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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 2
TANO ET MASO
CHAPITRE 9
UN RETOUR INESPÉRÉ

Gaetano avait trente ans maintenant. Son affaire marchait très bien : il avait désormais cinq employés et il était connu en ville, estimé et respecté. Il faisait partie de la "guilde des tailleurs" dont il devint vite le secrétaire. Il avait acheté un local adjacent pour agrandir l'atelier et il pensait à changer l'enseigne "Le tailleur de Trevi" par "chez maître Lugato, tailleur", mais pour l'instant, il avait décidé de surseoir et de plutôt rénover la boutique.

Il fit blanchir les murs, changea le mobilier de vieux bois sombre pour un beau bois de cerisier et il mit quelques mannequins pour exposer ses plus belles réalisations. Il recevait par courrier de Paris de belles gravures coloriées à l'aquarelle avec les derniers modèles de la mode masculine et il les exposait sur un mur.

En faisant faire de nuit les travaux de rénovation, il réussit à garder la boutique ouverte et à faire terminer les travaux en deux semaines. Il ne dut fermer que trois jours, mais les clients pouvaient entrer par l'atelier en passant par la cour. A la fin, il était fatigué, il avait payé une petite fortune, mais il était pleinement satisfait. L'ancien propriétaire passa, vit les changements et lui fit compliment. Il le remercia aussi chaleureusement d'avoir conservé l'ancienne enseigne, alors Gaetano renonça à son projet de la changer. Après tout, maintenant c'était lui, le 'tailleur de Trevi'.

Il avait à présent sa propre loge au théâtre, comme un bon bourgeois. Et puis, grâce à son travail, il était toujours vêtu avec une élégance raffinée. Parfois, il se rappelait en souriant de ses habits d'autrefois, pauvres et usés. Sa fortune actuelle, pensait-il avec une gratitude émue, il ne la devait qu'à Tommaso qui lui avait appris à lire, à écrire et à faire des comptes et à Felice qui lui avait laissé tout son or.

Et ce fut le 24 Juin 1862.

Gaetano était dans l'atelier, appuyé à une table, ses cinq employés travaillaient et lui lisait dans le 'Gazettino' les dernières nouvelles des changements politiques en cours, quand il entendit tintinnabuler la petite cloche de la porte d'entrée. Il posa le journal, jeta un bref coup d'œil à son image dans le miroir mural pour vérifier que tout était en ordre et il entra dans la boutique. Le client était là, tourné vers le mur où il regardait les gravures de mode. En le voyant de dos, Gaetano pensa qu'il était très bien fait...

"Bonjour monsieur. En quoi puis-je vous être utile ?" demanda Gaetano de son habituel ton charmeur.

L'homme se retourna, pâlit et commença à balbutier : "Mais... mais tu...tu..."

Soudain Gaetano se sentit vaciller, il eut le souffle coupé et son cœur s'arrêta. Puis il entendit sa propre voix, qu'il ne contrôlait pas, comme si un autre en lui parlait, mais elle disait distinctement : "Oh mon dieu ! Maso ! Ce n'est pas possible... tu... tu... Maso, tu es vivant !"

"Tano... oh Tano... Tano..." bafouillait l'autre.

Ils restèrent immobiles de longues secondes, pétrifiés, comme incrédules de ce que leurs yeux leur disaient et de la confirmation de leur reconnaissance mutuelle. Et douze ans de séparation disparurent comme par enchantement, et chacun revoyait face à lui le garçon de dix-huit ou dix-neuf ans, maigre, mal vêtu, mais fou d'amour pour l'autre et plein du bonheur de vivre pour l'autre. Et ils se jetèrent l'un sur l'autre, s'étreignirent fort, avec presque le désespoir du naufragé s'agrippant à une planche qui flotte et ils pleurèrent, secoués par leurs sanglots, seulement conscients de la présence de l'autre. Non, ce n'était pas un rêve !

Si quelque passant avait observé la scène il aurait trouvé étrange que deux hommes adultes, élégants et distingués soient ainsi, au milieu de la boutique, aussi fortement agrippés l'un à l'autre et aussi secoués de sanglots. Il aurait pensé voir deux proches frappés par un deuil inattendu... Mais Gaetano et Tommaso n'avaient plus conscience du monde qui les entourait, mais seulement de la présence de l'autre, si réelle, tangible et concrète, mais si incroyable.

"Tu es vivant ! Tu es vivant, Maso ! Dieu soit béni, tu es vivant ! Oh mon Maso !" murmurait l'un.

Et l'autre lui faisait écho : "Ils ne t'ont pas tué, ce n'était pas vrai ! Tano, oh mon Tano à moi ! à moi, le mien ! Ce n'était pas vrai !"

Et peu à peu, ils se calmèrent, au moins un peu.

Ils se séparèrent à contrecœur, et Gaetano dit : "Il faut que tu viennes chez moi, me raconter tout... Attends, j'avertis Renzo et on y va."

"Bien sûr" approuva l'autre, "c'est certain, mon Tano !"

Gaetano retourna à l'arrière boutique, dit qu'il devait s'absenter pour le reste de la journée pour une affaire inattendue et confia la boutique à Renzo. Celui-ci lui demanda, préoccupé :

"Un problème, maître Lugato ? Vous avez une mine... on dirait que vous avez vu un fantôme ! Va allez bien, maître ?"

"Quoi ? Ah oui, oui, tout va bien. Mais je dois partir tout de suite. Merci de penser à tout, et aussi d'ouvrir demain." et il retourna vite à la boutique, prit Tommaso par la main en lui susurrant : "Viens !" et ils coururent chez Gaetano.

A peine arrivés, ils étaient de nouveau dans les bras l'un de l'autre et ils se serraient en silence, comme pour se persuader que l'autre n'était pas une vision, mais bien là en chair et en os.

"Oh, Maso ! Oh mon Maso... viens dans l'autre chambre. Tu dois tout me raconter... tout..."

Ils s'assirent sur le sofa, serrés l'un contre l'autre, comme par crainte que quelqu'un ou quelque chose puisse encore les séparer. Tommaso remarqua la petite alliance au doigt de Tano.

"Tu as encore notre alliance... moi aussi, regarde."

"Mais dis-moi, tu vis ici, à Rome ?"

"Oui, derrière la caserne Serristori."

"Mais depuis longtemps ?"

"Un an."

"Et je suis là depuis deux ans ! Et on ne s'est jamais croisés, jamais vus !"

"Aujourd'hui, si..."

"Grâce à Dieu ! Mais raconte-moi tout de ces douze ans. Je t'ai vu tomber dans le Tibre, je te croyais noyé..."

"Oui, je suis tombé et mon dernier souvenir de ce moment c'est toi qui criais et un brigand dans ton dos qui t'arrivait dessus... Puis la chute. Je crois que j'ai pris un coup sur la tête, mais l'eau m'a fait reprendre conscience, le courant rapide m'entraînait vers la vallée. Je faisais des efforts désespérés pour garder la tête hors de l'eau, et seule l'urgence de l'idée de revenir vers toi qui étais en danger m'a donné la force désespérée de résister. Puis je me souviens, je ne sais pas combien de temps après, j'ai réussi à agripper une branche au dessus de l'eau et ma course folle s'est arrêtée. Avec mes dernières forces, petit à petit, j'ai réussi à rejoindre la berge et le sol ferme. Alors je me suis écroulé, j'ai perdu connaissance. Je crois que c'est le lendemain que j'ai repris conscience, parce que c'était le petit matin. J'étais encore trempé, couvert de bleus, écorché et battu. J'ai vu que j'étais à l'endroit où le Tibre débouche sur le lac de Corbara. J'ai marché un peu à travers les buissons pour chercher une route. L'ayant trouvée je l'ai suivie vers la vallée. J'avais mal, j'étais faible, trempé et préoccupé. J'ai marché des heures, je crois, avant d'atteindre Corbara. Là une bonne âme a pris pitié à mon aspect et m'a porté secours. Je lui ai raconté ce qui s'était passé et je lui ai dit vouloir retourner te chercher.

"Fils : ou bien les brigands l'ont tué et il est inutile que tu y retournes, tu ne peux plus rien faire pour lui, ou bien il s'est échappé et il n'est plus là-bas. Mais par ici... il n'est passé personne."

Il m'a soigné, donné du repos et nourri pendant trois jours. Il m'a aussi offert un travail : c'était le boulanger du village et il m'aurait appris à faire du pain. Mais je ne pouvais pas rester là : je devais te chercher, savoir. Alors j'ai pensé que le mieux à faire était de rentrer à Civitanova : si tu étais sauf, tu y serais certainement, ou au moins ils auraient eu de tes nouvelles. Le boulanger, quand je lui ai dit ce que je comptais faire, a d'abord essayé de m'en dissuader. Puis il m'a suggéré de rejoindre une caravane, pour plus de sécurité. Mais je ne voulais plus attendre, j'avais déjà perdu trop de temps.

Alors, après que sa femme ait reprisé mes habits, il m'a donné une petite couverture pour la nuit, un peu de nourriture, une petite flasque de vin et nous nous sommes dit adieu. J'ai pris le chemin du retour, vers la montagne. J'ai marché des jours. Parfois, je faisais un bout de chemin avec d'autres voyageurs, mais le plus souvent j'étais seul. Mes provisions terminées j'ai commencé à mendier et à voler des fruits dans les champs, jusqu'à Colfiorito où une mauvaise fièvre m'a pris et mes jambes ne me portaient plus. J'ai encore eu de la chance, parce que le prévôt de Colfiorito m'a donné l'hospitalité et m'a soigné, ému par mon histoire.

A peine j'étais guéris, le prévôt m'a dit que quelqu'un du coin devait traverser la montagne pour aller à Muccia, un village des Marches, et qu'il pourrait me guider dans les sentiers où, seul, je pourrais me perdre. Alors je suis reparti. De Muccia, après, presque toute la route descend et ça a été très facile de rejoindre Civitanova en quelques jours de marches.

J'ai couru au magasin. Et là l'oncle, qui était déjà rentré, m'a dit que tu avais été tué par les brigands. Ça a été un tel coup que j'ai perdu connaissance et ils m'ont mis au lit avec une fièvre de cheval pendant plusieurs jours.

Quand j'ai été remis, l'oncle m'a dit le visage sévère que j'avais parlé dans mon délire et qu'il avait compris la relation 'immonde' que nous avions eu toi et moi et qu'alors il ne pouvait plus me garder avec lui. Il a eu la générosité de me donner un habit de rechange et quelques pièces et il m'a mis à la porte en m'ordonnant de disparaître de Civitanova et de sa vie, à jamais.

Je me moquais de ne pas rester là, d'ailleurs je me moquais de tout, alors. Et j'ai remonté la côte vers Ancona, avec l'idée de chercher n'importe quel boulot qui me permette de survivre. Arrivé au Port de Recanati, je me suis arrêté dans la pinède pour me baigner dans la mer. J'ai laissé tout ce que j'avais sur la rive et j'ai plongé et nagé longtemps. Mais à mon retour, tout avait disparu : habits et argent, volés. Je me retrouvais là, nu comme un ver, sans savoir quoi faire. J'ai entendu quelqu'un approcher et, honteux de pouvoir être vu ainsi, je me suis caché derrière un buisson. J'ai vu arriver un garçon qui devait avoir seize ans, bien habillé, tout seul. Il a regardé à l'entour et, pensant être seul, il s'est déshabillé et est parti nager. J'ai alors eu l'idée de profiter de l'occasion et de lui voler, à mon tour, ses habits. Alors j'ai couru là où il les avait laissés et j'ai commencé à les mettre, certain qu'il était dans l'eau, loin. Je ne sais pas s'il n'a fait qu'un plongeon ou si il m'avait vu, mais il arrivait sur moi en criant. J'ai essayé de m'enfuir, mais avec la culotte aux genoux je suis vite tombé. Il a tout de suite été sur moi. On s'est battus. Il était plus jeune que moi, mais aussi grand que moi et j'étais fatigué, mal nourri et honteux alors qu'il était fort, solide et furieux. Alors il a très vite eu le dessus.

Il m'a immobilisé, pantelant, son regard me lançait des flèches de colère. Et il m'a demandé pourquoi je voulais lui voler ses habits. Je lui ai expliqué. Il était encore sur moi, lui complètement nu et moi à moitié. Et on a réalisé qu'on était excités tous les deux, peut-être à cause de ce corps à corps. En entendant mon histoire il a eu l'air de se radoucir.

"Non, je ne vais pas te conduire chez les gardes. Au contraire, je vais te trouver quelques habits... tu m'es sympathique, voleur !"

"Je n'avais jamais rien volé... avant, je le jure." ai-je protesté.

L'autre, toujours assis sur moi, a fait une chose d'inattendue : il a effleuré mes tétons, caressé ma poitrine et mes flancs. J'ai frémis sous lui.

"Comment tu t'appelles ?" m'a-t-il demandé sans cesser ses caresses et de frotter mes tétons.

"Maso... et toi ?"

"Carlo. Tu as un beau corps. Un peu maigre, mais... bien fait. Là aussi." dit-il en posant une main sur mon membre raide et en le palpant. J'ai frémi et fermé les yeux. "Ca te plait, hein ?" demanda-t-il en continuant. J'ai acquiescé. "Moi aussi, j'aime ça. Fais-le moi aussi, allez !"

Un peu parce que j'étais son "prisonnier" pour ainsi dire, un peu parce que j'étais excité, un peu parce qu'il était beau, je l'ai touché aussi. Carlo a glissé sur moi et m'a embrassé sur la bouche. On a commencé à faire l'amour. Peut-être que j'en avais besoin, j'avais besoin de ce corps, mais surtout d'un peu de chaleur, de tendresse... alors, après, je me suis senti mieux. Cette première fois on a joui juste comme ça, en nous touchant et nous caressant.

Puis Carlo m'a dit de l'attendre là. Il a pris ses habits et il est parti. Je l'ai attendu près de deux heures.

Il est revenu avec un baluchon : "Voilà, ce sont mes habits, comme on fait plus ou moins la même taille. Tiens, habille-toi."

Je l'ai remercié et je me suis habillé. C'était de bons habits et ça me faisait drôle de les sentir sur moi. C'était agréable, comme une caresse.

"Et maintenant, tu penses faire quoi ?" me demanda-t-il, encore dans la pinède, quand je fus habillé.

"Je ne sais pas, aucune idée. Je n'ai pas de maison, pas d'argent, pas de nourriture... je suis seul."

Carlo a eu l'air de m'évaluer, puis il a dit : "Ecoute, j'y ai pensé en chemin. Tu... ce qu'on a fait tous les deux... pour toi, c'est la première fois ?"

"Non, pas du tout."

"Et ça te plait, pas vrai ?"

"Si, c'est certain."

"Mais les autres fois... toujours avec des hommes ?"

"Oui, toujours."

"Pareil pour moi. Mais ce n'est pas si facile de trouver un ami, ici. Parfois je trouve un marin de passage, mais la plupart du temps je suis seul. Tu aimerais être mon ami, rester avec moi ? Tu me plais."

"Pourquoi pas ? Tu me plais aussi. Mais... comment ?"

"Mon oncle est ébéniste à Recanati, là où je vis. Pour l'instant on est ici, à la mer, mais que pour une dizaine de jours. Je crois qu'il pourrait te prendre comme commis et te donner de quoi vivre. Comme ça on pourrait se voir, être ensemble. Ca te dit ?"

"Oui, bien sûr !"

"Alors viens. Je vais d'abord te présenter à mon père et à ma mère, puis, avec eux, on verra si mon oncle Francesco te prend à la boutique."

"Mais... qu'est-ce que tu vas dire à ta famille ? Que diront-ils en me voyant porter tes habits ?"

"Je dirai la vérité : on t'a volé et je t'ai secouru. D'accord, juste cette partie de la vérité, bien sûr, pas ce qu'on a fait..." dit-il en riant.

Et j'ai vécu trois ans à Recanati. Je travaillais à la boutique et j'étais devenu l'ami intime de Carlo. Comprends-moi, je croyais que tu étais mort..."

Gaetano sourit et acquiesça : "Allez, continue." dit-il tendrement.

"Carlo et moi on n'était pas vraiment amants, juste deux amis qui adoraient faire l'amour ensemble. Mais on était bien. J'avais trouvé une chambrette sans fenêtre dans l'entrée d'une maison et le soir Carlo venait souvent m'y retrouver. On fermait la porte et on se déshabillait, on se couchait sur mon matelas et on passait un moment de plaisir. Il était plus jeune que moi, mais, peut-être grâce à ses expériences avec les marins, il faisait très bien l'amour. Puis il est tombé amoureux du plus jeune fils du marquis Passeri, un jeune de vingt-deux ans dont il devint l'amant. Alors il n'est plus venu faire l'amour avec moi. J'ai senti alors que je n'avais plus de raison de rester dans cette petite ville où je n'avais pas d'amis. Je n'étais pas malheureux à travailler pour maître Francesco, c'était un homme bon et il me traitait bien. J'apprenais aussi un nouveau métier. Mais l'idée de m'en aller mûrissait en moi.

L'occasion s'est présentée le jour de la foire de San Vito, le saint patron de Recanati. Du haut du rempart de la vieille ville, je regardais les parties de ballon quand j'ai remarqué près de moi un homme de pas encore trente ans. Il était habillé curieusement, un peu voyant, original. Il était bel homme, avec un air joyeux et un sourire ouvert. Il suivait le jeu avec passion et le supportait en criant de temps en temps.

Quand il a remarqué que je le regardais, il a souri et cligné de l'œil puis il a dit : "Je ne me lasserais pas de les regarder jouer : quels hommes ! Forts, beaux, dans la fleur de leur jeunesse ! Un spectacle !"

J'ai remarqué son accent étranger. On a bavardé un moment et j'ai su qu'il venait du royaume des Deux Siciles. C'était un forain et il allait de foire en foire. Il m'a montré un petit livre qu'il avait en poche et où il y avait les dates et les lieux de ces foires, un almanach, et il m'a montré son programme.

On a encore bavardé un peu, puis il a voulu m'offrir un peu de vin et nous sommes allés nous asseoir dans une auberge. Et puis il m'a invité à venir voir sa "maison". C'était un char recouvert d'une tente, tiré par une mule, qu'il avait installé près de l'église de san Francesco, hors murs. Dans le char, il m'a montré ses trophées et ses souvenirs. Je lui ai demandé ce qu'il faisait et il m'en a parlé.

Et il m'a dit : "Tu sais, je suis aussi contorsionniste." Et il m'a fait voir quelques pauses incroyables : il avait l'air d'être fait de gomme. J'ai ri fort et j'ai fait le geste de l'applaudir. Puis il s'est assis, souriant.

"Tu es du genre à te scandaliser ?" m'a-t-il demandé l'air malicieux.

"Non..." ai-je répondu sans la moindre idée du pourquoi de la question.

"Non, hein ? Alors je vais te montrer un exercice spécial, que je n'ai jamais montré à personne... regarde..." et là, dans son petit char, sous mes yeux ébahis, il s'est penché, penché sur lui même, seuls ses épaules touchaient le sol, ses genoux à côté de la tête : son corps prenait la forme d'un cercle parfait. Puis il a traficoté de la main sa culotte, l'a ouverte et en a extrait un membre long et dur, pointant vers sa bouche, et il s'est encore plié jusqu'à avoir un tiers du membre en bouche... et il a commencé à se sucer ! Je le regardais complètement incrédule, les yeux comme des soucoupes. Il s'est sucé un bon moment puis il a repris une position normale, assis face à moi, les jambes largement écartées, la culotte ouverte, son engin exposé, brillant de salive, dur et palpitant.

"Tu as vu ?" demanda-t-il, triomphant.

"Oui... incroyable !" ai-je dit, encore stupéfait, et j'ai instinctivement tendu la main pour toucher son sexe. Il a souri et s'est laissé toucher.

"Ca fait quoi de se le faire soi-même ?" ai-je demandé.

"Et bien... du bien. Mais le faire l'un à l'autre, c'est bien mieux, tu ne crois pas ?"

J'ai fait signe que oui et sans avoir besoin de plus de mots je me suis penché vers lui pour continuer ce qu'il avait commencé. Il a alors fouillé dans ma culotte, l'a ouverte, s'est tourné vers moi et m'a rendu le même plaisant service.

A la fin, après que nous ayons chacun bu la chaude semence de l'autre, il s'est assis de nouveau et il a dit : "Oui, le faire l'un à l'autre, c'est bien mieux. Mais... je m'appelle Enzo, et toi ?"

"Maso."

"Maso, pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ?"

J'ai accepté presque tout de suite. Je suis allé dire au revoir à maître Francesco, à Carlo, j'ai pris mes quelques biens, je suis retourné au char d'Enzo et nous avons quitté la ville. Enzo m'a appris quelques tours d'adresse (et pas seulement les érotiques, où il était néanmoins expert) et j'ai commencé à faire les spectacles avec lui, de foire en foire, de ville en ville. Et on faisait l'amour toutes les nuits. Enzo n'était pas un romantique comme toi ou moi. Pour lui, faire l'amour était plutôt apaiser un instinct, comme manger. Mais il le faisait de façon très agréable. On est restés ensemble quatre ans, sans jamais un problème. Cette vie de bohème avait ses inconvénients, mais elle était aussi fascinante.

Nous étions à Florence. Après le spectacle un spectateur est venu nous parler. Il nous félicitait de notre habilité, surtout Enzo. Il demandait d'où nous étions, si nous étions parents... et il nous a invité à dîner à l'auberge voisine. On ne refuse pas une telle offre. Pendant le repas, il s'excusa et alla aux toilettes.

Alors Enzo m'a dit : "Tu as remarqué comment il te regarde ? Il meurt d'envie de te faire l'amour. C'est un bel homme, riche, gentil..."

"Allez !" ai-je répondu : je n'avais rien remarqué.

"Je sens ces choses tout de suite et je ne me trompe jamais. Comme pour toi cette fois-là. Il y a une façon de regarder, une lueur spéciale dans le regard. Cet homme te désire, je te dis. Mais il te plait ?"

"Et bien, oui, il est très bel homme, mais..."

"Et tu ne lui ferais pas l'amour ?"

"Je crois que si, mais... ça ne t'embêterait pas ?"

"Pourquoi ? On est des oiseaux libres, toi et moi. Quand il reviendra, j'irai aux toilettes et je vous laisserai seul. A toi de jouer, Maso ! Fais-lui comprendre que tu es partant. Une occasion perdue ne revient jamais, souviens-t-en !"

Et ça s'est passé comme ça. Quand il est revenu, Enzo nous a laissés seuls. Je lui ai alors montré qu'il m'intéressait beaucoup, et il était partant et, de mot en mot et de sourire en sourire nous avons abattues nos cartes.

"Et vous ne vous êtes jamais marié ?"

"Si, à vingt ans j'ai fait cette erreur, mais je l'ai laissée et très vite je me suis retrouvé libre... comme l'air."

"Pourquoi ? Elle vous trompait ?"

"Pas du tout. C'est que je me suis aperçu que faire mon devoir conjugal était de plus en plus pénible. J'ai compris que ce n'était pas elle, mais que pour moi ce serait pareil avec n'importe quelle femme..."

"Vraiment ! En fait, moi non plus les femmes ne m'intéressent absolument pas... je vous comprends."

Alors il a cessé de jouer avec les mots, il a posé sa main sur les miennes et il a dit : "Toi, par contre, tu m'attires beaucoup. Rien qu'à être à côté de toi, je me sens en flamme."

"Et moi... pareil."

"Dis-moi, le jongleur, c'est ton amant ?"

"Non, on est juste amis."

"Alors... tu peux venir chez moi ce soir..."

"Si tu as envie... avec grand plaisir."

"Alors, après le dîner, nous avons dit au revoir à Enzo et j'ai suivi cet homme chez lui. J'étais ému. C'était vrai, être à son côté suffisait à m'enflammer, il était si sensuel... Oh, Tano, je ne devrais pas te dire ces choses... pardonne-moi !"

"Sois tranquille. Tu me croyais mort, je comprends bien. Moi aussi, je te raconterai plus tard... mais continue maintenant, s'il te plait." lui dit Gaetano en le caressant tendrement.


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