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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 2
TANO ET MASO
CHAPITRE 8
LE SÉDUCTEUR LIBERTIN

"Rhabillons-nous à présent et retournons au cabinet : je dois terminer ma consultation."

"On ne peut pas terminer ici ? Je n'ai pas encore envie de m'habiller... ni de te voir habillé."

Enrico acquiesça et sourit : "Ce sera la première fois dans l'histoire de la médecine qu'un docteur nu ausculte un patient nu"

"Tu crois ?" demanda Gaetano, malicieux.

"Et bien, qui sait ?" répondit-il en reprenant sa consultation là où l'avait interrompue. A la fin il dit : "Il n'y a pas de quoi s'en faire : c'est sans doute juste un muscle froissé, tu a dû soulever une charge dans une mauvaise position. Evite de faire des gestes brusques et tu verras, ça va passer."

"D'accord. Mais faire l'amour, ça..."

"Aucun problème, tu as bien vu." répondit Enrico en souriant et en le caressant.

Gaetano et Enrico devinrent amants. Enrico était très romantique et cela plaisait à son ami. Après l'ardeur des premiers mois, leur relation se poursuivait comme un long fleuve tranquille, à leur satisfaction mutuelle. Ils se voyaient souvent et même s'ils ne faisaient pas l'amour à chaque fois, ils aimaient rester enlacés et se caresser pendant qu'ils se parlaient.

Ils visitèrent ensemble les plus beaux endroits de Ravenne, puis autour et ils allèrent jusqu'à Bologne. A la belle saison, ils allaient se baigner de nuit à la mer, puis ils faisaient l'amour sur le rivage, sous les étoiles.

Marcus revint chercher Gaetano, mais celui-ci lui expliqua qu'il avait désormais un amant et qu'il ne voulait pas le tromper. Le mousse, dans son italien approximatif, lui dit sa déception :

"Ich avoir un homme dans chaque port. Ich tevoir chercher un autre. Pas facile." Il eut l'air désolé en voyant que Gaetano était inflexible.

Quand il le raconta à Enrico, celui-ci sourit : "Je suis désolé pour ce garçon... mais content pour moi." dit-il.

"Pourquoi, tu en doutais ?"

"Non... C'est juste que je n'ai jamais été confronté au problème. Je me sens si bien avec toi."

"Et moi avec toi."

"Mais les mousses... ils aiment tous les hommes ?"

"Non, ils sont juste disponibles, jusqu'à ce qu'ils deviennent marin, parce que c'est... la loi de la mer. Plus tard... celui qui est comme nous continue à aimer les hommes, les autres au contraire cherchent une femme. Une femme dans chaque port, et le mousse à bord, en fait."

"Mais ton petit autrichien dit qu'il a un homme dans chaque port."

"Lui, bien sûr, est comme nous, quand il sera marin, il continuera pareil."

"Il était bon... au lit ?"

"Marcus ? Oh, oui ! Mais sois tranquille, je te préfère toi."

"Et moi... je suis bon au lit ?"

"Enrico ! Il ne s'agit pas juste d'être bon, tu le sais bien. Ce que tu me donnes, ce n'est pas que du plaisir, c'est beaucoup plus. Quand tu me poses ces questions, on dirait un gamin."

"Mais, au fond, nous sommes tous un peu des gamins, non ?"

"Pas là, heureusement..." répondit Gaetano espiègle en lui caressant l'entrejambe.

Enrico rougit un peu, mais ne s'esquiva pas. La légère pudeur que son amant conservait enchantait Gaetano.

Ils restèrent ensemble jusqu'à 1859, c'est à dire jusqu'à quand Enrico, enflammé par les nouvelles politiques qui faisaient rage, décida de s'enrôler comme volontaire Garibaldien. Enrico aurait voulu que Gaetano le suive.

Gaetano, lui, aurait voulu qu'Enrico reste : "Moi, je ne suis pas un guerrier. Et... c'est peut-être égoïste, peut-être que je pense trop à moi, mais je ne supporterais pas de perdre toi aussi."

"Non, je comprends, mais alors... tu me perdrais quand même, parce que je ne peux pas renoncer... J'en suis vraiment désolé, crois-moi, mais..."

"Moi aussi. Oui, je te perdrais aussi, mais au moins je saurais que tu es encore en vie. Je sais combien ton idéal d'une Italie unifiée est important pour toi. Je connais bien tes idéaux et je les respecte, alors..."

"Alors ?"

"Il ne nous reste qu'à nous dire adieu."

"Oui. Peut-être que je ne t'aime pas autant que tu le mérites, Gaetano... Je ne sais pas, mais si je ne pars pas je ne me le pardonnerais jamais, de toute ma vie. C'est l'heure de l'Italie, tu sais, l'heure que j'attends depuis... toujours. C'est pour ça qu'est mort mon maître et mon ami, Poma. Je dois y aller."

"C'est vrai. Alors nous devons nous séparer. Comme de vrais amis."

"Oui."

"Tu pars bientôt ?"

"Tu es furieux contre moi ?"

"Et toi contre moi ?"

"Non."

"Bien. Mais tu pars bientôt ?" demanda encore Gaetano.

"Dans trois jours..."

Gaetano lui proposa de l'argent, mais Enrico, qui avait tout vendu, lui montra qu'il en avait assez. Ils se dirent adieu par une longue nuit d'amour pendant laquelle ils retrouvèrent non l'enthousiasme mais la passion des premiers jours.

Gaetano, de nouveau seul, commença à souffrir de Ravenne où chaque pierre et chaque coin lui rappelait Enrico. Aussi, moins de deux mois après leur séparation, il décida de tout vendre et de partir aussi. Il pensa aller à Bologne mais il finit par se décider pour Rome : il avait toujours eu envie de voir la ville où vivait le Pape.

Il n'avait pas de chance, pensait-il pendant le long voyage dans une voiture publique : il avait eu trois amants et les avait perdus tous les trois... Alors, ça valait la peine de tomber amoureux ? De combien de larmes avait-il payé ces trois périodes de bonheur et de sérénité ? Bah, il n'avait pas pleuré pour Enrico, et il espérait ne jamais avoir à le pleurer, mais il ressentait vivement son absence. Et pas que pour le sexe. Enrico était surtout un ami. Felice avait été surtout un amant. Tommaso... les deux à la fois, il restait le parfait amant.

On dit qu'on n'oublie jamais son premier amour. Ce serait cela ? se demandait-il en faisant jouer l'anneau de fer. Non, Tommaso était vraiment unique, exceptionnel et parfait ! Non, il ne l'idéalisait pas. C'était la vérité pure et simple. "Maso, oh Maso !" pensait-il. Et il pleura. Pour ne pas être vu des autres voyageurs, il mit son chapeau sur le visage, comme s'il voulait dormir et il pu laisser toutes ses larmes s'écouler en silence.

Arrivé à Rome, il chercha à peu près un mois où investir au mieux son capital, pas énorme mais confortable. Et il en profita pour visiter la Ville Eternelle. Il en eut une impression de splendeur et de misère, les deux aspects si intimement liés qu'il était parfois difficile de comprendre où commençait l'une et où finissait l'autre. Mais une chose le saisissait : même les plus pauvres semblaient sereins. Rome était une ville vivante, fascinante. Peut-être justement à cause de ses mille contradictions. Et c'était une ville cosmopolite.

Quant au fait que la ville était Sainte, Gaetano avait des doutes, mais cela ne le gênait pas. Il était assez facile d'y trouver un compagnon avec qui passer la nuit.

Un jour enfin, il passa devant la boutique d'un tailleur et un papier sur la vitrine indiquait "à vendre".

Il entra pour s'informer. Le patron, maintenant vieux et riche, avait décidé de tout vendre et de rentrer à son village natal pour profiter de sa vieillesse. Il vendait à un prix raisonnable, auquel Gaetano pouvait faire face. Et avec la boutique et l'étoffe, il laissait les employés (en fait, les conserver était une condition de la vente) : un homme de quarante ans et un de vingt-sept, l'âge de Gaetano, et un commis de vingt ans.

"Mais je..." dit Gaetano hésitant mais tenté, "je n'ai jamais été tailleur."

"Oh, cher monsieur, la boutique marche toute seule : les trois employés sont d'excellents hommes de l'art et il ne vous restera qu'à vous occuper des comptes et des clients. Et vous savez, en plus des seigneurs, les officiers de l'armée du Pape viennent toujours à ma boutique, et il leur faut sans cesse de nouveaux uniformes... Ce n'est pas le travail qui manque, c'est certain."

Gaetano pensait aux beaux officiers qu'il avait observés se pavanant dans les rues de la ville éternelle, dans leurs beaux uniformes multicolores, élégants, sensuels et disponibles, à en juger par les œillades souvent échangées. Il discuta encore un peu avec le vieu, vérifia les comptes et les écritures, le stocks, les commandes et il finit par acheter le tout.

En sortant de chez le notaire qui avait rédigé l'acte de vente, l'ancien propriétaire lui conseilla de ne pas changer l'enseigne "Vous savez, les vieux clients y sont habitués..."

Gaetano, qui avait de l'expérience dans le commerce, décida de suivre ce conseil.

De la porte de la boutique, on voyait la belle Fontaine de Trevi, un lieu de passage élégant. C'était un très bon endroit. Gaetano trouva un appartement très proche et il se sentait très à son aise.

Les premiers jours, il avait observé Renzo, le "vétéran" de la boutique, prendre les mesures. Gaetano décida d'apprendre à le faire et de s'y mettre lui même : ce serait une merveilleuse occasion de palper à son aise les jeunes officiers qu'il trouverait intéressants.

Et puis Renzo demandait toujours : Excusez-moi, monsieur, (ou lieutenant, ou votre grâce, ...) mais de quel côté portez-vous ?"

Belle demande à faire, dans certains cas.

Quand il demanda la raison de cette question si particulière, Renzo lui expliqua naturellement : "Voyez-vous, avec les pantalons aujourd'hui à la mode, nous devons laisser plus de place du côté de l'oiseau, pour le laisser respirer, et donc ce côté est cousu différemment. Et comme certains portent à droite et d'autres à gauche, il vaut mieux demander que se tromper."

Gaetano décida que les mesures ne devaient pas être prise dans l'atelier, devant des yeux indiscrets, alors il fit préparer une pièce d'essayage. Il vida une petite pièce dont la porte donnait dans la boutique, elle servait à entreposer les vêtements et on les emporta dans l'atelier. La pièce était un peu en trapèze et mesurait neuf pieds sur neuf. Elle n'avait pas de fenêtres. Gaetano la fit soigneusement nettoyer et restaurer et il fit installer une belle porte qu'un petit verrou permettait de fermer de l'intérieur. Il fit installer trois grands miroirs, du sol au plafond : un fixé au mur et deux latéraux, orientables, ainsi qu'un sofa où poser les habits (au moins officiellement), plusieurs lampes et des rideaux pour draper les murs. Le petit entrepôt était devenu une petite pièce élégante, discrète, fermée et confortable.

Et il commença à tisser sa toile...

Avec les clients qui ne l'intéressaient pas, il était réservé, aimable, affable, mais très professionnel. Par contre, avec ceux qui l'attiraient, il était chaleureux, serviable, amical et, l'air naturel, il faisait des attouchements opportuns en observant attentivement la réaction du client.

"Ici il vaut mieux qu'on face plus serré, et là au contraire un peu plus lâche parce que, s'il vous arrivait... un accident, cela se verrait trop..." et ainsi de suite.

Et si le client semblait apprécier, il continuait, sinon, il faisait vite marche arrière. Et puis, si le client le laissait faire ses légers contacts et ses effleurements 'accidentels', il se faisait peu à peu plus hardi. Sinon, il n'essayait plus. Sa technique, appliquée avec extrême discrétion et adresse, commençait à porter ses fruits.

Il dit un jour à un jeune officier de cavalerie : "Excusez ma hardiesse, mais... je vois que vous êtes extrêmement bien développé, là en bas... Préféreriez vous que ... ce soit visible ou rester discret ?"

"Et vous, qu'en dites-vous ?" répondit le jeune officier avec un sourire complice.

"Et bien... si cela se remarquait sur un aussi bel jeune homme que vous... qui sait combien de cœurs seraient brisés !"

"Alors que cela se voit, bien sûr."

"Excusez-moi, mais quand vous avez... disons un... incident, le volume augmente-t-il beaucoup ?"

"Qu'en pensez-vous ?" demanda-t-il à nouveau, cette fois avec un sourire ouvertement provoquant.

"Mais, je ne sais pas... Pour certains oui, pour d'autres moins. Sachez qu'il n'y a pas deux hommes pareils en ce monde. Chacun est fait à sa façon... La beauté de la vie réside dans sa diversité, ne croyez-vous pas ?"

Et de fil en aiguille, petit à petit, d'attouchement en caresse, le jeune et bel officier finit couché nu sur le sofa, en pleine érection et pleinement disposé à rendre à Gaetano ses attentions sexuelles.

La même chose arriva avec le fils d'un comte, qui avait eu une furieuse érection à son premier essayage. Au deuxième, il laissa Gaetano le toucher d'une façon qui ne devait rien au hasard. Et au troisième il suppliait Gaetano de le pénétrer, et quand Gaetano accéda à sa demande il se rendit compte qu'il n'était pas le premier. Ce jeune homme revint souvent se faire faire des habits, et s'offrir au "maître tailleur" à chaque essayage. Et ainsi Gaetano se faisait de l'argent tout en s'amusant.

Mais seulement pour s'amuser : Gaetano ne voulait plus se lier à personne et il prenait grand soin de ne pas s'attacher.

Une fois il faillit s'y laisser aller, c'était avec un jeune lieutenant de la garde d'honneur du palais apostolique. Un blondinet élancé, très tendre et follement amoureux de lui. Gaetano, bien qu'attentif à ne pas tomber amoureux, s'aperçut qu'il commençait à sentir quelque chose de plus intense qu'une simple attirance physique pour ce grand jeune homme (ou ce petit jeune ?) et à chaque fois qu'ils faisaient l'amour il se sentait moins capable de le considérer comme une simple aventure. Il s'appelait Heinz et venait de Bavière. A chaque fois, au lit, il savait lui procurer le plaisir le plus intense, autant physique que spirituel. Ce qui le sauva de devoir se décider d'en faire ou non son amant fixe (et donc unique), ce fut le fait que la compagnie de Heinz fut envoyée se battre dans les Marches qui étaient alors envahies par le roi de Sardaigne. Heinz pleura quand ils se dirent adieu, et Gaetano fut très troublé. Il ne savait pas s'il désirait ou non qu'ils revienne et qu'ils reprennent leur relation. Mais Heinz n'était pas revenu : il sut plus tard qu'il avait été fait prisonnier.

Une seconde fois arriva en 1861. Il venait d'avoir vingt-neuf ans et c'était la mi Mai. Le roi de Sardaigne venait de se proclamer roi d'Italie et les états du Pape se réduisaient au seul Lazio. Mais à Rome, malgré l'agitation politique, le vie semblait poursuivre son cours tranquille, comme toujours.

Un jeune homme d'environ vingt-cinq ans vint à la boutique de Gaetano et il retint tout de suite toute son attention.

"Je viens d'être nommé porteur de la chaise de sa sainteté. Et on m'a dit que vous savez faire les meilleures livrées rouges de porteur. Est-ce exact ?"

"Certainement, monsieur. Notre maison s'honore de servir les porteurs pontificaux depuis bien avant ma naissance... et avant la vôtre, bien sûr"

Le jeune homme sourit et son sourire était si ouvert et si beau que Gaetano se dit qu'il ne devait absolument pas le laisser s'échapper. Alors il commença le petit jeu où il était devenu expert. Ca ne lui prit pas longtemps. Au quatrième essayage, le jeune homme bandait sous ses attouchements accidentels et il était plus rouge que la livrée qu'il essayait.

Alors Gaetano dit d'un air complice : "Nous devrions attendre que ça passe pour pouvoir continuer l'essayage comme il faut."

"Je suis désolé... je ne comprends pas..."

"Ca arrive, croyez-moi, ça arrive souvent pendant les essayages. Il n'y a rien de mal, vous êtes avec la bonne personne. De plus, même sans le vouloir, j'ai sans doute contribué au problème par mes effleurements involontaires pendant l'essayage, n'est-ce pas ?"

"Certes oui, mais..."

"Mais personne ne nous voit ici, vous pouvez vous détendre tranquillement. Nous sommes jeunes, nous avons le sang chaud... et puis peut-être que, comme moi, vous n'avez pas encore de femme pour calmer certaines... ardeurs juvéniles. Je me trompe ?"

"Non... non, vous avez raison."

"Et alors l'énergie s'accumule... et brûle de pouvoir s'échapper, n'est-ce pas ?"

"Oui, certainement..." répondit-il, encore gêné.

Et son érection ne donnait aucun signe de diminuer. Gaetano continuait à parler, à faire glisser son discours peu à peu, à le rendre de plus en plus intime sans que l'autre s'en formalise.

Il lança sa dernière flèche : "Voyons voir si ça va mieux, maintenant." et, décidé, il lui toucha l'entrejambe, sa main y resta plus que nécessaire et l'autre ne protestait pas, ne se soustrayait pas au contact, même lorsque les doigts soulignèrent la longue forme dure sous le tissus.

"Vous êtes vraiment bien fait ici..." lui glissa Gaetano qui maintenant le palpait à l'envie ; l'autre frémissait et ne disait rien, mais il ne s'esquivait pas.

"Il vaudrait sans doute mieux que je vous retire cet étroit pantalon de satin qui vous comprime..." dit alors Gaetano à voix basse, en s'agenouillant devant lui et, lentement, il abaissa délibérément non seulement le pantalon de satin rouge mais aussi son caleçon blanc. Et le membre libéré se releva, dans son érection triomphante.

Gaetano le caressait doucement et l'autre eu un frisson, émit un soupir retenu et ferma les yeux, mais il ne bougea pas. Le membre, comme son maître, était merveilleux, et même parfait. Puis Gaetano l'entoura de ses lèvres et l'autre se mit à trembler intensément. Il ouvrit les lèvres et, mettant les mains sur les petites fesses fermes et nerveuses et l'attirant vers lui, il fit glisser tout le membre dans sa bouche. Le jeune homme lâcha un long soupir bas et ses jambes tremblaient. Gaetano le poussa doucement vers le sofa et il s'assit presque en se laissant tomber, libérant ainsi son sexe de la bouche de Gaetano.

Gaetano le caressait et, passant délibérément au "tu" (encore une technique soigneusement éprouvée) il lui dit : "Ca te plait, non ? Tu veux que je continue..."

Le jeune homme déglutit, essaya de parler, puis se contenta d'acquiescer. Gaetano s'exécuta sans retard et recommença à le sucer tout en lui caressant les tétons, mais très vite l'autre, tremblant de la tête au pied comme une feuille, gémit et éjacula. Quand Gaetano fut sûr que le jeune homme avait versé dans sa gorge sa semence tiède jusqu'à la dernière goutte, il s'écarta de lui. Il le poussa pour l'étendre sur le dos et le jeune homme, docile, se coucha.

Gaetano, encore à genoux devant lui, s'approcha près de son visage, caressa son front trempé de transpiration, et lui dit : "Calme-toi maintenant, c'est fini. Calme-toi, mon beau garçon, laisse-toi aller... et reprends ton souffle..."

Celui-ci ferma de nouveau les yeux. Gaetano se mit à le caresser tendrement, très légèrement, sur tout le corps.

Quand il le sentit se détendre, Gaetano lui demanda d'un ton doux : "Comment tu t'appelles ?"

"Mi... Michel."

"Tu te sens mieux maintenant , Michel ?"

"Euh... Oui."

"Ca t'a plu, n'est-ce pas ?"

"Euh... Oui."

"Et... c'était ta première fois ?"

"Co... comme ça, oui."

"Pourquoi, avant tu faisais comment ?"

"Avec... avec la main."

"Tout seul ?"

"Non... pas toujours."

"Avec qui, alors ?"

"Avec... avec mon domestique. Quand j'étais en famille, enfant."

Gaetano savait qu'il fallait poser ces questions quand l'autre était détendu et avant qu'il reprenne le plein contrôle de lui, alors il continua d'un ton persuasif : "Et ça te plaisait."

"Oui."

"Mais ça, c'était bien mieux, non ?"

"Euh... Oui."

"Tu me plais beaucoup, Michel, tu sais ?" L'autre ne répondait pas. Gaetano continuait : "Et je veux t'apprendre d'autres façons d'atteindre des moments encore meilleurs et plus intenses que ce que je viens de te donner. Ca te va, Michel ?"

Il acquiesça.

"Tu reviendras me voir, alors" dit Gaetano.

Le jeune homme acquiesça encore. Alors Gaetano, voyant qu'il avait presque repris toutes ses forces, lui arrangea la braguette et l'aida à se relever. Michel chancelait un peu et Gaetano le soutenait.

"Mon dieu, j'ai la tête qui tourne..."

"C'est l'émotion, Michel, ça va vite passer, tu verras."

Il hocha la tête puis demanda, presque timide : "Je peux m'habiller maintenant ?"

Gaetano le regarda, un peu surpris : personne ne lui avait jamais demandé la permission de se rhabiller.

"Oui, tu peux te rhabiller maintenant."

Alors il se rajusta, remit son pantalon puis dit à Gaetano, d'un ton incertain : "Merci pour... pour tout, monsieur."

"Ca a été un plaisir, Michel. Et maintenant, tu peux m'appeler Gaetano. Et plus de formalités. On est plutôt intimes à ce stade, non ?"

"Oui, plutôt... je dirais." dit-il : il retrouvait la pleine maîtrise de lui, mais il rougissait délicieusement. Puis il demanda : "Quand dois-je venir pour le prochain... essayage, Gaetano ?"

"Victoire sur toute la ligne !" pensa Gaetano : "Et toi, quand voudrais-tu ?"

"Demain ?" demanda-t-il en le regardant rapidement dans les yeux et cette fois il rougit à peine.

"Va pour demain. Viens après les cloches de l'ave maria, si tu peux. A cette heure je renvoie mes employés chez eux et on pourra faire l'essayage tout à notre aise..."

"Juste après l'ave maria. D'accord."

C'est ainsi que Gaetano guida Michel sur le chemin de l'amour viril qu'il avait toujours confusément désiré mais jamais connu. Pas à pas, il finit par lui enseigner toutes les façons possibles pour deux hommes de s'unir et de se donner du plaisir réciproque. Après la seconde fois dans la chambre d'essayage, Michel commença à fréquenter la maison de Gaetano. Puis il commença à passer la nuit dans le lit de son maître en amour. Peu de temps après, Michel avait perdu toute inhibition et il était un amant formidable. Ils se voyaient deux fois par semaine. Michel savait que Gaetano continuait ses conquêtes à la boutique mais il ne montrait aucune jalousie. En fait, il aimait que Gaetano lui raconte, ça l'excitait beaucoup et ils faisaient l'amour avec encore plus de passion

Puis, après Pacques l'année suivante, Michel commença à venir de moins en moins souvent, jusqu'à ce qu'un soir, après l'amour, il dise à Gaetano qu'il avait rencontré un jeune homme de dix-neuf ans : "Il s'appelle Flavio et il habite mon immeuble. Il est étudiant. Ca fait pas mal de temps que j'ai remarqué qu'il me regardait de façon particulière et comme il me plait beaucoup j'ai commencé à lui parler et nous sommes devenus amis. Alors un après-midi je l'ai invité chez moi et là, sous prétexte de lui faire essayer ma livrée qu'il regardait avec intérêt, je l'ai fait se déshabiller pour l'essayer. Je l'ai aidé en suivant un peu ta méthode. Et ça a marché, d'autant plus qu'il n'était pas un novice comme moi : il avait déjà eu quelques expériences et il savait bien qu'il aimait les hommes. Alors nous avons fait l'amour pour la première fois, dans mon lit. On s'est revus et petit à petit on a compris qu'on tombaient amoureux. Alors maintenant, Tano, je ne peux plus continuer à faire l'amour avec toi, je le lui ai promis. C'était notre dernière fois."

"Alors, il sait, pour nous."

"Oui, mais je ne lui ai pas dit qui tu es, ni ton nom."

"Tu me le ferais rencontrer, un jour ?"

"Et bien... je ne sais pas..."

"Je te garantis que je ne te le volerai pas."

"Oui, oui, je te crois. Mais je ne veux pas qu'il soit jaloux. Tu es si bel homme..."

"Tu lui expliqueras que sans moi il est très probable qu'il ne t'aurait jamais eu..."

"C'est vrai. Et bien, on va voir."

Ainsi Michel disparut de la vie de Gaetano. Mais pas complètement puisque vers l'été, il vint le voir avec son Flavio. Gaetano trouva le garçon très aimable et celui-ci aussi s'entendit bien avec Gaetano, alors, de temps en temps, ils se revoyaient. Et tous deux allaient chez lui quand il leur fallait un nouvel habit.

La première fois, Gaetano leur avait dit : "Chacun de vous, bien sûr, peut assister aux essayages de l'autre."

Flavio répondit en souriant : "Nous nous faisons une confiance aveugle, Tano. Et nous te faisons aussi confiance. Ce n'est pas la peine.

Et Gaetano reprit sa routine.

Il ajouta à sa collection un violoniste, puis deux frères de dix-sept et vingt et un ans, fils d'un protonotaire apostolique, divers officiers et sous officiers de premier choix, le secrétaire personnel du cardinal Doyen et des jeunes de la bourgeoisie et de l'aristocratie romaine.

Mais avec tous ceux-là, une fois les essayages terminés et les habits livrés, les rencontres cessaient, jusqu'à ce qu'il leur faille de nouveaux habits. Certains des clients avec qui il avait ces aventures ne réapparaissaient plus, peut-être par honte, mais d'autres devenaient des clients fidèles et affectueux, voire intimes, même si les relations physiques avaient cessé.

Gaetano ne forçait jamais personne.

Ses employés devait avoir remarqué que certains "essayages" duraient plus que d'habitude et ils devaient en avoir deviné le motif, mais aucun ne lâcha jamais un mot ou une allusion. Vivre et laisser vivre, semblait la devise de la ville éternelle. Tant qu'on ne faisait pas de scandale, tout était permis. Et Gaetano aimait sa vie d'incorrigible libertin.


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