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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L' ORO, L'ENCENS ET LA MYRRHE CHAPITRE 8
UN CHATON POUR ALBERTO

Ils commencèrent à travailler dans la nouvelle discothèque d'Alberto. Les uniformes qu'ils portaient étaient vraiment élégants et sexy. Alberto les avait fait dessiner par Versace. Les autres membres du personnel étaient tous jeunes et beaux, entre dix-huit ans pour les serveurs et trente-cinq ans pour le comptable, ils étaient tous minces et bien bâtis et le moins mignon du lot, l'ingénieur du son, aurait fait tourner la tête à beaucoup. Aucun d'entre eux ni dans sa conduite, ni dans son apparence ne pouvait faire penser qu'il était gay. Leur ensemble donnait une claire idée du genre de garçon qui plaisait à Alberto.

L'inauguration fut un gros succès. Il y avait eu une bonne publicité et les salles étaient bondées. Pour l'occasion, Alberto avait engagé une troupe de danse sud-américaine. Ils étaient tous très beaux, ils se produisaient, à moitié nus dans une série de danses très érotiques, obtenant de longues acclamations et un grand succès.

Du fait de son travail, Massimo était surtout en contact avec les deux garçons du vestiaire et des trois videurs, alors que Gilberto avait plus de rapports avec les deux techniciens et les serveurs. Pour éviter d'éventuelles questions sur leurs rapports avec le patron, les deux amoureux avaient décidé de ne répondre à aucune question par oui ni par non. Ils ne voulaient pas mentir, mais ils ne voulaient pas gêner Alberto avec les autres employés.

Massimo entendit une bride de conversation entre deux des videurs.

"Tu as déjà couché avec le patron ?"

"Oui, et toi ?"

"Pas encore. Il est comment, au plumard ?

"Il sait y faire. Il fait vraiment pas ses cinquante ans... J'ai aimé. Il aime s'amuser comme un jeune, il sait y faire..."

"Et c'est vrai qu'il est bien monté ?"

"Ça t'inquiète ? Ben elle est pas petite, la bonne taille, je dirais. Et il s'en sert en connaisseur. Tôt ou tard, il va t'appeler, t'inquiète pas."

"Tu as été chez lui ?"

"Oui, bien sûr. Une grande et belle maison. Il m'a gardé jusqu'au dîner."

"Mais qu'est-ce qui lui plaît, au lit ?"

"Tout, oui, vraiment tout !"

"Il est violent ? Il fait du sado-maso ?"

"Non, au contraire, il est plutôt romantique, mais pas maniéré. Pourquoi ? Ça a l'air de t'inquiéter ?"

"Non... c'est que... je l'ai prise que deux fois dans le derrière, quand je faisais mon service et que... ça faisait mal, tu comprends ?"

"C'est juste une question d'habitude, et si l'autre le fait bien ou pas. Et le patron sait y faire."

"Mais il la prend aussi dans le cul ?"

"Bien sûr, il fait tout, comme je te l'ai dit. Mais plutôt, dis-moi, pourquoi tu viendrais pas chez moi à la fermeture ? Je te ferais voir en vrai ce que fait le patron, ça te dit ?"

Massimo sourit intérieurement. Assurément, comme tous étaient gays, qui sait combien d'histoires pourraient se développer. De retour à la maison, il raconta le dialogue à Gilberto qui sourit.

"Deux des serveurs m'ont déjà fait comprendre qu'ils aimeraient faire quelque chose avec moi."

"Vraiment ? Et tu as dit quoi ?"

"Que je n'aime que les hommes de plus de quarante ans. Ça les a calmés !" plaisanta Gilberto.

"Mon Dieu ! Alors je dois me dépêcher de vieillir." répondit joyeusement Massimo


Comme ils travaillaient de nuit, ils prirent l'habitude de faire l'amour le jour, ce qui leur plaisait bien. Au bout du premier mois, ils touchèrent leur premier salaire. Ils mirent tous les billets ensemble, puis les étalèrent sur la table, et les regardèrent.

"Ben merde, tellement d'argent à la fois, et si vite, ça fait tourner la tête. Pas toi, Max ?"

"Tu parles ! Petit à petit, on va pouvoir arranger la mansarde, non ?"

"Je pense qu'il vaudrait mieux économiser, comme ça, quand on aura assez d'argent, on pourra prendre un petit appartement. Même seulement une pièce, une cuisine et un séjour, mais douche et salle de bain. Tu en penses quoi ?"

"Bien sûr, comme tu veux. Mais j'aime les mansardes comme ça, sous les toits."

"On peut chercher un truc sous les toits, alors. Peut-être même avec une terrasse pour prendre le soleil."

"Oh, oui, ça serait bien. Et puis on pourrait faire l'amour sur la terrasse."

"Tu ne penses vraiment qu'à ça ?"

"Bien sûr, quand tu es à côté de moi."


Alberto était aimable et sympathique. Progressivement, leurs rapports avec lui devinrent, plus que de courtoisie, de réel respect. A ses moments libres, Alberto discutait souvent avec ses employés, pour mieux les connaître et sentir l'ambiance. Il ne voulait pas de tension au sein de son personnel. C'était vraiment un bon manager. Aussi l'estime mutuelle devint, au fil des mois, une amitié. Parfois, Alberto invitait les deux amoureux à dîner chez lui ou au restaurant, juste pour discuter ou passer un moment ensemble. Les deux garçons l'appréciaient de plus en plus.

Aussi, un jour où ils mangeaient ensemble, Gilberto dit,

"Alberto, pourquoi ne penses-tu pas sérieusement à trouver un partenaire stable ? Tu ne peux pas passer le reste de ta vie comme ça. Chacun de nous à besoin de repères, et d'être aimé, non ? Pas seulement de s'amuser."

"Ah, mais j'ai cinquante ans, à présent. Qui penses-tu qui veuille de moi ? En plus, je n'aime que les jeunes. Mais les jeunes ne se lient pas avec les vieux."

"D'abord, tu n'es pas vieux. Tu ne parais pas tes cinquante ans, tu pourrais en prétendre seulement quarante. Et puis il y a des jeunes qui préfèrent des partenaires plus matures."

"Je ne sais pas... Je vous avoue qu'après vous avoir rencontré, j'ai recommencé à y penser, de temps en temps. Mais je me dis que j'ai manqué le train."

"Ne sois pas bête, tu es entreprenant et tu peux faire tant de choses."

"Et bien, sur ce sujet, je n'ai jamais été un gagnant. Vous savez, j'ai un idéal, et comme tous les idéaux, il est inaccessible."

"Et ce serait quoi ? Tu as envie de nous en parler ?" demanda Massimo.

"En fait, je ne demande pas un Roméo prêt à mourir pour moi. Je ne demande pas non plus un Adonis. Je voudrais seulement un garçon jeune, gentil, honnête, tranquille, affectueux, simple, fidèle et qui me ferait me sentir... chez moi. Un chat, en somme. Indépendant, mais toujours près à venir dans tes jambes pour ronronner. Qui se tienne derrière la porte quant il t'entend arriver. Avec une vie propre, mais en symbiose avec la mienne. Intéressé par ses affaires mais trouvant des réponses à ses besoins en moi et donc, qu'il soit bien avec moi. Qu'il soit doux mais volontaire. Un peu moins égoïste qu'un chat, donc. Quelqu'un d'affectueux avec moi, même s'il ne meurt pas d'amour pour moi. Un fils - frère - ami - amant. Je n'ai jamais trouvé un garçon pareil. Avec les garçons de la discothèque, il n'y en a pas un avec qui je voudrais me lier. Chacun d'eux possède un petit morceau de ce dont je rêve, mais juste un morceau. Alors je dois me contenter de ce que je trouve ici ou là."

Ils discutèrent de ce sujet à plusieurs reprises, et un jour, Massimo eut une idée. Et s'ils pouvaient faire rencontrer Alberto et Rasim ?

Mais comment faire. Après tant de temps, il ne se savait même plus s'il pourrait se rappeler où était la maison du garçon arabe. Il en parla avec Gilberto. Ensemble, il allèrent dans le parc pour chercher Rasim, demandèrent après lui, mais il ne semblait plus y avoir trace de lui. Personne n'avait entendu son nom.

Massimo se rappelait bien la description qu'avait fait Rasim de son amant idéal. Elle semblait coller plutôt bien avec la personne d'Alberto. Si seulement ils avaient pu les faire se rencontrer...

Mais après plusieurs jours de recherche, il se rendit et abandonna cette idée.

"Gil ? En repensant à Rasim, j'ai pensé que ça me ferait plaisir de revoir aussi Rocco et Roger et de te les faire connaître. Peut-être se demandent-ils ce que je suis devenu? Se rappellent-ils encore de moi ? Si je t'ai rencontré, c'est à eux que je le dois. Ils m'ont empêché de me tuer et m'ont redonné le courage de vivre."

"Je voudrais bien les connaître, pour le remercier."

"Le seul dont j'ai l'adresse, c'est Roger. Même Rocco, je ne saurais comment le retrouver. Je sais qu'il est policier, mais on ne peut quand même pas aller à la police demander combien il y a de Rocco et où ils habitent, non?"

"Sûrement pas. Ils trouveraient ça pour moins étrange et de toute façon je crois qu'ils ne donneraient jamais l'adresse d'un policier au premier qui passe. Mais pourquoi ne pas téléphoner à Roger, pour commencer?"


Roger, lorsqu'il reconnut Massimo au téléphone, lui fit un accueil chaleureux.

"Mon dieu, quel plaisir de t'entendre ! Où es-tu ? Que fais-tu ? Comment vas-tu ?"

" Ça va bien. Je suis toujours ici, à Milan. Je travaille dans une discothèque, et je vis avec mon ami qui est DJ. Et comme je lui ai parlé de toi, je voudrais que vous vous rencontriez, si tu es d'accord."

"Si je suis d'accord ? Mais bien sûr, mon gars, évidement. Ecoute, est-ce que vous voulez venir tous les deux, un soir pour dîner ? Ah, non, bien sûr, si vous travaillez en discothèque."

"Le mercredi, c'est fermé et nous sommes libres."

"Parfait. Alors on peut se voir mercredi, ça vous va ?"

"Parfaitement, Roger. A bientôt, alors."

Ils passèrent une magnifique soirée ensemble. Roger était un hôte raffiné, et Gilberto et lui se plurent immédiatement.

"Ah, Massimo, mon garçon ! Sais-tu qu'après que tu m'aies quitté, j'ai lu le journal pendant des jours et des jours en craignant de t'y trouver ? J'avais peur de n'avoir pas pu t'aider, je me sentais mal. Pendant ces vingt quatre heures, je m'étais attaché à toi. Je te remercie de me faire participer à ton bonheur retrouvé."

"C'est moi qui te remercie pour avoir aidé Max. Sans toi et les deux autres... rois mages, je n'aurais jamais pu avoir la chance de le rencontrer et de profiter du bonheur qu'il me donne à présent.

"Oh, j'ai fait bien peu."

"Non, au contraire. Mon Max m'a raconté tout ce que tu as fait pour lui pendant ces vingt quatre heures."

"Tout ?" demanda Roger, légèrement embarrassé.

"Oui, bien sûr, tout."

"Dans le détail ?"

"Oui, et il semble que tu lui a donné tout ce dont il avait besoin à ce moment."

"Et bien, vous êtes généreux de le dire comme ça. Après, je me suis beaucoup demandé si j'avais bien agi. Je ne l'avais pas vraiment violé, mais, je veux dire, je le voulais, mais pas pour moi. Je n'aime pas faire l'amour comme ça, mais j'espérais que comme ça, en se révoltant, il trouverait en lui la force de se battre contre le mal qui le rongeait. Mais, par la suite, je me suis demandé si c'était... la bonne thérapie."

"Il semble que oui, tu ne crois pas, Roger ?" répondit Massimo avec un sourire.

"Bon, les garçons, maintenant qu'on s'est rencontrés, essayons de ne pas se perdre de nouveau, d'accord ? Vous me donnez l'adresse de la discothèque où travaillez ? Ainsi un de ces jours, je pourrai y faire un saut. Et peut-être même attraper un garçon amateur de peau noire. Vous avez dit qu'elle était mixte, non?"

"Sì, environ quarante pour cent de gay. Belle jeunesse. Et tout le personnel est gay."

"Bien, le vieux satire a trouvé la bonne auberge... "rigola Roger avec un peu d'auto-dérision.


Massimo et Gilberto trouvèrent l'appartement idéal, au dixième étage d'un immeuble assez récent, avec ascenseur et chauffage central, composé d'une petite entrée, d'un vaste séjour, deux chambres, une grande et une petite, cuisine et salle de bain, le tout disposé en L autour d'une vaste terrasse. Ils y déménagèrent, et ils le meublèrent. Ils y firent mettre le téléphone, aménagèrent la grande chambre en bureau et la petite pour y dormir. Et la terrasse, dès qu'arriva la belle saison, était un parfait solarium, sur lequel prendre des bains de soleil (et faire l'amour) nus, en toute liberté, sûrs de ne pas être vus de l'extérieur. Dès qu'ils se furent installés, ils invitèrent d'abord Alberto, puis Roger, et enfin un couple de garçons de la discothèque avec lesquels ils avaient sympathisés.


Noël arriva et Massimo put finalement avoir la crèche qu'il désirait. Aux côté de la Sainte Famille et de l'âne et du bœuf, il n'y avait que les trois Rois Mages (Rasim, Rocco et Roger), un ange (Diego) et deux bergers (Massimo et Gilberto). C'étaient de petites statues de bois du Val Gardena hautes d'environ quarante centimètres, très belles, que Gilberto avait achetées pour son amant peu avant Noël. Massimo en fut heureux et ému parce que Gilberto avait même pensé à l'ange.

Il jour de Noël, avant l'ouverture de la discothèque, ils étaient allés se promener un peu dans le centre pour profiter de l'atmosphère de Noël. Ils se promenaient ici et là, sans but, sereins, regardant les vitrines pleines de lumières et de couleurs, lorsque Massimo serra le bras de Gilberto.

"Lui, là, c'est Rasim ! Oui, c'est lui !"

"Cours, alors, appelle-le avant que nous le perdions." lui dit l'autre.

Massimo courut, suivi par Gilberto. Rasim marchait vite. Il tourna à l'angle. Massimo craignit de l'avoir perdu, mais quand lui aussi tourna le coin, il le vit devant la vitrine d'une pâtisserie.

Il l'accosta et lui demanda, "Puis-je t'offrir un gâteau ?"

Rasim se tourna et le regarda, avec un air légèrement contrarié, mais le reconnut immédiatement et lui fit un sourire éclatant.

"Que Dieu te bénisse ! Tu es Massimo !"

"Salut, Rasim. Comment tu vas ?"

"C'est un merveilleux cadeau de Noël. Comment ça va !"

Pendant ce temps, Gilberto était arrivé.

"Je peux te présenter mon mec ? Voilà Gilberto. Gilberto, Rasim."

"Enchanté, Gilberto."

"Je suis heureux de te rencontrer enfin, Rasim. Massimo m'a beaucoup parlé de toi."

"Je suis tellement content de t'avoir retrouvé. Je t'ai tellement cherché."

"Tu ne te rappelle pas où je vis ? J'y suis toujours."

"Non, je n'ai pas pu m'en souvenir. Tu sais, cette nuit-là, je n'avais pas toute ma tête. Mais dis-moi, comment ça va ?"

"Rien de neuf, ça va bien. J'ai de bons clients, je ne peux pas me plaindre."

"Mais... toujours clandestin ?"

"Et que puis-je faire ? J'ai peur d'être clandestin pour toujours, ou jusqu'à ce que la loi me retrouve. Mais toi, plutôt, tu as l'air d'aller bien. Et lui, tu as un compagnon splendide. Je suis content pour toi. Pendant ces deux ans, j'ai souvent prié pour toi, tu sais ?"

"Merci. Moi aussi, j'ai pensé à toi. Ecoute, Rasim, lui et moi, on travaille dans une discothèque, et on y sera ce soir, malheureusement, mais on serait content de te rencontrer de nouveau et de passer un moment ensemble, si tu veux. Tu as le téléphone, maintenant ?"

"Oui, et aussi des cartes de visites. Attends, je vais t'en donner une." dit-il en sortant une petite carte.

Dessus, écrit d'une élégante calligraphie, il y avait juste "Rasim" et dessous seulement un numéro de téléphone. Rasim écrivit son adresse au dos et la donna à Massimo.

"Moi aussi, j'aimerais passer un moment avec vous. Ce soir, je suis libre. Je peux venir à la discothèque ?"

"Très bonne idée. Et à la fermeture, tu pourras venir chez nous. Il y a un lit pour les invités. Tu pourras dormir là et demain, on pourra déjeuner ensemble. Ça te va ?"

"J'espérais que vous me prendriez dans votre lit." dit le garçon en plaisantant.

Massimo répondit avec un sourire, "Ça n'est pas possible. Lui et moi sommes vraiment amoureux, et entre deux amoureux..."

"...il n'y a pas de place. Evidement. C'était juste pour rire." dit Rasim, plus pour Gilberto que pour Massimo.

Lequel hocha la tête : "Alors viens-tu Rasim ? Ça nous ferait vraiment plaisir."

"Je viens. En plus, demain, je n'ai pas d'autres engagements. Vous me donnez votre adresse, quand même ?"


Rasim arriva à la discothèque vers onze heures. Il salua les deux amis, puis dansa toute la soirée. Plus d'un tenta une approche avec le bel arabe. Il expliquait vite qu'il ne le faisait que pour de l'argent. Si le type acceptait, et s'il lui plaisait, le garçon lui donnait sa carte.

"Ce soir, je ne peux pas mais si tu veux, tu peux me téléphoner dans les jours qui viennent." disait-il avec un sourire fascinant et il retournait danser dans la salle bondée.

Quand la soirée se termina et qu'ils fermèrent, Rasim les attendait sur le trottoir. Ils rentrèrent ensemble à la maison. Ils lui ouvrirent le divan dans le salon, lui firent voir où il était la salle de bain.

"Il est tard et sommes plutôt fatigués. Je propose d'aller vite dormir et de laisser pour demain les mille choses que nous aurons à nous dire." lui dit Gilberto.

"OK grand chef. Bonne nuit, alors." répondit joyeusement le garçon et il commença à se déshabiller.

Les deux amoureux rentrèrent dans leur chambre.

"Alors, qu'est-ce que tu en dis ?"

"Il me plaît. Il est joyeux, vif, beau et, il me semble, doux. Est-ce qu'il ne serait pas le type parfait pour Alberto?"

"Et vice-versa. Demain nous en parlerons à Rasim et, s'il est d'accord, nous en parlerons ensuite à Alberto. Puis nous les ferons se rencontrer."

"Et si ce sont des roses, elles fleuriront."

Le matin, après avoir parlé de leurs projets, il préparèrent le déjeuner. Pendant qu'ils mangeaient, Massimo aborda le sujet.

"Rasim, la première fois qu'on s'est vu, tu m'avais dit que tu aimerais pouvoir rester en Italie."

"Oui, bien sûr, tant qu'on ne m'expulse pas."

"Si tu avais un visa de travail, tu n'aurais plus de problèmes, non ?"

"Bien sûr, mais qui m'embaucherais ? En plus, le seul travail que je connaisse, c'est faire le trottoir. Est-ce qu'ils donnent des visas de travail pour faire le trottoir ?"

"Mais si tu trouvais un homme à qui tu plaises, il pourrait t'aider d'une façon ou d'une autre."

"Peut-être. Beaucoup me l'ont promis, mais après... Tu sais, ceux qui t'ont connu sur le trottoir n'ont pas envie de te prendre comme amant. Ils ne pensent pas que je saurais rester fidèle. Vous savez, je ne me plains pas de faire le trottoir, surtout maintenant que je peux choisir mes clients. Mais ça ne me plaît pas particulièrement. Si je pouvais, j'arrêterais facilement. J'ai vingt et un ans, je voudrais avoir une vie normale. Aux côtés de mon homme, comme vous deux. Avec un travail. Quelqu'un dont je m'occuperais et qui prendrait soin de moi. Eh, ce sont juste des rêves, je pense. Mais je continue à rêver. Les rêves sont gratuits et ne font de mal à personne."

"C'est une des raisons pour lesquelles nous te cherchions, Rasim. Nous connaissons peut-être l'homme qu'il te faut. Logiquement vous devriez vous plaire tous les deux. Il a cinquante et un ans mais il en paraît dix de moins. Il n'est pas beau, mais fascinant. Il est riche, bon, et cherche, pour le dire avec ses mots, un chat."

"Un chat ?"

"Oui, un garçon jeune, affectueux, qui lui fait la fête, mais qui ait de la personnalité, qui soit indépendant. Lui aussi a envie de quelqu'un dont s'occuper et qui s'occupe de lui. Alors, avant de lui parler de toi, nous voulions savoir si tu étais d'accord. Lui, nous en sommes presque sûrs, pourrait te trouver du travail et un visa."

"Ça à l'air d'un conte de fée. Et c'est qui ?"

"Le propriétaire de la discothèque."

"Ben merde ! Un vrai riche, alors !"

"Ah oui !"

"Mais il ne pensera pas qu'un tapin comme moi ne vient que pour l'argent ?"

"C'est à toi de lui montrer le contraire. Par le passé, il a seulement eu des expériences négatives, de gens qui, d'une façon ou d'une autre, voulaient seulement l'exploiter, l'utiliser. Alors il est plutôt méfiant. Mais c'est notre ami et si nous te nous présentons, peut-être qu'il acceptera d'essayer, au moins. Veux-tu que nous lui parlions?"

"Oui, bien sûr, mais ne m'embellissez pas trop. Dites-lui la vérité sur ce que je fais. Et voyez s'il veut quand même me rencontrer."

Le soir même, Gilberto demanda à Alberto s'il avait du temps pour lui parler en privé, avec Massimo, sans être dérangé.

"Ah, pas demain. Il y a trois des serveurs viennent chez moi pour une petite orgie. Je ne l'ai jamais fait à quatre et vu que l'idée plaît aux garçons, je vais essayer. Après-demain ? Vous pourriez venir déjeuner, c'est d'accord?"

"D'accord."

"Mais, il y a un problème ?"

"Non, non, pas de tout. Nous voulions seulement te parler de chats."

"De chats ?" demanda Alberto étonné qui ne se rappelait évidemment pas de cette expression.

"Oui, nous t'expliquerons ça après-demain." lui dit Gilberto avec un sourire amusé.

"Si vous me demandez de prendre un animal à la maison, la réponse est non. Piero ne me le pardonnerait jamais."

"Piero, c'est qui ça, Piero ?"

"Oh, oui, vous ne le connaissez pas. C'est l'homme qui vient le soir pour le ménage. Un brave homme, mais lorsque que je l'ai engagé, il m'a dit directement, seulement s'il n'y a pas d'animaux dans la maison, Signor Sossi, et que vous ne laissez pas traîner les capotes."

"Ah, mais il sait que vous êtes gay ?"

"Bien sûr, et il l'est lui aussi. Un peu le style vieille fille acariâtre, mais vraiment un brave homme. Il tient ma maison propre comme un sou neuf. Mais il est de confiance, et il ne se scandalisera pas s'il trouve des revues gays. Il a vécu avec son amant pendant trente ans, un cheminot. Il fait le ménage dans deux appartements, le mien et celui du médecin chef de l'hôpital, qui est gay lui aussi. C'est lui qui m'a présenté Piero il y a deux ans. Bon, à dans deux jours, alors."

Ils vinrent déjeuner chez Alberto et lui parlèrent longuement de Rasim. Alberto semblait assez intéressé.

"Si vous me dites que c'est un bon garçon, si pour le moment il vit de ses charmes, ça ne me dérange pas. Il a eu une vie très dure, le pauvre garçon, et c'est déjà un miracle qu'il ne se soit pas desséché. Oui, un minet comme ça, à la maison, ça pourrait être l'idéal. Et s'il me plaît, je peux lui donner du travail et lui avoir un visa. À vingt et un ans je pourrais le prendre comme serveur, surtout s'il est aussi beau que vous le dites. Et si vraiment je suis bien avec lui, je saurais même lui être fidèle."

"Je ne pense vraiment pas qu'avec lui, les autres garçons te manqueraient. Alors, veux-tu que nous organisions une rencontre ?"

"Oui, bien sûr, mais pas trop officielle. Ça pourrait le gêner, ou moi. Dîtes lui seulement de venir à la discothèque, on pourrait commencer à se voir, à se rencontrer et puis peut-être que je pourrais l'inviter ici, une chose après l'autre, non ?"


Ainsi, Rasim commença à fréquenter la discothèque. Alberto ressentit beaucoup d'attirance physique pour le garçon, mais, à peu à peu, il fut surtout attiré par sa personnalité. Et Rasim, même s'il n'éprouvait pas une forte attraction physique pour Alberto, fut fasciné par son caractère.

La chose curieuse fut que, l'un étant un libertin et l'autre un prostitué, il se passa plus d'un mois avant qu'ils ne fassent l'amour pour la première fois. Tous les deux se confiaient à Gilberto et Massimo, qui suivaient ainsi l'évolution des événements d'un point de vue privilégié et avaient l'impression toujours plus nette qu'ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre.

La première fois...


"Rasim ?"

"Oui ?"

"Je voudrais te proposer, si tu en as envie, de rester chez moi, cette nuit."

"Oui, j'aimerais bien."

"Vraiment ?"

"Oui, je suis content que tu me l'aies demandé."

"Je t'aime bien, tu sais ? Alors j'ai pensé qu'on pourrait essayer de mieux se connaître..."

"Merci."

"Je ne te promets rien..."

"Il faut qu'on se connaisse d'avantage, Alberto."

"Oui, c'est vrai. En plus, je veux que tu saches que je ne veux pas juste d'une baise avec toi. Je veux quelque chose de plus, peut-être le début de quelque chose de sérieux. Peut-être."

"On pourrait juste essayer, tu ne crois pas ?'

Après la fermeture, Alberto conduisit Rasim chez lui. Il lui offrit une boisson. Il ne voulait pas le mettre immédiatement dans son lit, même s'il le désirait très fort. Rasim s'en doutait, son expérience avec tant de clients avait affiné sa capacité à comprendre les autres.

"On pourrait se mettre au lit ?" demanda Rasim, avec douceur.

"Oui, bien sûr, viens. Il est là." dit l'homme en guidant le garçon, se sentant incroyablement excité. "On peut se déshabiller avec la lumière allumée, Rasim ?"

"Bien sûr. Je peux te déshabiller, Alberto, et tu me fais pareil ?"

"Oui."

Ils se déshabillèrent mutuellement, presque sans toucher leurs corps.

"Tu es si beau." murmura Alberto.

"Merci. Toi aussi tu as un beau corps. Tu fais beaucoup de gymnastique ?"

"Un peu, seulement pour garder la forme."

Ils s'étendirent. Rasim se serra contre lui, le caressant habilement aux bons endroits.

"Ohhh !" gémit l'homme et goûtant les attentions et en caressant les cheveux du garçon.

Au bout d'un moment, terriblement excité, il embrassa Rasim sur les lèvres, pris ses petites fesses nerveuses dans ses mains et l'attira à lui. Rasim lui caressa la colonne vertébrale du haut en bas.

"Mon, dieu, mon garçon, tu fais ça si bien !" dit Alberto et se tournant et en se penchant sur le corps du garçon.

"Toi aussi, tu m'excites beaucoup." répondit le jeune arabe en l'embrassant de nouveau.

"Je veux te prendre, Rasim..." dit l'homme dans un murmure.

"Oui, moi aussi." répondit le garçon d'une voix rauque.

Ils firent l'amour.

D'abord, Alberto le prit par devant et aima voir dans les yeux et le sourire du garçon à quel point il appréciait d'être pris. Rasim accompagnait chaque poussée de l'homme d'un léger gémissement de plaisir et bougeait sous lui pour augmenter son plaisir. Alberto pensa que le jeune arabe était réellement un chat, il ronronnait presque. De temps en temps, il s'interrompait pour le rejoindre dans un long baiser passionné, puis l'homme recommençait à pistonner avec plaisir le palpitant canal brûlant de Rasim. Enfin, il atteignit un très fort et plaisant orgasme au fond de son compagnon.

Puis Alberto voulut que le garçon le prenne. Il y mit une vigueur juvénile et le monta avec de joyeuses poussées, lui donnant à nouveau du plaisir. L'homme aimait sentir la verge vigoureuse du jeune homme le pénétrer, lui offrant des vagues de jouissance, et ses mains embraser tout son corps, le faisant vibrer comme une harpe... Et finalement inonder ses profondeurs avec des vagues et des vagues de crème tiède.

Enfin, toujours pas satisfaits, ils s'unirent dans un long soixante neuf passionné, portant l'autre aux sommets du plaisir pour la deuxième fois, se caressant, se léchant, en se suçant sans s'arrêter jusqu'à pouvoir étancher leur soif avec la semence de l'autre.

Pendant qu'ils se détendaient, haletants, une expression béate sur le visage, Rasim se tourna vers Alberto et le caressa avec douceur.

"Mon dieu, Rasim, ça m'a vraiment plu."

"A moi aussi."

"Oh, mais combien en as-tu connus, de meilleurs que moi ?"

"Ne sois pas bête. Je ne passe pas mon temps à faire des listes et tu me plais beaucoup. Et puis, toi aussi, tu pourrais avoir trouvé quelqu'un de mieux que moi, puisque que tu dis d'avoir eu beaucoup d'aventures. Dans les garçons de la discothèque il y en a beaucoup qui ne doivent pas être pas mal, non?"

"C'est vrai, mais tu me plais vraiment beaucoup. Ecoute, maintenant on va prendre une douche rapide et dormir un peu. C'est déjà le matin."

"Quelle heure est-il ?"

"Six heures et demie."

"Normalement, les gens se lèvent à cette heure." Rigola Rasim.

Ils se lavèrent mutuellement, et furent près de se remettre à faire l'amour, excité de nouveau comme ils l'étaient, mais ils se retinrent et retournèrent au lit pour dormir. Alberto enlaça Rasim, qui se pelotonna contre lui, confortablement, détendu, serein. Avait-il trouvé son homme ? Il pria silencieusement, pendant qu'il glissait dans le sommeil.

Alberto avait des pensées similaires. Rasim lui plaisait vraiment, mais il ne voulait pas se leurrer de nouveau, pensa-t-il en s'endormant, mais...

Rasim se réveilla vers deux heures de l'après midi. Il se sentait bien. Il regarda l'homme toujours abandonné dans le sommeil et pensa qu'Alberto lui plaisait vraiment. Il se mit à caresser légèrement son corps nu. Alberto n'était pas vraiment beau, et pourtant il l'attirait fortement.

"Oh, Rasim quel bon réveil." murmura Alberto en ouvrant les yeux et en lui souriant.

"Tu me plais." dit Rasim presque avec pudeur, puis il ajouta, "J'ai vraiment aimé pourvoir enfin faire l'amour avec toi."

"Vous les arabes, d'habitude, vous ne... faites pas tout comme tu as fais. Tu m'as vraiment surpris. Tu es vraiment magnifique, et au lit aussi."

"Mais je suis gay, et quand j'aime un homme, j'aime faire tout avec lui."

"Alors tu veux dire que je te plait."

"Tu ne me crois pas ?" demanda Rasim avec un sourire malicieux en se mettant à le caresser plus intimement.

"Si tu me tripotes comme ça, tu va me donner envie d'y retourner, " murmura Alberto en attirant le garçon vers lui.

"Et bien, ça me va. Je l'espérais." répondit le garçon pendant que l'homme l'enlaçait et l'embrassait de nouveau, rempli d'un désir renouvelé.


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