logoMatt & Andrej Koymasky Home
histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 1
LE CAPORAL
CHAPITRE 16
UNE CASSURE

Aller à pied à Messine était un long chemin. C'était la première fois qu'Enzo partait si loin de là où il vivait. Dans les nombreux villages qu'ils traversaient, ils étaient toujours chaleureusement accueillis. Arrivés à la mer à Giarre, les picciotti suivirent la côte et s'arrêtèrent un soir à Mazzarò. Enzo, après cette première fois où il avait fait l'amour avec Alduzzo, lui avait parlé de Ruggiero et lui avait expliqué qu'ils ne pourraient pas recommencer. Alduzzo avait insisté quelque temps, mais devant la détermination de son ami, il avait fini par accepter le choix d'Enzo. Enzo était décidé à avouer à son amant son moment de faiblesse, en espérant qu'il puisse lui pardonner et que cela ne lui fasse trop mal, qu'il n'en souffre pas trop.

Il se demandait pourquoi il avait craqué si facilement et il se jugeait très durement. Ce soir là, Enzo et Alduzzo dormaient côte à côte et Alduzzo vit qu'Enzo était perdu dans ses pensées.

"Qu'est-ce qu'il y a, Enzo ?" demanda-t-il dans un murmure.

"Je me demande comment Ruggiero va réagir."

"Tu n'as qu'à rien lui dire !"

"Je ne peux pas. Ce serait déloyal. Déjà que je n'aurais pas dû le faire."

"S'il t'aime vraiment, il va te pardonner, non ? Et puis tu peux lui dire que c'est de ma faute, d'ailleurs c'est le cas !"

"Non, c'est peut-être de ta faute, mais c'est au moins autant de la mienne... Je ne peux pas me cacher derrière des excuses. Je l'ai fait et je n'aurais pas dû."

"Mais c'était géant, non ?"

"Ca n'a pas d'importance !"

Oui, c'était vrai, il avait aimé ça. Même s'il avait préféré quand Alduzzo l'avait pénétré – d'ailleurs il aimait encore d'avantage quand c'était Ruggiero qui le pénétrait. Mais là n'était pas la question. La question était qu'il appartenait à Ruggiero et que Ruggiero lui appartenait et qu'il avait gâché leur relation en se permettant de coucher comme ça. Ruggiero et lui...c'était comme s'ils étaient mariés, non ? Et un homme pouvait-il pardonner à sa femme de l'avoir trompé, ou vice versa ? Peut-être que oui, mais ce n'était certainement pas une bonne chose. Ca ne devrait pas arriver.

Il avait tellement honte, et plus encore quand il se rappelait comme il avait été jaloux des galanteries de Ruggiero avec les filles. Bon, ça s'expliquait un peu par leur séparation, par la tension due à la bataille, par son amitié avec Alduzzo... il avait plein d'excuses et pourtant la principale raison était sa faiblesse. Même à dix-huit ans, il n'était pas encore assez mature, en conclut amèrement Enzo.

"Mais mis à part ton Ruggiero, tu l'as déjà fait avec d'autres hommes ?" demanda Alduzzo en interrompant ses pensées.

"Non, jamais. Il est mon premier et mon unique homme."

"Oh, je vois. Moi c'est différent. Tu sais qui a été mon premier ?"

"Non ... Cesare ?"

"Euh... lui aussi. Mais mon premier homme, c'était il y a six ans. Tu le connais mais je parie que tu ne devineras pas qui c'est."

"Un homme ? Pas un des garçons ?"

"Exact."

"Mais qui ? Je le connais ? Du village ?"

"Exact."

"Marié ?"

"Exact."

"Mais qui ?"

Alduzzo faisait l'idiot "Tu ne devineras jamais."

"Je le connais ? Bien ?"

"Enfin, tu sais qui c'est."

"Et qui est-ce ?"

"Oncle Giovanni !"

"Le frère de ta mère ?" demanda Enzo stupéfait.

"Ouais. On travaillait pour don Sebastiano au bois des châtaigniers. A un moment, on est allé pisser. Il a remarqué que je regardais sa bite et il m'a demandé si je la trouvais bien. Et bien, il en a une belle, et elle était presque dure. Je lui ai dit que oui et il m'a dit que je pouvais la toucher. Et quand je l'ai prise en main, elle est devenue encore plus dure. Alors il m'a emmené derrière les buissons, il a descendu ma culotte et il me l'a mise tout entière. Sa queue est plutôt grosse et ça m'a fait mal et il a dû me fermer la bouche pour que je ne crie pas. Mais après, j'ai adoré ça. Il m'a dit que je lui plaisais trop, que j'étais le meilleur garçon qu'il avait baisé, encore meilleur que sa femme. Et il m'a fait promettre qu'on recommencerait."

"Ton oncle Giovanni..." dit Enzo, songeur.

"Stupéfiant, non ?"

"Oui, il a une réputation d'homme à femmes."

"C'est vrai. Mais en fait c'est un homme ... à garçons, je t'assure. Avant moi il avait aussi pris Tano..."

"Le frère de Rosario ?"

"En personne. Et après moi, Pino, et beaucoup d'autres. Il aime les garçons de quatorze à seize ans. Il a aussi baisé tous ses fils."

"Ses fils ? Mon dieu, j'en mourrais si mon père me demandait une telle chose ! Comment peut-on, un père et son fils ?"

"Mais qu'est-ce qu'il y a de mal ? Une fille, on risque de la mettre enceinte, et là ce serait un problème, mais avec un garçon, c'est sans risque."

"Mais, un père et son fils !"

"Quand on bande... et tout le monde bande, non ? Et puis un père et son fils sont deux mâles, et deux frères aussi. Ca arrive souvent, entre frères, comme ils doivent souvent partager le même lit. Par exemple, Tano le faisait avec Rosario, et Federico avec Martino."

"Mais comment tu sais tout ça ?"

"Je l'ai fait avec Tano, et aussi avec Federico, ils me l'ont dit."

"Et c'est justement Rosario et Martino qui ont lancé ces rumeurs sur Cesare et Ranuccio ! Quels salauds !" dit Enzo, en secouant la tête.

"Tu sais ce que c'est, ces choses, on les fait mais on n'en parle pas. Même si certains, toi, moi, et quelques autres, nous aimons vraiment ça, pour les autres ce n'est qu'un soulagement en attendant d'être mariés. Se faire une fille avant le mariage n'est pas facile, alors... D'ailleurs beaucoup de picciotti sont loin de leur femme et les plus jeunes jouent souvent les substituts de femmes. Il suffit que les autres n'en sachent rien et tout va bien. N'est-ce pas ?"

"Mais s'il y en a tant qui le font, quelques uns finiront par être surpris, non ?"

"Ils font semblant de ne rien voir."

"Mais pourquoi est que certains, comme nous, préfèrent les hommes aux femmes ?"

"Qui sait ?"

"Et pourquoi quand quelqu'un se fait une femme il peut s'en pavaner devant ses amis, alors que s'il le fait avec un homme, il doit prétendre que de telles choses n'existent même pas, que c'est mal ?"

"Surtout s'il est passif. Qui sait pourquoi ? Mais ce n'est pas la seule chose dont on ne parle jamais. Il en a toujours été ainsi."

"Mais c'est injuste !" conclut Enzo.

Le lendemain, ils prirent la route vers le nord, vers Messine. Enzo était excité à l'idée de retrouver Ruggiero, après si longtemps. Ils retourneraient à la villa et Ruggiero prendrait tout en main et serait de nouveau avec lui. Il le supplierait de ne plus jamais le quitter. Il avait besoin de Ruggiero et Ruggiero de lui. Ils se l'étaient dit si souvent. Et Ruggiero lui pardonnerait, il comprendrait...

Il avait l'adresse de son amant, il demanderait son chemin et frapperait à la porte. Ruggiero serait stupéfait de le voir, il serait content. Et ils pourraient enfin faire l'amour à nouveau. Quand le dirait-il à Ruggiero ? Tout de suite ? pendant qu'ils feraient l'amour ? Après ? Il valait peut-être mieux attendre après, dans la langueur qui suit l'amour, on est si bien alors que même une aussi terrible nouvelle pouvait passer... Comment réagirait-il ? Il ne pouvait qu'attendre et espérer que tout se passe bien.

En entrant dans Messine, ils furent tout de suite pris par l'air de fête qui régnait. Federico Cangemi et ses hommes voulaient trouver le général Garibaldi pour se mettre à ses ordres.

La perspective excitait Alduzzo, "Je lui demanderai de me donner une chemise rouge et je le suivrai au bout du monde !" dit-il l'œil brillant.

Enzo sourit. "Je ne t'y suivrai pas. Je vais chercher mon Ruggiero. Bonne chance, Alduzzo, nous ne nous reverrons sans doute pas..."

"Pourquoi ne viens-tu pas plutôt avec nous ?"

"Non, tu sais bien que je suis lié à Ruggiero."

"Ah, l'amour, l'amour !" le taquina-t-il gentiment

Ils se dirent adieu et Enzo se mit à demander le chemin pour chez Ruggiero.

Ce ne fut pas difficile à trouver : c'était un bel immeuble qui montrait encore sa beauté ancienne, malgré les ravages du temps.

A la porte, il demanda à une femme "Excusez-moi, vous connaissez don Ruggiero Vizzini ? Pouvez-vous me dire où il habite ?"

"Ah, don Vizzini ? l'étranger de vers Catania ? Oui, montez au troisième. Mais il vient de sortir, il n'est pas chez lui."

"Je vois. Quand doit-il rentrer ?"

"Je ne sais pas, je ne m'occupe pas des affaires des autres."

"Je peux l'attendre ici ?"

"Bien sûr, vous ne gênerez personne." répondit-elle un peu brusque.

Enzo sourit. Les gens de Messine ne parlaient pas tout à fait comme à son village, mais il les comprenait bien. Il avait remarqué leurs manières plus brusques. A première vue, ils semblaient presque grossiers, agressifs, mais il avait compris que c'était seulement des manières différentes.

Il se demanda s'il allait l'attendre à la porte ou monter attendre au troisième, là où avait dit la femme. De là haut, en regardant la rue, il le verrait arriver. Et puis en haut la surprise serait plus grande, puisque Ruggiero ne le verrait qu'au dernier moment... Et là haut, il pourrait l'enlacer et l'embrasser, pas comme dans la rue. C'est sans doute mieux en haut, décida-t-il.

Il y avait trois portes sur le palier du troisième mais l'une avait une petite carte collée, avec le nom 'Vizzini' écrit avec élégance. Enzo sentit son cœur résonner dans sa poitrine. S'il pouvait entrer, il se mettrait nu et son homme le trouverait dans son lit, prêt pour lui... Mais la porte était fermée. Il s'assit sur les marches qui montaient et attendit. Tout était silencieux, sauf le tambour de son cœur. Combien de temps devrait-il attendre ? Peut-être que Ruggiero était au travail et qu'il ne rentrerait que le soir, se dit-il. Mais peu importe, il l'attendrait. Tôt ou tard, il rentrerait chez lui. Enzo avait du pain et du fromage dans sa besace, et il les grignota en attendant.

Pas si longtemps après, il entendit des pas qui montaient l'escalier. C'est peut-être Ruggiero, se dit-il en émoi. Il rangea le pain et le fromage et se leva pour regarder dans l'escalier en retenant sa respiration. Les pas approchaient vite, oui, c'était bien lui. Il tenait un petit paquet à la main et de l'autre, il sortait la clé de sa poche. Il arriva à la porte, glissa la clé dans la serrure et commença à ouvrir la porte.

Alors Enzo dit, d'une voix douce et basse "Ruggiero !"

Le jeune homme se tourna et le regarda. La surprise, la joie et la perplexité se succédaient rapidement dans ses yeux. "Enzo... pourquoi es-tu là ?" demanda-t-il enfin.

Le garçon était un peu intrigué par la réaction de son amant. Il s'attendait à une explosion de joie, à des embrassades... Etait-ce parce qu'ils étaient sur le palier ?

Il approcha de la porte entre ouverte et la poussa "Rentrons, j'ai un millier de choses à te raconter." dit-il en le regardant dans les yeux, en espérant y lire le désir et le plaisir.

Mais il n'y lut que l'inquiétude et Ruggiero, le tirant doucement par le bras, lui dit "Viens, redescendons..."

"En bas ? mais pourquoi tu ne me fais pas entrer ?"

C'est alors qu'une voix masculine et claire vint de l'intérieur "Ruggiero, tu me rapportes ma gâterie ?"

Enzo sentit son cœur s'arrêter et regarda le jeune homme dans les yeux le léger rougissement et l'embarras de son amant lui confirmèrent qu'il avait deviné juste : un autre garçon attendait Ruggiero !

"Enzo... Je... Laisse moi t'expliquer..." commença, à voix basse, le jeune homme gêné.

"Ruggiero, tu viens ?" dit la voix à l'intérieur.

"Qui est-ce ?" dit Enzo le ventre noué.

"Je..."

De la porte, Enzo vit la porte en face s'ouvrir et il apparut un garçon à peine plus âgé que lui, complètement nu.

Leurs regards se rencontrèrent et le garçon inconnu lui sourit "Salut." dit-il sans s'émouvoir, indifférent à sa complète nudité.

"Qui est-ce ?" demanda encore Enzo en regardant Ruggiero et, décidé, il entra dans la petite cuisine.

Le jeune homme entra et ferma la porte derrière lui. "Enzo..."'

"Oh, alors c'est toi, Enzo ? son amant. Ruggiero m'a souvent parlé de toi." dit tranquillement le garçon nu.

"Mais il ne m'a jamais parlé de vous." répondit durement Enzo, sans quitter les yeux de son homme.

Ruggiero posa le petit paquet sur la table et dit "Va t'habiller, Manfredo, il faut que je parle avec Enzo."

"Non, restez-là. Je vois bien que vous êtes chez vous, c'est moi, l'intrus."

"Je ne suis son hôte que depuis huit jours... Il vaut sans doute mieux que j'aille m'habiller."

"Aucune importance." insista Enzo avec un plaisir pervers, en sentant une rage sourde monter en lui.

Forcer le garçon à rester là, nu, était une vengeance, il savait qu'ainsi il mettait Ruggiero dans une situation très embarrassante. Le garçon, au contraire, semblait complètement à l'aise.

"Enzo, ce n'est que ... mon hôte, ... un garibaldien. Dans deux jours il sera parti avec les autres, vers le continent..."

"Le grand jeu, pour l'hospitalité. Bien sûr, nous autres siciliens sommes bien connus pour notre hospitalité, n'est-ce pas ?" demanda Enzo dans un sarcasme amer.

Certes, il avait succombé aux caresses d'Alduzzo, mais après il avait tout de suite coupé court. Cet étranger par contre paraissait ici chez lui, au point de s'y promener tout nu. Et en plus, il y avait plus d'une semaine que ça durait.

"Pardon, Enzo, mais ton Ruggiero est bien à toi : entre nous ce n'était qu'une histoire sans importance. Il m'a dit qu'il était amoureux de toi, crois-moi. Je voulais qu'il parte avec moi, mais il a dit qu'il ne pouvait pas, à cause de toi. Ne le juge pas, ne pense pas de mal de lui." intervint Manfredo.

"Amoureux de moi ? Je parie que chaque nuit... et sans doute le jour aussi... Ruggiero n'est pas du genre à se satisfaire d'une fois par jour, si ?"

"Ton homme a du feu dans les veines, c'est vrai. Je t'envie." dit le piémontais avec un sourire.

"Mon homme ? Il n'est pas mon homme, je vous le laisse." répondit violemment le garçon, avec rancœur.

"Enzo, s'il te plait... essaie de comprendre... Je ne voulais pas que tu l'apprennes comme ça... je t'aime, vraiment ! C'est juste que ... j'ai été faible, je l'admet..."

"Faible ? Qui n'est pas faible ? Moi aussi, Ruggiero, moi aussi je t'ai trompé. Mais rien qu'une fois et je m'en suis voulu tout de suite. Et je viens ici, vers toi, plein de peur et de honte, repentissant, prêt à implorer ton pardon. Mais à la place... je te trouve ici avec lui installé sur ton lit, dans ta maison. C'est un beau garçon, oui, je comprends que tu le préfères à moi..."

"Non, Enzo, vraiment. Je ne le préfère pas à toi..."

"Et puis, c'est un étranger, il est intéressant. Il parle comme un gentilhomme. Je n'ai aucune chance contre lui, je te comprends, Ruggiero. Tu veux être libre, tu ne veux pas d'attaches. C'était trop dur de laisser tomber tes aventures pour moi. Je te libère, Ruggiero. Amuse-toi bien.”

"Enzo... Je... Vraiment..." commença le jeune homme, figé.

"Enzo, tu ne devrais pas réagir comme ça. Si tu veux, je pars tout de suite. Ruggiero est à toi, pas à moi." dit Manfredo pour essayer de dénouer cette désagréable confrontation.

"A moi ? Non, Ruggiero n'est à personne. Au village, il m'avait, maintenant, il t'a toi. Puis il aura quelqu'un d'autre : ce n'est pas sa faute, il faut bien qu'il suive ses pulsions. S'il voit passer un garçon disponible, il le prend, c'est aussi simple que ça."

"Mais je..." essaya le jeune homme.

"Amusez-vous bien. Je vous laisse tranquilles." dit Enzo en se levant pour partir.

Ruggiero le prit par le bras et le tira à lui, "Attends, ça ne peut pas se terminer comme ça. Je ne veux pas."

"Tu ne veux pas ? Mais moi je le veux."

"Mais nous sommes l'un à l'autre, nous nous aimons."

"C'est ce que je croyais, Ruggiero, c'est ce que je croyais, mis j'avais tort. Lâche-moi, maintenant !" dit-il brutalement. Sa brutalité venait d'une douleur à lui couper le souffle : il avait l'impression d'en mourir.

"Enzo, je ne voulais pas que tu le saches, que tu le découvres comme ça..."

"Laisse moi tranquille, laisse moi tranquille !" Il criait presque. Et il se dégagea. Il sauta à la porte, l'ouvrit et dévala les escaliers en essayant de chasser les larmes qui l'empêchaient de bien voir.

Il courut sur plusieurs pâtés de maisons, puis s'arrêta, haletant. Il sentait un poignard dans son cœur, tranchant, froid et implacable. Il se pencha contre un mur et essaya de reprendre son souffle. "Que faire, que faire, que faire ?" se répétait-il dans une interminable ritournelle. Il s'était senti si sale et si coupable pour n'avoir failli qu'une seule fois, pendant que Ruggiero s'amusait sans soucis avec cet étranger, ce garçon qui l'attendait tout nu, sans la moindre honte, prêt à baiser.

Il avait vu le petit sourire d'anticipation qu'avait Ruggiero en ouvrant la porte : il devait bander rien qu'à la pensée que le garçon l'attendait, prêt pour lui, prêt comme il aurait aimé que Ruggiero le trouve, comme seulement deux amants peuvent le faire après une longue intimité. Et il disait qu'il l'aimait ! Il espérait qu'Enzo ne le découvre pas, il était si loin. Alors, avec combien d'autres le ferait-il encore, pourvu qu'Enzo ne soit pas au courant ?

Il se remit en marcher, mécaniquement, submergé par ses pensées amères. Lui-même n'avait pas été parfait, c'est vrai, mais il ne l'aurait jamais caché à son amant. Si des secrets apparaissent entre deux amants, alors il n'y a plus de confiance, plus d'amour. Des erreurs... qui n'en fait pas ! Mais comme ça... ce n'est pas juste faire une erreur. Ruggiero a fait son choix, il a eu tout le temps qu'il fallait pour y penser. Ca faisait huit jours qu'il vivait avec ce garçon. C'était évident. Et il lui avait fait l'amour sans se poser de questions, ça aussi ça crevait les yeux.

Ce petit sourire d'anticipation en ouvrant la porte... c'est ça qui lui faisait le plus mal. Et, bien sûr, Ruggiero avait essayé de l'empêcher d'entrer, de le faire redescendre pour lui raconter des histoires... "Non, je n'irai jamais avec une femme" lui avait-il dit... mais il n'avait jamais promis pour un homme. Il savait jouer avec les mots. Ruggiero était instruit, pas comme lui qui n'était qu'un simple garçon de la campagne. Comment avait-il pu s'imaginer que Ruggiero était à lui ? Il avait vraiment été trop bête...

Il erra sans but pendant des heures. Puis il entendit quelqu'un l'appeler. C'était Alduzzo. Il portait fièrement une chemise rouge.

"Regarde, Enzo, je suis un garibaldien à présent ! J'ai rencontré Giuseppe Garibaldi, tu sais ? Mais... qu'est-ce qui t'arrive ? Tu n'as pas trouvé Ruggiero ?"

"Si, je l'ai trouvé."

"Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ?" lui demanda son ami inquiet. "Tu lui as dit pour nous ... et il t'a quitté ?"

"Non, bien pire..." et Enzo lui raconta, la voix cassée, ce qui était arrivé.

"Ah, les hommes ! on est bien tous pareils : on ne s'intéresse qu'à trouver son plaisir, n'importe où et n'importe quand. Comme des chiens. Quand ils sont en chaleur, ils essaient même de baiser les poteaux. Ne te fais pas d'illusion, mon pauvre Enzo, l'amour est un beau conte, mais ça n'existe que dans les chansons. Et entre deux hommes c'est encore plus dur qu'entre un homme et une femme. L'amour, c'est comme la lampe d'Aladin : tu frottes, tu frottes et au lieu de voir jaillir un génie, tu te retrouve juste avec une lampe toute brillante." Enzo fit un sourire forcé en réponse. Son ami lui demanda, "Et maintenant, que vas-tu faire ?"

"Qu'est-ce que j'en sais ? En tout cas, je ne retourne pas au village."

"Alors, pourquoi tu ne viens pas avec nous ? Si tu veux, je t'emmène chez l'officier recruteur. Je suis sûr que si Federico ou moi te présentons, il te donneront une chemise rouge. Après demain on part pour le continent..."

"Ce garçon y sera aussi..."

"Et alors ? tu t'en fiches. Allez, viens..."

"Je n'ai jamais tenu un fusil."

"Tu apprendras, comme moi. Allez, Enzo ! On ira sur le continent, ça ne t'excite pas ?"

Le garçon laissa son ami le convaincre : il ne voulais certainement pas rentrer au village, et il voulait mettre le plus de distance possible entre Ruggiero et lui. Et une des raisons qui le firent accepter, même si elle n'était pas consciente, était l'espoir de mourir dans la bataille.

Il fut recruté. Il dut prêter serment et il fut assigné au groupe du caporal Cangemi, avec Alduzzo et quelques autres ex picciotti. Ils lui donnèrent un fusil et lui apprirent à l'entretenir, à le charger et à tirer. La discipline était simple, elle reposait sur quelques règles efficaces. L'ambiance était joyeuse et excitée. Cela faisait du bien à Enzo, même s'il restait en lui un mélange de tristesse et de déception.

Le soir avant leur départ, quand tous partirent fêter ça à la taverne, Enzo dit qu'il n'avait pas envie et resta dans la chambre qu'il partageait avec Alduzo, chez un médecin de Messine.

Alduzzo rentra tard. Il se déshabilla pour se coucher et se glissa sous les draps. Il se pencha vers son ami et le réveilla.

"Enzo ?"

"Salut, Alduzzo..."

"Demain, on embarque."

"Oui."

"C'est la première fois que j'irai sur un bateau."

"Oui."

"Et sur le continent."

"Oui."

"Ca ne t'excite pas ?"

"Un peu." répondit la garçon, à moitié endormi.

Alduzzo passa la main sur la poitrine de son ami, la descendit sur son ventre, "Tu n'as plus de raison de dire non... j'ai envie..." chuchota le garçon en atteignant le sexe d'Enzo et en le caressant à travers le caleçon.

Enzo ne répondit pas, mais il le laissa faire, puis il baissa la main pour lui aussi fouiller la culotte de son ami. Sentir sa magistrale érection l'excita "Prends-moi, Alduzzo." soupira-t-il.

"Mais après, tu me prendras aussi ?"

"Si tu veux, mais maintenant mets-la moi. J'en ai besoin." murmura le garçon en baissant la culotte de son ami. Quand ils furent nus, Enzo s'offrit à lui et le guida en lui avec un désir ardent.

Tandis que son ami excité le pénétrait, Enzo se dit qu'il le ferait avec tout le monde. Oui, même avec ce jeune piémontais, s'il le revoyait. Comment s'appelait-il ? Manfredi ? Non, Manfredo. Il était beau garçon... Ruggiero s'était amusé avec lui, et bien, à lui maintenant ! Ils pourraient aussi peut-être faire ça à trois, Alduzzo, lui et le piémontais. Et il y en avais sans doute d'autres avec qui il pourrait s'amuser. Cesare avait raison, chaque occasion qu'on laissait passer était une occasion perdue.

Alduzzo s'agitait sur lui dans une passion festive : ce n'était pas aussi beau qu'avec Ruggiero, mais ça plaisait à Enzo. Il pinça les tétons de son ami et fut heureux de le sentir frémir. Alduzzo n'était pas vraiment beau, mais il était bien fait et aimable. Ses yeux brillaient à la lumière de la bougie qui se consumait lentement sur la table de nuit. Il souriait à Enzo en s'échinait en lui et le retenait pas la taille "Tu me plais, Enzo !" murmura-t-il en augmentant le rythme et la force de ses poussées.

Enzo ferma les yeux, ravi par cet assaut puissant. Il n'y avait ni langueur ni tendresse : c'était juste deux jeunes corps unis par le désir de jouir l'un de l'autre, de dépenser de façon agréable leur énergie exubérante. Deux mâles en chaleur, heureux de s'unir à un jeune, fort et vigoureux compagnon, deux amis qui se rassasiaient l'un de l'autre.

Enzo sentit Alduzzo de raidir, pousser avec force et décharger en lui dans un doux et long gémissement retenu, en le tenant encore plus fort par la taille. Puis il se retira, s'écarta et s'étendit, prêt à être pris à son tour. Enzo, encore en complète érection, se prépara à satisfaire la silencieuse demande de son ami. Il se calla entre ses jambes, les releva sur sa poitrine, et poussa son sexe raide entre les fesses offertes.

Alduzzo, les yeux brillant d'anticipation, prit le sexe d'Enzo entre les mains et le guida en lui "Oh, Enzo, encule moi... encule moi !" suppliait-il excité, et il se poussait vers son ami qui s'enfonçait en lui.

Enzo préférait être pénétré, c'est vrai, mais ça ne lui déplaisait pas du tout de satisfaire son ami.

Dès qu'il fut en son ami, il se mit à le besogner avec détermination. Ils étaient amis depuis l'enfance, pensait Enzo, mais aucun n'avait jamais imaginé ça de l'autre, quel dommage ! Ce jeune mâle l'excitait, il était un peu loufoque, attirant, même si pas vraiment beau, et anxieux de lui faire plaisir de toutes les façons possibles. Et surtout, il lui permettait de ne pas penser à Ruggiero.


Chapitre précédent
back
Couverture et table des matières
couverture
2eEtagère
Etagère 2
Chapitre suivant
next


navigation map
recommend
corner
corner
If you can't use the map, use these links.
HALL Lounge Livingroom Memorial
Our Bedroom Guestroom Library Workshop
Links Awards Map
corner
corner


© Matt & Andrej Koymasky, 1997 - 2008