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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L' ORO, L'ENCENS ET LA MYRRHE CHAPITRE 5
... ET LA MYRRHE

Roger Mapula, à presque quarante ans était toujours fort bel homme. C'était un médecin renommé et, bien qu'il fut africain et noir comme du jais, il avait de nombreux clients, dont une majorité de fortunés. Il ne pouvait pas dire qu'il était confronté à du racisme, et pourtant, bien qu'il ait fait ses études en Italie, et qu'il y soit resté après son diplôme, il ne se sentait pas complètement intégré. Mais ça ne lui pesait pas. Il n'était pas résigné, il avait simplement accepté le fait sans en faire un problème. C'était sa vie...

Pendant la durée de ses études, il pensait qu'il retournerait dans son pays, une fois diplômé. Mais alors, il tomba amoureux d'un camarade de faculté, un certain Mario, et il décida de rester en Italie, pour ne pas être séparé de lui. Ils vécurent ensemble pendant quatre ans après son diplôme, et puis Mario le quitta pour un autre homme. Ça lui avait fait mal et, un moment, il avait songé à retourner dans son pays, mais à cette époque, il avait déjà une bonne clientèle, une belle maison... alors il resta. Après Mario, il n'avait plus eu de relation stable, il n'était plus tombé amoureux, mais il avait eu de nombreuses aventures. Il était bien conscient que ce qui attirait les mâles italiens était surtout le mythe que les noirs sont "bien montés". Une légende qu'il ne démentait pas, mais il se rendait compte qu'ils ne s'intéressaient pas à lui à cause de ce qu'il était, mais à cause des dimensions considérables de ses attributs. Il l'acceptait avec une sorte de fatalisme amusé. Que pouvait-il y faire ?

De temps en temps, il allait dans une discothèque gay, et presque toujours il rentrait en compagnie d'un garçon qui n'attendait que le moment de goûter à son fabuleux fruit défendu. D'habitude, il n'avait que l'embarras du choix. Et il choisissait.

Le soir du quatre janvier, il alla danser comme d'habitude, à la recherche d'un partenaire. Qui sait, tôt ou tard, il trouverait quelqu'un capable de lui donner de l'amour, et pas seulement de coucher avec lui. Comme d'habitude, plusieurs personnes commencèrent à lui tourner autour, dont quelques-uns vraiment beaux, mais, contrairement à l'habitude, il ne se sentit pas l'envie d'en prendre un. Il ne comprenait pas pourquoi, mais à l'instant de conclure, il laissait tomber. Et pourtant, il avait envie de sexe, si ce n'était d'eux. Il n'avait peut-être pas la tête à ça. Il pensa qu'il ferait mieux de laisser tomber et de rentrer chez lui. Alors, vers minuit, il rentra chez lui. Il conduisait vite sur le boulevard que menait chez lui. Il avait étrangement hâte d'être chez lui, de dormir.


En quittant Rocco, Massimo pédala un moment. Puis il s'arrêta et regarda en arrière. Le policier était hors de vue, il ne l'avait pas suivi. Par instants des voitures passaient rapidement. Voilà, pensa-t-il. Ce serait une mort sûre et rapide. Se faire renverser et mourir comme Diego. Il attendrait une voiture puissante, et au dernier moment, il sortirait de l'ombre et se jetterait dessous. Il ne pensa pas au conducteur, au choc que cela pourrait lui faire. Il ne pensait qu'à sa volonté de mourir enfin.

Roger roulait vite sur le boulevard désert. Il ralentissait un peu dans les tournants puis accélérait dans les lignes droites, voyant devant lui une longue suite de feux verts. Il voulait rentrer rapidement chez lui, prendre une bonne douche et dormir.

Soudain, de derrière un des arbres, sortit une silhouette qui se jeta en face de lui. Il monta sur les freins, dérapant, tâchant de reprendre le contrôle de sa voiture, faisant ce qu'il pouvait pour ne pas heurter ce fou, comprenant qu'il l'avait guetté, que c'était une tentative de suicide. Il en était certain.

Dérapant sur la chaussée, la voiture frappa l'homme avec le phare, l'envoyant voler de côté, tombant à terre. La voiture s'arrêta, le moteur emballé. Roger descendit en hâte, traversant en direction de la silhouette qui gisait à terre. Il ne semblait pas touché. Il tâta le pouls, il était régulier. Il était juste inconscient. C'était un homme jeune et beau. Pourquoi voulait-il mourir ? Il palpa le corps d'une main experte. Apparemment, il n'avait rien de cassé.

Il le souleva alors sans difficulté et l'étendit sur les sièges arrière de sa voiture. Il jeta un coup d'œil au phare, juste fêlé et éteint. Il se rassit sur son siège et conduisit jusqu'à l'hôpital où il travaillait. Là, il prit une série de radios, pour être certain qu'il n'y avait pas de lésions internes. Puis il décida de ramener le garçon chez lui. Il ne savait pas pourquoi. Il aurait été plus logique de le laisser à l'hôpital. Mais quelque chose le poussait à attendre le réveil du garçon et ensuite l'emmener chez lui.

Massimo revint à lui une demi-heure plus tard. Quand il ouvrit les yeux, il vit la figure noire et souriante de Roger qui lui disait,

"Tu n'as pas eu de chance, mon garçon."

Massimo murmura d'une voix étonnée et fatiguée, "Je suis toujours vivant..."

"Je suis un bon conducteur et j'ai une bonne voiture. Tu n'as rien de cassé. Tu es capable de te lever ?"

Massimo sortit les jambes du lit et, aidé par Roger, se leva. Il regarda autour de lui.

"Je suis médecin et c'est l'hôpital ou je travaille. Maintenant, tu vas venir chez moi, et tu resteras en observation au moins vingt quatre heures. Appuie-toi sur moi."

"Ce n'est pas nécessaire." dit Massimo d'une voix terne, sans même tenter de discuter la décision de l'autre.

Roger le conduisit jusqu'à sa voiture, le fit asseoir sur le siège passager et roula jusque chez lui. Il le guida jusqu'au salon, le fit asseoir dans un fauteuil puis lui versa un whisky.

"Bois, ça te fera du bien. Tu t'appelles Massimo, c'est ça ?"

"Oui."

"Je l'ai vu sur ta carte d'identité. Je ne sais pas pourquoi tu as voulu te tuer, mais tu te rends compte que si tu avais réussi, tu m'aurais rendu coupable d'homicide par imprudence ? Ne te semble-t-il pas absurde d'impliquer ainsi un honnête homme dans tes problèmes ?"

"Je n'ai pas pensé à ça."

"Bien sûr, tu n'as pensé qu'à mourir, je comprends, mais... Heureusement, tout du moins pour moi, tu n'as pas réussi. Mais à vingt quatre ans, tu devrais être plus responsable. Bien sûr, tu te fous de ta vie, pourquoi tu ferais attention à la mienne ? Bon, de toute façon, nous en sommes là ! Je m'appelle Roger." ajouta-t-il tranquillement.

Massimo fit un geste embarrassé. Ils burent leur whisky.

Roger étudiait la figure de Massimo. Ce garçon lui plaisait bien et dans des conditions normales, il l'aurait bien conduit dans son lit, mais il pensa que le garçon, même s'il était d'accord, n'était pas d'humeur à faire l'amour.

"Maintenant, le mieux est que tu ailles dormir."

"Je ferais mieux de m'en aller. Je vais bien."

"Non, je dois te garder en observation vingt-quatre heures avant de te laisser partir."

"A quoi ça sert ? De toutes façons, après..."

"Après, tu feras bien ce que tu voudras, je ne peux pas t'en empêcher. Mais tu m'as mis dans ton histoire, maintenant c'est moi qui te dis ce que tu fais. Je veux seulement être sûr que tu ne mourras pas à cause de l'accident. Et puis ce n'est pas moi qui suis rentré dans ta vie, c'est toi qui t'es jeté dans la mienne. Je ne te laisserai pas partir avant d'être sûr de ne pas être la cause de blessures sérieuses. Et donc, tu vas dans la chambre d'amis et tu te couches. Ma chambre est à côté, si tu te sens mal, tu m'appelles."

Massimo le regarda avec une expression étrange et dit, "Vous ne voulez pas me baiser ? Ce n'est pas pour ça que vous m'avez ramené ?"

Roger le regarda avec ahurissement et demanda, "Pourquoi ? Tu es gay ?"

"Oui, bien sûr."

"Ah bon, bien sûr... Ce n'est pas écrit sur tes papiers, ni sur ta figure, non ?"

"Ben... Je croyais."

"Et qu'est ce qui t'a fait croire ça ? C'est écrit sur mon front que je suis gay ?"

"Non, laissez tomber."

"Oh non, tu m'intrigues. Explique-moi pourquoi tu m'as demandé si je voulais te baiser."

"Mais non, je ne demande rien. Mais c'est ma troisième tentative et pour les deux premières, j'ai été secouru par des gays qui auraient voulu coucher avec moi. Alors..."

"Ah, jamais deux sans trois. Il semble que la planète gay se soit réunie pour t'empêcher de te suicider. Peut-être parce que tu es bien trop beau pour te laisser faire." dit Roger avec une certaine ironie, puis il ajouta sérieusement, "De toutes façons, je ne pense pas que tu sois en état de faire l'amour ce soir. Et donc, tu dors dans ton lit et moi dans le mien. Et puis, on verra. Mais en fait, tu me plais beaucoup, mon garçon."

"Mais alors, vous aussi, vous êtes gay ?"

"C'est ce qui semble. Mais sois tranquille, je ne te toucherai pas. File au lit, maintenant."

Le matin suivant, Roger se leva, et, en pyjama, vint voir Massimo. Il dormait toujours. "C'est vraiment un beau garçon. Et lui aussi est gay. La vie est bizarre, parfois. Il veut se suicider, mais il parle de baiser. On dit que le mort et l'amour sont sœurs..."

Il réveilla doucement son jeune hôte, "As-tu passé une nuit acceptable ?"

"J'ai dormi."

"Excellent. Si tu veux te lever, je te montre où est la salle de bains et pendant que je prépare le petit déjeuner, va prendre une douche, si tu veux. Viens."

Massimo sortit du lit. Il ne portait qu'un caleçon et un maillot. Roger le regarda avec envie, mais sans rien dire, il le guida jusqu'à la salle de bain.

"Quand tu auras fini, viens à la cuisine, et on prendra le petit déjeuner." dit-il en lui tendant un de ses peignoirs et en le laissant.

Au bout d'un moment, Massimo reparut à la porte de la cuisine

"Entre, assieds-toi. C'est presque prêt." dit Roger avec un sourire.

Massimo s'assit. Roger remarqua que sous le peignoir en soie, il ne portait plus le gilet et se demanda s'il portait ou non le caleçon et une légère excitation le saisit. Il lui servit le petit déjeuner. Pendant qu'ils mangeaient, il demanda à Massimo, s'il voulait, pourquoi il avait décidé de se tuer. Le garçon y consentit d'un air fatigué.

"En ce moment, il semble que je doive le raconter à tout le monde. Alors..." dit-il et il recommença à raconter son histoire.

Impassible, Roger écouta attentivement. Quand enfin il parla, sa réaction fut complètement inattendue pour Massimo.

"Et bien, c'est la vie ! Qu'est-ce que tu crois ? Que la vie ne doive épargner toutes les souffrances qu'à toi ? Elle t'a donné ton lot de bonheur, de bien-être, maintenant c'est ton fardeau de douleur. Quel homme es-tu si tu n'es pas capable d'accepter la douleur ? Tu penses la fuir par la mort, quel courage ! Es-tu une mauviette ? Un peureux ? Tu t'enfuis ? Que c'est grand !"

"Mais quel sens à la vie, maintenant, pour moi, sans Diego ?"

"Tu as vécu pendant près de dix-neuf ans sans lui. Et maintenant tu dis que ça n'a pas de sens de vivre sans lui ? Tu ne trouves pas que c'est absurde ? Bien sûr, sa mort t'a fait souffrir. Tu as accepté la joie d'être avec lui, pourquoi n'accepterais-tu pas la douleur ?"

"Avec lui, j'aurais accepté n'importe quelle douleur. Mais avec lui, pas tout seul."

"Ah bon ? Tu es sûr ? Peut-être que si tu avais rencontré la douleur avec lui, tu serais parti en courant. Si tu n'as pas la force en toi, tu ne la trouveras pas dans un autre. Un autre peut t'aider, bien sûr, mais il ne peut pas te donner ce que tu n'as pas. La vie est faite de contradictions, tu ne le sais pas ? Solitude et compagnie, union et division, joie et tristesse, plaisir et douleur, douceur et dureté... Tu ne peux pas en accepter seulement la moitié. La vie ou la mort. Je le sais bien, un docteur vit au milieu de la douleur."

"Mais la douleur, il est naturel d'essayer de l'éviter, non ?"

"Bien sûr, le devoir d'un médecin est aussi de chercher à éliminer la douleur ou au moins de l'atténuer. Mais d'abord, on doit l'accepter et seulement alors on peut la contrôler. Celui qui n'accepte pas la douleur peut se bourrer de pilules ou chercher à mourir. Qu'elle soit physique ou morale ne change rien. C'est la douleur qui rend un homme fort, qui en fait un humain. Et toi, qu'es-tu ? Pourquoi fuis-tu devant la douleur ?

"Elle est trop grande, trop forte."

"Non, chacun de nous ne ressent que la douleur qu'il est capable d'éprouver, de supporter. Ni plus, ni moins. Tu peux contrôler ta souffrance, si tu ne peux pas la vaincre. Mais ça ne commence que si tu l'acceptes."

"Et pourquoi devrais-je l'accepter ?"

"Pour la même raison qu'avant, tu acceptais le bonheur. Simplement parce que ça fait partie de la vie."

"Mais quand la douleur est insupportable ?"

"Plus tu la cultives en toi, et plus tu la crains. Plus tu y penses, et plus elle semble grandir. Mais ça n'est qu'une impression ou plutôt, c'est toi qui la fait grandir, qui la nourrit. C'est comme une migraine ou une rage de dents, plus tu y penses, plus elle semble grandir. Moins tu y penses, plus elle est supportable."

"Mais au moins, il y a des médicaments pour la migraine."

"Oui, bien sûr. Mais même les drogues ont peu d'effets sur ceux qui ont peur de la douleur. Vois-tu ces grains de résine ? C'est de la myrrhe. Dans mon pays, elle est utilisée comme médicament contre la douleur. Mais nos anciens disent qu'elle n'a d'effet que sur ceux qui acceptent de souffrir. Tiens, prends-en, c'est mon cadeau."

"Comment on s'en sert ?"

"Ça n'a pas d'importance. Garde-la avec toi et rappelle-toi que la douleur fait partie de la vie. Si tu renonces à la vie, seulement pour te débarrasser de la douleur... comment vous dîtes ? Jeter le bébé avec l'eau du bain ? C'est absurde, non ? Complètement absurde."

Massimo prit les grains de myrrhe et les posa devant lui, pensif. Roger le regardait sans rien dire. Peu après, Massimo se leva et alla dans la chambre, prit le petit coffret d'or et les mit dedans, avec l'encens. Il le referma et le remit dans la poche du blouson. Puis il revint dans la cuisine. Roger lavait les tasses. Massimo s'assit.

"Mais j'avais promis à Diego de lui appartenir pour toujours et maintenant il est mort. Alors je veux lui appartenir jusque dans la mort."

"Quelles conneries ! Tu peux lui appartenir tant que tu es vivant. Mais plus que ça, il est toujours vivant tant que tu l'es. Veux-tu le tuer de nouveau ?"

"Quoi ? Je ne comprends pas."

"Bien sûr, parce que tu ne penses qu'à ta douleur et tu y penses si fort que ça brouille ton jugement. Tu es si bête !" dit Roger d'un air assuré, mais en le regardant avec douceur.

"Mais la douleur physique est plus facile à accepter." objecta Massimo.

"Tu dis ça parce que tu ne l'éprouves pas. Parfois la douleur physique peut être si forte qu'on pense devenir fou. Alors qu'il y a des gens qui aiment la vie malgré la même douleur."

"Pourquoi ? Ils sont masochistes ?"

"Non, Ils ont de l'espoir, mais par-dessus tout, ils s'en font plus pour les autres que pour leur propre douleur, plus que pour eux-même."

"Les autres ? Quels autres ? Je n'ai personne d'autre."

"Avant que tu le connaisses, ton Diego n'était-il pas un 'autre' ? Mais il t'attendait déjà même si aucun d'entre vous ne le savait. Et si tu n'avais pas existé, il n'aurait pas connu le bonheur que tu lui as donné. Chacun d'entre nous est indispensable à tout les autres, même s'il n'en a pas conscience. Et c'est sûr que quelque part, maintenant, il y a un autre 'Diego' qui n'attend que toi.

"Mais je ne le trouverai peut-être jamais."

"Au contraire, il est peut-être au coin de la rue, mais si tu ne regardes pas tu ne le sauras jamais.

"Il faut une force que je n'ai pas."

"Ce n'est pas vrai, tu as cette force, sauf que maintenant, elle est recouverte par ta douleur et tu ne peux pas la sentir. Tu dois laisser partir ta douleur, la faire reculer et ta force apparaîtra. Libère-toi de ton chagrin. Mais pour t'en débarrasser, tu dois l'accepter." dit Roger, qui se tenait à côté de la chaise de Massimo.

Puis il commença à lui caresser les cheveux. Massimo posa sa tête au creux de ses bras et dit dans un murmure,

"Je me sens fatigué, terriblement fatigué."

"Bien sûr, c'est naturel. Rien ne fatigue autant que le chagrin. Laisse-toi aller, repose-toi un peu. Et puis tu pourras aller de l'avant."

"L'avant, quel avant ?" demanda Massimo d'une voix faible.

Roger le prit soudain dans ses bras, le souleva de terre et le porta jusqu'au lit où il le déposa.

"Que me veux-tu ?" demanda Massimo en tremblant.

"T'enculer. Et je te ferai mal parce qu'elle est assez grosse."

"Lâche-moi, je t'en prie.'

'Non."

"Je ne veux pas baiser."

"Et pourquoi ? Si tu veux mourir, ça veut dire que tu te fous de ce qu'on fait de ton corps, non ? Mais moi, il me plait. Je le veux." dit-il, avec détermination, ouvrant le peignoir de Massimo et couchant sur lui son corps massif.

Massimo essaya de lutter, mais Roger le saisit avec ses larges et fortes mains et le plia sous lui, le mettant en position.

"Non, laisse-moi tranquille." protesta Massimo.

"Laisse-moi t'enculer, allez !" dit Roger d'une voix sourde et rauque, de plus en plus excité..

"Non, non !" cria le jeune homme en se tortillant.

"Plus tard, si tu veux, tu pourras partir et te foutre en l'air, mais maintenant, je veux te baiser."

"Laisse-moi !" cria le jeune homme en tentant de toutes ses forces de repousser l'homme, mais inutilement. Roger le tenait fermement.

Le corps tout tremblant de Massimo était plié en deux, et lorsque Roger frémissant s'apprêta à le prendre, le jeune homme retint sa respiration. Roger poussa.

"Non !" gémit Massimo en frissonnant.

Roger se ramassa, s'immobilisant un instant, puis, d'une forte poussée, il le pénétra à fond. Massimo ressentit une douleur cuisante, comme s'il se déchirait, mais n'opposa plus aucune résistance à cette invasion soudaine et implacable. Roger pénétra jusqu'à fond par cette unique poussée. Massimo, les yeux fermés émit un long gémissement de douleur, comme un animal blessé à mort.

"Laisse-moi, je t'en prie."

Il le suppliait d'une voix cassée, tentant de retenir les larmes qui semblaient vouloir sortir.

Roger, le tenant solidement immobilisé sous lui, commença à le pistonner à un rythme soutenu, et à chaque poussée, Massimo sursautait sur le lit.

"Oh, non, assez, assez !" gémissait le jeune homme à chaque poussée.

Roger continua vigoureusement à prendre le jeune. Massimo sentait les muscles de l'homme se tendre à chaque pénétration, il sentait le plaisir que l'autre tirait de son corps contre sa volonté, ajoutant la douleur à la douleur qui devenait de plus en plus forte. Cela le bouleversait mais il ne pouvait pas se soustraire à cette violence. Alors il l'accepta, comme résigné, s'abandonnant complètement à cette douloureuse pénétration, gémissant doucement comme un animal blessé. Et la douleur sembla lentement disparaître. Roger continuait avec une énergie et un plaisir inchangés. L'orgasme de l'homme semblait devoir exploser à chaque instant, mais n'arrivait pas.

Les deux corps étaient couverts de fines gouttes de sueur, brillant à chaque contraction des muscles de Roger, lancé dans une chevauchée infatigable. Enfin, un frémissement parcourut le grand corps sombre, se renforçant, semblant se multiplier. Ses poussées se firent plus fortes, et Roger commença à respirer par le nez, en cadence avec le rythme forcené, et finalement, il rejoignit le pic du plaisir, profondément enfoncé en Massimo.

"Pourquoi as-tu fait ça ?" demanda Massimo sans bouger.

"Pourquoi tu ne voulais pas ?" demanda l'homme en réponse.

"Tu m'as violé."

"Je t'ai seulement pris avant que tu te foutes en l'air."

"Parce que tu es plus fort que moi. Je pourrais te dénoncer."

"Qu'est ce que ça peut te faire, puisque de toutes façons tu veux mourir."

"Je ne suis pas encore mort."

"Et nous y voilà." dit l'homme triomphalement, quittant le lit et arrangeant son peignoir sur son puissant corps d'ébène.

Massimo resta inerte sur le lit, immobile, les yeux fermés. Il se sentait vidé de son énergie. Au fond, après tout, même cette violence qu'il venait de subir ne lui importait pas beaucoup. Roger s'aperçut que le garçon glissait doucement dans le sommeil. Quand il le vit profondément endormi, il le couvrit du moelleux édredon et alla s'habiller.

Massimo dormit longtemps. De temps en temps, Roger venait le regarder, sans le réveiller. Il regardait sa figure renfrognée qui laissait apparaître une profonde expression de douleur, plus morale que physique. Roger pensa que par rapport à la physionomie dépourvue d'expression qu'il avait quant il l'avait rencontré, cette apparition des émotions et des sentiments représentait un pas en avant. Il aurait voulu faire quelque chose pour le garçon, le sortir de ce désespoir sans fond. Bien qu'il l'ait forcé à ce violent rapport physique, il éprouvait pour lui un genre de tendresse protectrice, mais il savait que c'était à Massimo de réagir, il savait que personne ne pouvait plus rien faire pour lui. Il lui avait fait l'amour, il pensait que le jeune homme avait besoin de ce contact physique violent, et il le lui avait fourni, même avec un certain plaisir, mais il ne se leurrait pas sur ce que ce rapport, aussi intense qu'il soit avait pu amener au garçon. Mais peut-être ce long sommeil pouvait-il lui être utile. Alors il ne voulait pas le réveiller.

Massimo se réveilla dans la soirée. Il avait mal et son esprit était brumeux. Il se rappela la violente pénétration qu'il avait subie. Il n'aurait pas pensé pouvoir supporter un membre aussi gros presque sans problème. Ce souvenir lui fit un effet bizarre, et pendant quelques instants, il souhaita la présence de Roger sur lui. Il allait l'appeler quand le souvenir de Diego l'arrêta. Il quitta le lit et s'habilla en silence. Une légère migraine persistante l'accompagnait et son derrière lui faisait mal à chaque mouvement. Il entra dans le salon où Roger lisait. L'homme le regarda arriver, le saluant de la tête.

"Tu as dormi un bon moment, tu dois avoir faim. Je vais te réchauffer quelque chose. J'ai déjà mangé mais je n'ai pas voulu te déranger."

"Oui, d'accord, je vais manger un morceau." répondit Massimo.

Il suivit Roger jusqu'à la cuisine. L'homme lui servit un repas léger mais nourrissant.

Puis, pendant qu'il débarrassait la table, il dit, "Tu es fâché contre moi ?"

"Non."

"Où veux-tu aller, maintenant ?"

"Je ne sais pas."

"Les vingt quatre heures sont presque passées, je vois que l'accident ne t'a pas laissé de séquelles."

"Oui, je voudrais y aller. Si tu peux juste m'accompagner jusqu'à... l'endroit où on s'est rencontré."

"Pourquoi là ?"

"Ma bicyclette est là. Je veux la reprendre."

"D'accord, je t'y conduis. Et là, que feras-tu ?

"Je ne sais pas encore."

"Tu as quelque part où aller ?"

"Non, je vais chercher un hôtel, je pense."

"Tu as besoin d'argent ?"

"Non." répondit Massimo

"Trouver un hôtel, à cette heure, peut être difficile. Pourquoi ne restes-tu pas ici, cette nuit ? Il y a de la place, comme tu le sais."

"Non, je préfère y aller."

"Comme tu voudras." répondit Roger.

Il le raccompagna sur le lieu de l'accident. "Là." indiqua Massimo en montrant sa bicyclette et Roger s'arrêta à côté.

"Et bien, Massimo, au revoir."

"Au revoir."

"Voilà ma carte de visite. Si tu veux me revoir..."

Massimo sortit de la voiture. Il se baissa pour saluer le médecin noir qui lui sourit et démarra le moteur. Massimo alla jusqu'à sa bicyclette, l'enfourcha et s'éloigna. Il pédala sans but, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'il était devant la gare centrale. Il s'arrêta, mit la chaîne sur la bicyclette et entra. Il pourrait dormir là, pour cette nuit, et puis il déciderait. Mais demain, ce soir, il était trop fatigué.


Dans le hall, il y avait une grande Crèche de Noël. Il s'arrêta un moment pour la regarder. Les statues étaient presque de taille réelle. En face de la crèche, il y avait les trois rois. Au début, il les regarda sans trop faire attention, mais soudain quelque chose s'alluma en lui. Ce fut comme un éclair de lumière, comme un rideau qui se déchire, comme si le vent avait dispersé la fumée et il reconnut les statues des trois rois.

Il y avait là un jeune roi arabe, un roi blanc et un roi noir. L'arabe portait dans ses mains un petit coffret d'or, le blanc un encensoir et le noir un flacon de myrrhe. C'était le six janvier, jour de l'Epiphanie, le jour des Rois. Et il les avait rencontrés, avait reçu les trois cadeaux, il les avait dans sa poche.

Il sentit sa tête tourner. Comme en transe, il sortit de la gare, prit sa bicyclette et commença à marcher, se sentant complètement abasourdi.


Il marcha longuement, sans faire attention où il allait. La nuit n'était pas particulièrement froide, mais de toutes façons, il ne sentait plus ni le froid ni la fatigue. La douleur de la violente pénétration que lui avait fait subir Roger était encore forte. Il pensa qu'elle avait été plus aiguë quand il avait tenté de résister mais qu'elle avait diminué quand il avait accepté, comme Roger le lui avait dit et répété...

Il marchait en essayant de mettre ses idées, ses sentiments, ses émotions en place, mais ça lui semblait impossible. Tout était inextricablement enchevêtré. Les souvenirs, les images, les pensées se mélangeaient de façon chaotique.

Il s'aperçut qu'il était entré dans un jardin. Il vit un banc. Y appuyant la bicyclette, il s'assit dessus et éclata en sanglots. Et toute la douleur de la mort de son Diego put enfin s'écouler. Enfin, il pleura, gémit, sanglota, le corps secoué par l'intensité dévastatrice des émotions qui l'emportaient.


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