En Mars, les travaux d'extérieur étaient terminés et l'aménagement de l'intérieur avait commencé. Les noces de don Raffaele approchaient. Enzo espérait que l'idée de les garder Ruggiero et lui ici tenait toujours : s'ils devaient rentrer au village, ils pourraient difficilement continuer à avoir l'intimité qu'ils appréciaient tant ici. Ruggiero semblait confiant.
Mais à cette époque, la Sicile était agitée. Ils n'en avaient que des échos, mais il semblait qu'une insurrection contre le roi et les nobles se développait à l'ouest de l'île, soulevée par les riches propriétaires terriens mais soutenue par les journaliers qui donnaient libre cours au mécontentement de leur condition précaire. Ici, sur les pentes du Mongibello, la révolte n'était pas encore arrivée, parce qu'il y avait beaucoup moins de misère qu'à l'ouest et aussi parce que les nobles et les propriétaires terriens s'étaient alliés par des mariages avisés et que les journaliers chômaient rarement.
Ruggiero reçu des nouvelles de son ami. Avant tout, il le remerciait de lui avoir envoyé Petruzzo.
"Mon cher Ruggiero,
J'ai reçu ta lettre et son porteur avec grand plaisir. C'est du miel et du lait que tu m'envoies, vraiment un délice. Une gemme brute qui, sitôt libérée de la poussière du voyage, s'est mise à briller d'un éclat pur et chaud, une pierre précieuse prête à être taillée. J'y travaille avec enthousiasme, récompensé par sa lumière qui réchauffe ma vie. Je ne peux pas te dire la joie, la chaleur et le plaisir que tu m'as donnés en m'envoyant cette merveilleuse surprise. La taille est finie et la pierre est là, près de moi, à me séduire de sa beauté nue et réclamant que je reprenne le travail. Je crois que je vais le faire, avec le plus grand plaisir, dès que j'aurai fini cette lettre. C'est incroyable qu'une petite pierre comme ça, en apparence insignifiante, puisse se révéler si précieuse. Il suffit de l'effleurer et elle se met à briller, on sent sa chaleur et on la veut de toute son âme, insatiablement... Tu vois ce que je veux dire... ?
Ici, la vie suit son cours, même s'il y a eu quelques troubles ces derniers temps. A la campagne, mais aussi en ville, des groupes isolés se rassemblent, ils veulent changer l'ordre établi. Les troupes du roi essaient en vain de contrôler la situation. Leurs actions violentes et aléatoires, n'arrivent en général qu'à augmenter les bandes de 'picciotti' (mais ce ne sont pas des 'enfants', mais bien des adultes, surtout des journaliers ou des pauvres) qui enragent de plus en plus, et trouvent partout du support. Je ne sais pas comment tout ça va finir : les uns ne sont pas assez forts pour résister et les autres pas assez organisés. Comme un poids et un contrepoids, et la balance oscille entre les deux.
Moi, je reste à la fenêtre, l'œil attentif, bien que tu devines à qui va ma sympathie. Je n'ai pas vu Severo en ville depuis le début de l'insurrection : il semble qu'il se soit consacré aux picciotti avec son zèle habituel, et qu'il y soit respecté, ils l'appellent 'maître'. Tu sais qu'il s'est toujours dévoué à la cause des plus humbles. J'ai entendu dire qu'il ne manque jamais de compagnie et qu'il est comme un coq en patte, dans un poulailler plein de poulettes, ou plutôt de beaux coquelets disponibles.
Quant à moi, comme je t'ai dit, entre deux séances au tribunal, je profite de ce que tu m'as envoyé avec ta lettre. C'est ses yeux qui m'ont conquis à première vue, comme un bon chiot. Quand je lui ai fait prendre un bain, je suis aller l'aider et j'ai vu ce qui m'avait tout de suite attiré – et surtout ces regards pleins de douces promesses. Je voulais le sécher et boire le nectar de cette fleur. Il s'est abandonné avec tant de grâce, tant de chaleur et de passion qu'il m'a enflammé. Il voulait goûter au fruit interdit et il l'a savouré longtemps en s'ouvrant à moi... Enfin, je te serai toujours reconnaissant.
Je me suis demandé avec stupéfaction pourquoi tu abandonnais une telle splendeur, mais j'ai appris depuis que ta mèche brûlait déjà d'une autre flamme, dirais-je. J'espère te revoir et retrouver notre fraternité. J'espère aussi que cette lettre t'arrivera sans se perdre en chemin.
Un salut affectueux. J'espère que tu vas bien.
Ton ami affectionné, ton vieux compagnon d'étude et de débauche,
Guglielmo Macaluso."
Ruggiero expliqua à Enzo la clé de la lettre : en latin, une pierre se dit 'petra' alors la parabole de la pierre précieuse brute désignait le nom de Petruzzo. Ruggiero était plus amusé pour Petruzzo que troublé par les désordres de l'ouest de l'île. Il y avait eu beaucoup de telles révoltes par le passé, mais tout finissait toujours par rentrer dans l'ordre. C'était comme le volcan : pendant une éruption il crachait du feu et des flammes et faisait des rivières de lave. On croyait toujours que c'était la fin du monde. Mais quand la lave rouge devenait noire, tout redevenait comme avant, avec seulement quelques changements que presque personne ne remarquait. Catania était traversée en son centre par la noire cicatrice d'une coulée de lave depuis quelques générations. De nouvelles constructions avaient commencé à s'y élever et bientôt la sombre cicatrice s'estomperait comme un vieux souvenir. Il en serait de même de la rébellion dont parlait Guglielmo.
Mais en Avril, ils apprirent que des groupes de picciotti rassemblaient des armes et causaient des troubles à Messine et à Syracuse. Les autorités prenaient cela comme 'une recrudescence du banditisme' mais il se murmurait que c'était une insurrection comparable à celle qui avait chassé les Anjou. La différence était qu'à l'époque, l'armée, le roi et les nobles étaient étrangers. Aujourd'hui on ne pouvait plus les repérer par leur accent. Même le roi, un Bourbon d'Espagne, parlait napolitain même en famille, comme tout le monde. On disait que le vieux mouvement des Carbonaristes n'était pas mort et se réorganisait en secret. D'autres au contraire disaient que la Mafia était derrière les picciotti, qu'elle voulait saper l'aristocratie et prendre sa place non seulement en rognant petit à petit son pouvoir économique, mais aussi son pouvoir social et politique.
D'autres encore disaient que c'était les anglais qui finançaient la rébellion, dans leur haine éternelle des espagnols. Enfin, il y avait ceux qui disaient que le roi de Piémont-Sardaigne envisageait de devenir le roi d'une Italie unifiée des Alpes à la Sicile. Les piémontais semblaient si loin, là haut dans le continent, au nord et avec les états pontificaux au milieu, un obstacle insurmontable... Qui oserait toucher aux terres du pape, la chef de la chrétienté ? Certainement pas un petit roi du nord...
Les esprits éclairés étaient favorables à l'unification de l'Italie en un seul royaume qui pourrait fièrement et sans peur tenir sa place entre les puissances étrangères comme l'Espagne, la France, l'Autriche et l'Angleterre. Quelqu'un objectait que le roi Victor Emmanuel de Turin était aussi étranger que le roi Francis de Naples. Un autre répondait : mais au moins le roi du Piémont parle italien, lui... et ce n'est pas un allié des autrichiens, comme "le petit Francis". Au contraire, il les avait combattus et vaincus...
Ruggiero et Enzo ne s'intéressaient pas à ces discussions. Ils avaient la villa à terminer et leur amour secret à vivre, à cultiver.
Don Raffaele vint vérifier l'avancement des travaux. Il fut content. Lors de cette visite, il informa Ruggiero que s'il acceptait, son père était prêt à se passer de lui et du jeune Enzo pour qu'ils restent ici, à la villa. La joie submergea Ruggiero, mais, en fin renard qu'il était, il répondit que si c'était ce là que le vieux maître et don Raffaele avaient décidé, alors par égard pour la longue tradition de fidélité de sa famille, il accepterait de quitter son village pour aller vivre au loin... Sans montrer ni enthousiasme ni déception. Aussi, non seulement don Raffaele se sentit reconnaissant, mais il augmenta les salaires de Ruggiero et d'Enzo, ce dernier officialisant au passage son titre de surintendant adjoint.
Les fameuses noces de don Raffaele et de la jeune comtesse Eulalia eurent lieu à Catania. La cérémonie dirigée par l'évêque fut suivie par une fête au manoir du comte. Ruggiero et Enzo étaient parmi les nombreux invités et pour cette occasion, Ruggiero voulut qu'Enzo porte un nouveau costume, fait spécialement pour lui. Enzo, un peu effrayé, se tenait dans un coin en regardant tous ces gens de haute lignée entre les petits groupes de ceux qui, comme lui, n'étaient que des employés. La plupart d'entre eux était invités plus pour faire nombre qu'en raison d'un vrai intérêt.
Lorsque don Raffaele voulut présenter son nouveau surintendant à son épouse, Ruggiero chercha le regard d'Enzo et lui fit un signe imperceptible pour qu'il approche. Le garçon ne voulait pas, mais, tremblant et gêné, il obéit.
Don Raffaele, en le voyant approcher, lui fit signe de venir et le présenta à la jeune comtesse, "... et voici le surintendant adjoint, don Vincenzo Rota. Le jeune mais prometteur aide de notre don Ruggiero."
Enzo lui présenta ses respects, comme il avait vu d'autres le faire, et croisa le regard limpide de la jeune épouse, à peine plus âgée que lui.
Sa voix douce cachait une force presque virile, "Je suis heureuse de vous rencontrer, don Vincenzo" puis elle se retourna vers son époux, pour accueillir d'autres visiteurs.
Ruggiero attrapa un Enzo plus que gêné par le bras et l'entraîna dehors, vers la terrasse qui donnait sur le jardin intérieur. "Notre nouvelle maîtresse te plait ?"
"Elle est ... belle."
"Pas vraiment belle, juste jolie... mais sous sa frêle apparence, elle est forte. Elle sera une maîtresse à craindre, tout en la respectant. A mon avis, au moins à la maison, elle sera le vrai maître."
"Tu penses qu'elle sera dure ? On dit que les aristocrates..."
"Les aristocrates sont comme tout le monde. Je ne crois pas qu'elle sera un mauvais maître, ses yeux limpides me le disent. Mais rappelle-toi qu'elle est le maître, et pas juste l'épouse du maître. D'ailleurs elle apporte une trop grosse dote pour qu'on l'oublie. Il y a plein de filles qui te font les yeux doux, Enzo..."
"A moi ?" demanda le garçon, un peu choqué.
"Bien sûr. Tu es beaucoup trop beau."
"C'est à cause de ces si beaux habits."
"Non, c'est toi, tes yeux, tes cheveux, ton air de poulain égaré. Tu fais rêver plein de monde."
"Allez ! Ne te moques pas de moi !"
"Et pas seulement des filles à marier..." dit Ruggiero taquin.
"Qu'est-ce que ça veut dire ?"
"Quelques femmes mariées aussi... et au moins un homme."
"Un homme ? Mais qui ?" demanda le garçon, de plus en plus déstabilisé.
"Tu ne l'as pas remarqué ? Il te déshabille du regard depuis que nous sommes arrivés..."
"Je ne me suis pas rendu compte..."
"Quel dommage, il a trop envie de toi. Et il n'attend qu'un signe de ta part pour t'emmener où il sait..."
"Alors il peut attendre jusqu'au jugement dernier !" répondit Enzo avec un petit sourire condescendant.
Ruggiero le regarda en riant, "Tu ne vois vraiment pas de qui je parle ?"
"Non, et je m'en fiche, tu devrais le savoir." répondit-il.
"Pas du tout, et je crois que si je te dis qui c'est, tu courras vers lui sans hésiter et tu feras tout ce qu'il voudra..."
Enzo se renfrogna et le regarda, blessé "Tu me connais si mal ? Comment peux-tu dire ça ? Même si c'était don Raffaele en personne !"
"Et moi je te dis que je te connais trop bien : je parie que s'il te dit de faire l'amour avec lui tu le suivras immédiatement !"
"Arrête ! Tu me blesses..."
Ruggiero le regarda dans les yeux et dit "Idiot, cet homme... c'est moi. Tu ne viendrais pas tout de suite faire l'amour avec moi ? je brûle de désir..."
Enzo le regarda, stupéfait, puis se détendit dans un grand sourire d'une voix douce et basse, il dit "Toi... Bien sûr que je te suivrai où tu veux ! Où veux-tu m'emmener ?"
"Alors viens. Je te veux..."
Ruggiero lui fit descendre les escaliers qui reliaient la grande terrasse au jardin, puis par une porte en dessous, ils se glissèrent dans le couloir qui menait à une cuisine bruyante pleine de domestiques occupés à remplir les cafetières en argent. Ils passèrent dans le garde-manger et descendirent à la cave à vin.
"Où m'emmènes-tu ?" demanda Enzo, agité et excité, un peu effrayé par la confiance avec laquelle Ruggiero se déplaçait dans ce manoir inconnu.
"Tout à l'heure, j'ai aidé à monter du vin. A cette heure, ils ne serviront plus de vin, pas après le café, alors... viens."
"Mais s'ils nous trouvaient ? Dans la maison du comte, deux étrangers dans cette position..."
"Ils sont bien trop occupés."
"Mais s'ils remarquent notre absence ?"
"On n'est pas assez importants, et c'est une grande maison, il y a des invités partout."
"Mais pas dans la cave à vin."
"Je te veux !" dit Ruggiero en le prenant dans les bras.
Enzo sentit le désir de l'homme qui le tenait, il en trembla de plaisir. Oui, lui aussi le voulait.
Ruggiero lui fit traverser, dans une odeur de vieux vin, trois pièces avec des voûtes en brique et des piliers, vers la dernière pièce avec cinq fûts. Il montra la porte par laquelle les charrettes entraient aux vendanges pour apporter les meilleurs raisins pour ces fûts. A côté de la porte, une échelle en bois menait à une petite cellule où étaient rangés les cordes, les palans et les poulies pour charger et décharger les charrettes "Là-haut." dit-il simplement.
Enzo monta agilement, suivi de Ruggiero qui lui caressait les fesses, possessif. Le garçon frissonna. Arrivé dans la cellule, Ruggiero l'étreignit par derrière et se pressa contre lui, lui faisant sentir sa majestueuse érection. Enzo pencha la tête en arrière, sur l'épaule de son amant et Ruggiero l'embrassa tout en lui caressant la poitrine d'une main, l'autre fouillant entre ses jambes "Toi aussi tu as envie." chuchota-t-il joyeux.
"Comment l'éviter ?" soupira le garçon tandis que son amant commençait à le déboutonner.
Alors que la fête se poursuivait deux étages plus haut, dans cette petit cellule en bois les deux amants célébraient leur fête à eux, à l'unisson des mouvements de leur passion revigorée. Le bal avait commencé et dans la petite pièce, leurs gémissements de plaisir se mêlaient aux musiques de la fête dans une symphonie érotique. Les mains de Ruggiero, avec un plaisir glouton, étaient partout sur Enzo. Enzo se retenait des deux mains au pilier en brique, sous les assauts impétueux de son amant. Il était heureux, profondément heureux, de se sentir aussi intensément désiré et aimé. Il était entièrement à Ruggiero et Ruggiero aussi lui appartenait complètement, comme dans un concours d'amour. Son membre chaud et fort, profondément enfoui en lui bougeait d'avant en arrière dans une danse virile et passionnée.
Enfin, dans l'exultation de leurs sens, le plaisir se resserra, les écrasa puis les fit exploser dans un extraordinaire orgasme qui leur coupa le souffle et les laissa tremblants.
Enzo se retourna, Ruggiero le prit dans les bras et ils s'embrassèrent avec passion, "Oh, mon moineau!"
"Oui..."
"J'ai besoin de toi. Que serais-je sans toi ?"
"Et moi, alors ? Tu es mon roi, mon dieu, ma vie..."
"Est-ce que tu m'aimes ?"
"Je t'aime."
"Et tu seras toujours à moi ?"
"A jamais, tu le sais."
"Je t'adore..." ils murmuraient entre deux baisers, peu importaient les mots, c'était pour le plaisir d'écouter la voix de l'autre, de se perdre dans ses yeux lumineux et dans la splendeur de son sourire.
Quand ils eurent rejoint la fête, Enzo s'étonnait que personne ne remarque son état de grâce. La joie de ces ébats improvisés était si forte que tout le monde aurait dû la voir. Enzo pensait qu'elle était presque tangible. Il ne se sentait plus un étranger dans cette fête, il était le roi de la fête, même si les autres ne semblaient pas s'en apercevoir. De temps en temps, ses yeux croisaient ceux de Ruggiero et ils s'illuminaient.
Comme la fête s'achevait, Ruggiero et Enzo retournèrent à Nicolosi dans le cabriolet pour préparer l'accueil de don Raffaele et de la jeune comtesse. Les serviteurs attendaient, sur leur trente et un : le gardien, sa femme et leurs deux fils aînés, la cuisinière et son aide, le garçon d'écurie et son assistant, le cocher et les deux femmes de chambre de la comtesse et les deux domestiques de don Raffaele. Les deux femmes de chambre, la cuisinière son aide, en fait c'était son fils, étaient déjà des domestiques de la comtesse. Les autres venaient de la maison de don Calogero. Ruggiero et Enzo s'assurèrent que tout était prêt pour l'arrivée des maîtres. Enzo avait ordonné de décorer les pièces que les jeunes mariés utiliseraient avec des fleurs. Ruggiero avait préparé tous les registres dans le bureau pour faire son rapport. Il était sûr que don Raffaele aurait autre chose en tête à son arrivée, mais à tout hasard il préférait être prêt.
Il était probable que le couple ne souhaite pas manger ou boire après ces agapes, mais Enzo fit préparer un repas léger et rafraîchissant.
Enzo observait les domestiques. A part maître Leo, sa femme Santa et leurs fils Alfio et Salvatore, qu'il connaissait déjà, le jardinier maître Francesco, un veuf, et son fils Lorenzo qui avaient travaillé à refaire le jardin, tous les autres étaient de nouveaux visages, ou presque nouveaux. Il avait vu le garçon d'écurie, Gerolamo, et sa femme Nunzia, qui s'occuperait de la garde robe et leur fils Rocco, l'assistant du garçon d'écurie ainsi que le cocher Tano qui travaillait pour don Calogero. Les deux serviteurs trouvés par don Raffaele, Luciano et Giacomo de Massa Annunziata, deux cousins, étaient de nouvelles têtes. De même que les deux femmes de chambre de la jeune comtesse, Lucia et Gaetana, la cuisinière Menica et son aide, son fils Marzio.
Combien de temps lui faudrait-il pour se rappeler tous ces noms ? Il décida d'écrire chaque nom, ainsi que leurs tâches et les informations qu'il rassemblait petit à petit sur eux. Il se dit que dans ce nombre, il était heureux qu'aucun ne porte le même nom. Salvatore et Rocco étaient de son âge. Luciano, Marzio, Lorenzo et Alfio un peu plus jeunes. En moyenne, ils étaient assez jeunes. La villa serait vivante et le soir à la cuisine il y aurait de joyeuses discussions autour de la cheminée ... sans doute.
Giacomo et Gaetana étaient mariés mais n'avaient pas encore d'enfants. Gerolamo et Nunzia avait laissé leur dernier né au village, en le confiant à Menica, une sœur célibataire de la mère, qui avait été abandonnée par son mari peu après la naissance de Marzio. Enzo couchait lentement ses notes dans un petit carnet qu'il s'était fait avec quelques feuilles. Il ne savait pas écrire vite avec l'élégante écriture de Ruggiero, mais il arrivait à écrire.
Le soir, la cocher du comte ramena le couple. Alfio, qui avait attentivement fait le guet, couru à la villa, de sorte que lorsque le coche entra dans le jardin, tous les domestiques étaient alignés pour accueillir les maîtres, derrière Ruggiero et, à son côté, Enzo. Don Raffaele salua chacun, en lui donnant quelques pièces. Puis, suivis de leurs serviteurs, le couple monta en déclarant qu'ils avaient besoin de repos après les longues festivités du jour. Ruggiero donna les ordres pour le lendemain, puis tout le monde se retira chez lui. Maître Leo et sa famille au petit corps-de-garde de la villa. Gerolamo, sa famille et Tano dans les chambres au dessus de l'écurie et du garage du coche, les autres dans l'aile des domestiques. Et enfin, Ruggiero et Enzo purent se retirer dans la petite tour.
Comme ils en avaient convenu ; Enzo s'arrêta à sa chambre pour s'y déshabiller, il défit le lit et froissa les draps, puis il enfila sa longue chemise de nuit et monta à la chambre de son amant. Ruggiero était déjà au lit. Il souleva les draps en invitation. Enzo enleva sa chemise de nuit et se glissa près de son homme.
Ruggiero l'enlaça et commença à le caresser "Tu es fatigué ?"
"Nooon !" répondit Enzo l'œil espiègle, en se pressant contre son amant pour lui faire sentir son érection.
Ruggiero sourit "Je vois, tu es plutôt... en forme dirais-je."
"Et toi ?" dit Enzo en plongeant sous les couvertures pour chercher des lèvres le membre de son amant.
Quand il reparu pour l'embrasser sur la bouche, Ruggiero lui dit avec un sourire en coin "Don Raffaele fait sans doute goûter son salami à la jeune comtesse..."
"Et toi, tu vas me faire goûter le tien ?"
"Ca ne t'a pas suffit, cet après midi ?" dit son amant en plaisantant.
"C'était juste l'apéritif..." Enzo riait pendant que Ruggiero prenait place sur lui.
"Alors tiens-toi prêt pour l'entrée, le plat et les fruits."
"Et le dessert ?" soupira le garçon en s'ouvrant pour accueillir son amant.
"Et le dessert, bien sûr." dit le jeune homme en se glissant lentement et avec plaisir dans son bien aimé.
"Ruggiero est infatigable." pensa le garçon avec un pur plaisir alors que le jeune homme s'échinait en lui avec un enthousiasme intact. Leurs bouches étaient sellées dans un long et passionné baiser.