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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LIVRE 3
ENRICO PICCIN
CHAPITRE 14
UN AMOUR COMPLET

Comme Raffaele l'avait prévu, sa famille accepta Enrico sans le moindre problème. Le père de Raffaele leur donna un petit appartement au dessus de la pharmacie et Enrico y installa son cabinet. Officiellement, ce n'était que l'appartement d'Enrico, mais en fait il le partageait avec son amant. Et les deux frères mariés de Raffaele vivaient sur le même pallier avec leur famille.

Ils s'entendaient de mieux en mieux et plus ils se connaissaient plus ils étaient certains d'avoir trouvé la bonne personne. Et le fait que la famille de Raffaele l'accepte si bien contribuait à la sérénité d'Enrico : personne ne parlait jamais explicitement de leur relation, mais Enrico était à présent un membre de la famille : il participait à toutes les rencontres de la famille. Ils ne l'invitaient pas, tout comme ils n'invitaient jamais les gendres, tous trouvaient simplement logique qu'Enrico soit avec Raffaele.

Enrico correspondait avec son cousin Samuele, et quand il lui parla de Raffaele, comme il racontait toujours tout ce qui lui arrivait. Samuele lui répondit qu'il était vraiment heureux pour lui et qu'il lui envoyait ses meilleurs vœux de bonheur.

Parfois Enrico repensait à tous ceux qu'il avait aimé avant de rencontrer Raffaele : son tuteur Augusto Sala, son guide non seulement dans la sexualité, mais surtout dans l'amour. Samuele, qui à sa façon l'avait aimé et qui lui vouait encore une profonde affection, Otello l'avait profondément déçu mais lui avait ouvert les yeux, Tonio, dont l'amour n'avait pas été assez fort pour lui donner le courage de le suivre, Gaetano, qui lui avait donné deux merveilleuses années, mais leur amour n'avait pas été assez fort pour les décider à rester ensemble. Puis Maurizio avec son amour doux, timide et inexprimé, qui avait compris compte trop tard ce qu'il voulait et ce qu'il aurait dû faire.

Des amours qui lui avaient toutes donné quelque chose, parfois beaucoup, mais en quelque sorte incomplètes, par sa faute ou celle de l'autre. Mais chacun l'avait aidé à mûrir, l'avait préparé à mieux aimer, et rencontrer Raffaele.

Raffaele était-il son terminus ? Parfois il se le demandait et il espérait que oui. Mais, honnêtement, il avait pensé et espéré de chacun de ses anciens amants qu'il serait son terminus, alors, comment être sûr aujourd'hui ?

Il en parla à Raffaele qui sourit et lui dit : "Non, on ne peut jamais en être sûr, Enrico. Mais ça ne dépend que de nous. On peut faire notre mieux pour apprendre à nous aimer vraiment."

"Apprendre ? Mais on s'aime déjà."

"Apprendre, oui, parce que l'amour doit être renouvelé tous les jours. Tu vois, l'amour c'est comme ce rosier sur notre balcon : il faut l'arroser tous les jours, le mettre à l'abri du vent et des insectes, sinon les fleurs fanent, s'étiolent, se dessèchent et meurent."

"Mais les roses ont aussi leurs épines..."

"Comme l'amour. Nous aurons nos heures de peine, des peines que nous nous causerons l'un à l'autre, ou que d'autres nous causeront, qui sait."

"Je ne veux pas te faire de mal !"

"Moi non plus. Mais ça arrivera. Et il suffira, tout en sachant que la rose peut piquer, de continuer à en prendre soin comme avant. Mais bien sûr, nous ferons attention à ne pas nous faire piquer..." dit Raffaele avec tendresse.

Et ils les trouvèrent, leurs épines. Parfois Raffaele s'enfermait dans un mutisme soudain et devenait maussade, et il fallait à Enrico toute sa patience et son amour pour supporter ces moments et l'aider à en sortir. Parfois Enrico ne comprenait pas combien quelque chose qui lui paraissait dénué du moindre intérêt était important pour Raffaele, lequel expliquait alors son point de vue à Enrico, avec le plus grand tact, et l'aidait à ne pas sous évaluer ce qui pour lui était important.

Leur force venait de ce qu'ils se disaient toujours tout : tout ce qu'ils pensaient, ressentaient, espéraient et craignaient. Ils étaient de plus en plus un livre ouvert l'un pour l'autre.

Quand parfois l'un prenait une attitude un peu égoïste, l'autre le lui faisait remarquer au bon moment. Tous deux étaient extrêmement honnêtes pour admettre que si l'autre se plaignait de quelque chose, il devait avoir sa part dans les raisons de la plainte, et ils cherchaient ensemble la solution.

Oui, il y avait des épines, mais peu et des petites, et ils apprenaient à les écorner. Et le rosier grandissait, s'épanouissait , fleurissait et répandait un parfum dont ils s'enivraient tous deux.

Ce jour de Pâques, ils étaient ensemble depuis deux ans. Comme chaque année, les paniers du repas sur l'herbe étant prêts, toute la famille, partit en calèche sur le Vésuve. Quand ils eurent trouvé un pré avec vue sur le golfe, les hommes étendirent des couvertures et les femmes cherchèrent les victuailles dans les calèches, pendant que les enfants jouaient et braillaient sur le pré.

C'était une belle sortie : sept hommes, six femmes, et quatorze enfants entre douze ans et quelques mois. Dado, l'un des enfants, tomba et se mit à pleurer. Enrico, qui était près de lui, le prit dans ses bras et commença à le consoler, en essuyant ses larmes et en lui disant des choses drôles jusqu'à le faire sourire de nouveau.

Un de ses cousins s'était approché, Nicolas, l'aîné, et il dit : "Dado, tu viens jouer ?"

"Non, je reste avec oncle Enrico." Répondit le petit, en se blottissant plus fermement sur les genoux d’Enrico.

C'était la première fois que l'un des enfants l'appelait 'oncle', et Enrico se demanda si c'était bien ou non, et comment les membres de la famille, les adultes surtout, le prendraient.

Alors Nicolas dit : "Mais oncle Enrico ne peut pas te garder toute la journée dans ses bras, non ? Allez, Dado, viens jouer !'

Lucia, une petite de six ans, courut vers sa mère et lui demanda à voix haute : "Maman, pourquoi ils l'appellent oncle ?"

Enrico se leva, un peu inquiet, prêt à s'excuser, à dire qu'il n'avait pas demandé aux enfants de l'appeler oncle, mais la mère de Raffaele dit à sa petite fille : "Parce qu'il est aussi ton oncle. Tu n'es pas contente d'avoir un oncle de plus, Lucia, Aussi beau et gentil que l'oncle Enrico ?"

"Si, bien sûr !" dit la petite fille et Enrico se détendit et vit un sourire se dessiner sur le beau visage de son Raffaele.

Et à partir de ce jour, tous les enfants l'appelèrent mon oncle. Il avait été officiellement adopté.

Plus tard, entre adultes, avec Raffaele, ses parents, ses frères et sœurs et leurs conjoints, la mère de Raffaele dit : "J'espère que cela ne vous ennuie pas, Enrico, que j'ai dit aux enfants de vous appeler oncle..."

"Au contraire, je vous en suis très reconnaissant. C'était une agréable surprise."

"Une surprise ?" lui demanda le père l'air interrogateur.

"C'est un peu comme... être officiellement admis dans votre famille..." dit Enrico incertain.

"Mais vous faites partie de la famille," dit le père avec naturel, "depuis deux ans, maintenant."

"Merci..." dit Enrico.

Le bonheur de Raffaele était évident, mais il objecta : "Mais les autres, s'ils entendent les enfants l'appeler mon oncle..."

"Et bien, ça voudra dire qu'on devra se mettre à l'appeler cousin." Répondit une sœur de Raffaele avec un gentil sourire.

"Parfait !" trancha la mère et elle offrit à tous du rôti, comme pour entériner la décision par ce geste.

Le soir, seul avec Raffaele, Enrico lui dit : "Ta famille est exceptionnelle... Elle m'a accepté comme ça... avec une telle simplicité..."

"Oui, mais je ne t'appellerai jamais cousin !"

"Non ? Et comment, alors ?"

"Devant les autres, Enrico. Entre quatre yeux, mon amour, comme le font mes frères et sœurs avec leur conjoint."

"Et que serais-je, ton mari ou ta femme ?" demanda Enrico, avec un sourire malicieux.

"Mon mari, bien sûr, comme je suis ton mari, n'est-ce pas ?"

"Mais un mari suppose une femme..."

"Bon ! Ben mon époux alors, tu préfères ?"

"Aucune importance, en fait. Epoux, conjoint, moitié, compagnon, amant, ami, mari... l'important c'est qu'on s'aime, pas vrai ? C'est juste que notre civilisation ne nous propose pas de mot parce qu'elle ne reconnaît ni la légitimité ni la réalité de notre relation."

"Nous avons besoin de légitimité ?" demanda Raffaele.

"Non. Mais ce serait justice. Si quelqu'un a une relation avant ou hors du mariage, son homme ou sa femme a quand même un mot : l'amant."

"Un beau mot, qui veut dire celui ou celle qu'on aime. Et donc parfait pour nous."

"Mais un amant est toujours un peu... hors la loi."

"Comme nous." Raffaele souriait.

"Mais ce n'est pas juste."

"Quand l'homme aura su éliminer toute injustice, ce sera le paradis terrestre."

"Oui, et c'est à nous de le construire, ou de chercher à l'atteindre. On ne peut pas se résigner. La vie est un changement permanent, une amélioration continue, même si c'est fatigant et douloureux. Nous devons croire à ce qui est juste et nous battre pour."

"Comme pour construire l'Italie unifiée ?"

"Tout à fait ! Au début, on était à peine un millier, mais on a conquis la moitié de l'Italie !" dit Enrico convaincu.

"La cause était mure : plusieurs forces poussaient, pour diverses raisons, dans la même direction. Sinon vous n'auriez pas pu y arriver, tu ne crois pas ?"

"Tous les changements sont nés de l'idéal d'une seule personne, qui s'est répandu, s'est affirmé et a gagné !"

"Aux prix de souffrances, de larmes et de sang."

"Mais ils se sont imposés !"

"Mon garibaldien ! Mon idéaliste !"

"Ça te déplait ?"

"Au contraire, Enrico, j'aime ton idéalisme. Je t'aime. Peut-être que bien que nous, les napolitains, sommes un peu trop fatalistes..."

"Pas votre Masaniello !"

"Non, bien sûr, on n'est pas tous pareils. Mais verrons-nous le jour où deux homme pourront s'aimer avec la bénédiction de la société ?"

"Ça viendra, si on fait ce qu'il faut. Et le jour viendra où tes frères et sœurs pourront m'appeler beau-frère, et pas cousin."

"Mais pour les enfants, tu es déjà leur oncle."

"Oui, parce que je suis ton homme, c'est très beau ce qu'a fait ta famille, de m'accepter comme ça. Mais... tu ne vois pas la différence ? ils ont encore besoin d'un masque. Je ne leur en veux pas, ils ont fait un pas. Mais combien de pas nous reste-t-il à faire..."

"Il faudra combien de temps ?"

"Deux ou trois générations, un siècle... si on y arrive."

"Nous ne serons plus là."

"Qu'importe ? Beaucoup de ceux qui on rêvé de l'Italie unifiée sont morts, mais leur rêve devient une réalité. Et j'y ai contribué."

"Tu en es fier ?"

"J'en suis fier, oui. Mais il manque encore le Latium et Rome, et une partie du nord."

"Laisses-en pour les autres, tu veux ?" lui dit Raffaele en le caressant tendrement.

Enrico reçut un jour la lettre qu'il attendait depuis si longtemps : le général Garibaldi l'appelait pour libérer le Latium et Rome ! Enrico s'enflamma immédiatement. L'heure était venue ! Puis il pensa à Raffaele : il ne voulait pas le perdre, il ne le pouvait pas. Il avait toujours pensé que Raffaele venait avant lui, et maintenant il devait le prouver : "Raffaele d'abord, puis moi, puis les autres..." se disait-il toujours. Il ne pouvait donc pas aller contre sa volonté et il devait se préparer à renoncer si Raffaele le lui demandait.

Quand après la fermeture de la pharmacie Raffaele rentra, Enrico lui tendit simplement la lettre : "Lis ça, je l'ai reçu cet après midi."

Raffaele prit la lettre et la lut. Puis, levant les yeux et trouvant le regard d'Enrico, il lui dit à voix basse : "Bien, quand partons-nous ?"

Enrico le regarda stupéfait : " quand partons-nous ? Mais tu... tu n'as jamais... cet idéal n'a jamais été le tien."

"C'est le tiens et je veux le partager. Je ne peux pas te demander de renoncer à ce en quoi tu crois et je ne veux pas te laisser partir. Alors je viens avec toi, c'est la seule solution..."

"Non, Raffaele, Je ne peux pas te demander de risquer ta vie pour un idéal qui n'est pas le tien, mais je ne veux absolument pas te quitter. Alors je peux rester ici avec toi."

"Et renoncer à ton idéal ?"

"Tu comptes plus que tout, Raffaele, que ma vie et que mes idéaux."

"Il en est de même pour moi, alors je viens avec toi."

"Et pourquoi est-ce toi qui dois suivre mon idée ?"

"Parce que pour toi, ne pas y aller serait renoncer à quelque chose de capital. Moi je peux venir sans renoncer à rien. C'est donc à moi de te suivre, c'est clair."

"Et si l'un de nous meurt ?"

"Je crois qu'il sera heureux d'avoir l'autre à ses côtés le moment venu, non ? Même si ce sera dur et pénible pour le survivant. Espérons survivre... ou mourir ensemble."

"Tu es décidé, Raffaele ?"

"Complètement."

"Et ta famille ?"

"Ils respecteront mon choix, comme toujours."

Et c'est ainsi qu'Enrico et Raffaele, après avoir salué leurs amis, quittèrent Naples pour répondre à l'appel de Giuseppe Garibaldi. Quand ils rencontrent les autres volontaires l'atmosphère rappela à Enrico la période de Quarto. Il y avait beaucoup de nouvelles têtes, mais aussi beaucoup de vieilles connaissances. Ils trouvèrent aussi Pier Maria et Angelo, qui avaient obtenu un congé provisoire de l'armée d'Italie et ainsi pu joindre en secret les volontaires. Angelo était sergent dans l'armée d'Italie et Pier Maria capitaine et ils étaient encore heureux ensemble.

Les deux couples retrouvèrent leur ancienne amitié, ils étaient toujours ensemble, partageaient tout, ils étaient inséparables. Ils pénétrèrent rapidement dans le Latium : ils n'avaient pas l'appui de la population, mais ils ne rencontraient aucune opposition des troupes du Pape.

Ils étaient en vue de Rome quand ils furent confrontés aux soldats du Pape : c'était en fait des troupes autrichiennes et françaises données en renfort au Pape. Les garibaldiens se barricadèrent dans une villa pour résister à l'assaut ennemi. Mais Rome ne se révolta pas, et ils étaient encerclés par des troupes en écrasante supériorité numérique. Seule la force du désespoir et la foi aveugle en leur idéal supportaient les troupes garibaldiennes.

Beaucoup moururent et beaucoup furent blessés. A la fin, les survivants reçurent de leurs chefs l'ordre de se rendre. La reddition se discutait et pendant ce temps Enrico, par miracle intact, soignait les blessés comme il pouvait. Raffaele l'aidait, bien qu'il soit légèrement blessé au bras : une balle lui avait traversé le muscle sans faire trop de mal.

Angelo aussi était blessé, une balle lui avait éraflé la tête, il avait un gros pansement, mais il pouvait se lever. Pier Maria par contre était blessé à la poitrine. Enrico l'examina. La balle était entrée un peu en dessous de son téton droit et était sortie de son dos. Le poumon était percé mais aucun organe vital n'était en danger.

Enrico lui donna des médicaments : "Il survivra, même s'il lui faudra du temps pour guérir. Espérons qu'en prison ils le soigneront comme il faut, ou qu'ils me laisseront le soigner."

"A moins qu'ils ne nous passent tous au peloton." Dit Angelo avec un sourire fatigué.

Ils eurent de la chance : Rome donna l'ordre de désarmer les garibaldiens de les reconduire à la frontière et de les y laisser libres.

C'est une triste procession qui quitta la villa, escortée par les soldats ennemis. Ils arrivèrent à la frontière de l'Italie. Là, ils demandèrent de l'aide pour les blessés les plus sérieux, et les autres se dispersèrent. Le médecin du lieu confirma à Enrico que Pier Maria s'en tirerait. Les deux couples se dirent au revoir et Enrico et Raffaele retournèrent à Naples.

"Par ma faute, tu es blessé... Ta famille ne me le pardonnera jamais." Dit Enrico à l'approche de leur maison.

"C'est la faute des autres, pas la tienne. Et puis, je suis vivant, c'est ce qui compte. Et ma famille savait que je ne partais pas pour un partie de plaisir. Ne cherche pas des problèmes là où il n'en en a pas, mon amour."

Quand ils sonnèrent à la porte des parents de Raffaele, la mère vint ouvrir et, les voyant, elle cria de joie : "Vous êtes vivants tous les deux, grâce à dieu ! J'ai prié tout le temps pour vous, la sainte vierge m'a écouté ! Entrez, entrez ! Nous devons organiser une grande fête !" et elle les embrassa tous les deux, les fit entrer et envoya une bonne appeler tous les autres.

Il n'y eu aucun problème pour la blessure de Raffaele et la mère décida que le dimanche suivant il y aurait un grand repas avec toute la famille pour fêter leur retour.

Quand ils purent monter à leur appartement, ils allèrent se laver puis se couchèrent, fatigués mais heureux.

"Ça fait combien de temps qu'on n'a pas pu faire l'amour ?" demanda Enrico en caressant sous les draps le corps nu de son amant.

"Longtemps, bien trop longtemps."

"Tu te sens trop fatigué ?"

"Fatigué, mais pas trop. Viens là, mon amour..."

"Ta mère m'a accueilli presque comme un fils.."

"Non, tu te trompes."

"Je me trompe ?" demanda Enrico surpris pendant que Raffaele le serrait et le caressait, plein de désir.

"Elle t'a reçu comme un gendre."

"Tu crois ?"

"Oui, elle a dit : j'étais sure que tu veillerais sur mon fils, ton Raffaele. Donc c'est évident, elle te considère comme son gendre."

"Je ne m'en étais pas rendu compte..."

"Mais maintenant, pourquoi ne t'occupes-tu pas de moi comme tu sais le faire, mon amour ?" lui dit tendrement Raffaele et il l'embrassa avec passion.


FIN DE LA TRILOGIE


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