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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L' ORO, L'ENCENS ET LA MYRRHE CHAPITRE 9
LA RIVIÈRE COMPLICE

Alberto demanda à Rasim d'essayer de vivre avec lui.

"Je ne sais pas si nous serons bien ensemble mais j'espère que oui. Et puis, même si nous décidons de ne pas former un couple, je veux t'obtenir un visa. Ça t'irait de travailler comme serveur dans ma discothèque ?"

"Bon dieu, oui ! Ça me plairait beaucoup. Mais tu m'aiderais aussi même si je ne venais pas habiter chez toi, même si je n'étais pas un de tes garçons ?"

"Bien sûr. Tu me plais et en plus, je pense que si tu veux changer de travail, c'est bien que je t'aide. Et aussi pour te remercier de ce que tu as fais pour mon ami Massimo. Tu es un garçon bien, et tu le mérites. Si tu décides de venir vivre avec moi, je ne veux pas que ça soit juste parce que tu as besoin d'un visa. Le salaire que je t'offre n'est pas aussi élevé que ce que tu gagnes à présent, mais même si tu décides de continuer à vivre seul, ça devait te suffire pour continuer à envoyer de l'argent à ta famille."

"Ils t'ont aussi dit ça ?"

"Oui, Massimo, m'a dit tout ce qu'il savait sur toi."

"Je parlais de la manière dont je gagne mon argent, en fait."

"Regrettes-tu qu'il me l'ait dit ?"

"Non. Je lui avais demandé de te le dire. Mais comme tu n'en avais pas parlé, je pensait que Massimo ne l'avait pas fait."

"Je n'ai pas vu de raison d'en parler. Je me moque de ce que tu as fait, mais juste de ce que tu es."


Ils essayèrent de vivre ensemble. Massimo et Gilberto suivaient avec intérêt le développement de l'histoire. Alberto vit que pour faire avoir le visa à Rasim, la façon la plus sûre et la plus simple était qu'il retourne au Maroc. Il partit alors avec lui, s'accordant une semaine de vacances. Là, il fit porter par Rasim à l'ambassade d'Italie les lettres d'engagement, avec les contrats signés, les lettres de garantie et tout le nécessaire et Rasim obtint en peu de jours le visa de travail sur son passeport. Alors, après être passé saluer la famille de Rasim dans les montagnes, ils rentrèrent ensemble à Milan.

Rasim commença son travail de serveur, et dans l'uniforme, il était plus sexy que jamais.

A l'occasion, Gilberto demanda à Alberto,

"Rasim est si sexy. Tu n'as pas peur que quelqu'un te le vole ?"

"Non. Il a dit qu'il n'était intéressé que par moi, et je le crois, c'est un garçon honnête."

"Mais tu es amoureux ?"

"Je ne sais pas, je ne crois pas. Nous nous plaisons beaucoup, et nous allons bien ensemble. Il s'occupe de moi et moi de lui. C'est un gentil garçon, heureux, serviable mais indépendant, juste comme j'aime."

"S'il est juste celui qu'il te faut, pourquoi dis que tu n'es pas amoureux ?"

"Peut-être par pudeur. Ou pour conjurer le mauvais sort. Mais ça nous va comme ça, pour le moment."

Massimo et Gilberto étaient sûrs que ces deux là, en réalité s'aimaient. Chacun des deux, lorsqu'il n'était qu'avec eux, ne faisait que célébrer les qualités de son partenaire. Massimo dit à Gilberto,

"Je suis heureux, nous avons des bons amis, un excellent travail, j'ai retrouvé Roger et Rasim. Ça me plairait quand même de retrouver Rocco et tout serait parfait."

"Alors je ne te suffis pas ?" lui demanda Gilberto, coquin et provoquant.

"Bien sûr que si, gros bêta. Tu es tout pour moi. Tu as eu une merveilleuse idée, cette nuit-là, de commencer à jouer de la guitare pour moi."

"Qui aurait pensé, cette nuit-là, que nous étions destinés à devenir amants ?"

"C'est comme ça. Ecoute, mercredi prochain, est-ce qu'on peut prendre la voiture pour une promenade ?"

"Bien sûr. Où veux-tu aller ?"

"Dans la région de Novara."

"Tu veux aller sur la tombe de Diego ?"

"Pas nécessairement."

"On pourrait lui porter des fleurs."

"Oui, peut-être. Mais je veux te conduire dans un autre endroit."

"Où ?"

"Tu verras bien. Peux-tu retenir ta curiosité jusqu'à mercredi ?"

"J'essayerai, mon amour."


Ils partirent un peu avant le déjeuner. Ils s'arrêtèrent pour déposer une rose rouge sur la tombe de Diego. Massimo prit le volant puis s'arrêta dans la campagne.

"Allons-y." dit Massimo en prenant un gros sac sur la banquette arrière.

"Ici ?"

"Oui. Encore dix minutes de marche et nous y serons."

"Mais où sommes-nous, où allons-nous ?"

"Tu vas voir."

Ils marchèrent en silence. Le soleil était chaud, et à un moment, Massimo retira sa chemise et la noua autour de ses hanches. Gilberto l'imita. Ils suivirent un sentier au milieu des arbres, marqué par le passage de bicyclettes. Après un coude, ils furent soudain sur la berge d'une rivière.

"C'est l'Agogna." dit simplement Massimo.

Gilberto comprit tout de suite, c'était là que Diego et Massimo à dix-neuf ans, s'étaient avoués leur amour mutuel. C'est ici qu'ils revenaient à chaque anniversaire.

"Déshabillons-nous." l'invita Massimo avec un sourire.

"Tu veux te baigner ?"

"Oui, après. Maintenant, je veux faire l'amour avec toi. Ici." dit-il en ouvrant le sac et en étalant une serviette sur l'herbe.

Cette nouvelle marque de la profondeur de l'amour que Massimo lui portait l'émut profondément. Il s'avança vers son amant, et l'embrassant et le caressant, commença à le déshabiller. Ils se couchèrent sous le soleil, dans les bras l'un de l'autre.

"Mon amour, sais-tu que tu es magnifique ?"

"C'est toi qui me rends beau."

"J'aime tout de toi."

"Tout ?"

"Oui, tout. Tes yeux lumineux, tes lèvres sensuelles, la façon dont tu me souris, les mains avec lesquelles tu me touches, tes petits seins durs et sombres, comme des baies, les bras musclés avec lesquels tu me serres fort, tes belles jambes et ton cul de velours si accueillant, tes couilles à la fois dures et souples, et ce beau manche si savoureux et juteux que j'aime tant en moi, avec lequel tu me fais sentir la douceur et la force de ton désir. J'aime chaque millimètre de ton corps viril, mon gentil Max."

"Je ne me fatiguerais jamais de faire l'amour avec toi, Gil. Tu es si sexy, fort, doux, et en chaque fois que nous faisons l'amour tous mes sens sont en fête. Te toucher est suave, te regarder est délicieux, écouter ta voix est excitant, sentir ton parfum de mâle est merveilleux et te savourer est une sensation unique. Je voudrais me fondre en toi. Mon Dieu, Gil, les mots ne réussissent pas à dire tout ce que je ressens pour toi, avec toi."

"Mais ton corps y réussit si bien."

Ils firent l'amour, se savourant mutuellement, caressés par les rayons du soleil et une brise légère. Ils se prirent l'un l'autre, s'embrassèrent, se reprirent avec un mélange de passion et de tendresse, cherchant de rallonger au maximum ces instants magiques. Et finalement ils jouirent, en se chuchotant leur amour réciproque. Et lorsque finalement ils se détendirent, enfin satisfaits, ils s'aperçurent que près de là un garçon les regardait, appuyé à sa bicyclette, la bouche ouverte.

Ils rirent et lui firent un geste de salut.

"Tu as tout vu ?" demanda Gilberto.

Le garçon hocha la tête et rougit, puis, d'une voix hésitante, dit, "Je ne l'ai pas fait exprès, je suis juste venu pour pêcher et vous ne m'avez pas entendu et... je n'avais jamais vu deux hommes baiser ensemble.

"Viens, assieds-toi." Lui dit Massimo.

"Vous n'êtes pas fâchés contre moi, que je vous ai espionné ?"

"Non, pas du tout, tu ne l'as pas fait exprès, c'est toi qui l'as dit." répondit avec un sourire.

Le garçon lâcha sa bicyclette et s'approcha d'eux. Il s'assit sur l'herbe, près d'eux, et dit à voix basse,

"Vous étiez beau." et il rougit encore.

"Vraiment ? Peut-être parce nous ne baisions, mais nous faisions l'amour."

"Je ne comprends pas, quelle est la différence." demanda le garçon.

"Une différence énorme. Baiser, c'est juste un jeu, c'est utiliser l'autre pour son plaisir. Faire l'amour, c'est aimer, vouloir rendre l'autre heureux."

"Et... vous êtes amoureux ?"

"Oui."

"Vous l'avez déjà dit... Et c'est bon pour un homme d'en aimer un autre ?"

"Ce qui est bon, c'est d'aimer, quel que soit le sexe. Quel âge as-tu ?"

"Seize ans."

"Tu n'es jamais tombé amoureux ?"

"Juste un peu, une fois. Mais je n'ai jamais fait l'amour, pas encore. Et quand ils parlent de deux hommes, ils sont méprisants, mais quand je vous vois, ce n'est pas pareil."

"Comment t'appelles-tu ?"

"Stelvio. Drôle de nom, pas vrai ?"

"Non, j'aime bien. D'accord, Gil ?"

"Oui, moi aussi, j'aime bien."

"Vous êtes sérieux ? Moi, je veux que mes amis m'appellent Stiv."

"Tu ne devrais pas avoir honte de ton nom, au contraire, tu devrais en être fier. On ne doit avoir honte que des actions malhonnêtes."

"Mais vous deux, vous ne vivez pas ensemble ?"

"Bien sûr que si. Nous sommes amants."

"Un couple, alors ?"

"C'est ça."

"Alors, comment ça se fait que vous ne fassiez pas l'amour chez vous, si vous avez un endroit ?"

"Parce que parfois, c'est bon de la faire au grand air, dans la nature. Et ici, d'habitude, il n'y a personne."

"C'est vrai. C'est pour ça que j'y viens pour pêcher. J'aime bien être seul, des fois."

"Maintenant, on va nager, et puis on te laissera tranquille pour pêcher."

"Oh, vous ne me gênez pas, vous êtes sympathiques. Et puis vous étiez là avant moi. Mais vraiment, ça ne vous a pas ennuyé que je vous regarde ?"

"On ne savait pas que tu étais là, alors ça ne nous a pas gêné. Nous n'aimons pas le faire devant les autres, mais c'est comme ça. C'est bien que ça soit toi qui nous ais vu et pas quelqu'un d'autre."

"Pourquoi ?"

"Parce que tu as dit que tu avais trouvé ça beau."

"Oui, c'était beau, et aussi excitant. Je voudrais, un jour trouver un ami avec qui essayer, peut-être même ici."

"Ou une fille ?" demanda Massimo.

"Oui, ou une fille. Mais les filles font bien trop de manières."

"Comment tu peux dire ça, si tu n'as jamais essayé ?"

"Ben, on peut le voir dans les films d'amour, elles font des manières, un tas d'histoires. C'est peut-être mieux pour deux hommes ? Comme pour vous ?"

"L'important, c'est de le faire par amour. Ne l'oublie jamais."

"C'est pas bien de le faire pour s'amuser ?"

"C'est bien si les deux sont d'accord. Mais par amour c'est bien plus beau, nous te le garantissons. Moi, avant de le connaître, j'ai essayé avec des hommes et avec des femmes. Ça ne change rien. Ce qui change, c'est s'il y a de l'amour ou non. Donc, plus qu'à t'amuser, tu dois chercher à apprendre à aimer, Stelvio."

"Je comprends, merci."

Les deux amis allèrent se baigner, imité par Stelvio qui les rejoignit après s'être mis nu sans fausse pudeur. Puis ils s'étendirent sur l'herbe et discutèrent un moment avec le garçon, qui leur posa beaucoup de questions. Puis il se rhabillèrent et le saluant, le laissèrent et revinrent à la voiture.

"Tu vois ? Un garçon simple et sain, propre à l'intérieur, n'est pas scandalisé, n'a pas de problème d'étiquettes, il accepte les choses comme elles sont." dit Gilberto.

"Peut-être est-il orienté vers ceux de son sexe." rétorqua Massimo.

"Pas sûr, et de toute façon c'est sans importance. Il me plait, ce Stelvio."

"Physiquement ?"

"C'est un joli garçon, mais seulement un garçon. Non, il me plait par sa façon de penser, de réagir, de regarder les faits."

"Oui, et il voulait savoir pour nous, mais sans malice, sans voyeurisme."

"Un garçon propre, espérons qu'il le restera."

"Max ?"

"Oui, mon amour ?"

"Quand on s'est aperçu qu'il était là, je n'ai pas pu te dire comme j'étais ému que tu m'aies conduit ici pour y faire l'amour. Merci."

"Je voulais juste que tu comprennes qu'il n'y a pas de différence entre Diego et toi, dans mon cœur. Tu n'as pas pris sa place, tu es différent, tu es... toi. Mais je t'aime tellement !"

"Mais, mon amour, tu dois me promettre une chose."

"Quoi ?"

"Si... ça peut arriver, on ne sait jamais, mais si... si je meurs, tu dois me promettre que tu continueras à vivre et que tu seras prêt à reconnaître celui qui t'attend au coin de la rue."

"Oh mon dieu, Gil ! J'espère que ça n'arrivera jamais, mais j'ai appris la leçon. Je te le promets. Je ne jetterai pas les années d'amour que tu me donnes comme j'ai risqué de le faire. Je te le promets."

"Merci, mon amour."


Leur vie se poursuivait sereinement. Gilberto était un peu plus fougueux que Massimo et même parfois, s'il était tendre et doux, un peu têtu dans ses opinions. Massimo cédait souvent, même si parfois, cela lui pesait un peu. Mais il le faisait par amour et avec amour et donc il dépassait ces instants où il ressentait l'envie de se rebeller contre les décisions de Gilberto.

Ils étaient ensemble depuis trois ans lorsqu'il y eut entre eux un instant de forte tension. La chose était née pour une bêtise, ils devaient décider où aller passer les vacances.

"J'irais bien dans les îles grecques." avait déclaré Massimo.

"Non, s'il te plaît. Elles sont pleines de touristes stupides à la recherche d'émotions. Allons plutôt en Ecosse. Regarde, je suis passé à l'agence prendre des prospectus. Que dirais-tu de ce tour des îles du nord?"

Ils en avaient discuté, mais, comme d'habitude, Massimo n'était pas réussi à dissuader son ami et à la fin, comme toujours, il avait cédé. Ils étaient partis pour Londres, d'où ils avaient pris l'avion pour Edimbourg et, en autobus, ils avaient rejoint le nord. Arrivés à l'auberge dans laquelle Gilberto avait réservé, il n'y avait pas de chambre pour eux. Il n'y avait aucune réservation à leurs noms. Et toutes les chambres de l'auberge étaient pleines.

"Allons nous chercher une autre auberge." avait tranquillement dit Massimo.

"Non ! J'ai ici la réservation, nous avons droit à notre chambre et ils doivent nous la donner."

"Mais c'est la réservation de l'agence, pas de l'auberge. Et si l'agence s'est trompée, tu ne peux pas prétendre que l'auberge en réponde, non?" avait objecté Massimo.

Ils avaient entamé une dispute. Gilberto ne voulait pas entendre raison. Il s'était mis à se quereller avec le directeur de l'auberge. Massimo en était gêné, parce qu'il savait que Gilberto avait tort d'être aussi têtu, et parce que l'attention générale se portait sur eux. Alors au bout d'un moment il avait pris sa valise et était sorti de l'auberge, décidé à attendre dehors que Gilberto le rejoigne.

Après environ une demi-heure Gilberto sortit. Il était furieux. Et il se mit à invectiver Massimo:

"Allons nous chercher une autre auberge. Mais tu n'aurais pas dû me planter là !" lui dit-il rageusement.

"Bon, mais j'avais honte, et je savais que ça se finirait comme ça."

"Ah, si tu as honte de moi, tu peux même aller te chercher une auberge tout seul, alors" dit Gilberto.

Ils se querellèrent. A la fin Gilberto le laissa là et il s'éloigna en taxi. Massimo le regarda s'éloigner incrédule. Il l'attendit pour un peu, en pensant qu'il reviendrait. Mais Gilberto ne revint pas. Alors Massimo chercha une chambre d'auberge. Il fut tenté de reprendre le train et de rentrer, mais se dit qu'ainsi il ne ferait qu'aggraver leur première brouille.

Il décida que, comme d'habitude, c'était à lui de faire le premier pas. Alors il commença depuis sa chambre à passer des coups de fil dans tous les hôtels de la ville en demandant si Gilberto était là. Il le trouva enfin.

"C'est Massimo."

"Salut."

"Je peux venir te voir ?"

"Bien sûr. Où es-tu, à l'instant ?"

"J'ai trouvé une chambre dans un hôtel près de la gare. J'arrive en taxi."

"Je t'attends." dit Gilberto.

Quand ils se retrouvèrent, Gilberto baissa la tête.

"Je suis désolé, Massimo, je n'aurais pas dû te traiter de cette façon. Je n'étais pas fâché contre toi, ce n'était pas te faute."

"Gil, je t'aime, mais... je crois que nous devrions parler."

"Excuse-moi..."

"Oui, et puis ? Est-ce que tu te rends compte que j'ai dû te chercher ? J'avais envie de prendre le train et de rentrer en Italie, au lieu de te chercher. Mais je t'aime, je ne voulais pas aggraver la situation. Mais ces vacances... sont mal parties."

Ils parlèrent longuement. Et Massimo lui dit tout ce qui lui pesait dans son comportement. Ils parlèrent clair et Gilberto, qui aimait vraiment Massimo, comprit ses raisons. Ils firent la paix. Et puis Gilberto s'engagea à être plus attentif à lui, à aller plus souvent à sa rencontre, mais demanda à son amant de ne pas attendre de se quereller nouveau pour lui parler en face.

"Non je ne veux pas risquer une rupture avec toi, Max, crois-moi. Je t'aime, même si parfois peut-être je n'ai pas su te le montrer. Mais s'est trop facile avec toi de prendre le dessus, tu es toujours si accommodant... "

"Alors essaie, toi aussi et tu verras que c'est plus facile de rester ensemble, encore plus facile qu'avant."

Et ces vacances marquèrent vraiment une amélioration dans leurs rapports déjà si bons.


La discothèque fêta son cinquième anniversaire avec une série de belles fêtes. Y vinrent des gens de toute la région et même des régions voisines. Alberto fit les choses en grand, invitant des chanteurs célèbres, des danseurs, des gens du spectacle. Ce furent cinq jours de travail intense, mais tous étaient contents, parce que cette occasion donnait la mesure de leur succès.

Le quatrième soir, un jeune s'approcha du box de DJ : "Salut, tu te souviens de moi?" lui dit-il avec un large sourire.

Gilberto le regarda : "Tu as un air familier, mais, tu sais, ici, il passe des milliers de personnes."

"Moi, en fait, c'est la première fois que je viens ici. Et je ne savais pas que tu travaillais ici."

"Ah, et où nous sommes-nous rencontré, alors ? Comment tu t'appelles?"

"Je m'appelle Stelvio."

"C'est toi ? Oh mon dieu, mais tu es un homme maintenant. Quel âge as-tu ? Vingt et un ?"

"Dix-neuf, presque vingt. Je suis vraiment content de te revoir."

"Tu as déjà dû voir Massimo, alors, à la caisse."

"Non, c'est mon ami qui a payé. Il travaille aussi ici ? Je vais aller le voir, alors."

"Ton ami ? "

"Oui, il s'appelle Gianni. Il a vingt trois ans et on est ensemble depuis deux ans. Mais malheureusement on ne peut pas vivre ensemble."

"Comment vous êtes-vous connus ?"

"A la rivière, juste où je vous ai rencontrés. J'étais venu pour pêcher. Nous sommes devenus amis. Et puis, après quelque mois, il m'a proposé de faire du camping ensemble. Et ainsi, une nuit sous la tente, ça s'est passé. J'étais tombé amoureux de lui mais je ne savais pas comme faire pour le lui dire, mais il l'a lu tout seul dans mes yeux, et alors, la nuit, il m'a demandé s'il pouvait m'embrasser et ainsi... et bien, nous avons fait l'amour. Et pour moi, c'était la première fois et je te jure, j'ai vraiment pensé à vous deux et ça a été très beau."

"Tu me le présenteras ?"

"Bien sûr. Attends, je vais le chercher."

Gilberto les invita chez eux. Gianni était un garçon simple, gentil avec un corps massif, presque comme un lutteur. Il travaillait comme mécanicien chez Giugiaro. Il avait un sourire ouvert et deux yeux vifs et lumineux et regardait son Stelvio avec un amour évident. Il se lia vite avec Massimo et Gilberto. Et il leurs raconta comment Stelvio avait réussi à le faire se ranger.

"Au début je couchais avec tous ceux qui me plaisaient, dès que je comprenais que je leur plaisais aussi. J'ai commencé que j'avais treize ans, avec un garçon qui m'avait touché au cinéma paroissial, au village. Grâce à lui j'avais appris où on pouvait aller draguer, comment on faisait et je ne laissais pas passer une occasion. À seize ans ils m'ont expulsé de l'équipe de football paroissial parce que je cherchais à me faire tous les copains. A vrai dire ils y étaient presque tous passés, mais un de ceux qui n'avaient pas voulu, au lieu de se taire comme les autres, était allé à me dénoncer à l'entraîneur.

"A l'armée, ensuite j'employais toutes les libres sorties pour aller draguer. Et comme je ne le faisais pas pour de l'argent, j'avais un tas de garçons qui venaient avec moi. Et aussi deux ou trois compagnons d'armes, tu sais, de ceux qui font tellement les machos mais il suffit qu'on ne le sache pas, et ils sont prêts à se tourner et à te le donner. Après le service, j'allais souvent draguer en discothèque gay.

"Et puis j'ai rencontré Stelvio. Là, honnêtement, j'ai seulement pensé que j'aimerais bien le baiser mais ne savais pas ce qu'il en penserait. Je ne l'avais pas rencontré sur un lieu de drague. Mais nous sommes devenus amis et il me plaisait vraiment et peu à peu j'ai compris que je tombais amoureux de lui et j'ai pensé que peut-être, à la manière dont il me regardait, il éprouvait la même chose pour moi et alors je me suis décidé.

"Et maintenant, penser que je suis son premier et unique mâle me fait me sentir fier. Et ainsi doucement il m'a calmé, même si les premiers temps je l'ai fait un peu souffrir."

"Et comme faites-vous pour faire l'amour ? Vous avez un endroit ?" demanda Massimo.

"Non, malheureusement. Maintenant il doit faire son service. Après il cherchera du travail ici, à Milan comme moi et alors on cherchera une chambre. Pour le moment, quand le soir je rentre au village après le travail, lui il est du village voisin et il m'attend à bicyclette au croisement. Nous avons trouvé une vieille ferme isolée et abandonnée près de la route. Alors nous avons apporté un matelas de mousse, comme ceux de camping. Là nous sommes en sûreté, parce que s'il arrivait quelqu'un, nous l'entendrions monter le vieil escalier de bois et nous saurions où nous cacher sans qu'il nous voit. Mais ça n'est jamais arrivé. Quand le temps est beau, le dimanche, nous allons sur les berges de l'Agogna, juste là où Stelvio vous a rencontrés. Nous deux voudrions beaucoup pouvoir vivre ensemble et peut-être que dans un an nous le pourrons."

"Vos familles ne s'y opposeront pas ?"

"Ce n'est pas si rare que deux garçons qui travaillent loin trouvent une chambre à deux pour diviser les frais, sans devoir rentrer au village chaque soir. De toutes façons nous sommes majeurs et nous ne dépendrons plus d'eux pour l'argent, quand Stelvio travaillera."

"Et puis même s'ils comprennent ce qu'il y a entre Gianni et moi, ou ils l'acceptent ou ils nous oublient. Mais nous sommes décidés, pas vrai chicco?"

"C'est sûr. Je suis trop bien avec Stelvio pour renoncer à lui, maintenant que je l'ai trouvé."

"Si nous pouvons vous aider, les garçons, vous pouvez compter sur nous, pas vrai Gil?"

"Bien sûr."


Ainsi, la vie à deux se poursuivait sereinement, en s'intéressant aux autres, avec des instants de fatigue, de tension, bien sûr, mais aussi de vrai bonheur. L'unique chose que Massimo regrettait parfois, était de ne pas avoir pu retrouver Rocco. Etait-il heureux, où était-il, que faisait-il ? Se rappelait-il encore de lui, y pensait-il parfois? Il ne pouvait le savoir.

Mais se rappelait bien de Rocco, de ses mots, de ses parallèles entre la vie et l'encens. Oui, sa vie était de nouveau allumée et envoyait vers le ciel une fine spirale de fumée intensément parfumée. Il en était conscient. Et il était reconnaissant à ses trois rois mages, mais surtout à l'intense amour de Gilberto, qui non seulement ne s'était pas affadi au cours des années passées ensemble, mais au contraire était toujours plus solide et sûr, même s'il s'était assagi.


F I N


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