Ruggiero tendit le bras pour rapprocher le garçon de lui.

"Mais c'est notre nid, au moins maintenant, non ? Rien qu'à nous."

"Oui, moineau, viens..."

"Regarde comme le ciel est clair, il y a tant d'étoile, ce soir..." dit le garçon songeur en se pelotonnant dans l'étreinte virile de son amant.

"Oui... viens..." répéta le jeune homme la voix pleine de désir.

"Tu aimes les fleurs ?" demanda Enzo, frissonnant, en caressant l'intimité de son amant.

"La plus belle des fleurs, c'est toi... viens..." insista Ruggiero en l'entraînant enfin vers le lit, frais et propre.

Un coup fort à la fenêtre les fit sursauter. "Ce n'est qu'une chauve souris... nous sommes en sécurité, ici." dit-il pour rassurer Enzo. Et, lui tenant le visage entre les mains, il se baissa pour un baiser tendre et passionné.

Enzo lui rendit le baiser et commença à le dévêtir. Il aimait sentir son érection grandir et s'en savoir la cause. Mais ce soir, joueur, pour l'aguicher, il s'échappait chaque fois que Ruggiero essayait de le prendre, puis s'approchait à nouveau, le rendant à chaque fois plus excité. Le jeu dura plusieurs minutes jusqu'à ce que le jeune homme l'étende fermement sous lui et l'oblige à satisfaire son désir. Enzo se rendit plus que volontiers. Ruggiero le prit avec énergie, comme s'il craignait que le garçon ne s'échappe à nouveau au moment critique. Enzo lâcha un petit râle de plaisir que Ruggiero prit pour un gémissement de douleur.

Il se figea immédiatement "Je t'ai fait mal... pardonne-moi..."

"Non, non, continue ! Continue, mon amour. J'aime ça !"

Ruggiero le regardait, hésitant. Mais en voyant le doux sourire du garçon, il se sentit excité et heureux et se remit à plonger en lui avec une nouvelle vigueur. Une nouvelle dimension s'ouvraient à eux et ils s'y perdaient tous deux de plaisir.

Ils s'aimèrent longtemps, ne pouvant pas se rassasier de l'autre, jusqu'à ce que la vague dorée de l'orgasme n'éclate entre leurs corps emmêlés, ne les inondes puissante et douce, puis ne se retire lentement, en clapotant sur leurs jambes fraîches, lustrées et tendues. Leurs halètements se calmaient lentement, alors qu'ils se détendaient petit à petit dans le bonheur d'après l'amour. Ruggiero prit Enzo le fit se lever et descendre du lit.

Il éteignit toutes les lumières, l'attira entre ses jambes tandis qu'il s'asseyait sur la peau de mouton étendue devant la cheminée, il le pencha contre sa large poitrine et l'étreint des deux bras, "Je t'aime, moineau!"

"Je t'aime aussi. Je me sens si bien..."

"Oui, moi aussi, c'est magnifique."

"Es-tu heureux que je sois à toi ?"

"Plus qu'heureux."

"Si tu n'aimais pas quelque chose en moi... tu me le dirais ?"

"Mais quoi ? c'est impossible."

"Mais, si tu avais envie de quelque chose, je ne sais pas..."

"J'ai envie que tu sois heureux."

"Je le suis. Mais ... quoi d'autre ?"

"Je voudrais qu'au moins tu apprennes à lire et à écrire, à faire des calculs simples."

"Je pourrais essayer, mais... je n'ai pas la tête qu'il faut."

"N'importe quoi, tu es intelligent. Tu sais, si tu savais faire ça, tu pourrais me décharger de quelques unes de mes tâches."

"Alors j'apprendrai... si tu m'apprends."

"Promis ?"

"Tu sais que tu peux tout me demander, non ? Enzo est ta chose."

"Chose ?"

"Oui, chose."

"Si tu étais une chose, tu serais plus précieuse que le plus précieux des trésors."

"C'est assez que je sois à toi."

"Et moi à toi."

"Aussi longtemps que tu le voudras, je serai heureux."

Ils se turent et Enzo sentait les battements puissants du cœur de son amant contre sa joue. Le son était beau et rassurant "Il bat aussi pour moi !" se dit-il, reconnaissant. Du doigt, il jouait doucement avec le téton de Ruggiero, le contournant gentiment, le grattant légèrement de l'ongle, jusqu'à ce qu'il soit dur. Puis il mit ses lèvres dessus et commença à le sucer et l'embrasser. Il sentit le jeune homme frémir et ça lui plaisait. Il voulait que Ruggiero lui fasse encore l'amour, et il observait le réveil de son désir avec une douce impatience. Ruggiero tendit la main, prit quelques fleurs, effeuilla les pétales avec lesquels il caressa le corps de son amant. Leur forte odeur, enivrante, envahissait la pièce.

"Tu es ma fleur..." murmura le jeune homme en s'étendant sur le corps de son amant. Enzo l'accueillit en lui avec un doux gémissement de joie et de gratitude...

Tous deux étaient un peu fatigués le lendemain matin, après cette nuit presque blanche. Mais la puissance de l'amour qu'ils avaient partagés les remplissait d'énergie. Ils travaillèrent avec entrain. Parfois, ils ne se voyaient pas pendant des heures, chacun absorbé par ses tâches. Mais après le déjeuner et le dîner, Ruggiero commençait à apprendre à Enzo les rudiments des mathématiques et de l'écriture.

Les travaux avançaient comme prévu, à leur satisfaction et à celle des maîtres, surtout de don Raffaele qui en était ravi. Ce n'est pas que son père eut des réserves, mais contrairement à son fils, il n'était pas prodigue de louanges : quand tout allait bien, c'était normal et si quelque chose allait mal, il le ferait savoir sans aucun doute. Mais il n'avait absolument aucun reproche sur les travaux à la villa.

Le plus jeune fils de maître Leo, le gardien de la villa, Petruzzo, un garçon de seize ans, devint petit à petit l'aide de Ruggiero et d'Enzo. Il connaissait tout le monde au village, et au premier problème, il savait immédiatement trouver la personne qu'il fallait. Petruzzo les admirait, surtout Enzo qu'il savait d'aussi humble extraction que lui et dont il voyait qu'il 'faisait carrière'. Ce garçon, un peu plus jeune que lui, plaisait à Enzo, il lui rappelait ses copains du villages. Ils ne lui manquaient pas vraiment, mais il était content de voir Petruzzo par là.

C'était un garçon à la peau mate, les cheveux soyeux et frisés. Un air un peu arabe qu'il tenait de sa mère. Il avait les yeux sombres et profonds et un grand sourire que faisait briller une rangée de dents d'un blanc étincelant. Il n'était pas très grand, mais son corps était fort et bien proportionné. Il avait l'habitude de travailler dur, comme Enzo. C'était souvent lui qui coupait les bûches et, chaque soir, il allumait le feu dans la cheminée. Deux fois par semaine, il faisait aussi le feu dans la cheminée de la salle de bain. Il ignorait que les deux amants se baignaient ensemble. Il pensait qu'ils le faisaient l'un après l'autre. Bien sûr, il ne savait même pas qu'ils étaient amants.

Petruzzo comprit petit à petit qu'il était fasciné par Enzo. Le garçon n'était pas complètement ignorant. Quelques années plus tôt, l'été, il allait parfois s'aventurer dans la forêt avec certains de ses copains et les plus grands lui avaient appris à se masturber. Le jeu s'était épicé petit à petit : il commencèrent à se masturber mutuellement, et aussi à frotter leurs corps l'un contre l'autre. Puis, spontanément, l'un des grands sentit le désir de faire quelque chose de plus. Il commença à la mettre entre les cuisses d'un petit, pour simuler les ébats avec une femme. C'était pas mal du tout, mais... Puis enfin, un jour, un grand essaya de la pousser dans le petit trou d'un jeune... Et le plaisir qu'il en tira fut si grand que tous ses amis s'en rendirent compte. Aussi cela devint vite le passe-temps favori de ce petit groupe de copains. Par accord tacite, les grands pouvaient enculer les petits, et Petruzzo était enculé par les plus grands et enculait les plus petits que lui.

Mais alors que les autres aiment surtout pénétrer, et pas tant être pénétrés, ce qu'ils ne faisaient que pour obéir à la règle du jeu – en attendant d'être assez grand pour seulement prendre les autres, Petruzzo aimait beaucoup les deux rôles. Il était le seul vrai gay du groupe. Cela ne posait aucun problème, ni à lui ni à ses copains. C'était juste un jeu et tous y jouaient que ça leur plaise ou non. Pour eux, contrairement aux copains d'Enzo, "la prendre dans le cul" n'avait rien de bizarre et ne donnait lieu à aucun sarcasme. A part le plus âgé, Saro, dix-huit ans et le plus jeune, Peppino, treize ans, tous les autres étaient joyeusement actifs ou passifs. Et ils faisaient ça souvent devant leurs amis, très naturellement, même s'ils le faisaient toujours par deux.

Mais pour Petruzzo, contrairement à tous les autres, ce n'était pas qu'un jeu ou un pis-aller puisqu'il était impossible de toucher une fille avant le mariage, quelque chose qui s'arrêterait dès qu'il serait marié. Pour lui, c'était tout ce qu'il aimait, et il redoutait l'âge auquel il devrait finalement se marier.

Du coup, se sentir attiré par Enzo lui paru quelque chose de très naturel.

C'est avec ce naturel et cette spontanéité qu'un après-midi, quand ils furent seuls, Petruzzo demanda à Enzo "Mais vous, dans votre village, vous jouiez aussi avec vos copains ?"

"Oui, bien sûr" répondit le garçon qui ne comprenait pas le sens de la question.

"Et vous ... vous étiez le plus grand ou il y en avait de plus vieux que vous ?"

"Et bien, il y en avait de plus grands..."

"Et... ils ne vous manquent pas maintenant, vos copains et ces jeux ?"

"Un peu, mais pas tant. Le travail prend presque tout mon temps, ici."

"Et...vous n'aimeriez pas jouer avec moi ?" lui demanda Petruzzo avec un grand sourire.

Enzo sourit, en pensant que le garçon, bien qu'il n'ait qu'un an de moins que lui, s'intéressait toujours aux jeux d'enfants. "C'est que je n'ai pas tellement de temps, Petruzzo."

"Mais ça ne prend pas longtemps. J'aimerais jouer à ça avec vous..."

Enzo lâcha le marteau et regarda le garçon dont l'instance piquait sa curiosité "Mais de quel jeu parles-tu, Petruzzo ?" demanda-t-il.

"Venez avec moi..."

"Où ça ?"

"Là-haut..."

Enzo le suivit en pensant qu'il voulait lui montrer quelque chose. Quand ils furent dans le débarras, derrière un vieux placard, Petruzzo abaissa en hâte sa culotte, se retourna en pointant le derrière vers Enzo en s'offrant à lui sans un mot.

Enzo le regarda, médusé, puis dit "Mais que fais-tu ? Rhabille-toi. Tu es fou ?"

"Vous ne voulez pas jouer avec moi? Vous ne bandez pas?"

"Pas question... remonte cette culotte ! C'est ça les ... jeux auxquels tu joues avec tes copains ?" demanda-t-il stupéfait.

Le garçon le regarda, un peu déçu, "Surtout l'été. Maintenant il fait encore assez froid, on ne trouve pas souvent un endroit. Mais pourquoi ne voulez-vous pas jouer avec moi ?"

"Je suis désolé, Petruzzo, je n'avais pas compris... Chez moi, entre copains, on ne joue jamais à ... ça. Au contraire, dans mon village, celui qui aime ça devient la cible de tous les sarcasmes."

"Alors... vous allez vous moquer de moi maintenant ?" dit Petruzzo en se rhabillant, la tête baissée.

"Non, bien sûr que non. Mais tous tes copains font vraiment ça... ?"

"Oui, bien sûr."

"Et ... tu aimes ça ?"

"Oui, bien sûr."

"Et les autres aussi ?"

"Et bien, on le fait, au moins jusqu'à ce qu'on soit mariés. Vraiment, vous n'allez pas vous moquer de moi maintenant ?"

"Bien sûr que non." lui dit Enzo, presque tendre.

"Parce que vous me plaisez tant... et j'espérais que..."

"Non, Petruzzo, je ne peux pas."

"Comment ça, vous ne pouvez pas ?" demanda le garçon, étonné.

"Tu sais garder un secret ?"

"Bien sûr ! Je vous le jure !"

"Je ne peux pas, parce que je suis amoureux, tu comprends ? je ne peux pas être infidèle."

"Amoureux ? Vous voulez dire... qu'il y a une fille de votre village ?"

"Non, pas une fille. C'est un homme."

"Vous avez un homme à votre village ? Un adulte vous voulez dire ? Votre amant ?"

Enzo le laissa s'imaginer que son amant était au village et acquiesça.

"Il est marié ?"

"Non, il est encore jeune."

"Et vous dites... vous dites qu'il est votre amant, alors ... ce n'est pas qu'un jeu."

"Bien sûr que non. Nous nous aimons."

"Ah, je savais que c'était possible ! Et vous, excusez moi, don Vincenzo, vous... je vous aime vraiment beaucoup !"

"Je t'aime beaucoup aussi, Petruzzo, c'est juste que..."

"Oui, j'ai compris. Mais que ferez-vous quand viendra l'âge de vous marier ?"

"Je pense que nous ne nous marierons pas, ni l'un ni l'autre."

"Putain ! Mais ce ne sera pas facile. Tout le monde doit se marier, et ... sauf à devenir prêtre, ce qui ne me dit pas trop : il faut trop étudier"

Ils retournèrent au travail. Plus tard, Enzo lui demanda "Y en a-t-il d'autres, comme toi, parmi tes copains, qui n'ont pas l'air de vouloir se marier, qui préfèrent continuer à le faire avec un homme, plutôt qu'avec une femme ?"

"Je n'ai pas l'impression. Il semble que tous, dès qu'ils sont mariés, cessent de le faire avec les garçons. Et je crains de finir comme ça."

"Sauf si tu trouvais quelqu'un comme toi, et que vous vous plaisiez..."

"Oui, même s'il faut se marier, on pourrait continuer après. Mais où trouver quelqu'un comme ça ? Et comment le trouver ?"

"La vie est pleine de surprises. Tu ne peux pas savoir, Petruzzo. Tu pourrais aller travailler à Syracuse, il paraît qu'il y a plein de garçons là-bas qui préfèrent les hommes aux femmes."

"Vraiment ? Mais je ne connais personne à Syracuse, et puis c'est si loin. Quel dommage que vous ne vouliez pas le faire avec moi."

Le soir, Enzo parla à Ruggiero de sa conversation avec Petruzzo.

Ruggiero sourit. "Enzo, les garçons que j'ai connus à Syracuse faisaient ça surtout pour l'argent. Je suis sûr que la plupart d'entre eux vont se marier et arrêter de le faire."

"Mais pas tous, non ? Certains le faisaient aussi parce que ça leur plaisait, non ?"

"Et bien oui. C'est sans doute plus facile de trouver un tel homme dans une grande ville que dans un petit village. Et à Palerme, il y avait beaucoup de nos semblables. "

"Alors, Petruzzo pourrait aller à Palerme, n'est-ce pas ?Tu ne pourrais pas l'aider, lui donner l'adresse d'un de tes amis ?"

"Je pourrais... J'ai un vieil ami dont je ne doute pas qu'il aime le genre de Petruzzo et qu'il l'accueillerait à bars ouverts. Tu crois que..."

"Demain, je lui en parlerai. S'il accepte..."

"Mais, son père le laissera-t-il partir ?"

"Si ce n'est pas le cas, Petruzzo peut quand même partir. Ce n'est plus un enfant."

C'est ainsi que Petruzzo, avec en poche la lettre que Ruggiero avait écrit à son ami, mit quelques provisions dans un linge et passa dire dieu à Enzo.

"Alors adieu, Petruzzo, et bonne chance."

"Merci. Et remerciez don Ruggiero de ma part. C'est lui votre amant, n'est-ce pas ?"

"Pourquoi ?"

"S'il a lui aussi des amis comme nous... Oh, vous pouvez dire que ce ne sont pas mes oignons, vous aurez raison. Faites comme si je n'avais rien dit..."

"Peu importe, Petruzzo, je peux te le dire : oui, c'est lui mon amant."

"Vous avez de la chance. C'est un si bel homme. Pourvu que son ami à Palerme soit aussi beau... Et bien merci de m'avoir aidé."

"Ton père n'a pas fait trop de problèmes ?"

"Non, il a dit que de toute façons, on était trop à la maison et que si je cherchais ma chance à Palerme, qui sait ce que j'allais y trouver."

Et Petruzzo partit.

L'hiver arriva. Les travaux étaient presque terminés. Les artisans restauraient les pièces une après l'autre, les femmes coupaient, semaient et nettoyaient. Les deux amis continuaient à tout superviser, mais cela leur prenait moins de temps. Aussi passaient-ils plus de temps sur les leçons d'Enzo. Lentement mais sûrement, le garçon faisait des progrès. Parfois, ils allaient faire des courses au village, voire à Catania. Ils utilisaient à présent un cabriolet, avec une plate-forme derrière pour ramener leurs achats. Comme il commençait à faire froid, assis tous deux à l'avant, ils jetaient une couverture sur leurs jambes et une sur leurs épaules. Souvent Enzo en profitait pour caresser l'entrejambe de son amant sous la couverture jusqu'à l'érection. Ruggiero le laissait faire avec plaisir. Parfois, lui aussi glissait une main et caressait son ami, mais moins souvent puisqu'il tenait la bride.

Maintenant que le père d'Enzo ne pouvait plus travailler à son petit potager, il s'était trouvé une autre occupation : il tressait des paniers qu'il vendait. Enzo le trouva serein et lui parla des travaux à la villa.

"Tu t'es fait des amis, là-bas ?" lui demanda son père.

"Non, je n'ai presque pas de temps libre."

"Mais tu ne sors pas le soir, ou le dimanche ?"

"En général, je suis trop fatigué, le soir. Et je dois préparer le programme des travaux du lendemain avec don Ruggiero. Le dimanche, on va à la messe, et puis on fait une balade à cheval, ou la sieste à la villa. Don Ruggiero m'apprend à lire et à calculer : il veut que je l'aide aussi pour les registres."

"Tu t'entends bien avec don Ruggiero ?"

"Et bien, oui." dit Enzo en essayant de garder un ton normal et de cacher son émotion.

Son père acquiesça, tout en continuant le panier qu'il tressait et, sans lever la tête, il dit "Qui nettoie vos habits ? Qui prépare à manger ?"

"Pour les habits, la femme du gardien. Et c'est moi qui prépare les repas pour nous deux."

"Oui, tu t'es toujours bien débrouillé à la cuisine. Don Ruggiero doit être content de toi..."

"Don Calogero et don Raffaele semblent l'être aussi, papa."

"C'est bien. Et... est-ce qu'il y a une fille qui te fait les yeux doux ?"

"Non, papa. Je t'ai dit, je n'aurais pas le temps..."

"Peu importe, tu es encore jeune, même si tu approches de tes dix-huit ans. Et puis, tu ne vas pas rester là-bas pour toujours."

"Je ne sais pas, papa, ils pourraient me demander de rester travailler à la villa."

"Avec don Ruggiero ?" demanda son père.

Enzo le regardait, mais il poursuivait son panier. Mais après un moment il ajouta. "Tu es très attaché à don Ruggiero, n'est-ce pas ?"

"C'est un bon chef..."

"Plus qu'un chef, il me semble. Il s'occupe tellement de toi... d'abord il t'embauche comme permanent, puis il t'emmène à Nicolosi et t'habille comme un gentilhomme... Il t'apprend à lire et vous faites du cheval ensemble le dimanche..." Enzo ne savait que dire. Son père continua. "Rencontrer don Ruggiero a été ta chance, mais sans doute aussi la sienne... Tu es un bon garçon. Ne le déçois pas."

"J'espère vraiment que non." répondit spontanément le garçon. Son père n'ajouta rien, au grand soulagement d'Enzo.

Enzo vit aussi ses copains au village et trouva le temps de parler seul à seul avec Cesare. Il apprit que Ranuccio était l'amant du capitaine de la place, un homme de trente cinq ans, marié avec trois enfants. Et aussi que Cesare était maintenant fiancé.

Choqué, Enzo lui demanda "Et avec qui ? Tu penses vraiment au mariage ?"

"Avec Agata. Oui, je pense vraiment au mariage. Tu sais, Agata, la sœur de Salvatore et Gaetano..."

"Gaetano s'est marié l'an dernier, n'est-ce pas ?"

"Exact, avec la cousine de Ranuccio, Mariella. Et... Gaetano l'a fait avec Ranuccio, il aime ça aussi. Et depuis quelque temps, nous le faisons aussi, tu vois ?"

"Toi et Gaetano ?" demanda Enzo, stupéfait.

"Quand Ranuccio m'a dit que Gaetano aimait aussi ça, c'est à dire prendre et être pris, je me suis dit que je pourrais essayer avec lui... il me plait beaucoup. Et il a accepté tout de suite et c'était super. Alors... alors on a décidé qu'on devait devenir beaux frères et bien sûr Gaetano a aidé à arranger les choses, alors ... nous irons vivre près de chez lui. Il a trouvé un endroit pour nous. Et puis, Gaetano a dit qu'il m'emploierait dans sa boutique, alors je vais arrêter de faire le journalier."

"Mais... tu es amoureux ?"

"Non. On aime juste faire ça ensemble. Et c'est bien comme ça. J'ai renoncé depuis longtemps à trouver l'amour. Tout le monde n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, mon cher Enzo !"

Oui, le garçon pensait qu'il avait vraiment de la chance.

Puis il parla de Petruzzo à Cesare.

Son ami le regardait incrédule "Mais... Quoi ? Il a baissé sa culotte devant toi et tu n'as rien fait ?"

"Bien sûr que non. Je suis fidèle à don Ruggiero, tu le sais."

"Mais la chance ne passe qu'une fois... tu n'avais qu'à ne pas le lui dire..."

"Mais je n'ai aucun secret pour lui."

"Et lui pour toi ?"

"Bien sûr, lui non plus."

"Mais ce garçon ne te plaisait pas ?"

"Si il me plaisait, je bandais"

"Tu es bien trop sérieux."

"Seulement amoureux."

"Il est jaloux, don Ruggiero ?"

"Il n'en a aucune raison."

"Mais un homme amoureux doit être jaloux, non ?"

"Tu crois ?" demanda Enzo, pas convaincu.

Alduzzo aussi était fiancé. Il flirtait avec Carmela, la troisième fille du sacristain. Il restait peu de ses copains au Belvédère, la plupart allaient maintenant à la place. Il avait envie d'aller les voir là-bas, mais il hésitait : tout le monde lui demanderait avec qui il était fiancé à Nicolosi... Alors il préféra ne pas y aller, mais il arrêta d'aller au belvédère. Il commençait à ne plus se sentir chez lui, même si ça ne faisait pas si longtemps que ça qu'il était parti.

Sa maison était là où était son Ruggiero.


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