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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L' ORO, L'ENCENS ET LA MYRRHE CHAPITRE 3
L'OR...

Massimo resta chez Riccardo jusqu'au soir du 31 Décembre. Quand ce dernier lui dit qu'il était l'heure d'aller chez leur ami Carlo pour y attendre la nouvelle année avec leurs amis. Mais Massimo dit,

"Je ne me sens vraiment pas d'y aller. Excuse-moi auprès de nos amis. Je préfère rester seul cette nuit."

Riccardo essaya d'insister, mais à la fin, il abandonna. Quand Massimo fut seul, il prit une feuille de papier et écrivit,

"Cher Riccardo,
Je n'ai pas eu le courage de te dire adieu en face, parce que tu aurais insisté pour que je reste chez toi et je n'aurais peut-être pas eu le courage de refuser. Mais je t'ai déjà donné trop de soucis avec ma présence, mon silence têtu et mon désespoir. Alors j'ai décidé qu'il était l'heure de partir. Dans quelques heures, l'année finira et la nouvelle commencera. J'espère aussi que ce soir marque la fin de cette tragédie et le début d'une nouvelle vie. Je ne sais pas ce qu'elle sera, mais elle sera meilleure que ces dix derniers jours. Je te remercie beaucoup pour tout ce que tu as fait pour moi, tu as été un vrai ami. Toi et tous les autres. Remercie-les de ma part. Et s'il est vrai que Dieu existe, Il saura vous récompenser pour tout, parce que moi, je n'en suis pas capable.

Rappelez-vous toujours de Diego et moi, et de l'amour qui nous liait. Pardonne-moi, Riccardo, de partir ainsi, mais ne soit pas fâché contre moi. Encore merci pour tout.
Ton Massimo."

Il posa la feuille sur l'oreiller du lit de Riccardo, mit son blouson et descendit dans la rue. Il prit sa bicyclette et commença à pédaler. Il regarda sa montre, il était dix heures et quart. Encore une heure et quarante-cinq minutes avant minuit. Il pourrait dire adieu à l'année écoulée et à toutes ses souffrances. Il palpa la masse dans la poche de son blouson. C'était une jolie corde de nylon, pour les alpinistes, épaisse comme le pouce, forte et belle, rouge vif, longue de trois mètres.

Quand il l'avait achetée dans le magasin de sport, la vendeuse lui avait demandé quelle longueur il voulait.

"Trois mètres."

"Seulement ?" demanda la fille, un peu étonnée.

"Oui, c'est bien suffisant. L'important, c'est qu'elle soit solide."

"Oh, très solide. Elle porte jusqu'à trois cents kilos."

"Très bien, c'est ce qu'il faut, alors."

Alors la vendeuse lui demanda quelle couleur il aimait, et lui montra les rouleaux.

"Rouge, c'est bien. C'est l'année nouvelle, non ? Suivant la tradition, la nouvelle année doit commencer en portant quelque chose de rouge."

"Oui, Signor, mais d'habitude on le porte en sous-vêtement." répondit joyeusement la fille.

"Je veux bien dire comme sous-vêtement." avait dit Massimo avec un sourire singulier.

"Oh, ça me plairait de vous voir porter juste cette corde !" dit la vendeuse avec un sourire malicieux.


Massimo, pénétrant dans le parc, choisit un bel arbre, grand et robuste. Ses branches sombres se levaient vers le ciel obscur comme une armée de bras levés en prière. Il appuya la bicyclette contre le tronc, enleva son blouson et le posa sur le guidon. Il sortit la corde de la poche et la déroula. Puis il prépara un bon nœud coulant à une extrémité. Même si les années avaient passé, il était utile d'avoir été scout, pensa-t-il. Le nœud coulissait parfaitement. Puis il essaya de grimper dans l'arbre. Quand il était scout, il y excellait. Enfin, à la quatrième tentative, il réussit. Il se hissa jusqu'à une fourche, monta encore et choisit une branche qui lui semblait satisfaisante. Elle courrait parallèlement au sol, grosse comme son bras. Il s'assit dessus, ses jambes pendantes. Il mesura la corde pour être sûr qu'elle ne soit pas trop longue et l'attacha soigneusement à la branche. Il regarda de nouveau sa montre. Vingt-trois heures trente neuf. Encore vingt et une minutes. Il tira la corde et passa le nœud autour de son cou.

"J'arrive bientôt, mon minet. Si c'est vrai qu'il y a une vie après la mort, nous serons bientôt réunis. Et s'il n'y a rien... ici non plus il n'y a plus rien, maintenant. Au moins, j'arrêterai de souffrir. Je t'aime Diego, où que tu sois. Liés pour toujours, dans la vie et dans la mort."

Les minutes passaient lentement, le parc était désert et noyé de silence. Maintenant Massimo se sentait bien, serein, enfin. Oui, il commencerait l'année avec une vie vraiment nouvelle. Ou avec rien, qui sait ! Il espérait qu'un vagabond de passage trouverait la bicyclette et le blouson. Puis il pensa avec une macabre ironie, qu'il avait transformé cet arbre dépouillé en arbre de Noël, lui et sa corde rouge comme décoration, et au pied, les cadeaux.

Il regarda encore sa montre, vingt-trois heures cinquante-six. Quatre minutes encore.. Il faisait plutôt froid sans blouson, mais il ne restait que quatre minutes. Il ajusta le nœud autour de son cou, et pensa que ce geste était un peu comme ajuster sa cravate pour aller à une fête. Et puis il se demanda combien de personne regardait leur montre à ce moment, comme lui. Certainement la famille de Diego...

"Dix,
neuf,
huit,
sept,
six,
cinq,
quatre,
trois,

Bonne Année à tous !"

hurla-t-il heureux et il sauta de la branche.


Rasim se promenait dans le parc. Ses amis lui avaient dit qu'il n'y trouverait pas âme qui vive, cette nuit-là. Mais lui, sans même savoir pourquoi, sentit le besoin d'y aller quand même, pour draguer. Il décida que cette nuit, son premier client pourrait faire l'amour avec lui pour rien, comme un cadeau pour la nouvelle année. Il pouvait se permettre d'être généreux, il l'avait bien gagné.

C'était un très beau garçon, qui paraissait moins que ses vingt ans, et les Chrétiens aimaient baiser un beau garçon arabe. En deux ans depuis son arrivée en Italie, il avait gagné beaucoup d'argent, tellement qu'il pouvait commencer à en envoyer à sa famille au Maroc, pour qu'ils puissent avoir une vie plus confortable. Depuis quatre mois, il avait pu s'installer seul, ainsi, il pouvait y conduire ses clients et se faire mieux payer. Il avait meublé le studio dans le style arabe. Cela plaisait aux clients qui avaient l'impression d'être dans un harem, dans un conte des Mille et Une Nuits. Rasim sourit avec satisfaction. Après tant de misère, il avait maintenant une bonne vie, riche et agréable. Etre musulman et gay, dans son pays, lui causait toutes sortes de problèmes. Ici, au contraire, cela avait facilité sa route.

Il regarda sa montre, vingt-trois heures cinquante-quatre. Encore six minutes jusqu'à l'année nouvelle. Et le parc était désert. Qui sait ce que l'année nouvelle lui apporterait ? Sûrement davantage de clients, de plaisir, d'argent. Il était devenu un prostitué de luxe, il commençait à avoir de bons clients réguliers, il prévoyait de se faire mettre le téléphone. Mais parfois, il aimait venir tourner dans le vieux parc où il avait commencé sa carrière.

Vingt-trois heures cinquante-huit. Le parc était vraiment désert. Il arrêta de marcher le long du boulevard et pénétra sous les arbres.

Vingt-trois heures cinquante-neuf. Peut-être que quelqu'un viendrait plus tard, après les fêtes.

Rasim s'arrêta et regarda autour de lui dans la semi-obscurité du parc. Tout était vraiment désert. C'est à dire, non, là il y avait une bicyclette contre un arbre, alors il devait y avoir quelqu'un dans les environs, peut-être à la recherche d'un garçon comme lui. Il regarda encore sa montre. Et voilà, juste huit secondes. Il compta à mi-voix, en arabe, "53, 54, 55, 56, 57..." et il entendit un cri, puis un craquement sec comme une détonation, et regardant vers l'arbre, il vit tomber quelque chose qui s'écroula sur le sol.

Il resta un instant immobile, sans comprendre, puis courut vers cet arbre. Là il vit un corps sur le sol, une raie rouge et une branche cassée. La raie rouge était une corde, joignant le cou de l'homme à la branche. Et Rasim comprit soudain. L'homme avait tenté de se pendre mais la branche avait cassé. Il se pencha nerveusement sur le corps et vit qu'il était toujours vivant. La face était cyanosée par la corde toujours serrée autour du cou. Les mains tremblantes, il desserra le nœud, roula le corps sur le dos et regarda la figure de l'inconnu. Il semblait très jeune, et beau, et il avait voulu se tuer au début de la nouvelle année. Bon ! Mais cependant Allah ne l'avait pas permis et... c'était sans aucun doute Allah qui l'avait fait sortir cette nuit et l'avait fait passer par là, vraiment là et maintenant. Allah voulait qu'il prenne soin de cet homme, c'était clair.

Il ôta la corde du cou du jeune homme et passa les doigts sur la marque qu'elle avait laissée. Sans savoir pourquoi, il dénoua la corde de la branche et la roula. Puis il regarda de nouveau la figure du jeune homme. Qu'est-ce qui avait pu le pousser à vouloir se tuer ? il accrocha le rouleau de corde rouge à sa ceinture et s'assit à côté du corps inerte et soulevant sa tête, il la posa sur sa cuisse, la caressant doucement. Il était vraiment beau. S'il avait pu avoir un tel client ! pensa Rasim en continuant à lui caresser les cheveux.

Massimo gémit.

"Hé, l'ami, comment ça va ?" demanda Rasim en le regardant.

Il ouvrit les yeux et leurs regards se croisèrent. Le garçon lut dans ces yeux une peine si profonde qu'elle lui fit mal.

"Qu'est-ce qui c'est passé ?" demanda Massimo.

"Dieu a un autre projet pour toi." expliqua Rasim. Il ne mentionna pas Allah, l'homme était certainement un infidèle et ne l'aurait pas cru.

"Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?" murmura Massimo, embrouillé, et il porta sa main à son cou.

"Elle n'est plus là. Je l'ai. La branche a cassé. Ça n'était pas encore ton heure."

"Mais je devais mourir." dit Massimo d'une voix éteinte.

"Non, c'est clair que non. Et Dieu m'a envoyé ici, pour toi."

"Qui est-tu ?"

"Rasim. Un marocain. Un prostitué. Et toi ?"

"Massimo. Un italien. Un mort." répondit-il d'une voix lugubre.

"Non, pas mort. Tu es vivant. Quel âge as-tu ?"

"Vingt-quatre."

"Et à vingt-quatre ans tu veux mourir ? Pourquoi ?"

"Parce que... A quoi sert de vivre, maintenant. Je n'ai plus rien."

"Nous ne vivons pas pour ce que nous avons, mais pour ce que nous sommes."

"Je ne suis plus rien, moi !" insista Massimo.

"Tu es Massimo, italien, vingt-quatre ans, très beau. Et maintenant, tu viens à la maison avec moi."

"Pourquoi ?"

"Parce que c'est la nouvelle année. Tu peux tenir debout ?"

"Je ne sais pas. Rends-moi ma corde, je vais chercher une autre branche."

"Non. Pas aujourd'hui. Je t'ai trouvé. Tu viens à la maison avec moi."

"Mais je veux mourir." dit Massimo, soulignant le "veux".

"Non, pas aujourd'hui, je te l'ai dit. Je te demande deux jours de ta vie, juste deux jours. Pour moi. Et puis je te rendrai ta corde et tu pourras faire ce que tu voudras. Mais maintenant, tu viens chez moi, avec moi. D'accord ?"

"Deux jours ?"

"Quarante-huit heures. Tu peux te lever ?" demanda encore le garçon.

Massimo essaya. Il se sentait faible, mais il se leva.

"C'est ta bicyclette, là ?"

Massimo opina.

"Alors le blouson aussi ! Mets-le, il fait froid. Vas-y !"

Massimo le remit d'un air las. Rasim prit la bicyclette et lui fit signe de la suivre. Pendant route la route, ils ne parlèrent pas. De temps en temps, Rasim lui jetait un coup d'œil. Le garçon pensait qu'il avait une démarche de condamné à mort, allant au gibet. De fait, il avait condamné Massimo à vivre deux jours de plus, et c'était là sa sentence. Comme il voulait mourir, la vie devait lui sembler intolérable. Mais pourquoi ?

Ils arrivèrent chez Rasim et le garçon fit entrer Massimo.

"Enlève ton blouson, il fait chaud ici." dit le garçon en enlevant sa veste de duvet blanc et en posant le rouleau de corde rouge dessus, dont les boucles s'ouvrirent comme une fleur.

"Assieds-toi ici." dit-il en montrant le lit bas encombré de coussins couverts de housses de brocard multicolores.

Massimo s'assit, les pieds à côté du matelas, les bras autour des jambes, le front sur les genoux.

"Je n'ai pas d'alcool ici, je suis un bon musulman. Alors préfères-tu du jus d'orange, un thé à la menthe ou un café moka ?

"Comme tu veux."

"Alors deux grands verres d'oranges fraîchement pressées." Il s'assit à côté de lui et lui tendit un des deux verres. "Bois. A notre santé. Nos quarante-huit heures ensemble."

Massimo hocha la tête d'un air abattu et but une gorgée.

"Maintenant, dis-moi pourquoi tu veux mourir." dit le garçon, prêt à écouter.

Massimo hésita un moment, mais commença à raconter. Il ne commença pas à la mort de Diego, mais au premier jour où il l'avait rencontré à la caserne. Il lui dit tout, jusqu'aux plus petits détails, pendant des heures. Rasim l'écoutait, sans l'interrompre et vécut toutes les émotions que lui communiquait Massimo avec son récit empreint de tristesse.

A la fin, Massimo conclut, "Tu vois ? Quel sens a ma vie, maintenant ? Comprends-tu pourquoi je veux mourir ?"

Rasim ne répondit pas. Il se mit à raconter la sienne.

"Je suis le neuvième enfant. Nous étions très pauvres. Papa était maçon, et quand il avait du travail, nous avions à peine de quoi vivre. Quand il n'en avait pas, nous survivions en chapardant des fruits, quelques légumes dans les champs. Mais nous ne mourions pas de faim. Parfois nous allions mendier. Mais Dieu ne nous laissait pas manquer de l'essentiel, de la vraie richesse : la vie.

"J'ai eu douze ans. Un oncle qui vivait à la ville vint nous visiter. Il me vit et décida de me prendre avec lui. Il donna un peu d'argent à ma famille et me prit avec lui comme serviteur. Ma mère me dit, 'Mon frère sera comme un père, obéis-lui toujours. Fais tous ce qu'il te commande' Je pensai que peut-être, il ne voulait pas un fils, car il en avait déjà deux grands. Cet oncle était veuf et ne voulait pas se remarier. Il voulait peut-être un serviteur, mais ça ne me gênait pas. En fait, dès que nous arrivâmes chez lui, il m'expliqua ce que seraient mes tâches, mes devoirs et je me mis à l'œuvre immédiatement. Je pensais que j'avais de la chance, je vivrai dans une belle maison, je n'aurai jamais faim. Il me donna une djellaba neuve, et me mit une paillasse dans un cagibi. Je devais travailler sans m'arrêter dans la maison du matin au soir, avec juste une pause pour les repas avec mon oncle et mes cousins. La nuit, j'étais mort de fatigue et dès que je touchais ma paillasse, je m'endormais. Mais au moins je mangeais trois fois par jour et c'était bon.

"En moins d'un mois ma maigreur disparut. J'étais épuisé, je ne connaissais personne à part l'oncle et les deux cousins qui vivaient avec leur père, mais je n'avais pas le temps de m'ennuyer. En seulement quelques mois, j'étais devenu un beau gamin.

"Mon cousin de dix-huit ans me demanda un jour de venir avec lui aux bains pour le laver. Pour que je ne la mouille pas, il me fit enlever ma tunique et ainsi, j'étais nu moi aussi. Je commençais à savonner son corps. Le voir nu, le toucher causa ma première érection. Il s'en aperçu, éclata de rire et me demanda si ça m'excitait de le toucher. Je lui répondis honnêtement oui. Il me demanda si j'aimais les mâles et je répondis encore oui. Alors il sortit du bain, et je vis qu'il était dur, dressé. Il me prend, me tourne et me penche, étale quelque chose entre mes petites fesses et me viole. Je hurle, je pleure, je me débats, ça me fait mal à mourir. Il en a une grosse et je suis encore un enfant, encore vierge. Mais il m'immobilisa sans difficulté et excité, en riant, il continua à me prendre jusqu'à son plaisir, jusqu'à ce qu'il soit satisfait. Et puis il se rinça, se sécha et me laissa en pleurs, m'ordonnant de bien nettoyer les bains. En me séchant aussi, je remarquai que je saignais du derrière, et que quand je bougeais, ça me faisait très mal.

"Alors, quand mon oncle rentra à la maison, je lui dis en pleurant ce que mon cousin m'avait fait. Mon oncle éclata de rire, appela son fils et lui demanda si c'était vrai. 'Bien sûr !' répondit le cousin, 'Rasim est un cheval, c'est lui qui me l'a dit.' Pour nous, dire d'un garçon que c'est un cheval, ça signifie qu'il aime se faire enculer, et que donc les hommes peuvent le monter. Alors mon oncle me dit que si je suis un cheval, je ne dois pas me plaindre, et que te toutes façons, ça fait partie de mes devoirs de satisfaire tous les membres de la famille. Il m'a acheté pour ça. Et il ne plaisantait pas parce que l'autre cousin, celui de vingt et un ans commence à me monter, et puis après mon oncle aussi. Maintenant, je ne dors plus dans mon cagibi sur ma paillasse. Chaque nuit, je dois être dans l'un des trois lits, et parfois, la même nuit, je dois passer d'un lit à l'autre. Ainsi, après avoir trimé toute la journée, je dois être disponible même la nuit.

"Quand j'ai eu quatorze ans, malheureusement pour moi, je suis devenu de plus en plus beau et mon cousin le plus grand commence même à me mettre à la disposition d'amis qu'il invite pour qu'ils me baisent. Je dois dire que peu à peu, je m'habitue à être pris et que la douleur a vite disparu. Après quelques mois, j'ai commencé à ressentir du plaisir, surtout avec mon plus jeune cousin, qui m'avait violé le premier, et qui avait maintenant vingt ans. Il savait me baiser d'une façon qui me faisait jouir bien plus qu'avec les autres hommes. Malgré ça, je les détestais tous, parce que je n'étais que leur esclave, un objet. Mais ils m'avaient acheté à mes parents, non ? Même si mes parents avaient l'illusion que j'étais traité comme un fils.

"Quand j'ai eu quinze ans, j'ai décidé de m'enfuir et de rentrer dans ma famille. Je suis parti avec la djellaba que je portais. Je n'avais pas d'argent, et même si je pensais qu'il me faudrait trois semaines à pied pour rejoindre mon village, j'étais résolu. Je demandai mon chemin aux passants dans les villages et je mendiais ma nourriture. Mais quand mon oncle s'aperçut de ma fuite, il me dénonça à la police en leur disant que j'avais volé des bijoux. La police me rattrapa à mi-chemin de mon village. Mon oncle avait dû les payer parce que quand ils me prirent et me fouillèrent, ils trouvèrent sur moi un bijou que je n'avais pas et que mon oncle reconnut comme le sien. Puis ils me conduisirent en prison, me firent un procès et je fus condamné à deux ans de prison.

"En prison, la rumeur courut que j'étais un cheval. C'était sûrement mon oncle qui avait fait en sorte que ça se sache, pour me punir de ma fuite. Ainsi, dès le premier jour, je devins le cheval de tous. Mais dans cette prison, il y avait un homme à qui je plaisais, et au bout de trois mois, il décida de me prendre avec lui dans sa cellule, et il dit aux autres que j'étais sa femme et qu'il castrerait celui qui essayerait de poser les mains sur moi. Ainsi, je ne faisais l'amour qu'avec lui, et je mangeais mieux. Cet homme était gentil avec moi, même si chaque nuit, il me montait avec la vigueur d'un taureau en chaleur. Quand vint le temps de sortir, il me donna l'adresse d'un ami qui m'aiderait.

"J'avais maintenant seize ans et demi. Il me proposa de venir travailler clandestinement en Italie. Il pouvait organiser le voyage. J'allais dire adieu à mes parents et revins le voir. Il me dit que pour payer le transport, je devais travailler six mois dans un bordel pour hommes. Il tint parole et au bout de six mois, à dix-sept ans, j'entrai en Italie par la France et j'arrivais à Milan chez un autre de ses amis. L'homme me mit dans la rue à vendre des briquets et d'autres merdes et me faisait dormir dans une chambre avec sept autres marocains. Mais après à peine deux mois, j'ai rencontré un garçon tunisien qui faisait le trottoir et qui m'a dit, 'Beau comme tu es, si tu fais le trottoir, tu peux gagner plein d'argent, bien plus qu'avec ce travail de merde.'

"Alors j'ai commencé à faire le trottoir et à gagner vraiment beaucoup d'argent. Je peux en envoyer à ma famille pour qu'ils soient moins pauvres, qu'ils ne soient plus forcés de vendre un autre de mes frères. Maintenant, j'ai mon studio, j'ai des chouettes fringues, je mange bien, je peux choisir mes clients. Et pendant toutes ces années, j'ai appris une chose, l'unique vraie richesse est la vie. On ne peut pas, on ne doit pas la gaspiller."

"Mais toi, au moins, tu as une raison de vivre, aider les tiens. Tu vis pour eux. J'aurais tout fait pour Diego. Mais maintenant qu'il n'est plus là, ne n'ai plus de raison de vivre."

"Tu te trompes. Même si je n'avais pas de famille, qu'ils n'aient pas besoin de moi. Je n'aurais jamais cru que je pourrais un jour les aider ou quelqu'un d'autre. Non, la vie est un don qu'on ne peut pas, qu'on de doit pas gâcher. A présent, ton cœur est dans la nuit parce que tu souffres, et tu ne comprends pas, tu ne peux pas comprendre. Mais tout passe, dans la vie. Et ensuite, tu ne sais jamais ce que te réserve le futur. Je ne savais pas ce qu'il me réservait quand j'étais esclave, prisonnier ou garçon de bordel ! Mais j'ai toujours pensé que la vraie richesse est la vie."

"Je suis épuisé, Rasim. Ça t'ennuie que je dorme ?"

"Bien sûr que non. Ça va ce te faire du bien. Quand tu te lèveras, je te ferai un bon couscous. Tu en as déjà mangé ?"

"Non. Mais pourquoi tu t'occupes de moi, d'un étranger ?"

"Parce que Dieu t'a mis sur mon chemin, Massimo. Et tu m'as promis comme cadeau quarante huit heures de ta vie. Et puis maintenant, je te connais un peu mieux, nous ne sommes plus des étrangers."


Ils se couchèrent sur le matelas. Massimo s'endormit immédiatement. Rasim le regarda un moment, avec un sentiment de tendre affection mêlé de désir et décida qu'avant la fin des quarante huit heures, il aurait aimé faire l'amour avec ce bel italien.

Rasim se réveilla à midi. Encore trente-six heures, pensa-t-il. Il commença immédiatement à cuire le couscous pour lui et ce beau garçon qu'Allah avait mis sur son passage. Massimo se réveilla à la bonne odeur de la cuisine presque prête. D'abord, le jeune homme ne comprit pas où il était, puis la mémoire lui revint. Il regarda Rasim, qui portait maintenant une tunique blanc cassé et s'occupait aux fourneaux. Il le regarda en silence pendant un long moment, se demandant quel sens cela avait qu'il soit là, chez ce garçon arabe. Pour quelle raison ce garçon s'occupait-il d'un inconnu, d'une autre race, d'une autre religion, un parfait inconnu. Rasim se retourna et vit Massimo assis sur le matelas posé au sol, entouré de coussins multicolores et lui sourit.

"T'as bien dormi ?"

Massimo sursauta. Chaque matin, Diego lui posait la même question, exactement ces mots, ce ton, en lui souriant.

"Alors, t'as bien dormi ?" demanda de nouveau Rasim.

"Oui, merci, et toi ? Tu es réveillé depuis longtemps ?"

"J'ai bien dormi. Le couscous est presque prêt, on va pouvoir manger."

"Je n'ai pas très faim."

"Bien sûr, parce que tu n'aimes pas la vie. Mais tu vas manger avec moi, tu me le dois. Tu m'as fait cadeau de ces heures, rappelle-toi."

"Je suis ton esclave ?"

"Tu peux le penser, si tu veux." répondit joyeusement Rasim.

"Alors tu veux aussi me baiser ?" demanda Massimo, de rappelant de l'histoire du garçon.

"J'adorerais te faire l'amour, mais je ne pense pas que tu en aie envie."

Massimo se sentait vide, et pourtant, il pouvait sentir la sympathie et la chaleur humaine que ce garçon lui offrait. Il se demanda, comme il avait donné ces heures de sa vie à un autre, et comme le garçon le désirait, s'il pouvait aussi lui donner son corps avant de se tuer. Diego n'était plus là, son corps n'appartenait plus à personne, qui voulait pouvait s'en servir.

Rasim poussa une table basse près du lit, sur le tapis, et deux coussins à côté.

"Viens, assieds-toi sur un coussin. On va manger à la mode arabe. Je te montre."

Il posa les plats sur la table et montra à Massimo à se servir comme les arabes. Massimo l'imita pour lui faire plaisir. Ils mangèrent.

"Tu aimes ?" demanda le garçon.

"C'est bon." répondit Massimo pour être gentil.

Après le repas, Rasim lui apporta une coupe d'eau chaude parfumée, pour se rincer les doigts, et une serviette. Puis il prépara du thé à la menthe qu'ils burent doucement. Rasim débarrassa la table, pendant que la chaîne jouait doucement des chansons arabes. Il revint s'asseoir en face de Massimo.

"Comme ça, l'illusion d'être dans mon pays est presque parfaite." dit-il.

"Ton pays te manque ?"

"Non, parce que je le porte ici, dans mon cœur. Et que je me sens bien en Italie. Toutes ces décorations ne sont pas pour moi, mais pour mes clients italiens. J'ai fait ce couscous et je porte la djellaba pour toi. Normalement, je porte des jeans et je mange des spaghettis. Je mange toute votre cuisine sauf le porc."

"Parce que tu es musulman ?"

"C'est ça."

"Et tu y crois ?"

"Oui, bien sûr."

"Alors tu crois qu'il y a un paradis ?"

"Oui, c'est ça."

"Alors, mon Diego devrait être au paradis ?"

"C'était un homme juste, il est sûrement au paradis."

"Je voudrais y croire aussi."

"Mais même si tu n'y crois pas, il y est." lui répondit en souriant Rasim, d'un ton assuré.

Massimo avait les mains sur la table, les doigts croisés, la tête penchée en avant, fixant ses mains. Il ne pensait à rien, son cerveau était vide. En lui, il entendait ce cri qui ne voulait pas sortir, ces larmes qui ne voulaient pas couler.

Rasim lui demanda, "As-tu déjà été au Maroc ?"

"Non, jamais. Je ne suis jamais sorti d'Italie, sauf une fois pour aller à Paris."

"Pleins d'italiens vont au Maroc pour leurs vacances. C'est un beau pays. Mais l'Italie aussi est un beau pays. J'y resterai probablement toute ma vie, si la loi ne me rattrape pas pour m'expulser. Un jour, j'arrêterai le tapin. Un jour, je trouverai un amoureux."

"Un italien ?"

"Pourquoi pas ?"

"Riche ?"

"Oh, ça n'est pas important. Riche, jeune, beau... tout ça est secondaire. Il faut qu'il soit bon, honnête, capable d'amour. Quelqu'un que je puisse estimer, aimer, à qui je puisse dédier ma vie."

"Je l'avais trouvé. Et il est mort."

"Mais il t'a donné les plus belles années de ta vie, non ?"

"Oui."

"Et il est sûrement mort heureux, parce qu'il te portait dans son cœur."

"Je l'espère."

"Bien sûr que c'est comme ça. Si on m'offrait cinq années de pur et vrai bonheur et puis la mort, j'accepterais tout de suite."

"Je les ai eues, alors je peux mourir."

"C'est différent. Tu peux mourir, c'est sûr, mais pas te suicider."

"Pourquoi ? C'est pas ma vie ?"

"Oh non. Pour quarante huit heures, c'est la mienne. Et si après tu te suicides, tu tueras aussi un peu de moi."

"Je ne comprends pas."

"C'est dommage."

"Tu n'as jamais détesté la vie, Rasim ?"

"Non, jamais."

"Même pas quand ils t'ont violé à douze ans ?"

"Bien sûr que non ! J'ai haï ceux qui me violaient, pas la vie."

"Moi, j'ai été violé par la vie."

"Non, pas du tout. Tu as été violé par un conducteur qui n'a pas respecté un stop, pas par la vie."

"Tu as une étrange façon de raisonner..."

"Je ne sais pas quelle est la plus étrange, la tienne ou la mienne, mon ami."

Ils parlèrent tout l'après-midi. Puis Rasim fit à dîner, et ils mangèrent. Ils parlèrent encore jusqu'à ce que Rasim décide qu'il était l'heure de dormir. Ils se couchèrent côte à côte.

Au bout d'un moment, Massimo demanda, "Tu dors, Rasim ?"

"Non, pas encore."

"Si tu veux faire l'amour avec moi, je veux bien."

Pendant quelques instants, Rasim ne bougea pas, ne parla pas, puis il se rapprocha de Massimo, le toucha légèrement, le caressa. Massimo lui plaisait indubitablement, l'attirait. Pour la première fois, il aurait voulu lui faire l'amour, non pas pour en tirer un avantage personnel, comme avec ses clients, pour l'argent ou le plaisir, mais d'abord pour cet être qu'Allah lui avait envoyé chercher. Il aurait voulu employer tout son art pour réveiller le désir en Massimo, car le désir est la vie. Mais son inertie sous ses caresses légères lui fit sentir qu'il n'était pas encore prêt à le comprendre.

"Non, il faut dormir, maintenant, c'est mieux."

"Oui, c'est mieux. Mais alors, qu'est-ce que tu veux de moi ?"

"Mais... faut-il toujours vouloir quelque chose des autres ?"

Rasim sentit Massimo se détendre et comprit à quel point son invité même inerte, était tendu.

"Pourquoi m'as-tu dit que si je voulais, je pouvais te faire l'amour ?" demanda-t-il.

Massimo ne répondit pas.

"Tu me plais, mais je n'ai pas envie d'un corps vide."

"Mort, tu veux dire ?"

"Plutôt, qui veut mourir."

"Tu ne penses pas que j'ai le droit, de bonnes raisons ?"

"Non, je ne pense pas, ni le droit, ni les raisons."

"Tu es peut-être plus fort que moi."

"Moi ? Je ne sais pas... qui sait. Mais il faut dormir, maintenant."

"Je ne sais pas si je pourrai. J'essaierai de ne pas te gêner."

Rasim se demanda ce qu'il pouvait faire pour le jeune homme. Si Allah l'avait mis sur son chemin, ça voulait dire qu'il devait faire quelque chose, mais alors, pourquoi Allah ne lui avait-il pas fait comprendre quoi ? Le garçon était perdu dans ces pensées quant il sentit la respiration de son invité devenir plus lente, profonde et comprit qu'il s'était endormi. Il demanda à Allah de l'éclairer et s'endormit à son tour.

Quand Massimo se réveilla, il sentit une impression de douce chaleur. Il s'aperçut que son corps était recouvert d'un moelleux édredon. Rasim était déjà debout. Il portait la même tunique souple de laine et s'activait silencieusement autour de la pièce. Massimo le regarda en silence pendant un long moment. Il se rappelait ce qui c'était passé entre eux dans l'obscurité. Le garçon le désirait, il s'était offert à lui, mais Rasim n'avait rien fait. Pour Massimo, le garçon était étrange, incompréhensible. Le garçon était un prostitué, et il n'avait pas pris Massimo pour son argent. Il disait le désirer mais n'avait pas cherché son propre plaisir. Il se demandait s'il l'avait fait par sympathie, mais il n'avait pas l'air de le plaindre.

Rasim était un beau garçon, aimable. Et pourtant, Massimo ne se sentait pas attiré par lui. Au fond, pensa-t-il la vie n'avait plus de sens, et donc même pas la recherche du plaisir. Il ne ressentait plus de désir, il ne ressentait plus rien.

"Tu es réveillé depuis longtemps ?" lui demanda Rasim.

"Depuis un moment."

"Tu n'as pas froid ?"

"Non, la pièce est bien chauffée."

"Oui. Quand j'étais gamin, j'ai eu tellement froid que maintenant que j'ai les moyens, je ne veux plus en souffrir."

"Froid ? Au Maroc ?"

"Oh, oui, dans les montagnes, en hiver, et la nuit, il fait vraiment froid. J'ai acheté l'air conditionné il y a six mois. Alors maintenant, il fait 23°C et la bonne humidité, tout au long de l'année. C'est mon plus grand luxe. Tu vois, je n'ai pas encore de télé, de voiture ou de téléphone. Et je me sens bien avec juste une légère tunique, et mon corps est en forme." expliqua Rasim avec fierté.

Massimo se leva, pendant que le garçon finissait de préparer le petit déjeuner. Il regardait la petite pièce d'Orient transportée à Milan et eut la curieuse sensation d'être sur le tournage d'un film. Avec un jeune et merveilleux acteur arabe, Rasim. Le garçon lui avait raconté son histoire, et pourtant il ne le connaissait pas. C'était comme raconter la trame d'un film, on l'écoute, on se sent impliqué sur l'instant, mais après tout, on n'est pas concerné, on reste étranger.

Massimo regarda sa montre et compta les heures jusqu'à minuit. Il aurait pu partir avant, le garçon ne l'aurait pas arrêté, mais il avait fait une promesse et il lui coûtait peu de la tenir.

Rasim commença à lui en dire plus sur sa vie, ses rêves, ses espoirs. Massimo écoutait... mais il n'était pas intéressé, il avait l'impression que le garçon avait besoin qu'on l'écoute, et puis comme ça, le temps passait plus vite.

A un moment, dans l'après-midi, Rasim lui dit, "Je n'ai jamais dit ça à personne. Mes amis arabes, qui après tout ne sont pas de vrais amis, ne le comprendraient pas. Même ceux qui font le trottoir, jurent qu'ils ne sont pas gays. Et mes clients ne seraient pas intéressés, la seule chose qui les intéresse, c'est jouir de mon corps, c'est pour ça qu'ils payent, alors tu es le premier à qui je le dit."

"Mais pourquoi tu me le racontes ?"

"Parce que je n'ai rien d'autre à te donner."

"A me donner ? Tu ne me dois rien. Et rien ne m'intéresse."

"Même pas ce que je t'ai raconté ?"

"C'est pas ce que je voulais dire, mais... après tout, c'est vrai. Parce que maintenant, je ne suis plus capable de m'intéresser à rien."

'Mais tu m'as écouté. Pourquoi ?"

"Je ne sais pas. Sincèrement. Excuse-moi." dit Massimo.

Rasim sourit. Le fait que le jeune homme s'excuse signifiait qu'après tout, il comptait pour lui, au moins un peu.

Plus tard, il lui montra un beau livre de photos du Maroc.

"Regarde, combien de belles choses il y a dans mon pays ? Je ne les ai jamais vues, je ne les connais que par ces photos. Et puis je pense que c'est drôle, tous ces gens qui viennent de si loin prendre des photos, et moi qui vivais là, qui y suis né, je ne suis jamais allé les voir. La vie est drôle. Maintenant que je suis loin, je voudrais pouvoir y aller pour voir. Mais je ne veux pas retourner y vivre, juste y retourner un jour comme touriste. Qui sait ce que la vie me réserve ?"

"La vie n'est pas drôle, elle est cruelle."

"Non. Parfois c'est nous qui sommes cruels contre nous-même ou les autres le sont contre nous, ou les deux."

"La vie m'a privé de tout."

"Non, tu as toujours la vie, c'est le plus précieux. Attends..." dit Rasim en se levant.

Il alla fouiller dans un tiroir, et revint avec le poing fermé.

"Je vais te donner quelque chose." dit-il en ouvrant la main, et en la tendant vers Massimo. "Prend ça. C'est de l'or, c'est une petite boite."

Massimo, la prit. Elle était travaillée en filigrane dans un dessin très raffiné. Elle était très belle.

"Devine ce qu'il y a dedans ?" demanda Rasim avec un sourire malicieux.

"Je ne sais pas..."

"Ouvre-là, dit le garçon.

Massimo l'ouvrit. "Mais... elle est vide."

"Exactement. Tu vois, cette petite boîte, c'est comme la vie. C'est un beau récipient, raffiné, en or pur. Fait pour contenir ce que tu veux y mettre. Et si tu n'y mets rien, elle est vide. Mais tu peux la remplir de ce que tu veux, de sable ou de poudre d'or, de cendre ou de diamants, de fumier. C'est un très beau récipient, précieux. C'est mon cadeau. C'est de l'artisanat des nomades de mon pays. Tu peux l'ouvrir, quand tu veux, mais rappelle-toi qu'il doit y avoir quelque chose dedans, ce que tu veux, mais elle ne doit pas rester vide."

"Non, merci. Pour toi, c'est un souvenir."

"Non. Je veux que tu la prennes, vraiment. Au moins tu te rappelleras le jeune Rasim, un marocain gay, qui fait le trottoir."

"Je me souviendrai de toi jusqu'à la fin de ma vie." répondit Massimo avec une amère ironie.

Le garçon ne sembla pas comprendre ce que cette plaisanterie impliquait et répondit avec un doux sourire tranquille. Ils restèrent ensemble jusqu'à minuit, le deux janvier. Rasim tenta de l'intéresser à mille choses, mais Massimo continuait à réagir mécaniquement, sans réelle participation. Et il regardait de plus en plus souvent sa montre.

Et enfin Massimo se leva. "Bien, Rasim, les quarante huit heures son finies, maintenant."

"Oui, c'est vrai."

"Alors je m'en vais."

"D'accord."

"Adieu, Rasim."

"La paix soit avec toi, mon ami." répondit Rasim en restant assis.

Massimo s'éloigna, presque surpris que le garçon ne cherche pas à l'arrêter. Il ferma la porte derrière lui, prit sa bicyclette, et sortit dans la rue. La nuit était froide et sa respiration formait des panaches de vapeur blanche qui sortaient de ses lèvres ouvertes.

Le souvenir de Diego, qui ne l'avait pas quitté pendant ces quarante huit heures, même si parfois il semblait plus lointain, revint, aigu, vif, douloureux. La vie est un cadeau précieux, d'accord. Plus précieux que l'or, c'est vrai. Mais Diego lui avait été volé et maintenant, elle n'avait plus de sens, de valeur. Une boîte vide, en or, mais vide. Exactement comme le cadeau de Rasim. Et dedans, ce cri qui ne voulait pas sortir, cette question lancinante, pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?

Il marcha sans but, poussant sa bicyclette, l'enfourcha et commença à pédaler. Il errait dans les rues désertes, jusqu'à rejoindre un boulevard. Le boulevard montait passant au-dessus des voies. Massimo s'arrêta. Pourquoi pas ? Presque comme Diego, un choc et c'est fini ! Il revint sur ses pas, posa la bicyclette contre le parapet du pont et regarda les rails en bas. C'était facile de sauter quand il verrait arriver un train. Juste calculer le moment, un petit saut et...


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