En chemin, ils décidèrent de libérer Bruno : ils s'étaient soulagés et ils s'étaient lassés de lui. Ces hommes rudes, même s'ils préféraient les femmes, se contentaient parfois d'un garçon. Ils s'attendaient, inconsciemment, à ce que Bruno accepte son rôle ou s'y oppose comme il l'avait fait au début. Dans le premier cas ils pouvaient avoir un instant l'illusion d'être avec une fille ; dans l'autre cas, c'était le plaisir subtilement pervers de faire se soumettre un homme à leurs besoins. Mais Bruno, par instinct ou par calcul, après deux ou trois jours de violente rébellion, les laissa faire en restant inerte comme une bûche et il leur enleva ainsi tout leur plaisir.
Quelques jours après sa conversation avec le prisonnier, Gaetano fut par hasard le témoin d'une scène. Il cherchait du bois, comme d'habitude. Il passa près de là où ils gardaient Bruno attaché, mais il ne leva même pas les yeux et s'éloigna de quelques pas. Il se penchait pour ramasser une branche morte quand il entendit un cri. Il se retourna pour regarder : il y avait quatre hommes, il les reconnut : Gabriello, Fiore, la Courge et Poldo. Ils dénouaient les liens de Bruno qui se débattait de toutes ses forces et hurlait des jurons et des insultes. Les quatre hommes restaient silencieux, un sourire calme aux lèvres. Et tandis que trois d'entre eux le tenaient, Gabriello lui descendit la culotte. Ils le mirent de force à quatre pattes et, alors que trois hommes le maintenaient ainsi, Gabriello libera son sexe, sans même baisser sa culotte. Gaetano remarqua que son sexe n'était pas très long, mais large et épais, déjà dressé et complètement dur.
Gabriello se cracha dans la main et mouilla tout son membre par un léger massage, alors que Bruno continuait à se débattre sans affaiblir leur forte emprise et les insultait tous, la voix basse et pleine de haine, mais sans entamer leur calme placide. Gabriello caressait les fesses de Bruno presque tendrement : "Un beau petit cul..." dit-il, la voix basse et chaude. Il écarta les fesses des deux mains et il y pointa sa terrible arme et, d'un coup de rein sec, il pénétra le garçon qui criait de douleur et de rage. Gabriello le saisit alors par les hanches et commença à le monter vigoureusement, dans un calme olympien.
Gaetano était excité : c'était la première fois qu'il voyait deux hommes faire ça et même s'il pensait que personne ne devrait y être forcé, il se disait que pour Bruno, ce n'était qu'un juste retour de bâton. A un moment, le martèlement énergique de la pénétration gagna en vigueur et Gabriello ferma les yeux, pencha la tête en arrière, et enfonça son engin aussi profond que possible. Il lâcha un léger soupir, jusqu'à avoir complètement déchargé. Puis il s'extrait, s'essuya à la chemise de Bruno, et rajusta ses habits : "A toi, maintenant, la Courge ?" demanda-t-il l'air satisfait. Et il prit la place de son compagnon pour tenir le prisonnier.
La Courge prit la place de Gabriello et libera sa bite, déjà complètement raide. Gaetano regardait, accroupi, d'où il était, en retenant son souffle. Tout se répéta quasi à l'identique, même s'il ne prenait pas tout à fait le garçon de la même façon : il sombrait en lui d'un coup sec et rapide puis se retirait lentement. Et quand il éjacula, il donna une série de coups secs et profonds et il émit un petit gémissement de plaisir à chaque grognement de Bruno. Puis ce fut le tour des deux autres. Bruno criait toujours, il les insultait et il se débattait.
Quand ils furent rassasiés tous les quatre, ils remontèrent la culotte de Bruno, l'attachèrent à nouveau et s'en allèrent, satisfaits et calmes comme ils étaient venus. Gaetano poussa un soupir et se rendit compte qu'il bandait furieusement. Il aurait voulu chercher son Felice, en lui faisant l'amour il pourrait calmer le fort désir qu'il l'envahissait, mais son homme était à la chasse et il fallait attendre son retour.
Alors il se remit à ramasser du bois, mais il fallut du temps pour calmer sa forte érection. Quand enfin Felice revint, il alla le rejoindre : "Ohé, Felice..." murmura-t-il les yeux pleins de désir, en sentant son érection se réveiller rapidement.
"Oui, mon pinson ?"
"Emmène-moi quelque part..." susurra-t-il.
Felice comprit, mais il dit : "Là, il faut que tu prépares le gibier... on n'a pas vraiment le temps." Il lui sourit, en savourant l'intensité du désir qu'il lisait dans les yeux du garçon. S'il n'y avait eu personne, il l'aurait caressé, embrassé...
Gaetano savait que Felice avait raison, et il acquiesça, un peu déçu.
L'homme chuchota : "Moi aussi, j'ai envie de toi. Ce soir... ce soir je te ferais voir à quel point." promit-il.
Et il tint sa promesse. Ils firent l'amour longtemps, passionnément, brûlant de désir mais sans le brûler d'un seul coup. D'abord Gaetano étancha sa soif au nectar de son homme, puis l'accueillit en lui, en lui donnant un second intense orgasme. Puis étendus, enlacés ils échangèrent des caresses et des baisers.
"Je suis à toi, Felice." murmura joyeusement le garçon.
"Tu es à moi, pinson." répondit-il tendrement, en le caressant et en le serrant contre lui.
Après un moment, Gaetano lui demanda : "Tu en as eu beaucoup, des garçons, au cours de ces années ?"
"J'en ai baisé mon compte, beaucoup, oui, mais ils n'étaient pas qu'à moi... tu es le troisième."
"Ils étaient comment, les deux autre ?"
"Tu t'intéresses aux deux autres ? Et bien, le premier c'était Renzino. Contrairement aux autres garçons, ce n'était pas notre prisonnier. C'était un petit berger de seize ans, un garçon sans famille. Les bergers l'emmenaient dans la montagne depuis qu'il avait treize ans, tu sais, avec leur troupeau, pour s'amuser la nuit, un garçon c'est mieux qu'un mouton, tu vois...
"Je l'ai vu un matin, il se lavait dans un ruisseau. Il était nu, assis dans l'eau en se frottant vigoureusement. Il me plut, et pendant que je me lavais pas loin de lui, je le regardais et j'ai été excité. Il a vu comment je le regardais et il a compris que je le désirais. Alors il est venu vers moi, nu comme il était et il s'est offert à moi. Je l'ai pris là, dans le ruisseau. Il me plaisait beaucoup... et lui aussi, il aimait la façon dont je le prenais... alors il m'a demandé s'il pouvait venir avec moi : 'tu es meilleur que les bergers' a-t-il dit. Les bergers ne voulaient pas perdre leur garçon, mais ils nous craignaient et nous respectaient alors quand j'ai dit que je voulais le garçon, ils se sont résignés à perdre leur jouet. C'est comme ça que Renzino est devenu mon garçon."
"Je savais que parfois, quand il croyait que je ne le voyais pas, Renzino laissait aussi quelques uns de mes compagnons le monter, mais au fond je m'en moquais un peu, tant que la nuit il partageait mon manteau. Il me laissait baisser sa culotte il se laissait enfiler et ce n'est que quand tout mon sexe était en lui qu'il paraissait s'animer : il adorait se faire enculer. Il est resté deux ans avec moi. Et un jour, il a disparu. Peut-être qu'il s'est lassé de notre vie d'errance, je ne sais pas."
Felice regarda Gaetano, lui sourit et le serra fort de nouveau.
"Je me sens si bien avec toi, Felice, vraiment bien..." murmura le garçon, et il le caressa entre les jambes : "et pas seulement pour ça." Felice l'embrassa tendrement. "Et le deuxième ?" demanda alors Gaetano.
"Le deuxième s'appelait Marino. Il avait dix-sept ans. Je l'ai fait prisonnier quand on a attaqué la caravane de l'évêque de Chieti. C'était un séminariste, beau comme un ange. Quand je lui ai dit, comme à toi, que s'il devenait mon garçon il n'aurait affaire qu'à moi, Marino a tout de suite accepté. Ce n'était pas un puceau, il avait déjà été le garçon d'un prêtre au séminaire. Il était chaud comme un petit diable. Mais ce que je n'aimais pas en lui, c'est qu'il faisait la femme... Je lui avais dit 'écoute, j'aime les garçons, les mâles, si j'avais voulu une fille, je ne t'aurais pas pris toi" !"
"Comment ça, il faisait la femme ?"
"Oui, quand je lui prenais le cul, il disait 'je suis ta putain, baise ma petite chatte ! mets enceinte ta petite Marina' ... et ainsi de suite. Quand il parlait de moi aux autres, il ne disait pas : Felice, comme toi. Non, lui disait : 'Mon mari' ! Si au moins il avait dit 'mon homme'... enfin, tu vois ? Et il me mettait dans l'embarras devant les autres. Les autres se sont mis à le traiter comme une femme, et aussi à me chercher : 'alors, tu te convertis aux filles, Felice ?' Je me fatiguais de ses manières, tu vois. Alors après quelques mois, je lui ai dit : 'si tu aimes tant jouer à la fille, alors tu serais mieux avec mes compagnons, c'est eux qui crèvent d'envie d'une fille, pas moi. Je veux un garçon, un mâle, dans mon manteau.' Alors il est devenu le garçon de la Flèche, ou plutôt la fille de la Flèche..." dit Felice avec un petit rire.
"Il s'habillait en femme ?" demanda Gaetano, stupéfait.
"Non, le Passeur ne l'aurait jamais permis. Mais c'était évident pour tous qu'il était vraiment comme une fille, malgré ses habits. Et Marino aimait allumer tous les hommes, les provoquer et parfois il y avait un peu de grabuge entre eux à cause de lui. Comme la fois où la Flèche l'a trouvé à quatre pattes qui prenait Vitale par devant et Courge par derrière. Il était prêt à sortir son couteau. Alors finalement, le Passeur a décidé que Marino devait s'en aller."
"Mais la Flèche ne s'y est pas opposé ?"
"D'abord, personne ne s'oppose au Passeur. Et puis, la Flèche n'était pas si attaché que ça à cette petite pute. Il avait plaisir à le baiser, mais après tout, même s'il jouait à la fille, ce n'était pas une fille. Et la Flèche, c'est les femmes qu'il aime..."
"Mais, tes compagnons et toi, vous ne le faites jamais ensemble ?"
"Non, pour eux, baiser un garçon c'est presque comme baiser une fille mais pour rien au monde ils ne le feraient avec un homme. Et s'ils savaient que j'aime te sucer, ils ne comprendraient pas et ils perdraient respect pour moi. Ils ne sont pas comme toi et moi. Ils ne savent pas ce que c'est bon de le faire entre homme."
"Et moi... je vous plais ?"
"C'était une grand chance de te trouver, petit pinson. Tu aimes ça, mais tu es viril, malgré ton jeune âge. Et là, surtout, là... tu es un vrai homme" dit-il en prenant le sexe du garçon entre les mains, lequel, en réponse immédiate, se redressa. Puis Felice demanda : "Et moi, je te plais ?"
"Vous êtes mon homme !" répondit Gaetano affectueusement en s'agrippant à lui pour lui donner un baiser.
Felice le serra joyeusement des quatre membres et très vite ils s'entrelaçaient dans un rapport passionné.
Enfin, ils arrivèrent près de Dovadola, le but de ce voyage rapide et long, un coin qu'ils connaissaient parfaitement. Les femmes des brigands, comme d'habitude, arrivées par d'autres chemins, les attendaient dans divers villages des alentours où la plupart d'entre eux étaient nés.
C'est la première nuit qu'ils passèrent près de Dovadola, alors qu'ils étaient couchés dans leurs manteaux, nus, échangeaient caresses et baisers, que Felice dit à Gaetano, dans un murmure : "J'ai quelque chose à te demander..."
"Tout ce que tu veux, tu le sais."
"Cette nuit, je veux que tu me prennes, mon pinson."
"Moi ? Que moi je te prenne ?"
"Oui. Je ne l'ai jamais demandé, à aucun de mes garçons. Le seul qui m'a jamais pris c'était mon Riccardo..."
"Mais... pourquoi moi ?"
"Pourquoi ? Parce que tu es différent. Les autres étaient avec moi juste parce que... je ne sais pas. Mais ils ne participaient pas, pour eux, j'étais juste celui qui décide, celui qui tient le couteau du côté du manche. Ils faisaient tout ce que je voulais, dès que je le demandais mais ils ne m'ont rien demandé, pas une fois, comme toi, avec désir... Tu es différent, alors... Tu es un peu comme moi. Tu n'es pas mon Ricardo, c'est vrai, et je ne suis pas non plus ton Maso. Nous sommes comme deux radeaux à la dérive, toi et moi, ballottés par la vie. Mais on peut s'accrocher l'un à l'autre aussi longtemps qu'on en a la force et on résistera sans doute mieux aux vagues et à la tempête. Alors, je veux que tu me prennes, si tu as envie, comme tu m'as dit que tu aimais prendre ton amant, comme mon Riccardo aimait me prendre.
"Tu le veux ?"
"Oui, ça me plairait, avec toi."
Gaetano fit oui de la tête et caressant doucement le visage de son homme et, avec amour, il fit ce qu'il lui demandait. Oui, c'est vrai, il n'était pas son Tommaso. Mais il était... son Felice. Il ne le suivait plus juste parce qu'il ne savait pas où aller ou quoi faire d'autre, désormais il le suivait parce que c'était son homme. C'était un assassin, mais il était bien meilleur que beaucoup de "gens respectables". C'était un bandit, mais bien meilleur que tant de ses victimes. Et puis, c'était son homme.
Il n'éprouvait pas pour lui l'amour qu'il avait pour son Tommaso, ce n'était pas possible, mais quand même, c'était de l'amour. Et Felice aussi lui donnait de l'amour, même si aucun n'avait dit le mot.
Felice, après, dit : "Merci, petit pinson. Vraiment, tu ne m'abandonneras jamais ?"
"Vraiment ! Je suis si bien avec toi !" lui répondit Gaetano.
"Moi aussi." dit Felice en le serrant, entre ses bras et ses jambes, contre son corps nu.
Gaetano l'embrassa et le caressa jusqu'à réveiller son désir et il s'offrit à lui. Ils firent de nouveau l'amour. Le lendemain, Gaetano remarqua une nouvelle lumière briller dans les yeux de son Felice, une joie nouvelle qu'il n'avait jamais vue là. C'était comme si un ciel toujours gris devenait soudain limpide, serein et lumineux. Gaetano en fut profondément heureux.
Quelques jours plus tard, le Passeur reçu de grandes nouvelles : un riche juif de Faenza allait déménager à Ravenne avec tous ses biens. La rumeur disait qu'il devait transporter beaucoup d'or. Et il n'y avait pas de soldat dans tout le coin. Quelques hommes objectèrent que c'était la plaine, qu'il n'y avait ni forêt ni montagne où se cacher. Mais le Passeur répondit qu'il avait préparé son plan avec soin et alors ce fut décidé. Ca pouvait être le coup de leur vie. Ils installeraient leur camp près de Cotignola, puis ils descendraient vers Russi, par groupes de deux ou trois. Et là, sur la route de Ravenne, ils intercepteraient la caravane. Ils s'enfuiraient en remontant le cours du Ronco et ils disparaîtraient sans laisser de traces : c'était leur spécialité.
Peu à peu, tous les hommes furent convaincus. Ils se préparèrent et quittèrent Dovadola. Une fois installé le nouveau camp, comme les autres fois, Gaetano fut laissé là, pour garder le camp avec deux ou trois autres. Cette fois la Flèche et Gigi restèrent avec Gaetano : tous les autres partirent. La nuit vint et Gaetano, serré dans son manteau, dormit mal. Il était agité et faisait des cauchemars. Enfin, ce fut le matin et il alla préparer à manger pour lui et les deux autres.
A un moment, Gigi lui demanda : "Tu t'en fais pour ton homme ?"
Gaetano le regarda, étonné : c'était la première allusion explicite à leur relation qu'il entendait. Il vit qu'il n'y avait pas de moquerie dans le regard de l'homme, ni mépris ni ironie. Il posait la question naturellement, par sympathie. Alors il acquiesça légèrement.
"Tu vas voir, tout va bien se passer." Puis Gigi ajouta : "Tu devrais t'habituer à cette attente."
Arriva l'après midi.
"Ils devraient être rentrés depuis un moment, maintenant..." remarqua la Flèche en observant, songeur, le soleil.
Ils attendaient en silence, inquiets, l'oreille tendue pour entendre le moindre bruit. Les autres fois quand Felice partait en embuscade, l'expédition se déroulait dans la journée et ils revenaient toujours avant la nuit. Pour la première fois, Gaetano avait dû passer la nuit seul et les cauchemars qu'il avait faits l'inquiétaient encore plus. En y repensant, il se disait que c'était peut-être un mauvais présage et il essayait en vain de se convaincre qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter, que Felice lui reviendrait comme les autres fois, ou plutôt, cette fois-ci avec une meilleure part de butin...
C'était presque le crépuscule quand ils virent quelqu'un grimper vers eux. Ils regardaient, tendus. Gigi et la Flèche avec l'arme prête. C'était Felice. Les deux hommes baissèrent les armes, soulagés, et Gaetano courut vers lui, en fête. Il boitait visiblement et s'appuyait sur son fusil.
"Felice ! Felice ! Que s'est-il passé ? Et les autres ?" demanda Gaetano en arrivant près de lui et il se rendit compte avec horreur que son homme était couvert de sang.
"Il sont tous mort, tous, même le Passeur. C'était un piège, une embuscade. J'ai eu peur de ne pas arriver à rentrer... ici. Fuyez, sauvez votre peau, il n'y a plus rien d'autre à faire..." dit-il à ses compagnons qui avaient accouru aux cris du garçon.
Les deux hommes ne dirent rien mais partirent vite au camp où ils prirent ce qui pourrait leur être utile et ils s'enfuirent dans la montagne.
"Toi aussi tu dois partir, Tano, je vais revoir mon Riccardo..."
"Non, je ne vais pas te laisser ici. Tu guériras, et..."
"Non. Non, c'est vraiment une sale blessure..."
"Fais-moi voir."
"Non. J'ai perdu beaucoup de sang... je m'en vais, mon pinson."
Gaetano éclata en sanglots. L'homme se laissa glisser à terre.
"Non, ne pleures pas. Je suis content d'aller enfin retrouver mon Riccardo, en enfer." plaisanta Felice, puis une quinte violente lui secoua le corps et un filet de sang sortit de sa bouche. "Ecoute, il me reste peu de temps... Au camp, sous la pierre où je mets mon manteau... la pierre qu'on utilise comme oreiller, tu sais ? Soulève-là. Mon or est là. Il est pour toi. Fais-en bon usage. Essaie..."
" Non, je ne te laisserai pas !" protesta tristement Gaetano.
Mais sa phrase voulait plutôt dire : "Ne me laisse pas, pas toi aussi ! S'il te plait !"
"Il est tard, et je suis si fatigué... Prends mon or, c'est tout ce que je peux te laisser. Adieu, petit pins..."
Gaetano caressait la tête de son homme qu'il tenait sur ses genoux.
La nuit tombait. Felice avait perdu connaissance, son souffle n'était plus qu'un filet. Le garçon caressait doucement les joues piquantes de son homme et dans son cœur, il le suppliait de ne pas mourir.
Soudain, Felice ouvrit les yeux, murmura à voix basse : "Riccar..." et il se raidit.
Gaetano pleura, en restant immobile, la tête de Felice toujours sur ses genoux. Il lui ferma les yeux et se releva doucement, en reposant délicatement la tête de son homme sur le sol froid et dur. Il remonta au camp, chercha le manteau de Felice et la pierre, et il trouva dessous la ceinture dans laquelle il avait cousu tout son or, et il la glissa sous sa propre ceinture. Il prit un des poignards de son homme et le glissa aussi sous sa ceinture. Puis il retourna vers le corps sans vie de son ami et le recouvrit de son manteau. Il se pencha pour embrasser son front, maintenant froid, et lui couvrit aussi la tête. Et comme en transe il descendit vers la vallée, en trébuchant, tombant et se relevant, toujours plus bas vers la vallée.
Il dépassa Meldola, sombre et silencieuse comme un cimetière et il atteint la vaste plaine qui s'ouvrait au bout de la vallée. Il regarda le ciel, les étoiles qui scintillaient, et il dit : "Non, vous ne pouvez pas être en enfer, Felice, Riccardo ! Non ! Ce ne serait pas juste ! Vous êtes là-haut, parmi les étoiles, près du Seigneur et près de mon Maso !" et il s'agenouilla dans une prière silencieuse, puis il glissa doucement sur l'herbe, au bord de la route, et il sombra dans le vide d'un profond sommeil.