Le cortège des mystiques vint au village et emporta Jarvis. Tout du long du chemin, ce dernier repensa au baiser de son frère et à ses mots : "Je t'aime." C'était la première fois qu'on l'embrassait ainsi et il avait adoré. Et c'était la première fois qu'il s'entendait dire "Je t'aime." Il avait demandé à son frère :"Pourquoi tu m'aimes ?" et il avait répondu : "Je ne sais pas".
"Ça veut dire quoi que tu m'aimes ?"
Là, Mulke avait répondu : "Que j'espère que tu seras heureux et je voudrais que ce soit moi qui te rende heureux. Si quoi que ce soit t'arrive, souviens-toi que je t'aime et que je ferai tout ce que je peux pour toi."
"Je t'aime" : ces mots résonnaient en lui et ils étaient doux comme le baiser qu'il lui avait donné. Il aurait été heureux de trouver quelqu'un qui les lui répète. A qui il pourrait les dire. Peut-être que maître Trake, se dit le garçon... mais il se dit qu'il ne fallait pas rêver les yeux ouverts.
Il fut accueilli par l'ancien qui le revêtit de son nouveau manteau et le fit entrer au moutier. Sa nouvelle maison. Pour toujours, si tout se passait bien. C'était sa nouvelle famille. Il fut conduit à la grande salle où les mystiques dansaient en son honneur et chantaient les écritures. Puis on l'emmena au réfectoire et ils mangèrent tous ensemble. Enfin, on l'affecta au dortoir des candidats où l'acolyte Doler lui expliqua les horaires du moutier.
Les journées étaient chargées : études, exercice physique pour la méditation et la danse, danse puis les travaux du moutier : ménage, linge, cuisine, manutention, etc... Et les audiences par les maîtres. Et puis, tous les trois mois, des examens partiels et tous les ans des complets.
Chaque candidat avait un ruban noir au cou : chaque examen passé, chaque audience réussie y ajoutait un anneau : blanc pour les examens, et de la couleur affectée au maître pour les audiences. Pour devenir novice, il fallait au moins dix anneaux blancs et un de chacune des couleurs. Il y en avait donc au moins pour deux ans, mais il y avait un candidat qui avait déjà dix-huit anneaux blancs à qui il manquait toujours l'anneau d'un maître et il ne pouvait pas passer novice.
Il y avait six autres candidats, de seize à vingt ans. Petak, qui avait dix-sept ans, lui fut tout de suite très sympathique. Il venait d'un village de la montagne et c'était le fils du maréchal ferrand. Un grand garçon costaud, au large sourire et vraiment doué pour la danse mais qui ne s'en sortait pas si bien dans la langue des écritures et les autres matières théoriques.
Jarvis par contre se débrouillait bien dans ces matières et il décida de l'aider.
"Petak, tu veux étudier l'ancienne langue avec moi ?"
"Tu n'es qu'un débutant."
"Oui, mais tu n'as pas les bases. Si tu étudies avec moi, ce sera une bonne révision pour toi."
"Je ne serai jamais un maître, moi."
"Mais au moins un bon profès, ça ne te dit pas ?"
"Je me contenterais de devenir acolyte. Ça me suffirait."
"Allez, étudie avec moi."
"Je peux essayer."
Petak dormait en face de lui, avec Dukko et Kuman. Lui dormait entre Derek et Shinte, après qui dormait Foles. Foles aussi avait dix-sept ans et il était vraiment beau. Il plaisait à Jarvis, physiquement beaucoup, mais de caractère pas trop : il était gentil, mais plutôt présomptueux.
Quand ils devaient laver par terre, vêtus de leur seul pagne, Jarvis en profitait pour admirer les corps à moitié nus de ses compagnons. Aucun n'était laid, Foles et Petak étaient beaux. Un autre moment où il prenait plaisir aux corps des autres, là complètement nus, c'était le bain. Mais ils prenaient toujours leur bain de façon pré-arrangée par groupes de dix qui comptaient un ou deux garçon de chaque niveau. Son groupe de bain comptait le novice Faron de vingt et un ans, l'acolyte Troo de juste vingt ans, le profès Chejo de vingt-sept, le profès Suke de trente-deux et maître Trake.
Il était content de pouvoir voir son maître nu et il l'avait tout de suite séduit. Il lui semblait splendide. Heureusement, on versait dans les grandes bassines des sels qui rendaient l'eau opaque et personne ne pouvait voir son érection, ce qui l'aurait embarrassé devant tout le monde. Mais la vue de tous ces corps à moitié ou entièrement nus ne faisait qu'augmenter son désir de relations sexuelles. Si seulement on l'envoyait nettoyer le four avec quelqu'un qui lui plaisait, peut-être Kempi.
Kempi, justement ; Il avait eu peu d'occasion de le côtoyer et aucune de lui parler seul à seul. Il aurait voulu lui demander s'il y en avait d'autres comme lui ici : il y avait l'acolyte Dike, avec qui il nettoyait le four. Un grand et beau jeune homme. Mais avec Dike non plus il n'arrivait pas à se retrouver tout seul. Qui d'autre pouvait-il y avoir ici ? Cela semblait devoir rester un mystère. Les seuls avec qui il arrivait parfois à se retrouver seul étaient ses maîtres, ou son acolyte, ou les autres candidats, comme Petak. Quand ils étudiaient ensemble l'ancienne langue, ils étaient parfois tout seuls. Mais pouvait-il se risquer à essayer ?
Ses débats avec maître Trake lui plaisaient beaucoup. Ce dernier expliquait tant de choses. Par exemple, il avait répondu à sa question sur l'ancienne langue :
"Les Servants, et nombre de Réunis, affirment que rien ne change, comme tu le dis. Pourtant, l'ancienne langue n'est plus parlée. Ils maintiennent que rien n'a changé pour autant et qu'en fait il s'est toujours parlé deux langues : la sacrée et la profane. Mais cela n'est pas dans les écritures, c'est eux qui le disent. D'autre part, si tu lis un jour les écrits des exégètes d'il y a deux mille ans, tu verras qu'ils sont dans une langue qui n'est ni l'ancienne ni l'actuelle, mais entre les deux. Ils disent qu'en ce temps-là ils ont essayé de fondre les deux langues en une seule, et que, du fait même que c'était une tentative de changement, cela échoua. Mais c'est absurde. La vie c'est le changement : regarde l'homme : enfant, il n'est pas ce qu'il est vieillard."
"Alors la langue des écritures était une langue dans son enfance ?" demanda Jarvis.
"Plus ou moins, oui. C'était notre langue il y a cinq mille ans. Et puis, quand tu connaîtras bien la langue ancienne, tu te rendras compte que sur les dix livres de Galil, les sept premiers et le début du huitième sont clairement de la main d'une même personne dans une même époque. Les autres deux et demi ont été écrits par au moins trois personnes à des époques diverses."
"Comment ? Ils ne sont pas tous de Galil ?" demanda le garçon abasourdi.
Le maître sourit : "Selon moi, et selon beaucoup d'érudits, non. Par exemple les Réunis ne sont mentionnés qu'à la fin du dixième livre et les Servants au milieu du neuvième. Ce qui veut dire qu'ils n'existaient pas avant. Pourtant Galil, dès le premier livre, parle de ses douze fils. Mais d'aucun il ne dit qu'il est chef des Servants ou des Réunis et il ne parle pas de dix nations, mais d'une seule. Il est presque certain que ses douze fils étaient en fait ses disciples. D'ailleurs s'il les appelle ses fils, il ne mentionne jamais leur mère, sa femme. Les deux et demi derniers livres, mais surtout les commentaires, écrits bien des générations plus tard, parlent de tout ce que nous connaissons."
"Mais comment, les commentaires n'ont pas été écrits par les fils de Galil ?"
"Non, mais par les disciples des disciples des disciples, bien des générations après."
"Mais alors, pourquoi nous apprend-on autre chose ?"
"Parce que si on admet, ce que je crois vrai, que les choses changent peu à peu, d'autres choses pourraient changer et ils ne le veulent pas."
"Mais comme ça, ils nous trompent."
"Non, ils sont convaincus de ce qu'ils affirment, comme moi-même. Qui a raison ?"
"Mais si... s'il en est ainsi, si c'est vous qui avez raison, maître, d'autres choses pourraient être fausses !"
"Ou au moins pourraient être interprétées autrement."
Jarvis avait l'esprit en ébullition, il avait des pensées vertigineuses. Enfin, il dit : "Maître, puis-je parler sans craindre d'être dénoncé ou puni ?"
Trake le regarda intrigué : "Tant que ce que tu dis reste entre nous, je ne serai certainement pas celui qui te dénoncera et donc nul ne te punira."
"Je peux vraiment vous ouvrir mon cœur ?"
"Bien sûr, si c'est ce que tu souhaites."
"Je... ce n'est pas facile, mais je... enfin, si deux hommes font l'amour, c'est vraiment un crime ?"
Trake le regarda avec un intérêt croissant et répondit : "Bien sûr, c'est un crime puni de mort. Mais ta question ne serait-elle pas plutôt : si deux hommes font l'amour, est-ce vraiment la volonté de Dieu qu'ils soient punis ? Là, nous ne connaissons pas la volonté de dieu si ce n'est à travers la parole de Galil. Dans ses premiers sept livres et demi, il ne dit rien sur cette question. Dans les deux et demi derniers, il ne dit que la pluie tombe pour que la terre produise ses fruits et ce genre de choses. Rien sur l'amour entre deux hommes. Enfin, il y a une phrase du livre huit : 'l'union de la terre à la terre ou de l'eau à l'eau ou de la graine à la graine ne donne pas de fruit.' Les exégètes disent que cela veut dire que deux femmes ou deux hommes ne doivent pas faire l'amour. Et du livre trois qui dit : 'l'arbre qui ne donne pas de fruit doit être abattu à la hache.' ils déduisent que deux personnes de même sexe qui font l'amour doivent être décapitées. Tout est là."
"Mais alors, deux hommes peuvent faire l'amour."
"Bien sûr qu'ils peuvent, mais s'ils sont pris, ils sont décapités."
"Oui, selon la loi, mais juste selon elle." Dit le garçon qui cherchait à comprendre les implications de ces mots.
"Jarvis, ce problème te touche personnellement ?"
"Je..." le garçon hésita un instant mais le regard doux et rassurant du maître lui donnèrent le courage nécessaire : il sentait qu'il pouvait s'en remettre à lui. Et il dit sans hésiter : "Oui, maître."
"Je m'en doutais. Et tu as déjà aimé un homme ?"
"J'ai eu des rapports, mais j'aime un homme, juste... je ne sais pas s'il m'aime."
"Peut-être qu'il t'aime, Jarvis."
"Mais comment le savoir ?"
"Peut-être qu'il t'aime depuis des années. Mais tu es un garçon et lui un homme. Peut-être attend-il que tu sois mûr."
"Mais je voudrais savoir, maître." Dit Jarvis qui ne saisit pas le message caché.
"Jarvis, la patience est une grande vertu. Attends. Au bon moment, j'en suis sûr, toi et cet homme vous comprendrez, si tu l'aimes et s'il t'aime."
"Maître, j'ai un autre problème."
"Dis-moi lequel. Si je peux, je t'aiderai."
"Ça me manque de faire l'amour à un homme. Que puis-je faire ?"
"Tu dois apprendre à te contrôler."
"Parfois, c'est très difficile."
"Je l'imagine. Mais tu ne dois pas te laisser aller. Ça peut être dangereux, pour toi et pour l'autre."
"Ils nous décapiteraient."
Trake rit : "D'après la loi, seulement si trois témoins vous surprennent. Mais bien sûr, même un seul témoin pourrait rendre ça problématique. S'il vous dénonce en secret, il peut chercher deux autres témoins et surprendre vos ébats. Tu sais ce qui est arrivé dans ton village, non ?"
"Si."
"J'avais dix-huit ans alors, mais je m'en souviens bien. Le fils qui voulait prendre la place de son père, l'épia. Il quand il fut certain, il appela les autres en disant qu'il y avait des voleurs à la maison et qu'il fallait les surprendre sans faire de bruit, sans les faire fuir. Le piège a marché à merveille et les voisins ne trouvèrent pas de voleurs, mais deux hommes qui faisaient l'amour. Ce fut un drâme méprisable. Les deux hommes ont été exécutés et le fils a pris la place de son père sans avoir à attendre qu'il meure de vieillesse."
"Au village, on dit que c'est sa femme qui a donné l'alarme."
"Non, c'est le fils qui a dit à sa mère qu'il croyait que des voleurs étaient entrés dans la maison et qui l'a convaincue d'appeler les voisins. Une affreuse histoire."
"Maître, je... j'ai du désir pour Petak." Dit alors le garçon.
"Ah. Mais tu ne sais pas s'il te désire."
"J'ai peur qu'il me dénonce."
"Certes, ce serait un problème. A la première dénonciation tu serais juste envoyé à un autre moutier, à la deuxième on te transfèrerait encore. Mais à la troisième, on te bannirait, même sans preuve. C'est la règle, ici. Si tu étais surpris, tu ne serais ni dénoncé ni exécuté, mais juste chassé, dès la première fois, même avec juste deux témoins. D'un côté, notre loi est moins dure que dehors, mais de l'autre, elle l'est plus. Maintenant tu sais ce qu'il en est."
"Maître, donnez-moi un conseil."
"Attends que ton homme te dise qu'il t'aime, si tu le peux. Mais je sais que vous êtes fougueux, les jeunes. Sois prudent, très prudent, avec Petak."
"Et même s'il était d'accord, je ne sais pas où on pourrait s'isoler."
"Jeune sot. Un garçon comme toi serait incapable de trouver une solution ? Si je te connais bien, je n'en crois rien."
"Maître, je voudrais savoir attendre, mais..."
"J'espère que tu le pourras. Mais si tu as encore besoin de mes conseils, quoi que tu me dises, ça restera entre ces quatre murs. Quoi que ce soit."
"Merci, maître."
Quand Jarvis fut parti, Trake se dit : "Se peut-il que ce garçon ne comprenne pas que je l'aime ? Que je doive attendre qu'il soit adulte. Espérons qu'il ne commette pas de folie." Et, en se levant, il décida qu'il devait faire son possible pour protéger son aimé.
Il alla parler à l'acolyte Doler. Il pourrait certainement imaginer quelque chose, ne serait-ce parce qu'il l'avait sauvé quand, encore novice, il avait risqué une première dénonciation d'un autre novice qu'il avait essayé de toucher la nuit. Trake, à qui l'autre novice était venu parler, eut bien du mal à le convaincre qu'il avait peut-être été touché par un Doler somnambule et que ce serait alors une grande injustice de le dénoncer. Mais il avait réussi.
Puis il avait vu Doler et l'avait conjuré d'être plus prudent. Doler s'était d'abord défendu en niant, mais il avait fini par avouer qu'il aimait les hommes. Trake, qui était en ce temps profès, parla à un autre profès avec qui il avait eu une brève liaison et lui demanda d'aider Doler. Lui ne pouvait pas, il avait alors une relation avec un maître. Son ami avait demandé à Doler de l'aider à réorganiser les archives et, lorsqu'ils furent seuls là-bas, il lui avait demandé de faire l'amour avec lui, et avec personne d'autre. Ils étaient encore amants.
"Jarvis ?"
"Oui, acolyte Doler ?"
"Demain, au lieu de nettoyer par terre avec les autres, tu iras avec le candidat Petak nettoyer la citerne. A partir d'aujourd'hui, vous devrez la nettoyer tous les cinq jours. Demain, nous y travaillerons ensemble et je vous apprendrai ce qu'il faut faire et comment. Dis-le à Petak."
"Oui, acolyte Doler." Répondit le naïf Jarvis.
Le lendemain ils descendirent tous les trois à la citerne. Avant de descendre, Doler fit se dévêtir les deux garçons jusqu'à leur pagne. En bas, il leur montra les lanternes à allumer, où étaient les outils et comment les utiliser.
"Bien, les garçons, vous avez le temps, jusqu'à la seconde cloche. Si vous êtes fatigués, vous pouvez vous reposer un peu dans cette niche, c'est la moins humide. Ce travail est fatigant. Je vous conseille de venir vous reposer ici quand sonne la première cloche. Et, avant de sortir, vous pouvez vous laver ici. Mais pas dans l'eau de la citerne, c'est clair ?"
"Oui, acolyte." Répondirent-ils.
Doler les laissa et ils l'entendirent monter l'échelle en bois, puis le bruit de la trappe qui se refermait.
"Elle est grande, cette citerne." Dit Petak et sa voix résonna entre les hautes voûtes en pierre.
"Oui, allez, on a à faire !" répondit Jarvis en se disant que là personne ne pouvait les voir, surtout dans cette niche. Et même si quelqu'un venait, l'échelle était si bruyante qu'on avait bien le temps de remettre son pagne. Le sol de la niche était dur, mais lisse, et grand comme deux lits : ça semblait fait juste pour ça.
Il ne le savait pas, mais bien qu'elle n'ai pas été construite pour des rencontres secrètes, elle avait souvent été utilisée dans ce but. Doler le savait, son amant le lui avait dit, il l'avait souvent utilisée, plus jeune. Des générations de Réunis l'avait su, qui avaient utilisé la citerne, le four et même le labyrinthe du cimetière souterrain. Parfois même des acolytes ou des profès, parce que s'ils avaient leur chambre à eux, ils ne pouvaient pas y emmener des candidats ou des novices. La question cessait de se poser seulement quand les deux amants étaient au moins acolytes.
Personne n'entrait dans la chambre d'autrui sans frapper avant et cela laissait au moins le temps de remettre la tunique, en deux secondes on était présentable. Le pagne, il y avait une technique pour le cacher sous la tunique sans qu'il ne tombe et vous mette dans l'embarras. Mais tout cela, Jarvis ne l'apprendrait que bien plus tard.
Jarvis et Petak travaillèrent dur. A la première cloche, ils avaient déjà nettoyé les trois quarts de la grande citerne.
"Allons nous reposer." Dit Jarvis.
"Allez, finissons !"
"Non, on a plein de temps. Si Doler nous a conseillé de nous reposer, il vaut mieux le faire, non ? Et puis, je me sens un peu fatigué. Viens." Dit Jarvis d'un ton décidé, mais déjà excité.
Petak le suivit. Ils s'allongèrent sur le sol de la niche. Jarvis dénoua son pagne.
"Que fais-tu ?" demanda Petak dont les yeux s'écarquillèrent devant l'érection de son ami.
"Ça me serrait." Dit Jarvis malicieux.
"Je m'en doute !" s'amusa Petak sans détourner le regard.
"Enlève aussi le tiens, allez."
"Mais moi ça ne me serre pas." Répondit Petak l'air malicieux.
"Allez !" insista Jarvis en cherchant à le lui dénouer.
Petak, en riant, essaya de se défendre, mais Jarvis fut agile, il tira là où il fallait et le pagne de Petak s'ouvrit.
"Allez, arrête !" protesta faiblement Petak en rougissant et en couvrant son sexe de ses deux mains.
"Tu regardes le mien et tu ne me laisses pas voir le tien ? Ce n'est pas juste." Dit Jarvis en essayant de lui écarter les mains.
Petak résista, mais la lutte l'excita et quand Jarvis réussit à éloigner ses mains, son sexe était déjà à demi dressé et Petak rougit à nouveau.
"Dis-moi, Jarvis, qu'attends-tu de moi ?" dit le garçon, troublé.
"Qu'on fasse l'amour !" dit Jarvis décidé.
"Allez, ne fais pas l'idiot. Tu sais qu'il ne faut pas, hein ?"
"Personne ne nous voit, ici. Allez, Petak, tu verras, c'est magnifique."
"Je n'ai jamais rien fait de tel, c'est interdit."
"Laisse toi faire." Insista Jarvis qui maintenant caressait son érection.
Petak murmura faiblement : "Nooon." Mais Jarvis se pencha entre ses jambes et commença à le lécher.
"Oh, non, que fais-tu ? Arrête, Jarvis. Non, attends ! Ooh, noon... ooh, non... ne cesse pas... oooh !" gémit Petak en s'abandonnant à ces sensations.
Puis les mains de Petak descendirent caresser la bas-ventre de Jarvis, le palper. Celui-ci se tourna de manière à effleurer de son sexe frémissant le visage de Petak qui se mit à lécher le membre qui s'offrait. Jarvis commença à le sucer et soudain Petak l'imita en entamant un soixante neuf spontané. Ça dura peu : ils étaient tous deux bien trop excités et jouirent vite. Petak le premier, stupéfait que son compagnon non seulement ne s'en plaigne pas mais qu'il avale goulûment le tout. Aussi quand Jarvis jouit peu après chercha-t-il aussi à tout boire et il y réussit, bien que difficilement.
"Oh, Jarvis !"
"Oui, Petak ?"
"Qu'avons-nous fait ?"
"L'amour, Petak."
"Mais, c'est interdit."
"Pas si personne ne le sait. Ici personne ne peut nous voir ni nous surprendre. Et on peut le faire tous les cinq jours."
"Non, je ne veux pas."
"Mais ça t'a plu, non ?"
"Oui, mais c'est mal."
"Pourquoi, si on aime tous les deux ça ? Tu as aimé, non, Petak ?" insista Jarvis en se penchant contre lui et en le caressant.
"Oui, et j'aime comment tu me caresses, mais..."
"Alors, chut. On n'est certainement pas les premiers à faire ça ici."
"Mais..."
"Tu me plais, Petak. Il y a d'autres couples, ici, nous ,ne sommes pas les seuls"
"Mais..."
"Je ne te plais pas ?"
"Si, mais..."
"Alors caresse-moi aussi." Dit Jarvis décidé mais tendre et Petak le caressa. "Dans cinq jours nous serons de nouveau ici, toi et moi. On le refera, Petak, hein ?"
"Je ne sais pas..."
"Et on pourrait faire quelque chose d'encore meilleur, tu sais ?"
"Quoi ?"
"Je t'apprendrai."
"Ce n'est pas ta première fois, hein ?"
"Non, bien sûr."
"Tu l'as fait avec beaucoup ?"
"Ici, tu es mon premier, mais au village, oui je l'ai déjà fait."
"Avec beaucoup ?"
"Plus d'un, oui."
"Mais si tu avais été surpris ?"
"J'étais très prudent, comme avec toi : je voulais le faire depuis longtemps mais ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai réalisé qu'ici on était en sécurité. Tu sais que tu as bon goût ?"
"Le tien est bizarre."
"Mauvais ?"
"Non, bizarre."
"Parce que tu n'as pas l'habitude. Tu verras, tu aimeras. On remettra ça, dans cinq jours, d'accord ?"
"Je ne sais pas, peut-être."
"Tu as un beau corps, tu sais ?"
"Toi aussi, Jarvis." Répondit-il en rougissant.
Ils remirent leur pagne et terminèrent leur travail. Ils finirent avant que sonne la deuxième cloche.
"Rentrons." Dit Petak.
"Non, attends la deuxième cloche."
"Pourquoi ?"
"Doler a dit qu'on devait finir pour la deuxième cloche, non ? Ça veut dire que la deuxième cloche marque le temps prévu. Comme ça, la prochaine fois, on aura plus de temps."
"Pour nettoyer ?"
"Pour faire l'amour, idiot." Lui dit Jarvis en se demandant si Doler savait que le temps entre les cloches servait à nettoyer et à faire l'amour.
"Mais que faire d'ici la deuxième cloche ?"
"Parler."
"Et de quoi ?"
"De sexe : je vais te raconter ma première fois." Dit Jarvis serein et il se mit à raconter.
Doler, en les voyant sortir à la deuxième cloche, comprit qu'ils avaient fait l'amour : d'habitude les garçons qui ne le faisaient pas sortaient plus tôt. Il le dit à Trake qui acquiesça en souriant, en se demandant si et quand est-ce que le garçon lui en parlerait.
Les cuisiniers du moutier étaient très bon, mais ce soir-là, les deux garçons firent vraiment honneur à la table. Et Jarvis semblait plus serein que d'habitude. Ses études, qui avant marchaient bien, s'améliorèrent.
Quand ils retournèrent nettoyer la citerne, les deux garçons étaient déjà excités.
"Nettoyons vite, Jarvis !" dit Petak.
"On doit nettoyer à fond, sinon ils nous remplaceront." Répondit-il en souriant à cette impatience qui lui faisait plaisir.
"Juste, je n'y avais pas pensé." Répondit Petak qui se mit à nettoyer avec soin.
Ils faisaient du bon travail et à nouveau, quand sonna la première cloche, ils en étaient aux trois quarts.
"On y va ?" demanda Petak tout de suite.
A peine arrivé à la niche, le garçon se libéra de son pagne. Jarvis sourit encore. Il enleva le sien et prit Petak par la taille pour l'attirer à lui.
"Etendons-nous." Dit Petak.
"Attends, caressons-nous d'abord un peu, comme ça." Proposa Jarvis en le serrant contre lui, en caressant ses fesses fermes et nerveuses et en descendant la tête pour lui sucer les tétons.
"Oh, Jarvis, que c'est bon !" gémit-il en s'abandonnant à cette sensation intense et si nouvelle pour lui.
Jarvis parcourait des doigts le pli entre ses fesses et s'arrêtait de plus en plus longtemps sur le trou vierge de Petak.
"Oh, Jarvis, tu sais comment me toucher !"
"Ça te plait ?"
"Oh, oui !"
"Où est-ce que tu préfères être touché ?"
"Partout."
"Et là aussi, sur le trou ?"
"Oui. Tu veux me la mettre, hein ? Je sais que certains hommes le font."
"Ah bon ? Et qui t'a dit ça ?"
"L'apprenti forgeron de mon père."
"Tu aurais fait ça avec lui ?"
"Il me parlait de ces choses, mais il n'a jamais essayé."
"Il attendait peut-être que tu lui en donnes l'occasion."
"Mais toi tu l'as prise, ton occasion." Dit Petak en riant, puis il redemanda : "Tu veux me la mettre, hein ?"
"Oui, bien sûr."
"Ça me fera mal ? La tienne est bien plus grosse que mon petit trou."
"Il s'étendra, et je ferais doucement."
"Et moi ? Je pourrai aussi te la mettre ?"
"Oui, bien sûr."
"Tu aimes ça ?"
"J'aime plus mettre, mais ça me plait aussi d'être pris."
"On dit 'enfiler', non ?"
"Oui, on dit aussi ça. Mais je préfère dire 'faire l'amour'. Si tu me suces d'abord et que tu mets plein de salive, ça entrera plus facilement."
"Ça me plait de te sucer." Dit Petak en se mettant à genoux et il se mit tout de suite à la tâche.
Peu après, Jarvis le fit mettre debout : "Appuie tes mains contre le mur et pousse le cul en arrière, allez."
"Attend, je vais mettre de la salive sur mon trou."
"Non, je le ferai. Allez, en position."
Petak obéit vite. Jarvis se mit à genoux derrière lui et commença à le lécher entre les fesses, tout en lui massant le sexe. Puis il bougea sa langue de bas en haut dans le sillon et Petak poussa le bassin en arrière. Jarvis força le trou de la langue.
"Oh, Jarvis ! Ta langue me rend fou de plaisir !"
"Attends, j'ai mieux pour toi." Dit Jarvis et il se mit à alterner la langue et un doigt bien mouillé duquel petit à petit il le pénétrait. "Ça te plait ?"
"Oh oui. C'est plus sensible dedans que dehors. C'est bon, enfile-moi, vas-y, j'en ai envie."
"Non, tu es encore trop tendu et trop étroit. Tu dois te détendre encore. Plus tu seras détendu moins ça te fera mal."
"Jarvis, enfile-moi !"
"Je ne veux pas que tu aies mal."
"On s'en fout, je te veux en moi !"
"Dès que je te sens assez détendu." Insista Jarvis en se remettant à le lécher.
"Je t'en prie, Jarvis, enfile-moi, je n'en peux plus !" implora Petak.
Alors Jarvis se leva, le prit d'une main par le ventre et de l'autre tendit son sexe dressé vers le petit trou.
"Détends-toi, Petak, je veux que ça te plaise à toi aussi."
"Vas-y."
"Et comment !"
"Oh, oui."
"Maintenant, je pousse."
"Pousse !"
"Voilà." Dit Jarvis et il commença à augmenter la pression. Le trou résistait. Il augmenta encore la pression, toujours plus : "Détends-toi, laisse-moi entrer, allez."
"Pousse plus fort."
Jarvis poussait maintenant de toutes ses forces, les pieds fermes sur le sol, en tirant le bassin de son ami vers lui et en poussant le sien en avant ; son sexe, si dur qu'il soit, fléchissait sous l'effort, mais le trou ne cédait pas. "Il est trop étroit." Se dit confusément Jarvis, suant sous l'effort. Il allait renoncer quand soudain Petak se détendit et qu'il sombra en lui. Petak lâcha un bref cri qui résonna dans la citerne.
"Je t'ai fait mal ?" demanda Jarvis consterné en s'immobilisant.
"Tout est dedans, hein ?"
"Oui, tout est dedans mais... je dois me retirer ?"
"Non !"
"Ça ne te fait pas mal ?"
"Juste en entrant. Ça me paraissait énorme, comme si tu me mettais tout le bras ! Enfile moi, vas-y !" gémit-il d'excitation.
Alors Jarvis commença un mouvement très lent et, sentant que Petak ne se plaignait pas, il reprit du poil de la bête et se mit à bouger avec plus d'énergie et plus de plaisir : il était vraiment très étroit, chaud comme une fournaise, mais glissant comme une motte de beurre.
"Tu aimes m'enfiler, Jarvis ?"
"Oui, à en crever. Et toi, tu aimes ?"
"Oh que oui ! Tu es fort, comme mon bouc quand il couvre les chèvres. Mon petit cul te plait ?"
"Oh que oui."
"Et j'adore ta belle bite, autant dans ma bouche que dans mon cul. Même si j'en voudrais une autre en bouche en même temps. Oh, Jarvis, pourquoi personne ne m'a montré ça plus tôt ?"
"C'est magnifique, Petak."
"Tu aimes m'enfiler, hein ?"
"Oui... oh... je viens, je viens..."
"Vas-y, mon étalon, remplis-moi !"
"Oh ouiii..." gémit Jarvis en déchargeant dans un dernier à-fond désespéré.
Et Petak aussi lâcha violemment contre le mur son jet de semence tout en poussant le cul en arrière avec force contre le bassin de Jarvis.
Ils s'arrêtèrent haletants, sans se séparer, couverts de sueur.
"C'est trop bon, Jarvis."
"Oui, vraiment. Tu as joui aussi ?"
"Oui."
"Comment vas-tu me prendre, alors ?"
"Je ne peux plus."
"La prochaine fois ?"
"Peut-être."
Ils se séparèrent.
"Il faut que je me repose un instant." Dit Jarvis en s'asseyant.
"Moi aussi, je suis épuisé." Répondit Petak qui s'allongea à côté de lui et se mit à lui sucer le téton.
"Eh, mais que fais-tu ? Tu me fait bander de nouveau."
"Tant mieux." Dit-il en se remettant à sucer son mamelon.
"Mais nous n'avons plus le temps." Soupira Jarvis en caressant le corps resplendissant de jeunesse de son compagnon.
Cinq jours plus tard, Petak pénétra Jarvis à son tour. Ça lui plut, mais il reconnut qu'il préférait être pénétré.
"Et bien moi par contre, je préfère prendre." Dit Jarvis.
"Parfait, ça fait de nous un couple parfait. La prochaine fois on se sucera l'un l'autre avant, puis tu m'enfiles. Mais j'aimerais prendre deux bites à la fois, vraiment."
"Je ne crois pas que ce serait si facile, je crains que tu ne doives te contenter de moi." Dit Jarvis hilare.
C'est après la troisième fois que Jarvis parla à Trake de lui et Petak.
"Tu es amoureux de lui ?" demanda-t-il serein.
"Non, j'aime faire l'amour avec lui, mais je n'en suis pas amoureux, maître."
"Tu es toujours amoureux secrètement de ton homme ?"
"Oui, mais il ne semble pas s'intéresser à moi. Peut-être qu'il n'aime pas les hommes, ou peut-être qu'il ne m'aime pas. Ou il est amoureux d'un autre, qui sait ?"
"Parfois les apparences sont trompeuses. Petak non plus ne semblait pas s'intéresser à toi, me disais-tu, non ?"
"C'est vrai. Mais je pensais à le lui dire."
"A qui ?"
"Mais à cet homme secret, bien sûr."
"Quoi ?"
"Que je suis amoureux de lui."
"Peut-être crois-tu juste être amoureux. Tu as ton Petak à présent, non ?"
"Non, c'est différent. Je renoncerais à mille Petak, pour lui."
"Mais s'il savait ce que tu fais avec Petak, que crois-tu qu'il dirait ?"
"Mais Petak n'est qu'un ami, pas un amant."
"Et pour Petak, qu'es-tu ?"
"Juste un ami."
"Tu lui en as parlé ?"
"Oui, et il dit que c'est bien comme ça."
"Mais lui as-tu dit que tu en aimais un autre ?"
"Non, parce que je ne peux pas lui dire qui."
"Ah non ? Et pourquoi ?"
"Je ne veux pas mettre cet homme en danger."
"Mais pourquoi l'aimes-tu ?"
"C'est difficile à dire, mais je l'aime."
"Non, Jarvis. Le jour où tu pourras dire pourquoi tu l'aimes, ce jour-là tu pourras vraiment dire que tu l'aimes."
"Et si je ne le comprends jamais ?"
"Pense-y. Quand tu auras trouvé, viens m'en parler. Ça voudra dire que tu as grandi, que tu es un homme."
"Maître ?"
"Oui ?"
"Je pourrai toujours venir vous parler de ces questions ?"
"Bien sûr, sans problème."
"Puis-je vous demander quelque chose de très personnel ?"
"Essaie."
"Maître, êtes-vous déjà tombé amoureux ?"
"Il ne convient pas qu'un maître parle de lui avec un des ses étudiants. C'est une de nos règles."
"Mais si c'était un acolyte qui vous le demandait, vous répondriez ?"
"Pas à n'importe lequel. Mais à toi sans aucun doute."
"Et pourquoi donc ?"
"Parce que je te fais confiance." Dit-il avec un léger sourire.
Jarvis se dit : je dois devenir acolyte au plus vite. Alors je pourrai lui demander, et savoir.
Jarvis redoubla d'ardeur à l'étude. On lui dit comme on était content de lui. Il passa tous ses examens avec de bonnes notes et dans les débats avec les maîtres il acquérait l'anneau de couleur dès le premier essai. Son ruban se remplissait vite. Il était si doué qu'il commença à se lancer dans les examens avant l'heure, les passant souvent avec assez de points.
Aussi, bien que Petak soit d'un an son aîné, ils devinrent novices presque en même temps. Il s'en suivit que le nettoyage de la citerne échut à deux autres candidats et quelques temps ils durent renoncer à leurs rencontres. Mais cela pesa plus à Petak qu'à Jarvis, qui était de plus en plus absorbé par ses études.
Les novices étaient alors sept : Jarvis, le seul de moins de dix-huit ans, Petak, de dix-huit ans, Shinte, de dix-neuf, Kuman, Kempi et Domke de vingt ans et Flue de vingt et un. Jarvis savait que Kempi était comme lui et vite, à vivre ensemble, il comprit que Domke était l'ami secret de Kempi. Il dit ce secret à Petak.
Ce dernier poursuivait toujours son fantasme de double pénétration et à l'insu de son ami Jarvis, il se mit à chercher la possibilité des occasion avec un ou deux de ces deux novices. Mais les occasions étaient rares et de nombreux mois passèrent avant sa première tentative. Qu'il raconta à Jarvis.