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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L' ORO, L'ENCENS ET LA MYRRHE CHAPITRE 2
LES RÊVES MEURENT À L'AUBE

Ils avaient encore quelques jours de permission. Le jour suivant, ils décidèrent de retourner à la rivière, où ils s'étaient déclaré leur amour réciproque. Nus, ils firent de nouveau l'amour sous le soleil.

"J'ai soif de toi, Massimo."

"Et moi de toi, minet." répondit Massimo, très excité.

Ils se caressèrent mutuellement, pleins d'un ardant désir. Ils pouvaient sentir leur excitation réciproque croître rapidement, leur corps se préparant à offrir à l'amant le plus grand plaisir. Ils le sentirent se construire, s'accumuler, et instinctivement, chacun se concentrait pour le retarder, pour augmenter la beauté de ce moment magique. Ils pouvaient sentir leur soif mutuelle de l'autre, et ensemble, ils se laissèrent aller, et se donnèrent l'un à l'autre le fruit de leur passion mutuelle. Ils étaient ivres, avides et heureux de savourer le goût de l'autre, de respirer l'odeur fauve et mâle de leur amant. Ils se séparèrent, s'assirent et s'enlacèrent, les yeux illuminés.

"Tu as bon goût, tu sais ?" dit Diego presque étourdi, heureux.

"Toi aussi, mon amour."

"Et maintenant que mon corps a assimilé ta semence, je ferai aussi partie de toi, et toi de moi. N'est-ce pas merveilleux ?"

"Bien sûr. Mais tu ne penses pas que c'est assez comme ça ?"

"Hein ? Qu'est ce que tu veux dire ?"

"Que ce soir, je t'attendrais quand même dans mon lit, d'accord ?"

"Je viendrai, ne t'inquiète pas. Est-ce que tu imagines à quel point les jours seront beaux quand nous habiterons ensembles ?"

"Je suis vraiment impatient d'y être." murmura Massimo, ému et heureux.


Ils revinrent à la caserne. Diego se mit, comme il l'avait dit, à la recherche d'une chambre et en trouva une dans une petite pension dans le quartier de la gare. Ainsi, ils purent continuer à faire l'amour assez souvent. Plus les jours, les semaines passaient, plus ils se rendaient compte à quel point ce lien les unissait. Ils étaient ensembles, apprenant à mieux se connaître, et plus ils se connaissaient, plus ils s'appréciaient et s'aimaient. Durant leur vie à la caserne, ils étaient toujours très prévenants l'un pour l'autre, et s'étonnaient que leurs conscrits ne cancanent pas sur leur amitié.

Lors de leur permission suivante, Diego prit de nouveau Massimo avec lui dans la maison familiale, et chaque nuit, il vint voir son amant en secret. Le père de Diego, qui sait comment et pourquoi, devait avoir eu des soupçons. Ainsi, une nuit, pendant qu'ils faisaient l'amour, ils entendirent frapper à la porte, et la voix du père de Diego qui l'appelait, Ils s'habillèrent en hâte, et Diego alla ouvrir.

Son père le regarda durement et lui dit :

"Ainsi, tu es là !"

"Bien sûr, Papa."

"Comment ça, 'Bien sûr' ?"

"Parce que je viens ici toutes les nuits pour voir Massimo."

"En fermant la porte à clef." Demanda sèchement l'homme.

"C'est une question de pudeur, non ?"

"Ah, tu le prends comme ça ? Toi et lui, ici, sous mon toit ? Tu n'as pas honte ?"

"Non, Papa. Je l'aime et il m'aime. Alors de quoi devrais-je avoir honte ?"

Massimo écoutait, assis sur le coin du lit, tendu et embarrassé, mais fier de son Diego. Son père ne sortit pas de ses gonds, ne hurla pas, ne fit pas de scène. Il dit simplement,

"Je n'aime pas que deux homosexuels restent ici, dans ma maison, près de ma famille."

Diego le regarda dans les yeux et répondit, "C'est ta maison, Papa. Si tu veux, on s'en va."

"Lui doit partir. Demain matin."

"Si tu ne veux pas de Massimo, tu ne veux pas de moi non plus. Et nous partons tout de suite." dit Diego, calme mais décidé.

"Tu es majeur. Tu fais ce que tu veux. Mais pas dans ma maison."

"Bien sûr Papa. Comme tu veux."

"Je dois aussi le dire à ta mère et à tes frères."

"Si tu penses que c'est bon, Papa." répondit le jeune homme, tranquille et sûr de lui.

Son père n'ajouta rien et partit.

Diego se tourna vers Massimo, "Fais ton sac, Massimo, on y va. Je vais aussi faire le mien, et on partira avec ma moto. Tout de suite."

"Je peux y aller seul." hasarda Massimo.

"Tu plaisantes ? Non, non, ensemble. Habille-toi, fais vite."

Massimo opina, s'habilla et rassembla ses affaires qu'il mit en hâte dans son sac, puis il descendit avec Diego dans sa chambre. Diego s'habilla aussi et rangeait ses propres affaires quand sa mère entra.

"Diego ! Dis-moi que ce n'est pas vrai !"

"Quoi, Maman ?"

"Tu n'as dit ça à ton père que pour le provoquer, non ? Mais pourquoi ?"

"Non, Maman, Massimo et moi sommes vraiment amoureux."

"Vous êtes amis, je sais, mais..."

"Non, Maman, nous sommes amants. Nous étions ensemble dans le lit, et nous faisions l'amour. Et nous sommes heureux ensemble, nous nous aimons."

"Mon dieu ! Comment est-il possible que vous... ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?"

"Fait de mal ? Non, Maman, tu n'as rien fait de mal. Je suis homosexuel, tout simplement. Et j'ai eu la chance de rencontrer Massimo et de tomber amoureux de lui, et lui de moi. Qu'y a-t-il de mal dans l'amour ?"

"Mais Diego ! Ne dit pas de sottises ! Deux hommes, ce n'est pas normal !"

"Non, Maman. Pour nous, c'est normal. Nous n'avons pas choisi d'être comme ça. Nous le sommes, tout simplement. Nous nous aimons et nous voulons vivre ensemble, tout simplement. Est-ce si difficile à comprendre, à accepter ? A qui faisons-nous du mal ?"

"Mais, mon trésor, vous n'êtes que des enfants. C'est juste une chose... la vie en caserne... c'est juste arrivé... Mais tu vas rencontrer une brave fille, et puis tu comprendras que la vie est comme ça et pas... celle-là. C'est juste... une gaminerie."

"Non, maman, je ne suis pas du tout attiré par les filles. Absolument pas ! Et lui non plus. Ce n'est pas un coup de tête. Nous nous aimons et nous n'avons aucune intention de renoncer à notre amour."

"Tu délires. Tu délires ! Tu ne sais pas ce que tu dis ! Une gaminerie, un caprice, je comprendrais. Mais ce que tu dis est anormal, amoral, absurde dégoûtant. Diego, s'il te plait, depuis toujours..."

"Allons, Maman ! Depuis toujours, il y a eu des hommes qui s'aimaient entre eux, Maman. Je comprends vos préjugés...

"Ce ne sont pas des préjugés, mais du bon sens. Même pour quelqu'un comme tu dis, il doit le réprimer. Sinon la société sera contre toi, tu ne comprends pas ?

"Bien sûr, comme les nazis étaient contre les Juifs."

"Ne dis pas n'importe quoi. Qu'est-ce que les Juifs ont à faire dans cette histoire ?"

"Bien plus que tu ne penses. Dans les camps d'extermination, ils ont massacré les homosexuels exactement comme ils ont fait avec les Juifs. Le même racisme, ni plus, ni moins."

"Ne sois pas absurde. Me traiter de nazi ! Je ne cherche qu'à t'aider. Pose ce sac, maintenant !"

"Non, Maman. Tu ne m'acceptes pas, exactement comme Papa. Alors je m'en vais."

"Non, Diego. Ne précipite pas les choses. Parlons-en."

"Maman, on en reparlera le jour où vous accepterez mon inclination sexuelle, et le fait que je la vive avec Massimo. Jusque-là..."

"Mais tu ne peux pas vouloir une chose pareille ! Nous n'accepterons jamais que tu vives avec ce... ce..."

"Attention, Maman ! Ce que tu vas dire sur Massimo sera pire que si tu le disais de moi. Si tu m'insultes, je pourrai te pardonner, mais si tu oses l'insulter, je ne te pardonnerai jamais !" dit Diego avec détermination.

Sa mère le regarda les yeux écarquillés. Puis elle dit lentement, "Oui, c'est mieux que tu partes, alors. Papa a raison."

"Bien, Maman. Au revoir. Salue Papa et les autres pour moi."

Sa mère quitta la pièce avec un léger bruissement de son peignoir de soie, sans ajouter un mot. Diego finit de rassembler ses affaires, prit quelques objets personnels auxquels il tenait, des papiers et demanda à Massimo d'en prendre une partie dans son sac, le sien étant plein. Puis ils descendirent et Diego poussa sa moto hors du garage.

Au moment de partir, son frère aîné sorti, "Diego, attends !"

"Oui ?" répondit le garçon, en mettant au point mort.

"Papa et Maman m'ont dit..."

"Oui, et alors ?" demanda-t-il d'un ton un peu agressif.

"Tu es sûr ?"

"Absolument."

"Alors je pense qu'il est inutile que j'essaye de te faire réfléchir."

"J'ai bien réfléchi, crois-moi."

"Bon, c'est ta vie, après tout. Tu as le droit de faire ce que tu veux. Où vas-tu ?"

"A la caserne."

"Oui, mais après ?"

"Je ne sais pas encore. Si tu veux, je t'enverrai ma nouvelle adresse."

"Veux-tu que je t'envoie tes affaires, à ce moment-là ?"

"Ça serait gentil de ta part."

"Bon... Je suis désolé, Diego, j'espère que tu ne le regretteras pas."

"Pas moi. J'espère que... que vous saurez le regretter, un jour."

"Au revoir, alors."

"Au revoir." répondit Diego et passant la vitesse, il dit à Massimo, "Accroche-toi." Et il démarra.

Il conduisit jusqu'à la station de Novara où il s'arrêta.

"Voyons si nous trouvons une chambre dans un hôtel aux environs. Demain, j'enverrai la moto à Falconara, et nous rentrerons en train. Nous y finirons la permission, dans la petite chambre de la pension. Ça te va ?"

"Bien sûr, mon amour, comme tu veux. Et puis après ?"

"Après la libération ? Je ne sais pas. On en parlera. On a tout le temps. L'important, c'est de rester ensemble, pas vrai ?"

"Oui, mon amour. Mais je suis désolé pour toi..."

"Non, pas moi. Pour moi, tu es la personne la plus importante du monde. Et je viens après. Et les autres, loin derrière. Si je te perdais, alors ça serait terrible."

"Mais ça ne sera pas si facile de te débarrasser de moi, tu sais ?" dit Massimo avec un doux sourire, et enfin Diego sourit aussi.

Ils trouvèrent une chambre et y passèrent la nuit. Diego demanda un lit double et sourit au coup d'œil surpris du réceptionniste. Arrivé dans leur chambre, ils se jetèrent immédiatement sur le lit, étroitement enlacés.

"Tu ne me quitteras jamais, Massimo ?"

"Non, jamais, je te le jure."

"Merci."

"Désormais, nous sommes unis, non ?" lui demanda doucement Massimo.

"Oui, c'est vrai. Toi et moi, une seule chose. Je t'aime."

"Moi aussi, minet."


Ils rentrèrent à Falconara. Diego avait bien pris la rupture avec sa famille, même si, bien sûr, ça ne lui faisait pas plaisir.

"Tu vois, mon amour ? Tu n'as pas une vraie famille, Et bien maintenant, moi non plus. Mais je t'ai et tu m'as. Tout bien compris, nous avons de la chance, non ?" dit-il à Massimo.

Tout en poursuivant leur service militaire, ils parlèrent de leur futur.

"Je veux aller à l'université. J'ai prévu de le faire à Milan, alors on pourrait y chercher un appartement, si ça te va."

"Tu veux toujours étudier la philosophie ?"

"Oui, bien sûr. Mais ça te va, l'idée d'aller vivre à Milan ?"

"Pour moi... ça sera bien partout, tant que ça sera avec toi."

"A Milan, si tu veux trouver un boulot comme réparateur télé, tu n'auras pas de problème. Mais... tu ne voudrais pas reprendre aussi des études ? J'ai assez d'argent pour qu'on vive confortablement tous les deux. Si tu veux..."

"Non, non merci. Je n'ai jamais été très bon à l'école. Et puis je voudrais gagner ma vie, je ne veux pas être entretenu."

"Je vois. Mais je voudrais au moins que tu trouves un travail qui te plaise."

"Le principal est de trouver un travail. Et ensuite je le rendrai agréable. De toutes façons, on verra à Milan."

"D'accord. Pour moi, le principal c'est que tu sois content, mon amour."


A l'occasion de leur dernière permission avant la libération, ils allèrent à Milan. Ils prirent une chambre à l'hôtel et commencèrent à faire le tour des agences immobilières pour chercher un logement.

Ils en trouvèrent un Via Fucini, près de l'université. C'était au deuxième étage, avec une chambre, un salon, salle de bain, toilette, cuisine et une entrée. Diego l'acheta, puis ils allèrent choisir des meubles, et tout le nécessaire pour le rendre confortable, du textile à la batterie de cuisine. Ils demandèrent à ce que tout soit livré après leur libération.

Diego s'inscrivit à l'université et ils rentrèrent à Falconara.


Leur service militaire se termina enfin, et ils allèrent à Milan. Pendant une semaine, ils prirent une chambre à l'hôtel près de l'appartement, le temps de le finir. Ils étaient pleins d'enthousiasme. Enfin ils commençaient leur vie commune dans leur maison. Ils finirent de la meubler et de s'installer.

Diego commença à suivre les cours et Massimo à chercher un travail. En à peine un mois, il fut embauché par un grand magasin d'électroménager comme vendeur et technicien.

Tout se passait bien, et surtout, vivant ensemble, leur harmonie et leur amour se renforçaient toujours plus. Petit à petit, ils commencèrent à se faire des amis. Diego étudiait avec passion, et il eut de bonnes notes aux premiers examens, et Massimo était fier de lui. Diego était aussi fier d'avoir Massimo comme amant. Leur différence de culture et d'origine sociale n'avait pas de répercussion sur leurs rapports. Leurs amis, homos ou hétéros les considéraient comme le couple idéal.

Ça ne voulait pas dire qu'ils n'aient pas, par moments, des débats enflammés, des bouderies, mais ce n'étaient que de courtes chamailleries et le calme revenait vite quand l'un ou l'autre tendait une branche d'olivier à son amoureux, toujours avant que le jour ne soit passé. Ces occasions de tension, en fait, leur permettaient de mieux se connaître, de comprendre leurs limites et celles de l'autre et de faire de leur mieux pour s'y adapter.

Parfois, leurs amis, un peu pour se moquer d'eux, mais plus souvent comme un compliment, leur disaient qu'ils se ressemblaient toujours plus.

Les études de Diego, avançaient régulièrement, Massimo se plaisait à son travail et quand ses collègues de travail apprirent que Diego était son amant, personne n'émit de jugement négatif ou ne fit de plaisanterie stupide. Tous acceptèrent le fait très tranquillement.

Comme contact avec leurs familles, Massimo se limitait à un échange de cartes chaque Noël avec sa famille, et Diego en envoyait une, sans même recevoir de réponse.

"C'est curieux qu'ils ne les renvoient pas à l'envoyeur." commenta une fois Diego avec un mélange de tristesse et d'ironie, et il ajouta, "Peut-être ne le font-ils pas seulement par paresse."


Pour célébrer le cinquième anniversaire du jour où ils s'étaient déclarés leur amour réciproque, au bord de la rivière, ils décidèrent de prendre quelques jours de vacances et de retourner au même endroit, sur les berges de l'Agogna.

Le jour était splendide, comme cinq ans auparavant. Ils se mirent nus, et célébrèrent leur joie de vivre en se mettant à faire l'amour.

"Ça ne serait pas beau, minet, si on pouvait toujours faire l'amour comme ça, en plein air ?"

"Oui, mais l'hiver, on attraperait la mort ! répondit Diego en plaisantant.

"Sais-tu que maintenant que ton corps a mûri, il est plus viril, et que je t'aime encore plus qu'il y a cinq ans ?"

"C'est pareil avec toi, Massimo. C'est bon d'avancer ensemble, de vieillir ensemble."

"Peut-être que tous les cinq ans, on pourrait revenir pour célébrer notre union. Mais tu nous imagines, tous les deux, petits vieux nus, en train de faire l'amour ?"

"Ça sera merveilleux, même quand on aura quatre-vingts ans, j'en suis sûr !"

"Oui, je suis d'accord." répondit Massimo doucement.

Ils firent l'amour, profitant de chaque instant, savourant l'un l'autre, conscient que grâce à leur amour, cet endroit était devenu un petit coin du Paradis terrestre. Après, ils sautèrent dans l'eau et jouèrent comme des gamins heureux, puis se couchèrent sous le soleil pour se sécher.

"Sais-tu, Massimo, qu'avec toi, j'ai trouvé le vrai bonheur ?" lui dit Diego dans un murmure, prenant sa main et entrelaçant ses doigts.

"Oui, je sais, c'est comme pour moi. Tu es ma vie, minet."

"Je n'ai pas peur du futur, près de toi."

"Moi non plus. Il me suffit de te regarder, de penser à toi, pour me sentir l'homme le plus fort du monde, Rien ne me fait peur quand tu es à mes côtés."

"Toi et moi, on est un, c'est comme si on était marié, même s'il n'y a pas eu de cérémonie."

"On célèbre ce rite chaque fois qu'on fait l'amour."

"C'est vrai, parce que chaque fois, je me livre complètement à toi, et toi à moi."

Ils continuèrent à bavarder de cette façon, heureux, en parfaite communion. Ils rentrèrent à Milan, et reprirent sereinement leur vie de tous les jours. Diego préparait sa thèse et Massimo tentait de l'y aider en prenant pour lui toutes les corvées de ménage et de la vie commune.

Mais...


Le vingt décembre de leur cinquième année de vie commune, pendant que Diego rentrait sur sa moto de la bibliothèque de la faculté, chargé des livres nécessaires à sa thèse, une voiture qui n'avait pas respecté le stop le prit de face, le faisant voler jusqu'au trottoir d'en face, où il s'écrasa, désarticulé comme une poupée de chiffon.

Mort sur le coup.

Quelqu'un appela la police.

Le corps fut enlevé.

Ils regardèrent dans son portefeuille et trouvèrent l'adresse.

Un carabinier vint sonner à leur porte, mais Massimo était au travail. Il demanda au voisin, et trouva l'adresse du travail de Massimo. Il s'y rendit pour lui remettre l'avis. Le carabinier, sans imaginer le lien qui unissait les deux garçons, pensant qu'ils partageaient juste le logement, lui dit directement que le Signor Diego De Rossi avait péri dans un accident, fauché par une voiture.

Massimo sentit le sang se retirer de son corps. Il resta immobile, blanc comme un linge, puis tituba. Le carabinier le soutint, un collègue le fit asseoir et appela le directeur. Massimo demanda, d'une voix inaudible où Diego avait été transporté. Le carabinier lui donna l'adresse de la morgue. Le directeur lui fit porter depuis un bar voisin un verre de liqueur et lui dit que quand il se sentirait un peu mieux, s'il le désirait, il pourrait y aller. Massimo se reprit. Il se sentait vide, complètement vide, mais de nouveau maître de son propre corps. Il retira sa tenue de travail, mit son blouson et alla en taxi à la morgue de l'hôpital.

Diego était couché sur un brancard, et couvert avec un drap blanc. Il avait son nom écrit sur une étiquette. Massimo souleva le drap en tremblant et regarda. Son Diego avait une expression sérieuse, mais paisible. Il était pâle comme de l'ivoire poli. Et Massimo laissa couler ses larmes dans un long sanglot silencieux, éperdu. Il aurait voulu crier mais n'était pas capable d'émettre le moindre son. Il restait là, immobile, en contemplation incrédule de cette face aimée où ne restait plus la moindre étincelle de vie. Et il pleura, pleura, pleura.

Au bout d'un long moment, une infirmière lui toucha le bras.

"Si vous le désirez, vous pourrez revenir demain matin..." dit-elle gentiment.

Massimo comprit que c'était l'heure de la fermeture. Il opina et rentra chez lui. Il devait organiser l'enterrement. Il devait le dire à ses amis. Et la famille de Diego. Même si pendant cinq ans, ils n'avaient pas eu le moindre contact, ils devaient être prévenus. C'était nécessaire. Il chercha leur numéro de téléphone et appela.

"Je suis Massimo Sellari. Signor De Rossi ?"

"Lui-même."

"Je suis désolé de vous déranger, mais... mais Diego... un accident..." bégaya Massimo avec une boule dans la gorge. Puis il se reprit et lui dit que Diego était mort, et où était maintenant le corps.

"Ah, je comprends." Fut la seule réaction du père de Diego.

Massimo le salua, raccrocha et se remit à pleurer, secoué de sanglots désespérés. Puis il trouva la force d'appeler Riccardo, leur plus proche ami, pour lui dire ce qui était arrivé. Riccardo se précipita immédiatement chez lui. Massimo lui demanda de prévenir ses autres amis. Il le fit et lui proposa de rester coucher avec lui, et de l'aider, le lendemain pour organiser l'enterrement. Massimo accepta avec soulagement, seul il pensait n'avoir ni la force ni l'esprit pour le faire. Il se sentait vide, terriblement vide.

En lui, une voix criait, "Diego, minet, pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi ne suis-je pas mort à ta place ? Pourquoi vivre, maintenant ?"

Le matin suivant, accompagné de Riccardo, il revint à la morgue. Il aperçut le père et la mère de Diego qui sortaient du bureau de l'officier de police de la morgue. Il essaya de s'approcher pour les saluer, mais le couple se sauva en hâte, monta dans sa voiture et partit.

Massimo entra dans le bureau de la police.

"Les affaires personnelles du Signor Diego De Rossi..."

"Ses parents viennent de passer, je leur ai tout donné."

"Ah, je comprends." dit Massimo.

Il descendit avec Riccardo à la morgue.

Riccardo, après être resté un moment avec Massimo devant le corps de Diego, demanda à une infirmière,

"Excusez-moi, mais pour organiser l'enterrement de Diego De Rossi..."

"Ses parents sont passés et ont pris des pompes funèbres pour le faire."

Massimo, qui avait entendu la réponse, dit lugubrement, "J'aurais dû venir plus tôt, j'aurais dû être le premier. Ils se sont réapproprié Diego, en l'emportant loin de moi."

"Mais non, ils t'évitent des soucis..."

"Non, je le sens. Ils l'ont ignoré pendant des années et maintenant..."

Il se tourna vers le corps de Diego et effleura sa figure d'une caresse. Puis il secoua la tête plusieurs fois, inconsolable.

Son ami lui posa une main sur le bras, compatissant, et dit, "Allons-y, maintenant, Massimo. Tu ne peux plus rien pour lui, maintenant."

"Plus rien, c'est vrai ? Plus rien ! Mon pauvre minet, ils t'ont tué et je..."

"Allez, Massimo, on y va."

"Non, attends, je veux le regarder encore un peu. Hier matin, quand j'ai quitté la maison, il m'a embrassé et il m'a dit, 'A tout à l'heure, mon amour.' Oui, à tout à l'heure, minet, à tout à l'heure !" murmura Massimo d'une voix cassée et de nouveau, il caressa la joue pâle de Diego avec une tendre affection.

"Il est encore beau, non ?" demanda-t-il à son ami.

"Il a l'air de dormir." lui répondit-il.

"Non. Quand il dormait, il était plus souriant. Il n'a pas souffert, pas vrai ? Ils ont dit qu'il était mort sur le coup."

"Il n'a pas l'air de souffrir."

"Oui, c'est vrai. Mais il ne sourit plus, il ne peut plus sourire, maintenant." dit Massimo, inconsolable.

Il sentait les larmes baigner ses yeux, mais elles semblaient incapables de sortir. En lui-même, il continuait à entendre ce cri qu'il n'était pas capable de pousser, et qui lui crevait le cœur.

"Il m'a dit, à tout à l'heure !" murmura-t-il, désespéré.

"Viens, on y va, Massimo. C'est inutile de continuer à rester ici et à te torturer." insista Riccardo.

"Laisse-moi le regarder encore. Après je ne le reverrais plus... plus jamais..."

"Rentrons à la maison..."

"Encore un peu... Est-ce que tu peux demander quand est l'enterrement ? Comme ça tu pourras le dire aux amis."

"D'accord. Attends-moi ici, alors." lui dit son ami en sortant de la morgue.

Massimo caressait la main de Diego. Il aurait voulu pleurer, mais les larmes ne sortaient pas. Il aurait voulu crier, mais aucun son ne sortait. Il voulait l'enlacer, mais ne pouvait pas bouger.

Riccardo revint, "Demain, ils le conduisent à Novara. L'enterrement est après-demain dans la cathédrale. Il sera enterré dans le caveau de famille." dit-il tristement.

"Tu vois ? Ils l'ont repris. Ils l'éloignent de moi, comme je t'avais dit..."

"Si tu veux, je peux t'accompagner à Novara. Nos amis viendront aussi, je pense."

"Non, je ne sais pas, après, peut-être. J'irai probablement voir sa tombe. Mais l'enterrement... ils seront tous là... sa famille. Ils l'ont rejeté, il y a cinq ans. Maintenant, ils l'ont repris. Ils ne voulaient pas de lui à la maison, mais ils sont d'accord pour le caveau. Je n'ai pas envie de les voir."

"Mais ils t'attendent probablement pour la cérémonie."

"Oh, non, vraiment. Il y a cinq ans, ils m'ont ignoré, il y a un instant, ils m'ont encore ignoré, tu l'as bien vu."

"Ils ne t'ont peut-être pas vu..."

"Non, non, ils m'ont vu, et ils ont couru à leur voiture."

"Bon... On y va, maintenant ?"

"Oui. Peux-tu me ramener à la maison ? Je voudrais essayer de dormir."

En arrivant chez lui, Massimo essaya d'ouvrir la porte avec sa clé.

"C'est bizarre, c'est déverrouillé, je l'ai fermée à double tour..." dit-il en l'ouvrant. Comme il mettait le pied l'intérieur, il se trouva face aux parents de Diego.

"Que faites-vous là ?" demanda sèchement le père.

"C'est... c'est ma maison." répondit Massimo, ahuri par la question.

"Non, vous vous trompez. C'est la maison de Diego, pas la votre. Vous n'avez plus rien à faire ici. Maintenant, cette maison est à nous, et nous ne voulons pas de vous ici. Partez !"

"Mais..."

"Partez ou nous appelons la police." dit le père, glacial.

"Mais il habite ici. Toutes ces affaires sont là !" dit Riccardo en s'interposant.

"Rendez-moi les clés de l'appartement et partez ou j'appelle la police !" répéta le père à Massimo.

"Bien sûr, appelez-là ! Vous n'avez pas le droit de..." commença Riccardo, énervé, mais Massimo dit amèrement,

"Je m'en fous ! Ils peuvent tout prendre ! Ils n'ont pas perdu un fils, ils ont gagné un héritage. Ils peuvent en profiter, l'avaler, se le mettre dans le cul ! J'ai perdu Diego, pas eux ! Pas eux !" conclut-il et lançant de toutes ses forces le trousseau au visage de l'homme, il sortit en trombe.

"On se reverra !" leur cria Riccardo en suivant précipitamment Massimo qui descendait les escaliers en courant. "Massimo, allons tout de suite voir un avocat. Ils ne peuvent pas te faire ça. Tu as le droit de prendre au moins ce qui t'appartient et puis c'est aussi ta maison." lui dit-il en le rejoignant.

"Laisse tomber, je m'en fous de mes affaires. Ils peuvent tout bouffer et j'espère qu'ils s'étoufferont avec."

"Ils sont méchants, sans cœur. Ce qui est dans cet appartement vous appartient à tous les deux, alors la moitié t'appartient. Et dans le compte, il y a aussi ton argent, pas vrai ?"

"Oui, une partie est à moi."

"Alors retire tout immédiatement."

"Mais je me fiche de l'argent, maintenant."

"Massimo, la vie continue. Diego ne permettrait pas un truc pareil, alors toi non plus."

"Diego est mort. Tout est fini."

Riccardo n'insista pas, comprenant qu'à ce moment, c'était inutile. Puis il demanda, "Que penses-tu faire, maintenant ?"

"Je ne sais pas."

"Veux-tu venir chez moi ?"

"Non, merci. Je vais peut-être chercher une chambre d'hôtel, je ne sais pas."

"Mais tu as besoin d'argent. On va tout de suite à la banque, allez !"

"Mais..."

"Ecoute-moi. A quelle banque êtes-vous ? Où avez-vous votre compte ?"

"La Cariplo, pas loin."

"Allons-y, alors."

Massimo le suivit. Il y avait la queue. Ils attendirent en silence. Quand ce fut son tour, il demanda à sortir du liquide de son compte. L'employé tapa le numéro du compte sur son écran et dit,

"Je suis désolé, Signor Sellari, mais le compte est bloqué suite au décès du titulaire."

"Mais c'est aussi son argent ! Le compte est aussi le sien, non ?." Intervint Riccardo.

"Non, le compte est au nom de DeRossi et le Signor Sellari n'a que la signature et suite au décès du titulaire, elle n'a plus de valeur. Si le Signor Sellari peut nous démontrer qu'une partie de la somme est à lui, la justice pourra autoriser un transfert. Mais pas la banque. C'est la règle."

Même si Massimo ne voulait pas, Riccardo demanda à voir le directeur, qui confirma ce qu'avait dit l'employé.

"Excusez-moi, mais quand et par qui le compte a-t-il été bloqué ?" demanda alors Riccardo.

"Il y a un quart d'heure, j'ai reçu un coup de téléphone du père du titulaire, le Signor De Rossi, avec la demande de bloquer le compte jusqu'à la clôture des formalités de succession. Si le Sigor Sellari peut prouver au juge qu'il a des droits sur une partie du montant, sur injonction du tribunal, il pourra retirer ce à quoi il a droit. Mais jusque là, je suis désolé."

Ils sortirent. Riccardo insistait pour qu'ils aillent voir un avocat, pour au moins essayer de récupérer ce qui lui appartenait, et lui dit que lui et les autres amis étaient prêts à témoigner qu'une part des biens et de l'argent était à Massimo.

Mais le jeune homme ne voulut rien entendre, "Non, je m'en fiche, ça ne m'intéresse pas, c'est juste de l'argent, des objets."

"Mais tu ne peux pas les laisser te jeter hors de chez toi de cette façon, ce n'est pas juste."

"Diego est mort. Ce n'est pas juste non plus. Il avait vingt-quatre ans comme moi, mais il est mort."

"Mais toi, tu es vivant. Tu dois penser à ta vie."

"Oui, c'est vrai, je suis encore vivant, malheureusement."

"Massimo, je comprends que tu sois perturbé par cette tragédie. Chacun le serait. Mais tu dois réagir, tu le dois..."

"Réagir, pourquoi ? Ils ont perdu un fils et ils ne pensent qu'à son argent, ses affaires. Non, ils n'ont pas perdu un fils, je suis le seul à l'avoir perdu, le seul. Et je devrais m'inquiéter pour des affaires, de l'argent ?"

Riccado insista encore un peu, mais sans résultat.

"Ecoute, de toutes façons, tu ne peux pas rester au milieu de la rue. Pour commencer, tu viens chez moi. Et puis je demanderai aux amis et on fera quelque chose. Au moins, tu as un bon boulot, grâce à Dieu."

"Ah, mon boulot... Tu peux leur téléphoner pour leur demander quelques jours ?"

"Oui, bien sûr, ne t'inquiète pas pour ça, pour le moment. Je vais arranger ça. Viens chez moi."

Massimo le suivit. Riccardo le fit s'étendre sur le lit pour dormir un peu. Pendant ce temps là, il fit à manger. Il revint pour le trouver les yeux ouverts, il le conduisit à la cuisine et le persuada de manger un peu. Massimo était absent, loin de là, inerte. Riccardo essaya de le faire parler, réagir, mais sans résultat. Plus tard, quand enfin Massimo se fut endormi, Riccardo fit au téléphone le tour des amis pour leur expliquer ce qui c'était passé. Leur réaction fut la même, ils devaient aider Massimo à récupérer ses affaires. Ils décidèrent de se rencontrer le lendemain chez Riccardo pour parler avec Massimo.

Mais Massimo refusa toutes les propositions, et continua à répéter le même refrain.

"Non, je ne veux pas, je m'en fiche, ça ne sert à rien."

Le jour de Noël, plusieurs d'entre eux invitèrent Massimo, mais il resta chez Riccardo, au lit presque toute la journée. Pendant tout ce temps, Massimo aurait désespérément voulu pleurer, mais il n'y réussit pas. La peine obscurcissait ses sens, embrouillait son cerveau. Le 28 décembre, il demanda à un de ses amis de le conduire à Novara, au cimetière. Il chercha le caveau De Rossi et trouva le nom de Diego sur la pierre tombale. Il posa dessus une simple rose rouge. Même là, il ne fut pas capable de pleurer.

"Adieu, Diego, mon minet." mumura-t-il à voix basse, effleurant du bout des doigts sur le marbre gris et froid le nom et les dates de naissance et de mort. L'ami qui l'accompagnait, très ému, pleurait silencieusement pour lui. Massimo restait là, debout, silencieux, pendant quelques minutes, puis poussa un profond soupir, et redressant les épaules, se tourna vers son ami et lui dit,

"On peut rentrer à Milan, maintenant."

Son ami le regarda avec perplexité. Il lui parut que Massimo s'était transformé. Il pensa que peut-être ce dernier adieu avait donné à Massimo la force de sortir de cette douleur muette. Il reconduisit Massimo à Milan et le laissa devant la porte de chez Riccardo. Massimo le remercia et lui dit au revoir.

"On se voit pour le premier de l'an, Massimo ?"

"Je ne sais pas, peut-être. Nouvel An, nouvelle vie, comme on dit, non ?" répondit le jeune homme d'une voix légère.

Son ami le regarda avec surprise et dit, "Oui, on dit ça... A bientôt, alors."

Massimo ne répondit pas, fit un signe de la tête et regarda son ami s'éloigner dans le trafic.

Il se rappela alors de la bicyclette que Diego lui avait offerte pour son dernier anniversaire et se demanda si elle était encore dans le hall d'entrée de leur maison. Il prit le métro. Arrivant à la maison, il y entra.

La bicyclette était toujours là. Il prit la petite clé dans son porte-monnaie et la détacha. Il la caressa, pensant à son Diego, la sortit dans la rue, l'enfourcha et se mit à pédaler dans le trafic du soir.


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