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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 2
TANO ET MASO
CHAPITRE 3
DÉCOUVERTE RÉCIPROQUE

Février arriva. Cet hiver-là fut terriblement froid. La nuit, les garçons portaient tous leurs habits : ceux d'hivers et au dessous ceux de mi-saison puis ceux d'été, c'est à dire trois chemises et trois culottes superposées, mais même en s'enroulant dans la vieille couverture de laine, ils n'arrivaient pas à se réchauffer.

Aussi un soir, après la fermeture, Tommaso demanda à Gaetano : "Tu n'as pas froid la nuit ?"

"Et comment ! C'est tout juste si j'arrive à dormir tellement j'ai froid !"

"Moi aussi ! J'ai pensé qu'on pourrait dormir ensemble, sur ta paillasse ou sur la mienne, et prendre nos deux couvertures. Je crois que comme ça on pourrait se tenir chaud. Qu'en dis-tu ?"

"Oui, c'est vrai. Mais alors une porte ne sera plus surveillée..."

"Mais il n'arrive jamais rien. Et puis la porte de ton côté est plus solide : on pourrait dormir chez moi. Et si quelqu'un essaie d'entrer, c'est sûr qu'on s'en rendra compte dans le silence de la nuit... Qu'en dis-tu, Tano ? Personne n'en saurait rien, il suffit qu'ils ne nous trouvent pas endormis le matin."

Gaetano accepta. Oui, un peu plus de chaleur serait vraiment bienvenu. Déjà là, malgré la couverture sur ses épaules, il commençait à avoir froid.

"Mais tu faisais comment les autres hivers ?" demanda Gaetano.

"Il n'a jamais fait aussi froid que cet hiver, je n'ai jamais eu le problème. Alors, tu viens chez moi ?"

Gaetano y alla et posa la lanterne sur une caisse. Ils s'étendirent sur la paillasse de Tommaso, s'enveloppèrent dans leurs deux couvertures et attendirent un peu, immobiles, tremblants, que la chaleur arrive.

"Il faut qu'on soit plus près." suggéra Tommaso et ils se blottirent l'un contre l'autre. Comme ils étaient couchés sur le flanc, le dos vers l'extérieur du lit, leurs visages se touchaient presque et leurs yeux étaient si proches qu'ils ne pouvaient pas accommoder. Mais la chaleur arrivait petit à petit et enfin ils arrêtèrent de grelotter et commencèrent à se détendre. D'instinct leurs corps, en sentant la chaleur de l'autre, comme par peur de laisser s'échapper cette petite chaleur, se rapprochait petit à petit l'un de l'autre. En se plaçant mieux, ils finirent par se retrouver dans une demi étreinte. Et ils bavardaient comme chaque soir. Mais après un moment, Gaetano se rendit compte qu'il sentait légèrement l'érection de son ami palpiter contre lui.

Alors en rigolant - un peu par embarras pour ce qu'il allait dire et un peu parce que cette sensation lui faisait plaisir - il murmura sur un ton blagueur : "La tienne s'est réveillée..."

Son ami, gêné, ne répondit pas. Gaetano le comprit et il ajouta : "La mienne aussi... tu vas sentir..." et il bougea un peu, pour presser sa propre érection contre son ami. Tommaso ne disait toujours rien et restait figé, presque comme s'il retenait sa respiration. Gaetano lui demanda alors, dans un murmure : "Tu l'as sentie ?"

"Oui... Je l'ai sentie... Et... ça t'arrive souvent, à toi ?" demanda-t-il enfin.

"Et bien, oui, ça m'arrive, ça arrive." répondit Gaetano, un peu rassuré, et il rigola encore. Un bras de Tommaso était appuyé sur le flanc de son ami, la main touchant légèrement son dos. Cette main commença sans qu'il y pense à caresser le dos de Gaetano, légèrement, à travers les habits.

"C'est bon d'être ensemble." susurra Tommaso.

"Oui, ça me plait. Et pas que pour la chaleur. Tu sais que je n'ai jamais eu un ami comme toi ?"

Tommaso sourit, bougea à peine la tête et posa ses lèvres sur celles de son ami en un baiser. Ce fut un baiser à peine effleuré, chaste, tendre et bref. Mais tous deux éprouvèrent un subtil frisson de plaisir et Gaetano chercha à nouveau ce contact. Le même frisson les parcourut encore, imperceptible. Ils sentaient tout deux que c'était si bon de pouvoir se manifester ainsi leur amitié mutuelle que d'instinct, presque à l'unisson, ils s'embrassèrent encore, en serrant fort l'autre. Leurs jambes s'entrelacèrent et leurs lèvres se retrouvèrent.

"Je me sens vraiment bien avec toi." murmura Gaetano, de bon gré.

"Vraiment bien..." fit Tommaso en écho.

Aucun des deux ne parlaient plus : une émotion nouvelle et forte les avait saisis et ils sentaient que ce n'était plus une affaire de paroles. Ils savaient que l'autre ressentait exactement la même chose. Leurs lèvres se trouvèrent encore. Aucun des deux n'avait jamais connu de baiser intime, mais d'instincts leurs lèvres s'ouvraient, se pressaient, se cherchaient. Et ils sentirent que c'était bon. Ce fut encore l'instinct qui leur apprit que faire, ce besoin réciproque de tendresse, et de chaleur pas seulement physique. Tommaso caressait le visage de Gaetano, qui le serrait encore plus fort contre lui. Leurs langues s'effleuraient et cela aussi leur plaisait.

Les deux garçons ne pensaient à rien, et moins encore au sexe, même si chacun était pleinement conscient de l'érection de l'autre. Ils sentaient simplement que ça avait un sens d'être comme ça. Ils savouraient la plus petite sensation, la moindre nouvelle émotion. Et ils s'endormirent comme ça, enlacés, en s'embrassant de temps en temps, chaque baisé était plus intime et plus long. Le bruit du cadenas de la porte, ouvert de l'extérieur, les réveilla. C'était déjà le matin.

"Vite, retourne à ta place!" chuchota Tommaso en le pressant.

Gaetano prit une des couvertures et courut à son lit. Le froid le fouetta : sa paillasse glaciale lui fit sentir intensément le manque de son ami, de sa proximité chaude et rassurante, de sa tendresse si douce et si nouvelle pour lui. Cette tendresse le renvoyait à des sensations enfouies au plus profond de son âme : la tendresse et la chaleur du sein de sa mère, quand il était encore un nourrisson... et la même impression rassurante, quand il faisait ses premiers pas hésitants, en sentant les mains fortes de son père, prêt à le rattraper et à le porter. Tout cela n'était pas conscient : Gaetano ne pouvait même pas s'en souvenir. Mais il était pleinement conscient du mélange de tendresse, de chaleur, de force et de vigueur que lui avait donné son ami et maintenant cela lui manquait.

Il trima toute la journée, comme toujours. Le travail permettait de moins sentir le froid et les employés allumaient de petits fourneaux à charbon de bois pour maintenir la colle liquide et cela adoucissait un peu le gel ambiant. Parfois,il croisait Tommaso et leurs regards se rencontraient. Ils échangeaient un sourire que personne n'aurait pu voir : eux seuls sentaient qu'il était là.

Quand vint le soir, les deux garçons se couchèrent de nouveau sur la paillasse de Tommaso en s'enlaçant tout de suite et leurs voix basses s'interrompaient pour des baisers encore plus longs et intimes que la nuit d'avant.

Plusieurs nuits durant, ce ne furent qu'enlacements, baisers et caresses, ça n'avait rien de sexuel, du moins dans leur tête, même si à chaque fois ils sentaient l'érection de l'autre, même s'ils aimaient ce frisson qu'ils réveillaient dans l'autre. C'était un crescendo, très lent, par pas imperceptibles. Leur intimité grandissait petit à petit. Chacun découvrait peu à peu où et comment l'autre aimait être touché et caressé. Et chacun trouvait très beau de pouvoir donner du plaisir à l'autre.

On était maintenant en Avril, une seule couverture suffisait et ils ne mettaient plus que leurs habits d'hivers. Ils n'avaient plus besoin de se réchauffer au lit, mais il ne vint à l'idée d'aucun des deux d'arrêter de dormir ensemble. C'est aussi en Avril que pour la première fois, alors qu'ils s'embrassaient et se caressaient, la main de Tommaso se posa entre les jambes de Gaetano et caressa son sexe dur à travers le tissus épais. Gaetano frissonna plus fort que d'habitude et, d'instinct, avança le bassin pour mieux sentir le contact de cette main.

Tommaso, comprenant que son ami prenait plaisir à être touché là, il ne retira pas sa main et continua sa caresse. Puis Gaetano se dit que s'il aimait tant sentir là cette main, si c'était aussi bon pour lui, ça le serait certainement pour aussi son ami et il posa sa main sur la culotte gonflée de Tommaso et le caressa. Ils s'embrassèrent et réalisèrent que maintenant même leur baiser avait un goût différent, plus intense et plus doux.

Quand vint Mai, ils reçurent des habits plus légers pour la nouvelle saison. Pendant la journée, même quand ils se baladaient le dimanche, ils ne parlaient jamais de ce qui arrivait la nuit : ils le savaient et en étaient contents, ce n'était pas la peine d'en parler. Et chaque nuit, ils se retrouvaient, heureux, et leur exploration mutuelle continuait. A présent, sans le froid, sans couverture pour gêner leurs mouvements, avec des vêtements plus légers, ils pouvaient se caresser plus librement et mieux sentir, à travers les habits, les frissons de l'autre et les formes de son corps. Alors ils suivaient ces formes des doigts, légèrement, en les soulignant, et en regardant l'expression du visage de l'autre pour mieux comprendre où et comment il aimait être caressé.

C'est comme ça que, sans y penser, ils découvrirent les zones érogènes de l'autre et désormais leurs caresses et leurs baisers contenaient plus que de la tendresse ou un échange amical. Leurs explorations étaient clairement devenues une façon de donner à l'autre du plaisir physique. Ils s'en rendaient compte et l'acceptaient tacitement.

Et ils découvraient que le contact direct des doigts sur la peu nue procurait des émotions plus profondes. Au début, les mains se glissaient sous les habits presque timidement. Bientôt elles commencèrent à les soulever, à les ouvrir, et enfin à les enlever pour donner plus de liberté à leurs caresses. Après tout, ils avaient l'habitude de leur nudité, depuis qu'ils allaient se baigner nus. Il n'y avait rien d'étrange ni de nouveau. Enfin, presque par accord tacite, ils se mirent à se déshabiller avant de se coucher, pour pouvoir caresser le corps nu de l'autre, tout en se regardant et en s'admirant l'un l'autre.

Et c'est de nouveau l'instinct qui leur suggéra d'alterner le contact des doigts avec celui des lèvres...

Et il s'en suivit une grande première...

Tommaso, alors en proie à un plaisir très intense, atteint l'orgasme. Très vite il resentit un fort embarras, une honte profonde, parce que son esprit n'accordait toujours aucune connotation explicitement sexuelle à tout ce qu'ils faisaient. C'était si différent de quand il se masturbait avec Checco ! Mais le résultat avait été le même : il en était confondu et troublé. Il croyait avoir gâché leurs rapports avec l'irruption de son plaisir sexuel.

Pour Gaetano, au contraire, ce fut comme une révélation, comme trouver le chaînon manquant. L'éjaculation de son ami, si inattendue pour lui, avait raccordés et donné un sens, tant à ses expériences avec Silvio puis avec les marins qu'à la tendresse qu'il avait pour Tommaso. Il sentait, et même il comprenait, que chacun de ces deux aspects, aussi beau et plaisant qu'il puise être, n'était pas complet. Et il comprenait qu'avec Tommaso il pourrait avoir les deux et ça le rendait heureux.

"Pardonne-moi, Tano..." murmura Tommaso, confus, en tentant de se nettoyer et de nettoyer le corps de son ami. Mais, en voyant son sourire lumineux, il lui demanda, stupéfait : "Mais tu n'es pas furieux contre moi ?"

"Furieux contre toi ? Pas du tout! J'ai fait une découverte fantastique !"

"Une découverte ? Mais de quoi tu parles ?"

Gaetano, encore excité, poussa son ami pour l'allonger, il se coucha sur lui, l'enlaça et l'embrasa sur la bouche, puis il dit : "Ce n'est pas bon qu'on puisse être comme ça, toi et moi ?"

"Si, mais..."

"Ce n'était pas merveilleux ce qui vient de t'arriver ?"

"J'en crève de honte..."

"Mais tu as eu du plaisir, non ?"

"Et bien... oui..."

"Un peu ? Beaucoup ?"

"Beaucoup." admit Tommaso à mi-voix et il rougissait.

"Bien ! Et c'est grâce à moi, tu ne le vois pas ? Je t'ai donné du plaisir, beaucoup de plaisir... pas vrai ?"

"C'est vrai, mais..."

"Pas de 'Mais'. Je suis heureux de pouvoir donner autant de plaisir à mon seul ami. Ca ne t'était jamais arrivé avant ?"

"Ben, si, avec Checco, mais... mais c'était différent, juste avec les mains, juste la culotte ouverte... c'était autre chose..."

"C'est ça, c'était autre chose. A moi aussi ça m'est déjà arrivé, avec mon cousin Silvio et avec, euh... d'autres et de façon différente. Sur le bateau et avec les marins je veux dire. Mais c'était autre chose. Avec toi... avec toi, c'était vraiment bon, n'est-ce pas ?"

"Ben... c'est vrai..."

"Et cette fois-ci, pour toi, ça a été merveilleux, n'est-ce pas ? Aucune comparaison avec ce ... Checco, vrai ?"

"Oui, oui, c'est vrai..."

"C'est ça. Avec les autres... on ne savait pas vraiment que c'était possible. Et même si on avait su, on n'aurait pas pu le faire, parce que c'était... des autres. Ces autres, ils nous ont tout appris de travers. Mais nous, on a trouvé tout seuls, parce qu'on est... des amis. Tu comprends ? C'est comme ça, et c'est merveilleux, non ?" conclut Gaetano, radieux.

"Oui, c'est vrai." lui dit-il avec un sourire timide. Puis redevenant sérieux, il dit : "Mais... je ne t'ai pas donné ce... plaisir merveilleux."

"Et bien qu'est-ce que tu attends, alors ?" dit joyeusement Gaetano.

Tommaso fit oui. Les garçons changèrent de place, Gaetano sur le dos et Maso couché près de lui. Il se mit à caresser, à embrasser et à toucher Tano. Mais comme il venait d'avoir son orgasme, sans le vouloir il le faisait mécaniquement.

Gaetano avait quand même du plaisir, mais peu après Tommaso s'arrêta : "Non, Tano. Ce n'est plus pareil... Je ne sais pas pourquoi, mais maintenant ... c'est presque comme avec Checco..." dit-il confus.

Gaetano le regarda et vit la profonde tristesse de son ami. Il réfléchit un instant et dit : "Ça ne fait rien. Arrêtons pour l'instant. Ce sera sans doute meilleur quand on le fera en même temps... On essaiera demain soir. Allez, viens, on va juste se serrer, si ça te va."

Tommaso se blottit contre lui et ils s'enlacèrent.

Gaetano caressait tendrement son dos nu. Tommaso émit un petit soupir et murmura "C'était vraiment merveilleux, tu sais. Et... demain, tu verras, ce sera merveilleux pour toi aussi, mon ami."

Et il tint sa promesse. La nuit suivante, ils se couchèrent, nus, et se mirent à se caresser et à s'embrasser l'un l'autre comme toujours. Mais maintenant ils savaient où ils allaient. Et ils y allaient sans hâte : ils savaient qu'ils arriveraient au but. Ils sentaient leur excitation se réveiller, monter, se renforcer. Leur nouvelle conscience rendait leurs effusions encore plus excitantes.

"Ça... je vais venir encore..." soudain Tommaso haletait.

"Et moi aussi... moi aussi..." murmura Gaetano en réponse.

"Là... Là..." gémit son ami.

"Oui... ouiiii..." fit Tano en écho et ils éclatèrent à l'unisson dans une symphonie de contractions, jet après jet et ils s'agrippaient l'un à l'autre et s'embrassaient avec passion et vigueur.

Enfin ils s'abandonnaient, toujours enlacés, comblés. Leur respiration se calmait peu à peu, leur pouls revenait à la normale et ils se détendaient, encore enlacés.

"Çan'a pas été merveilleux ?" demanda Gaetano d'un ton doux.

"Oh, si... C'était vraiment merveilleux." murmura Tommaso.

Ils partagèrent encore leur tendresse, encore des baisers, heureux d'avoir atteint ensemble un tel état de béatitude.

Puis Tommaso lui demanda : "Mais toi, avec ton cousin, tu faisais comme Checco et moi ? Juste avec les mains ?"

"Oui, du même tonneau."

"Et... avec les marins ?"

"Avec eux... c'était autre chose..."

"Mais... pas comme on vient de faire ?"

"Non, autre chose."

"Et c'était bien ?"

"Avec les marins... ce n'était ni bien ni mal. Mais ça donnait du plaisir, et je crois que si nous on faisait pareil, alors ça pourrait être merveilleux."

"Tu m'apprendras ?"

"Bien sûr, les prochaines fois."

Ils se turent un moment, sans cesser de se caresser l'un l'autre et d'échanger des baisers, plus légers mais très tendres.

"Je peux te dire quelque chose, Tano ?"

"Bien sûr !"

"J'ai un peu honte... Tu ne riras pas ?

"Ben... je sais pas... j'essaierai."

"Avant, pendant que ça arrivait... j'ai soudain réalisé que... que tu es si beau !"

Gaetano ne rit pas. Il donna un baiser à son ami et murmura : "Merci. Toi aussi, maintenant, je te trouve très beau."

C'était ce que les garçons pouvaient dire de plus proche d'une déclaration d'amour. Ils sentaient, confusément, mais ils le sentaient, que désormais la vie était belle.

Les nuits suivantes, Gaetano enseigna à son ami ce qu'il faisait avec les marins. Pour la première fois, c'était lui qui pénétrait l'autre - et il adora ça.

Tommaso par contre lui avoua : "Avec la bouche, c'est si bon, ça me plait. Mais là... par derrière, ça me fait mal."

"Oui, moi aussi, au début ça me faisait mal. Mais beaucoup moins maintenant. Je crois que c'est juste question d'habitude. Et j'aime la façon dont tu me prends."

"Moi aussi, j'aime te prendre. Mais là derrière, pas encore..." dit-il un peu troublé et presque avec remords.

"Alors c'est juste toi qui me prendras." dit Gaetano généreusement.

"Mais tu aimes me la mettre, pas vrai ?"

"Ben, oui... beaucoup."

"Oui, moi aussi j'aime te la mettre. Alors, comme tu dis, la douleur passera : je veux que tu le fasses encore... Je m'y ferais."

"Ca prend du temps de s'habituer."

"On a tout le temps qu'on veut, non ?" répondit Tommaso en serrant affectueusement les mains de Tano.

Puis se fut l'été et les dimanches ils retournaient se baigner dans le Chienti ou la mer. Bien que désormais très familiers de leur nudité, parfois quand ils jouaient un simple effleurement suffisait à les exciter.

"Ce serait géant de le faire ici, au soleil." dit Tommaso un dimanche après midi, le sourire provocateur.

"Ce serait géant, mais on pourrait nous voir et ce serait très gênant, non ?"

"Oui... Mais j'ai tellement envie... Ca se voit, hein ?"

"Et comment que ça se voit. Moi aussi j'ai envie, regarde là. Mais..."

"Mais derrière ces buisson... peut-être..." insista Tommaso, tentateur, d'un ton suppliant.

Gaetano regardait les buissons, comme pour évaluer les chances, puis il tendit une main à son ami, en se levant : "Allons-y." dit-il simplement et ils disparurent derrière l'épaisse broussaille.

Désormais ils parlaient souvent de quand ils faisaient l'amour : qu'est-ce que tu as préféré, qu'as tu senti, pensé... C'était sans doute une façon de se connaître mieux, mais c'était aussi la façon d'accroître leur intimité, parce qu'on ne parlait pas de ces choses aux autres. Eux, par contre, pouvaient en parler sans la moindre gêne. Tommaso s'habituait à être pénétré et il aimait ça de plus en plus. Gaetano s'en rendait compte et il en était content.

Les deux garçons ne passaient pas tout leur temps libre qu'à faire l'amour, la nuit et les dimanches. Tommaso continuait à apprendre à lire et à écrire à Gaetano et il avait aussi commencé à lui apprendre les mathématiques de base : rien que les quatre opérations, puisqu'il ne connaissait rien de plus. Et Gaetano était bon élève. Cela aussi scellait leur amitié.

Ce fut l'automne, puis l'hiver.

Un dimanche où Tommaso avait dû accompagner son oncle à Macerata, Gaetano partit à Civitanova avec ses économies pour acheter un cadeau de Noël à son ami. C'était jour de marché. En se promenant entre les étals à la recherche d'une idée, il vit soudain un vendeur de livres. Les livres devaient avoir été pillés dans un monastère ou un couvent. Il y en avait de toute les tailles et de toutes les couleurs.

Gaetano remarqua un petit livre avec une belle couverture en peau et intact. Il le prit en main et le feuilleta. Il vit tout de suite qu'il était différent des autres : les phrases sautaient de ligne avant d'arriver à la marge de droite et elles n'étaient pas alignées. Gaetano n'avait jamais vu de livre de poésie. Il lut une page au hasard.

Oh, pourquoi ne revient-il pas à moi? Qui le retient ? Et où est il allé ? Ce beau visage qui se para De la fleur de toutes beautés.

Il ne comprenait pas tout, mais il en comprenait assez pour penser que c'était le premier dimanche qu'il passait sans son ami et que Tommaso était vraiment une "fleur de toutes les beautés". Alors il demanda le prix du livre. Il marchanda un moment jusqu'à arriver à un prix raisonnable. De retour au magasin, il le cacha sous son lit en attendant la nuit de Noël.

La veille de Noël, avant de se mettre à faire l'amour, ils échangèrent leurs cadeaux. Tommaso fut surpris et content du livre de poésie et tendit un petit paquet à Gaetano. Il le déballa soigneusement en se disant que le papier pourrait être utile plus tard pour écrire sur son dos. Dedans, il trouva un petit santon en plâtre. Il représentait un jeune homme torse nu, ne portant que sa culotte, avec un sac sur l'épaule.

"Tu vois," expliqua Tommaso, "il est châtain clair, comme moi, et il porte des marchandises, comme je le fais souvent. Alors c'est moi. C'est Maso. Maso, c'est le cadeau que je te fais pour ce Noël."

Gaetano sourit et embrasa la statuette sur la poitrine, puis il dit : "Merci, mon ami. Mais tu es... tellement plus beau !"

Il posa la statuette avec précaution, s'approcha de son ami, lui découvrit la poitrine qu'il embrassa tendrement, en lui suçant un téton. Maso frémit et lui caressa les cheveux.

Tano le prit par la main : "Oui, tu es tellement plus beau. Viens..." dit-il d'un ton doux en l'emmenant vers la paillasse.

Et, sans une pensée pour le Monde, ils se donnèrent l'un à l'autre.


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