Enrico vendit sa maison et tous ses biens, il dit adieu à Gaetano et partit. Mais pas en paix : si une partie de lui exultait à l'idée de pouvoir enfin venger la mort de son maître et ami, et de pouvoir donner sa vie à la cause, une autre se morfondait d'avoir dû quitter son amant.
Retrouverait-il jamais trouver quelqu'un d'aussi magnifique, de corps, au lit, mais surtout comme personne ? Les heures qu'ils avaient partagées étaient sans doute les plus belles de sa vie, grâce à l'amour frais et puissant de Gaetano. Et maintenant il l'avait perdu.
Il arriva à Gênes où il retrouva ses vieux amis. Ils s'enrôlèrent ensemble. L'officier recruteur était génois. Dans son parler traînant, il interrogea Enrico sur ses antécédents qu'il inscrivit dans un grand registre.
"Ah, vous êtes médecin. Très bien, c'est précieux, Giuseppe en sera content." Dit l'officier.
Giuseppe ! Il parlait du héros en l'appelant par son prénom ! Enrico en fut sur le cul. Il avait remarqué que tout le monde se tutoyait et ça lui faisait plaisir. Là, le pire formalisme était de s'appeler par son nom de famille, mais toujours en se tutoyant.
Il endossa le bel uniforme et la chemise rouge et il en fut fier. Rouge comme leur amour pour l'Italie, comme le sang qu'ils étaient prêt à verser pour elle, comme le feu qui brûlait dans leurs jeunes poitrines.
On lui remit ses armes, on l'accompagna aux quartiers des volontaires et il y rencontra ses compagnons. Tous jeunes, tous beaux, tous enthousiastes. Bah, peut-être pas vraiment tous beaux, mais qu'importe, quand l'œil brille de tant d'enthousiasme ?
"Comment tu t'appelles ?" lui demanda une voix.
Enrico se retourna et vit un jeune de vingt ou vingt-deux ans qui le regardait avec un sourire ouvert. Il était beau. Les yeux marron, un grand toupet rebelle de cheveux châtain, les traits finement ciselés. Il remarqua en particulier ses mains longues et effilées.
"Enrico Piccin."
"Enchanté. Je suis Maurizio Ferrante. Je viens d'Asti."
"Je suis de Vicenza, mais j'ai vécu à Ravenne : la police autrichienne me recherchait..."
"Alors ta région aussi on ira bientôt la libérer !" dit Maurizio, avec un sourire plein de confiance.
Ils discutèrent. Enrico aimait l'accent piémontais de son jeune compagnon d'armes. Il apprit qu'il avait arrêté le conservatoire où il étudiait le violon pour rejoindre Garibaldi. Sa famille s' y était opposée, mais lui, majeur, avait pris sa décision et était venu s'enrôler, presque en fuguant.
"Et toi, tu n'es pas marié ?" lui demanda Maurizio.
"Non... je n'y ai jamais pensé."
"Au moins tu n'as dû quitter personne." Commenta l'autre en souriant.
Enrico, pensa à Gaetano et sentit une pointe de douleur, mais il acquiesça. Puis il demanda : "Et toi, à part les tiens, tu as dû laisser quelqu'un ?"
"Non... pas vraiment. Bon, il y avait bien une fille, on se faisait un peu de l'œil, mais encore rien de sérieux, juste de l'œil, et de loin... Enfin, elle est venu me dire au revoir à la gare ça m'a fait très plaisir."
Enrico acquiesça. Il avait inconsciemment espéré qu'il réponde que les filles ne l'intéressaient pas... Mais ce petit jeune, plus il le connaissait, plus le lui plaisait. Il n'avait pas la sensualité de certains autres, mais il était très attirant.
S'il y en avait un par contre qui incarnait la sensualité, c'était un très jeune volontaire, Manfredo Donvito, il avait vingt ans et c'était le benjamin d'un notaire originaire de Sienne, dont le grand père était venu à Turin et ses parents, nés là-bas, comme lui, se sentaient turinois.
Manfredo avait des yeux lumineux et brillants, souriait toujours, l'air mi polisson mi malicieux d'un gamin ingénu... Mais il n'était rien moins qu'ingénu, on voyait bien qu'il se rendait compte de la fascination qu'il provoquait, et qu'il en était fier : il usait de son charme avec tous et il devint vite le chouchou de tous les volontaires.
Enrico pensait que Manfredo l'attirait surtout sexuellement, Maurizio plutôt affectivement. Il se mit à penser à eux comme ses deux adorables "M". Maurizio et Manfredo étaient souvent ensemble et c'était un plaisir de les observer : ils étaient aux antipodes l'un de l'autre mais ils semblaient bien s'entendre : l'attraction des contraires. Maurizio était posé, calme, réfléchi ; Manfredo impulsif, toujours en mouvement, malicieux.
Le général Garibaldi, un après-midi, harangua ses volontaires : Enrico trouva qu'il émanait de lui une aura irrésistible, fascinante : c'était un chef né, il savait enflammer les cœurs et les esprits. Ils étaient tous prêts à le suivre au bout du monde. Enrico le premier. Le général était un guerrier, pas un soldat. C'était un chef, pas un supérieur.
Après le rassemblement, où il annonça la prochaine expédition pour libérer le royaume des Deux Siciles et, de là, le reste de l'Italie, les volontaires se dispersèrent pour discuter avec excitation leurs prochaines aventures. Enrico rejoignit ses deux M, dans une de leurs discussions typiques : Maurizio était calme, posé mais enthousiaste ; Manfredo, excité, tapageur et heureux.
"Allons fêter ça, les amis ! C'est moi qui régale !" leur proposa Enrico. Manfredo accepta tout de suite en disant qu'il se saoulerait volontiers, Maurizio remercia et accepta avec son habituel sourire réservé.
Ils allèrent à une auberge où Enrico commanda une carafe de rouge.
"A notre amitié et à notre cause !" dit Manfredo en levant son verre.
Les autres répétèrent son toast et burent : Manfredo, cul sec, Maurizio en sirotant lentement. Enrico les regardait avec affection. Il but lentement, en savourant ce vin généreux : le patron les avait soignés.
"Je n'ai jamais navigué de ma vie..." dit peu après Maurizio, songeur.
"Moi non plus. Et toi, Enrico ?"
"Non, jamais. Ce sera un beau et long voyage."
"J'espère que je n'aurai pas le mal de mer." Dit Manfredo en se resservant.
"On dit qu'il suffit d'être à jeun." Observa Maurizio.
"A jeun ? Pendant tout le voyage ? Mais on va tirer z-à la courte paille qui-qui-qui sera mangé le premier, ohé ohé ! Ah, ce qu'il ne faut pas faire pour l'Italie !" répondit joyeusement Manfredo.
"Tu n'es pas prêt à souffrir ?" lui demanda Enrico, amusé.
"Ben... si c'était vraiment nécessaire... mais franchement j'espère pas. Je suis du genre... comment dire... à jouir des plaisirs de la vie. A jouir, tout simplement !" se corrigea Manfredo l'air espiègle et malicieux.
Les deux amis rirent et Enrico se demanda comment ce beau garçon aimait jouir de la vie ... Il avait la vague impression que Manfredo pouvait, comme lui, aimer les hommes, ou peut-être aimer "aussi" les hommes. Enfin franchement, il aurait aimé qu'il soit ainsi, il aurait aimé pouvoir "tout simplement jouir" avec lui.
"Ohé, Enrico, tu es avec nous, ou tu es parti pour le monde des rêves ?" lui demanda Manfredo.
"Oui, je partais pour le monde des rêves, pardon." Admit-il en souriant.
"J'aimerais entrer dans le monde de tes rêves. Qui sait quelles surprises j'y trouverais !" dit malicieusement Manfredo.
"Je crains que tu serais déçu..."
"Ou heureux, qui sait ?" dit Manfredo.
Maurizio sourit et dit gentiment : "Je ne crois pas qu'on puisse être déçu par tes rêves, Enrico. Mais le fait est que les rêves sont la chose la plus personnelle, la moins accessible aux autres. Même si toi ou moi pouvions entrer dans les rêves d'Enrico, ce que nous y verrions ne serait jamais son vrai rêve..." dit-il à Manfredo.
A ces mots, Enrico sentit une bouffée de plaisir et de gratitude pour Maurizio.
"Mais si je rêve d'une bonne baise, que pourrait-on y voir d'autre ?" demanda ironiquement Manfredo.
"Je ne saurais pas si c'est un rêve d'amour ou de rut, de tendre désir ou d'envie bestiale, du besoin de te soulager ou de t'offrir... ou un peu de tout ça, mais dans quelles proportions. Et même si je le savais, je ne saurais pas pourquoi ni comment tu as fait ce rêve, non ?" répondit Maurizio.
"Je suis complètement d'accord avec toi..." dit Enrico en se disant qu'il aimait ce garçon, sa façon de penser, sa douceur pour présenter les choses, même quand il réfutait un argument. Il l'aimait plus qu'il ne le désirait. Aussi était-il prêt à lui taire cet amour, pour ne pas le gêner, et à le désirer en silence, à souffrir de son rêve impossible.
Arriva enfin le jour d'embarquer. Ils se rassemblèrent à Quatro, près de Gènes, et embarquèrent en rangs serrés, heureux et bruyants comme s'ils allaient à une fête. Ils s'installèrent pour la traversée. On demanda à Enrico de parcourir le navire pour aider, si nécessaire, ceux qui avaient le mal de mer. Une foule s'était rassemblée sur le quai pour les saluer avec des drapeaux tricolores en chantant des chants patriotiques : le moment était émouvant.
La tâche d'Enrico commença dès le départ. Le soir, fatigué, il cherchait un coin où s'installer. Il passa devant Maurizio qui lui fit signe de s'asseoir près de lui. Enrico accepta tout de suite, heureux.
"Comment ça va ? Des problèmes ?" lui demanda-t-il en s'asseyant lourdement et en soupirant.
"Grâce à dieu, pas pour l'instant. Tu m'as l'air épuisé."
"Oh oui, mon dieu... Mais ça va. Tu as mangé ?"
"Juste un peu. Par prudence."
"Tu as bien fait."
"Si tu veux dormir un peu... tu peux poser ta tête sur mes genoux." Proposa Maurizio.
Enrico fut ému par cette proposition : s'il avait su ce que cette perspective réveillait en lui, il ne l'aurait pas offerte. Mais comment refuser une telle offre ? Alors Enrico, avec un simple "merci" s'étendit contre le bastingage et posa la tête sur les jambes de son jeune ami. Et il se sentit trembler à ce contact. Il avait envie que Maurizio le caresse, se baisse et l'embrasse. Mais même si Maurizio avait partagé ces désirs, il ne pouvait bien sûr pas le faire, là, devant tout le monde. Et d'ailleurs il n'y pensait certainement pas.
Maurizio, dans un geste amical, mit la main sur la poitrine d'Enrico qui retint difficilement un tremblement de plaisir, mais pas son érection. Mais heureusement elle était cachée par son cartable de médecin, posé entre ses jambes, pensa-t-il en s'installant plus confortablement.
"Tu es bien ?" lui demanda Maurizio.
"Comme un Pape !" répondit-il.
Maurizio rigola : "Alors tu ne dois pas être si à l'aise ! Après les Bourbons, c'est le pape qu'on éjectera !"
Enrico sourit et répondit : "Mais moi non plus malheureusement je ne pourrai pas rester toujours ainsi, aussi à l'aise, donc... comme un pape."
Maurizio sourit.
Ils se turent un moment puis Enrico dit : "Tu vas te lasser de jouer à l'oreiller. Je me suis assez reposé, merci." Et il fit mine de se relever.
Mais Maurizio, la main encore sur la poitrine d'Enrico, y appliqua une ferme pression et dit : "Ne t'en fais pas, si je me lasse je te le dirai." Et il caressa doucement la poitrine de son ami.
Enrico ferma les yeux et pensa que c'était une bien douce torture. Avec ça, son érection, loin de diminuer, se renforçait. Si Maurizio se doutait de ce qu'il éprouvait, il aurait certainement pris ses distances. Une voix lui suggéra : et tu ne fais rien pour qu'il s'en doute !
"A quoi tu penses ?" lui demanda Maurizio.
"A toi." Répondit sincèrement Enrico. "Et toi ?"
"A notre amitié. J'ai l'impression qu'on se connaît depuis toujours. Et c'est agréable."
"Pourtant, au fond, on ne se connaît pas encore vraiment." Murmura Enrico en pensant au feu de son désir.
"Pourtant, c'est parfois plus facile de comprendre un ami que soi-même." Répondit Maurizio. "Les amis sont aussi là pour nous aider à nous comprendre, tu ne crois pas ?"
"Si, pour ça aussi." Admit Enrico et, sans y penser, il posa une main sur celle que Maurizio avait mis sur sa poitrine. Maurizio ne retira pas la sienne, au contraire il la tourna et serra doucement celle d'Enrico. Qui se sentit en feu.
"Je suis content que nous soyons amis, très content." Dit Maurizio.
"Moi aussi." Arriva à dire Enrico à travers sa gorge nouée.
Oh, comme j'ai envie de toi ! pensait-il en fermant les yeux et en se concentrant sur le plaisir de ce léger contact que l'autre, inconscient, lui concédait...
Un peu plus tard, Enrico fut appelé et dut se lever : d'autres hommes commençaient à être malades. Maurizio s'offrit pour l'aider et faire l'infirmier.
Le navire mouilla non loin des côtes sardes, près d'une petite île qui abritait un arsenal de l'armée du roi de Sardaigne. Ils devaient y "voler" des armes, mais le gouvernement de Turin avait ordonné au commandant de n'opposer aucune résistance. Puis, armés à volonté, ils reprirent la mer.
Enrico et Maurizio allèrent s'asseoir vers la poupe, contre le bastingage. Maurizio lui demanda : "Je peux m'appuyer sur toi ?"
"Oui, bien sûr." répondit Enrico, à nouveau excité.
Maurizio bougea à peine pour appuyer sa tête sur l'épaule gauche d'Enrico. Celui-ci eut l'envie de l'enlacer, de le caresser, de le prendre entre ses bras.
Mais il se contenta de lui mettre un bras sur l'épaule : "Tu seras mieux comme ça."
"Oui, merci." Répondit Maurizio avec un sourire en s'installant mieux. Puis : "Tu sais... je pensais... je pensais à ma vie. Qui sait si je pourrai reprendre mes études de violon quand on aura fait notre devoir ?"
"Tu aimais ça ?"
"Beaucoup. J'ai toujours de la musique dans la tête, depuis mon enfance. J'aimerais être compositeur... quand je serai grand." Dit il avec autodérision.
Enrico sourit : "Et ça ne te manque pas, ton violon, ta musique ?"
"Non, pas trop... Le violon, un peu. Mais la musique, je l'ai en moi, je te l'ai dit."
"J'aimerais l'entendre..." dit Enrico, l'air rêveur.
"Et j'aimerais te la faire entendre. Ce qu'on est limités, nous les humains, pas vrai ?"
"Mais parfois... on peut dépasser nos limites..." dit Enrico en pensant que s'il pouvait faire l'amour à Maurizio, il pourrait certainement l'entendre cette musique qu'il avait en lui, pendant l'étreinte.
"Oui, dans de rares moments de grâce." Répondit Maurizio et Enrico crut entendre un écho de sa pensée.
Enrico, stupéfait de s'entendre dire ça, murmura : "J'ai envie de toi, Maurizio." Et il se mit à trembler.
"Je sais. Je l'avais compris." Répondit Maurizio avec douceur.
"Tu le sais ? Et..." demanda Enrico vraiment stupéfait.
"Je regrette de ne pas pouvoir répondre à ton désir. Mais vraiment, je ne peux pas. Vraiment pas."
"Je ne te le demande pas." Dit Enrico, ému.
"Je sais, et je t'en suis reconnaissant."
"Mais... tu sais... et tu restes comme ça avec moi ?"
"C'est bon, et je sais que tu n'en profiteras pas. Je me sens en sécurité avec toi. Et je sais que ça, même si c'est peu, je peux te le donner. Si ça n'est pas trop difficile pour toi, bien sûr. Sois sincère..."
"Non, au contraire, je t'en suis reconnaissant."
"Et moi à toi. Je me demandais si je n'étais pas égoïste : ça me plait d'être comme ça avec toi, mais toi ? Ce n'est pas trop ? Ou plutôt top peu ?"
"Mais ça ne t'embête pas que je sois... comme ça ? Tu ne me juges pas ?"
"Et qui suis-je pour te juger ? Tu es la plus merveilleuse personne que j'ai jamais rencontrée, Enrico. Ton amitié est ce qui m'est arrivé de plus précieux. Et ton respectn malgré tes envies, est le plus beau cadeau que tu puisses me faire."
"Merci..." murmura Enrico.
"De quoi ? D'être égoïste ?" demanda-t-il avec un léger sourire.
"De m'accepter, même en sachant. De me donner de la chaleur sans crainte, de me permettre de rester près de toi."
"Mais pour toi... ça va bien ?" demanda de nouveau Maurizio.
"Oui... bien." Soupira Enrico, heureux.
Après cela, Enrico trouva plus facile de résister à l'envie de toucher son ami, de lui demander une réponse physique. Et il en fut heureusement surpris.
Ils arrivèrent en vue de Marsala. Les navires des Bourbons manœuvrèrent pour s'intercaler et les bloquer, mais les navires anglais s'interposèrent de sorte que les Bourbons ne purent pas utiliser leurs puissants canons ni approcher les navires garibaldiens. Pendant ce temps, le peuple de Marsala s'insurgea et força les troupe à quitter leur position dans le port. Et Garibaldi et ses hommes purent débarquer tranquillement, acclamés par une foule en liesse.
En débarquant, Enrico se trouva à côté de Manfredo : "Toi ici ! je te croyais tombé à la mer. Je n'ai pas vu de tout le voyage. Qu'as-tu donc fait ?"
"Tu m'as cherché ?" demanda joyeusement le Manfredo.
"Je n'ai pas vraiment eu le temps, avec tous ceux qui avaient le mal de mer. Mais apparemment tu n'as pas eu ce problème, sinon on m'aurait appelé aussi pour toi."
"Non, en fait, aucun problème. J'ai fait une traversée merveilleuse, vraiment."
"Bien. J'en suis content pour toi."
"Tu ne me demandes pas ce que j'ai fait ?" demanda Manfredo.
"Non, pourquoi ? Tu as dormi ? Mangé ? Joué aux cartes ?"
"Dormi, on peut dire comme ça ; mangé... un peu, joué : beaucoup, mais pas aux cartes." Répondit-il, sibyllin.
"Alors joué à quoi ?" demanda Enrico. Certain que son ami attendait la question, il entrait volontiers dans son jeu.
"Tu veux vraiment savoir ?" Lui demanda Manfredo et il murmura à l'oreille d'Enrico "J'ai réalisé mon rêve : j'ai réussi à me faire mettre par Léo, le beau type de Sienne !"
Enrico le regarda stupéfait. Manfredo sourit, amusé par sa réaction.
"Pourquoi tu me dis ça ?" demanda un Enrico confus.
"Parce que je sais que tu es comme moi. Tu as perdu la tête pour Maurizio, non ?"
"Oui... c'est vrai. Je crois que je suis amoureux." Admit Enrico à voix basse, content de pouvoir enfin dire ces mots et plus seulement les penser.
"Et lui, lui aussi ?" demanda Manfredo.
"Non. Il a compris, mais il m'a dit qu'on ne pouvait être qu'amis. Il n'est pas... comme nous."
"Ça a mal tourné."
"Pas vraiment. Son amitié me suffit."
"Moi ça ne me suffirait pas, c'est sûr. Mais qu'il ne soit pas comme nous ne veut rien dire. Léo aussi est marié, c'est un homme à femmes. Mais quand ça vous démange... Il a accepté de coucher avec moi sans faire de manières, et plutôt avec plaisir, je t'assure. Et quel étalon : un pur sang ! Alors n'abandonne pas, mon ami."
"Non, Maurizio n'est pas comme ça. Et je n'ai pas l'intention de gâcher notre amitié pour un besoin physique. C'est précieux, l'amitié."
"Mais on est encore plus amis qu'avant avec Léo, maintenant, je te garantis. Il m'a dit qu'il ne croyait pas que ça puisse être aussi agréable avec un homme."
"Alors, vous vous mettez ensemble ?" demanda Enrico avec une pointe de jalousie. Manfredo lui plaisait, en fait, il l'attirait beaucoup.
"Nooon ! je suis aussi venu parce qu'on m'a dit que les Siciliens font ça comme des dieux !"
"Comment ça ? Tu ne viens pas pour l'Italie unifiée ?" demanda Enrico en essayant en vain de prendre l'air scandalisé : il éclata de rire.
"Mais si, bien sûr : je ne rêve que d'union : et l'union charnelle avant la politique. Intime, profonde et agréable. Que veux-tu de plus ?" répondit joyeusement Manfredo avec un clin d'œil.
"Tu me fais regretter de n'être pas Sicilien !" dit Enrico, blagueur.
Manfredo le regarda et lui demanda : "Mais... je t'intéresse ? Je croyais que tu n'avais d'yeux que pour Maurzio.."
"Lui... Lui je l'aime. Toi..." commença Enrico, mais il eu peur de blesser son ami.
"Moi... tu me désires, c'est ça ?"
"Exact."
"Super. Parce que moi aussi j'ai très envie de toi. Même si tu n'es pas sicilien !" conclut-il avec un sourire provoquant et une claque sur l'épaule. Puis il dit : C'est promis : à la première occasion."
Elle n'arriva pas si vite, cette première occasion. Ils dormaient soit séparés soit avec d'autres et de jour, ils n'avaient ni le temps ni l'occasion.
Mais quand ils arrivèrent à Milianni, Enrico s'approcha d'Enrico et lui annonça, triomphant : "J'ai trouvé !"
"Trouvé ? Quoi ?" demanda Enrico, sans comprendre.
"Quoi, tu as déjà oublié ? J'ai trouvé comment passer la nuit ensemble, seuls. Ce n'est pas une bonne nouvelle ?"
"Ah oui ? Splendide. Où ?"
"Tu ne serais pas une grenouille de bénitier, par hasard ?"
"Moi, une grenouille de bénitier ? Pas du tout, mais quel rapport ?"
"Et bien, le curé de la paroisse, parmi bien d'autres, a proposé de nous héberger pour la nuit. Et comme il disait qu'il pouvait en mettre deux ici et deux là... ça m'a semblé intéressant alors quand il a dit qu'on pourrait mettre un matelas en bas du clocher, j'ai tout de suite donné nos deux noms. C'est pas parfait, ça ?"
Enrico sourit à l'enthousiasme de son ami : "Pour autant qu'on fasse attention à ne pas se prendre dans les cordes des cloches, sinon..." dit-il en plaisantant.
"Ouah ! Mais on dirait que tu me proposes une nuit mouvementée ! Bon, on fera des nœuds aux cordes pour ne pas réveiller tout le village par un carillon. Alors à ce soir. J'ai hâte de enfin te voir nu et de faire des folies avec toi."
"J'espère que je ne te décevrai pas..."
"Je ne crois pas... et m'y connais. A ce soir !" répondit-il joyeusement et il lui fit un clin d'œil avant de s'en aller.