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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L'ORDRE DES RECLUS CHAPITRE 5
LE PREMIER VOYAGE

Jarvis devint profès à vingt ans à peine. L'ancien le complimenta et lui remit une lettre de félicitation, de la propre main du grand-maître de l'ordre.

Quand il se retrouva seul avec Trake, Jarvis lui exposa enfin le projet auquel il travaillait depuis si longtemps.

"Maître, s'il existait un moutier dans lequel nous pourrions vivre notre amour sans nous cacher, y demanderiez-vous votre transfert ?"

"Tu y penses encore ? S'il existait, je demanderais certainement à y être affecté avec toi." Répondit-il en souriant.

"Il ne pourrait exister dans aucun des ordres vues leurs constitutions. Mais si on fondait un nouvel ordre, avec une constitution à dessein, ce serait différent."

"Le fait est qu'on ne peut pas fonder un nouvel ordre qui viserait l'amour libre entre hommes."

"Non, c'est vrai. Mais il est possible de fonder un nouvel ordre dont la constitution, sans même mentionner l'amour entre hommes, le rendrait possible. Les constitutions que j'ai étudiées, celles de tous les ordres, s'escriment justement à empêcher cet amour."

"C'est un fait. Mais une constitution dépourvue de cette caractéristique ne serait jamais approuvée par le Bergalilam et le conseil des grands maîtres."

"Je crois avoir trouvé le moyen de contourner cela. Voudriez-vous lire ce projet de constitution, maître ?"

Trake prit en souriant les feuillets que lui tendait son amant et se mit à les lire. A la fin il regarda Jarvis stupéfait : "Mais mon garçon, dans un tel moutier il serait plus difficile de s'isoler pour faire l'amour que nulle part ailleurs. Même pour un maître comme moi. Je ne comprends pas. Tu parles de cellules privées, mais sans portes, dans lesquelles quiconque peut entrer sans frapper ni s'annoncer !"

"Oui, mais seulement dans le cas où les chaussures posées à l'entrée montrent que le propriétaire est chez lui. Dans le cas contraire, entrer serait une infraction grave."

"Bien sûr, on ne doit pas entrer dans une cellule en l'absence de son propriétaire, ce ne serait pas correct. Mais cela ne résout pas le problème d'intimité."

"Et bien si. Imaginez : vous êtes dans votre chambre. Je viens faire l'amour avec vous. Je vois vos chaussures, alors je peux entrer. J'enlève mes chaussures mais, au lieu de les laisser dehors, je prends les deux paires et j'entre. Quiconque passe ne verra aucune chaussure et ne pourra entrer, et nous deux ferons l'amour en toute quiétude, sans craindre le moindre regard ni la moindre interruption."

"Mais quiconque passera entendra et comprendra."

"Mais seul un membre de la communauté peut passer là. Quelqu'un du moutier et qui aura donc un amant mâle comme nous. Quel mal à ce qu'il comprenne qu'on fait l'amour s'il nous sait déjà amants ? Il trouvera ça logique, non ? Cette règle n'existe que pour faire croire aux étrangers que deux hommes ne peuvent pas s'isoler pour faire l'amour."

"Mais les moutiers accueillent souvent des hôtes, venus d'autres ordres ou des laïcs."

"Pas dans ce nouvel ordre qui sera divisé en trois parties : le moutier proprement dit, interdit à tout étranger à l'ordre, à la seule exception du Bergalilam ; l'hôtel, où logeront les Réunis des autres ordres et des chambres d'hôtes, pour tous les autres. Trois parties complètement séparées."

"Et comment justifier cette séparation si inhabituelle ?"

"L'absence même de portes intérieures, ainsi que le nom de ce nouvel ordre."

"Quel nom ?"

"Les Reclus. Aucun membre ne peut entrer ou sortir du moutier sans l'autorisation du doyen."

"Et ça, tu le justifies comment ?"

"Pour ne pas troubler la concentration des études, officiellement."

"Mais comment monter un ordre composé seulement de gens comme nous ?"

"Deux façons : l'une est de concentrer ceux des autres ordres qui sont comme nous. Au lieu de l'exil, on pourrait se les faire envoyer si on se présente comme un ordre d'extrême rigueur. Officiellement, ce serait une punition. En fait, ils seraient de nouveaux membres surs et dévoués. L'autre façon serait que des nôtres aient vent de notre vrai objectif et puissent simplement demander à être admis dans cet ordre, au même titre que ceux qui en ignorent le but. Les candidats et les novices ne vivront pas dans le moutier, mais dans une aile séparée, en chambres individuelles, aussi dépourvues de portes, dans le style de l'ordre. Là aussi nous avons un moyen de sélection : quiconque dénoncera un délit sexuel ne fera pas transférer la personne dénoncée, mais le délateur : lui-même.

"Officiellement on dira que si le cas est réel, il s'arrêtera. Mais s'il est inventé, le calomniateur y perdra. En fait on pourra ainsi éloigner ceux qui ne veulent pas faire l'amour. Et à la troisième dénonciation, le délateur sera chassé de l'ordre."

"Mais pense à un candidat ou un novice qui n'a jamais fait l'amour et n'a jamais eu de proposition. Il devient acolyte et découvre tout ça..."

"Et non ! les responsables des novices et des candidats les solliciteront : ceux qui acceptent et ne dénoncent pas l'approche seront des nôtres, les autres seront subitement éloignés. On parle de sélection naturelle, n'est-ce pas ?"

"Et celui qui n'accepte pas mais ne dénonce pas ? C'est fréquent, je crois."

"Puisque la proposition vient de leur supérieur, on pourra leur dire que c'était un test de loyauté et qu'en ne le dénonçant pas, ils ont échoué et ne sont donc pas dignes de rester dans l'ordre."

"Mais quelqu'un pourrait refuser juste parce que celui qui lui fait la proposition ne lui plait pas et ne pas le dénoncer, justement parce qu'il est des nôtres."

"C'est vrai. Bah, alors on ne les transfèrera pas avant de les soumettre à deux autres épreuves."

"Mais il dénoncera tout de suite les avances suivantes !"

"Oui, c'est vrai... Et bien je ferais bien de creuser ce point pour trouver la solution."

"Une communauté d'hommes qui aiment librement les hommes, ne risque-t-elle pas de générer jalousie, rivalité et tensions ?"

"Pas plus qu'entre les couples des villages. On y prendra garde."

"Et si quelque chose était soupçonné dehors, ne crois-tu pas que le Bergalilam ordonnerait une enquête rigoureuse et que l'un des nôtres, peut-être mécontent pour une raison quelconque, pourrait confirmer ces bruits aux inspecteurs ? Parfois, ceux qui quittent un ordre en deviennent les pires calomniateurs."

"Je ne crois pas que cela soit un grand problème. Mais j'y réfléchirai aussi."

"Une dernière question : quel serait le but officiel de ce nouvel ordre pour justifier sa fondation? Quoi que les autres ne font pas déjà ?"

"C'est le second point de mon projet. Le but sera l'étude et la discipline."

"Mais il y a déjà les Disciplinés et les Réformés pour la discipline et les Sages et les Savants pour les études sacrées et profanes."

"La discipline des Disciplinés consiste à apprendre à supporter la souffrance, celle des Réformés à accepter la pauvreté. Pour les Reclus, elle signifiera apprendre à vivre dans la pauvreté, mais sans auto mortification ni privations. Savoir jouir de peu, mais ce peu doit être bon et beau. Savoir s'abstenir, mais l'abstinence doit préparer au bonheur qui suivra. L'équilibre des opposés : il faut pour cela une forte autodiscipline que la vie commune aide à acquérir. Les études sacrées ne concernent que les écritures et les commentaires, les profanes : seulement les sciences. Mais personne n'étudie pour s'améliorer et progresser. Les Droits existent pour vérifier que la loi est appliquée avec justice, mais qui contrôle si elle est juste, la loi ? Galil a dit, le vingt-sixième jour du mois treize de l'an cinq : Dieu a créé l'univers et lui a donné ses lois, il a créé l'homme et lui a donné, à travers moi, ses lois : le fils dévoué poursuit l'œuvre de son père : vous poursuivrez la mienne et celle de mon père. D'habitude on interprète cela dans le sens de procréer des enfants et de défendre la parole de Galil. Et pourtant, Galil le disait dans le sens de continuer l'œuvre de création. Voici, Maître, j'ai rassemblé ici les extraits des écritures de Galil qui justifient le but du nouvel ordre." Dit Jarvis en tendant un second fascicule au Maître.

Trake le lut.

"Oui, tu es un visionnaire, Jarvis, un vrai visionnaire, mais tu auras la force de concrétiser cette vision. Ce ne sera pas facile, j'en suis sûr, mais tu pourrais quand même réussir, qui sait ? Tu es intelligent, décidé et prudent. Que veux-tu que je te dise : je relierai tes carnets et je te noterai tous les doutes et les points faibles que j'y trouverai, et tu pourras y travailler. Ce ne sera pas facile, mais ça vaut la peine que tu essaies. Je t'aiderai autant que je le pourrai. La première chose que je vais faire est de demander au grand maître qu'il te fasse une lettre de patente pour visiter les moutiers des autres ordres et du nôtre comme Réuni itinérant. Vu ton curriculum prestigieux, je crois qu'il le fera. Tu voyageras, apprendras ce qu'il te faut et tu mettras le tout au point. Après, on verra."

"Mais alors, je devrai vous quitter, maître."

"Je crains que oui."

"Mais je ne veux pas."

"Tu es à moi, ne me l'as-tu pas dit ?"

"Bien sûr, je vous aime !"

"Au nom de cet amour, je t'ordonne de m'obéir." Dit Trake décidé, puis il ajouta doucement : "Je t'attendrai, je n'aurai pas d'autre amant que toi. Mais tu dois partir et suivre ta route."

"Vous me demandez une obéissance bien douloureuse."

"Commence à être le premier Reclus : et tu auras ta récompense."

Jarvis, la larme à l'œil, s'agenouilla devant son maître et dit : "J'obéirai. Par amour. Mais c'est dur."

"Il n'a pas de mérite à obéir quand c'est facile. Relève-toi et viens faire l'amour, que je te console."


Jarvis, la lettre de patente dans sa besace, salua les membres du moutier et partit sur un cheval à la livrée jaune et noire. Avec Trake, il avait noté sur la carte les moutiers qu'il allait visiter. Il partagerait son voyage en trois grandes boucles, une au nord-est, une au nord-ouest et une au sud. Chaque boucle prendrait à peu près un an et, entre elles, il reviendrait à son moutier pour un bref repos et pour ordonner ses idées. Mais surtout, pour être un peu avec son amant. Il partit le cœur lourd de se séparer de Trake, même si les derniers jours ils avaient fait souvent l'amour et de façon merveilleuse. Ou peut-être justement à cause de cela.

Il passa saluer son frère Mulke. Ce dernier ne vivait plus au village, mais en ville. Il avait déjà trois enfants et il tenait avec sa femme un commerce florissant de joyaux.

Ils parlèrent un moment puis Jarvis lui demanda : "La dernière fois qu'on s'est vus, tu m'as dit que tu m'aimais."

"Oui, bien sûr."

"Tu m'aimes encore ?"

"Oui : je n'oublierai jamais nos nuits d'amour."

"Tu en as la nostalgie ?"

"Non, j'ai ma femme et tout va bien, mais je me les rappelle avec un plaisir infini. Et toi ?"

"J'ai mon homme et nous nous aimons. Mais je dois me séparer de lui pendant une année."

"Elle passera."

"Je l'espère."

"Cette dernière nuit on n'avait pas pu faire l'amour comme on aurait voulu, hein ?"

"Non, Mulke, c'est vrai."

"Je ne me le suis jamais pardonné : j'aurais dû te détacher, au risque que Papa le découvre et me batte. J'ai été lâche. Je ne me le pardonne pas."

"J'ai été heureux de ce qu'on a fait, quand même."

"J'aurais voulu te donner du plaisir à toi aussi. Je me sens en dette."

"Non, Mulke, mon gentil frère, tu ne dois pas."

"Tu m'as parlé de ton projet. Quand tu le feras, tu auras d'abord besoin d'argent. Demande m'en, je te donnerai tout ce que je pourrai."

"Merci."

"Tu pourras toujours compter sur moi."

"Je le sais, merci."

"Merci à toi, Jarvis. Et bonne chance."

Jarvis avait compris que Mulke voulait faire l'amour avec lui une dernière fois, mais il n'y était pas prêt, même si Trake lui avait fait promettre que, quand il serait au loin, Jarvis accepterait de faire l'amour avec d'autres. Mais la séparation était trop récente et il sentait encore le goût de ses baisers, la chaleur de son corps. Il lui suffisait de fermer les yeux pour revoir le beau corps nu et viril de Trake s'offrir à lui ou le prendre, son regard et son visage illuminés par l'orgasme et pour entendre sa voix lui répéter 'je t'aime'. Il savait qu'il ferait l'amour avec d'autres, pendant ce long voyage, mais pas encore.

L'objet officiel de son voyage était d'observer concrètement l'application des constitutions des divers ordres. L'objet officieux était de prendre contact avec d'autres Réunis qui aiment l'amour entre hommes, de leur demander comment ils arrivaient à se retrouver sans danger et s'ils rejoindraient éventuellement le nouvel ordre. Cette seconde partie était de loin la plus difficile et la plus délicate.

Pendant sa première boucle, il visita douze moutiers des douze ordres existant, et s'arrêta à chaque fois à peu près un mois. Il vit des grands moutiers et des petits, des prestigieux et des peu connus. Il réalisa vite qu'en tant qu'étranger, il lui était à la fois plus facile et plus difficile d'apprendre les secrets du moutier : certains Réunis se fermaient et lui donnaient des réponses formelles, circonspectes et parfois méfiantes. Ils peignaient tout en rose et affirmait que tout était parfait. D'autres à l'inverse, s'ouvraient par des critiques parfois exagérées et manifestaient mécontentement et irritation devant les choses les plus banales. On lui parlait rarement en toute sincérité. Les sages, les droits et les disciplinés étaient les plus fermés, les esthètes, les donnés et les chevaliers les plus ouverts.

Jarvis peu à peu développa des talents de fin diplomate : il écoutait beaucoup, posait des questions et savait effleurer un sujet sans l'attaquer de front. Il savait lire entre les lignes. Sans être fourbe, il relevait dans ce que disait l'autre les points sur lesquels il pouvait être d'accord et les soulignait. De sorte que l'autre voyait en lui un allié. Il se rendit compte que son moutier était une sorte d'île heureuse et il comprit que le mérite en revenait surtout à l'Ancien qui en était doyen. Le doyen de chaque moutier était le point fort ou la faiblesse du système. Sur les points non fixés par la constitution, chaque moutier appliquait sa règle. Les chevaliers, qui devaient être toujours prêts à sortir à tout appel à l'aide, avaient des grandes libertés de mouvements et les Donnés aussi. Parmi eux, il en trouva plus d'un qui, mis en condition de s'ouvrir, parla de l'amour entre hommes, certains évoquant clairement leur propre expérience, d'autre celles "d'un certain Réuni" du moutier.

Noten, un chevalier, lui dit : "Entre nous il y a une très forte solidarité : nous ne voulons pas que la loi extérieure influe sur notre vie. L'an dernier, je suis allé avec deux autres chevaliers dans les combles chercher un vieux drapeau et nous y avons trouvé un profès et un novice qui, euh, qui baisaient. Ils se figèrent, on était trois, tu vois ? Mais j'ai dit à voix haute : 'Il n'y a que de la poussière, ici, nous sommes les premiers à venir depuis des lustres. Prenons le drapeau et parton.' Un des autres dit : 'Mais ces deux là...' Et l'autre : 'Qui ça ? Il n'y a personne, ici. Viens et tâche de ne pas trop boire la prochaine fois.' Et nous sommes partis avec le drapeau. Peu après, le profès vint me voir : 'Je voulais m'expliquer et vous remercier.' M'a-t-il dit. Je l'ai interrompu et j'ai dit : 'Eh, Parvis, je ne vous ai pas vu depuis des jours ! Une mission ? Vous êtes un des meilleurs chevaliers. Oh, à propos' ai-je ajouté tandis qu'il me regardait stupéfait, 'quand j'étais novice il y avait un profès qui m'emmenait souvent faire du cheval dans les bois. Nous prenions un peu de repos dans les vieilles ruines et je rêvais que c'était un ancien château pour se défendre d'ennemis qui pouvaient arriver à l'improviste. Mais là, ils ne pouvaient pas nous surprendre, de la fenêtre du premier, on voyait le seul accès.' Il a compris ma suggestion et m'a remercié. Tu vois, mystique, ce qu'il faisait avec le novice ne me regardait pas : c'est un excellent chevalier et il n'est pas question de le perdre. Il doit juste être plus prudent. D'ailleurs, maintenant il emmène souvent son novice... pour une chevauchée."

"Ils sont nombreux à chevaucher dans le bois ?" demanda Jarvis en souriant.

"Et bien, il arrive que certains d'entre nous aient besoin d'un bon entraînement, et..."

"Le problème est peut-être avec qui y aller, non ?" demanda Jarvis.

"Il est rare de ne trouver personne."

"Tu veux dire que tous y seraient disposés ?"

"Non, bien sûr, pas tous. Mais beaucoup. Il suffit de demander, d'essayer. Le pire qu'on risque c'est un non."

"Demander ? Comment ? Clairement ?"

"Oh non ! On commence par dire quelque chose comme : 'je me sens bien seul', ou : 'je me sens triste, aujourd'hui'. Si l'autre dit : 'ça m'arrive aussi, parfois' alors on peut dire : 'on devrait peut-être faire quelque chose ensemble, quand on est tristes tous les deux.' Ce genre d'approche marche presque toujours."

Alors Jarvis demanda : "Et si je me sentais triste, moi qui ne suis pas des vôtres ?"

Noten le regarda avec un sourire un peu malicieux : "Il y a un très beau novice, gentil : je pourrais lui demander s'il voudrait te tenir compagnie un moment."

"Mais chez vous, il n'est pas interdit de recevoir dans sa chambre ?"

"Si, bien sûr. Mais le novice pourrait vous emmener visiter nos archives."

"Les archives ?"

"Une série de petites pièces au dernier étage. La 3C est la plus intéressante. Je vous l'envoie ?"

"J'en serais heureux."

"Alors attendez-le ici." Dit-il et sa robe rouge et jaune disparut dans le corridor.

Peu après arriva un garçon de dix-neuf ans, beau comme un ange.

"Vous voulez voir les archives ?" dit-il à Jarvis.

"Volontiers."

"Suivez-moi, mystique."

Jarvis le suivi dans le couloir puis les escaliers et ils s'arrêtèrent devant une porte. Le garçon sortit une clé, ouvrit, fit entrer son hôte et referma soigneusement à clé derrière lui.

"Venez."

Ils passèrent de petites pièces tapissées d'étagères pleines de vieux manuscrits et documents et arrivèrent à celle où était écrit 3C. Ils entrèrent. Dedans, il y avait une pile de tapis !

"Des tapis ? Dans les archives ?" demanda Jarvis stupéfait.

"Ce sont les tapisseries de la geste des anciens chevaliers."

"Et nous... à-dessus ?"

"Oui."

"Mais ils servent souvent à ça ?"

"Non, je ne crois pas. Mais comme vous êtes un hôte, c'est l'endroit le plus sûr. Voulez-vous me déshabiller ?"

"Mais toi, veux-tu le faire avec moi ?"

"Bien sûr, vous êtes très attirant."

"Et tu aimes le faire ?"

"Oh que oui !"

"Es-tu le garçon du chevalier Noten ?"

"Non, il en a un autre. Je ne suis le garçon de personne... pour l'instant. Alors je suis celui de beaucoup." Dit-il en souriant.

"Mais ici... vous le faites tous ?"

"Oh, non, juste à peu près la moitié."

"Et vous ne courrez pas de risques ?"

"Si. C'est pourquoi on est prudents et on s'entraide. Mais il y a juste trois ans un candidat a été chassé et un acolyte décapité. Ils les ont surpris à baiser dans la chambre de l'acolyte. J'étais alors candidat, moi aussi. Ils ont été imprudents. Mais vous, mystique, qu'aimeriez-vous faire avec moi ?"

"Et toi ?" dit Jarvis en l'attirant à lui et il commença à le déshabiller.

"Tout, quoi que ce soit qui vous plaise. Vous auriez plaisir à ce que je vous déshabille ?"

"Bien sûr." Dit Jarvis en faisant glisser la lourde tunique du garçon : il fut stupéfait de voir qu'il ne portait pas de pagne et lui demanda pourquoi.

"Nous autres chevaliers n'en portons jamais."

"Mais si vous avez une érection ?"

"La lourde tunique et la bourse qui pend à notre taille cachent tout, il n'y a pas de problème."

Ils étaient nus tous les deux. La garçon regardait avec une admiration évidente l'érection de Jarvis.

"Ça te plait ?"

"Oh oui ! Puis-je la sucer ?"

"Bien sûr."

"Etendez-vous sur les tapisseries. Vous préférez jouir dans ma bouche ou dans mon cul ?"

"Les deux ne sont pas possibles ?"

"Vous pouvez jouir deux fois de suite ?" demanda le novice les yeux écarquillés.

"Je le peux."

"Quelle chance j'ai !" dit joyeusement le garçon et il se pencha entre les jambes de Jarvis pour lui donner du plaisir.

En quittant le moutier des chevaliers, Jarvis pensait qu'un noviciat tout de garçons aussi passionnés de sexe était un rêve qui pouvait devenir réalité si son projet réussissait. Il se rendait compte que pour brèves qu'elles soient, ces visites des différents moutiers élargissaient ses horizons sur les réalités de la vie, ses problèmes, et sur les mentalités. Il comprit pourquoi Trake lui avait imposé ces visites. Il avait respiré l'atmosphère de peur du moutier des disciplinés, si différente du seul qu'il avait visité avant : un climat de suspicion, de délation. Il avait difficilement réussi à faire parler un des Réunis, un profès de vingt-cinq ans.

Mais finalement, quand Jarvis lui avait avoué avoir un amant dans son moutier, il s'ouvrit : "Vous avez de la chance, mystique. Vous vivez au paradis. C'est très différent, ici. Ils vont certainement me demander de quoi on a parlé. On a des inspections surprises et je sais qu'à la buanderie ils contrôlent nos pagnes pour chercher des traces de sperme."

"Et comment faites-vous, quand vous voulez faire l'amour ?"

"Oh, il peut se présenter des situations de chance, mais très rarement. Et même dans ce cas, on est si tendus et craintifs que c'est à peine si on en jouit. Moi aussi j'ai un amant, depuis six ans, et on a réussi à faire l'amour une dizaine de fois. On échange quelques mots, de temps en temps, on se touche à la sauvette, juste pour nous rappeler qu'on s'aime. Ici, si on est surpris ou soupçonné, on n'est pas chassé : on est enfermé dans les caves pour des périodes d'un mois à cinq ans."

"Mais pourquoi rester dans l'ordre ?"

"Que pourrions-nous faire, dehors, sans famille ni métier ? Un Réuni ne peut pas revenir en arrière, vous le savez bien."

"Et demander votre transfert à un autre moutier ? Ils ne sont pas tous comme ça, ceux des disciplinés."

"La demande est présentée au doyen, qui dit toujours qu'il y pensera mais il ne donne jamais de réponse. Mais à part ça, la vie n'est pas dure, ici, tout le reste se passe bien. Alors on reste et on essaie de résister."

Jarvis lui parla alors de son projet et finit par demander : "Tu voudrais rejoindre mon nouvel ordre ?"

"Oh, bien sûr, et beaucoup avec moi. Mais le doyen n'y consentirait jamais."

Exact, se dit Jarvis, encore un problème auquel penser, à résoudre.

Au moutier des esthètes, par contre, il trouva une situation très particulière : c'était l'un des moutiers les plus libres pour certaines choses, et l'un des plus répressifs pour d'autres. Un grande place était laissée aux activités artistiques, qui étaient d'ailleurs l'esprit de l'ordre. Qui voulait dessiner un nu, par exemple, n'avait aucun problème à faire poser un nu homme ou femme, pourvu qu'au moins quatre autres personnes soient dans la salle. Le soir, le doyen passait fermer à clé toutes les chambres et nul ne pouvait sortir jusqu'au matin. A tour de rôle, chacun veillait dans le couloir et si quelqu'un signalait par sa clochette un problème, par exemple qu'il se sentait mal, il allait chercher le doyen. Chaque cellule disposait de toilettes.

La solution, lui confia un acolyte, était de former un groupe de six Réunis se dédiant au même art et aimant le sexe entre hommes. Par exemple pour les peintres, les deux nus pouvaient faire l'amour entre eux, bien sûr en présence des autres, qui pendant ce temps montaient la garde pour les avertir si quelqu'un arrivait. Les acteurs aussi formaient souvent des groupes de six et deux par deux ils pouvaient faire l'amour derrière la scène. C'était un peu plus difficile pour les musiciens, les orfèvres ou les chanteurs. En fait, presque tous les amateurs d'homme finissaient acteur ou peintre ou sculpteur, même s'il était plus doué dans d'autres arts.

L'esthète lui dit qu'il aimait être peintre et que son amant aussi et qu'il s'était habitué à faire l'amour devant ses compagnons et à les voir le faire : "Au débout, mon ami et moi, candidats tous les deux, étions gênés de le faire devant d'autres ou de les regarder. Mais à présent, nous sommes toujours les six mêmes et cela ne nous gêne plus du tout."

"Mais comment êtes-vous entrés dans ce groupe ?"

"En posant. Les quatre autres étaient déjà deux couples d'amants, un novice, deux acolytes et un profès. Mais cela nous l'ignorions. Ces quatre-là voulaient ajouter deux candidats à leur groupe, et ils ont aussi essayé avec nous. Leur technique était très simple : je posais nu, ainsi que le novice. Mon ami attendait assis dans la même pièce. Un acolyte l'appelle et lui demande de l'aider à préparer les couleurs, lui faisant nous tourner le dos. Puis le profès les a rejoints pour les aider. Enfin, l'autre acolyte va chercher les pinceaux, et plus personne ne nous regarde. Alors le novice me touche entre les jambes et me fait un clin d'œil. Je rougis mais je ne bouge pas. Il me désigne son sexe et me fait un autre clin d'œil. Et ce fut tout pour ce premier jour.

"Comme je n'avais pas réagi, le novice m'a demandé en murmurant : ça t'a plus quand je t'ai touché ? Mais ces choses là ne se font pas, ai-je dit. Mais ça t'a plu ? insista-t-il. Ils auraient pu le voir, répondis-je. Mais ça t'a plu, hein ? insista-t-il encore. J'ai fini par admettre que oui. Mon ami aussi, quand ils ont essayé avec lui, a dit oui. Alors la fois d'après le novice m'a encore touché, mais un peu plus longtemps, et j'ai bandé. Quand les deux peintres sont revenus, j'étais gêné, mais eux, qui pourtant voyaient bien mon état, firent comme si de rien était. Puis c'est encore arrivé, quand l'autre candidat et moi étions nus tous les deux, le novice nous a touchés tous les deux. Et il l'a refait jusqu'au jour où, les peintres revenus, le novice continua à nous toucher. Je mourais de honte et je me retirais, rouge comme une tomate. Mon ami se couvrit, rouge jusqu'au bout des oreilles. Mais les peintres appelèrent les autres et nous expliquèrent tout : qu'ils étaient deux couples et que si nous deux voulions le faire entre nous, ou même avec l'un d'eux quand il posait, ils étaient d'accord. Nous avons tout de suite accepté. Puis, quand nous sommes devenus acolytes, nous avons trouvé quelques candidats qui nous ont rejoint."

"Mais il y a sans doute des candidats qui refusent, non ?"

"Bien sûr, en général ils disent au novice, dans le couloir, d'arrêter ça ou ils devront le dénoncer. Alors on ne les appelle plus et on dit à nos amis sculpteurs et acteurs de faire attention à lui. S'il réagit brutalement en disant quelque chose comme 'arrête !' alors un de nous lui demande ce qui se passe. D'habitude il répondit : rien, mais parfois il dit que le novice l'a touché entre les jambes. Le novice assure qu'il n'a pas fait exprès et on prend un ton sévère pour lui dire : que cela ne se reproduise pas ou on devra te dénoncer ! Bien sûr nous ne l'invitons plus jamais, pas plus que nos amis. Ça a toujours marché comme ça et il n'y a jamais eu de vrai problème."

"Pourquoi essayer toujours avec les candidats ?"

"Parce que les garçons de leur âge ont deux avantages sur les novices : ils sont plus actifs sexuellement et ont moins le courage de nous dénoncer."

A lui aussi, Jarvis dévoila son projet.

"Mais si j'entrais dans votre ordre, je pourrais continuer à peindre ?"

"Bien sûr, sans problème. Et tu pourrais faire l'amour à ton ami dans ta cellule, sans crainte ni spectateurs."

"Alors j'accourrais. Si vous réussissez, faites-le moi savoir."

Au moutier des Droits, on affecta un candidat à son service personnel, selon leur coutume. C'était un garçon blond qui attira beaucoup Jarvis. Il était aussi très sympathique, beau et intelligent. Jarvis réussit, dès la première semaine, à la mettre dans la confidence. Les droits n'avaient pas de réfectoire, mais ce système de serviteur qui leur apportait à manger et nettoyait leur cellule, mais qui devait repartir dormir dans celles des candidats et novices. Il s'appelait Fersh et il avait dix-sept ans.

"Eh, Fersh, les droits sont-ils toujours aussi sérieux ?"

"Oui, profès Jarvis, toujours."

"Je ne te vois pas bien parmi eux, tu es si joyeux."

"Je deviendrai sérieux, comme eux."

"Mais pourquoi as-tu rejoint les droits ?"

"Mon père a demandé mon admission."

"Ton père ? Mais comment ? Il est rare que ce soit les parents..."

"Je lui avais juré que je ne me marierais jamais, alors il n'a pas trouvé d'alternative. Je lui ai demandé de me mettre plutôt chez les sages, car j'aime étudier, mais il a dit que c'était lui qui décidait, un point c'est tout."

"Pourquoi ne voulais-tu pas te marier ?"

"Parce que les femmes ne m'attirent pas."

"Ah, moi non plus. Elles me semblent toutes stupides."

"Et laides."

"Par contre, les garçon me semblent tous avoir du sel dans sa caboche, comme l'on dit."

"Et puis ils sont bien faits."

Jarvis le regarda et dit : "Toi, c'est sûr, tu m'as l'air très bien fait."

"Vous aussi, profès."

Le message semblait clair, alors il lui demanda : "Quelqu'un en particulier te plait, ici ?"

"Oui."

"Et ?" insista-t-il avec un sourire rieur.

"Le mois dernier, maître Bogga nous a fait un cours sur le crime du sexe entre personnes de même sexe."

"Ah, mais ça n'arrive certainement pas ici, hein ?"

Fresh riait : "Maître Bogga lui-même a fait des avances à un candidat, un de mes amis."

"Mais tu en es sûr ?"

"Je ne peux pas le jurer, mais cet ami m'assure que si."

"Et... il y en a d'autres ?"

"Oh oui !"

"Beaucoup ?"

"Que je connaisse personnellement, trois couples."

"C'est peu."

"Si moi, un candidat, je suis au courant pour trois couples, il doit y en avoir plus. Un autre ami, par exemple, après avoir mis la table, doit se mettre en dessous..."

"Sous la table ? Mais pourquoi ?"

"Et bien, il est serviteur du Réuni, alors il fait un petit service entre ses jambes."

"Ah. Avenant comme tu es, j'imagine qu'on te le demande aussi."

"Oui, bien sûr."

"Et ?"

"Vous voulez savoir si je l'ai fait ? Ils ne vont pas jusqu'à nous obliger. Ils nous offrent une douceur ou autre chose, mais on peut dire non si on ne veut pas."

"Et toi, tu aimes ?"

"Ça dépend de qui me le demande." Répondit-il finalement avec un sourire malicieux.

"Mais dis-moi un peu, Fersh, ce que tu penses de moi ?"

Son sourire s'accentua : "Dites-moi de quoi vous avez envie, pour voir."

"De faire l'amour avec toi, garçon."

"Eh, droit au but ! Pas un petit coup à la sauvette, hein ? Avec vous je ferais volontiers tout ce que vous souhaitez : vous êtes sympathique et beau. Mais je ne crois pas que nous aurons le temps de faire plus qu'un coup à la sauvette et sans se déshabiller. Vous pensiez à plus que ça, pas vrai ?"

"Oui, mon garçon, à quelque chose fait dans le calme."

"Deux ou trois heures ?"

"Peut-être bien."

"Alors pourquoi ne demandez-vous pas au doyen d'aller visiter les ruines voisines du vieux moutier ?"

"Quelles ruines ?"

"En amont dans la vallée. Il a été détruit par un glissement de terrain et ne restent debout que la salle des Lois et l'aile des tombes. C'est vieux et suggestif. Si tout se passe bien, il me dira de vous y guider. Nous y allons en pèlerinage tous les ans. Mais il faudra marcher une heure et demi. On pourrait emporter un repas dans un panier. Mais il se peut qu'il accepte mais qu'il ne me choisisse pas ou qu'il envoie d'autres gens avec nous. Alors vous ferez une promenade sans but."

"Je crois que ça vaut la peine de courir ce risque et si ça ne se passe pas bien, on pensera à autre chose ou on se contentera de quelque chose de rapide."

Le garçon souriait, heureux. Ils obtinrent l'autorisation.

"Voilà, il faut monter là-haut. Encore une vingtaine de minutes et on y est." Dit Fersh en montrant à Jarvis une bâtisse imposante à mi hauteur de la vallée.

"Ça paraît énorme."

"D'ici, oui. C'est grand mais pas énorme. Mais c'est beau, n'est-ce pas ?"

"Oui. Allons-y."

"Impatient ?"

"Toi pas ?"

"Si, je vous assure." Répondit Fersh avec un sourire complice.

Il rassembla sur son bras son manteau noir et reprit la route. Ses chaussures et ses chaussettes d'un rouge vif détonnaient sous la tunique noire. Ils repartirent.

"Nous sommes arrivés, on entre par l'arrière, venez." Dit le garçon.

Ils se retrouvèrent dans une salle rectangulaire, surmontée d'un dôme et avec de hautes fenêtres étroites, sans vitres, sur trois côtés.

"Restez là, j'ai une surprise pour vous."

"Une surprise ?"

"Oui." Dit-il en s'éloignant vers le mur sans fenêtre.

"Vous m'entendez ?" demanda-t-il à voix haute.

"Oui."

"Et maintenant ?"

"Bien sûr."

"Et maintenant ?" demanda-t-il encore. Et soudain sa voix résonna dans toute la salle, comme si elle venait de partout.

Jarvis eut un air si stupéfait que Fersh éclata d'un rire cristallin qui résonna dans toute la salle.

Sans bouger, le garçon dit : "Pas vraiment l'endroit idéal pour le faire, hein ? Nos gémissements deviendraient une symphonie."

Jarvis rit et répondit : "Mais là où je suis ça paraît bien, non ?"

"Mais il y a un meilleur endroit. Venez par ici."

Derrière un grand pilier en pierre, au coin de la pièce, une petite porte menait à un escalier en colimaçon, taillé dans la pierre du pilier. Ils montèrent l'un derrière l'autre l'escalier interminable jusqu'à arriver à une terrasse triangulaire aménagée entre le dôme et le coin extérieur des murs. La vue était splendide : la vallée descendait dans tous les tons de verts qui, au loin, se fondaient avec le bleu du ciel, donnant l'impression d'un panorama infini.

"Ici, si ça vous va."

"C'est merveilleux ! Tu as déjà fait l'amour ici ?"

"Non, jamais. Mais j'ai souvent pensé que ce serait bien. Etendons nos manteaux et nos tuniques. Vous préférez manger avant ou après ?"

"Après. Pour l'instant j'ai faim de toi."

Ils enlevèrent leur tunique et restèrent en pagne. Jarvis dénoua le pagne rouge de Fersh en même temps que le sien, noir.

Fersh lui caressa le sexe : "Vous êtes beau... et bien doté. Qui sait combien de novices et de candidats dans votre moutier n'attendent que votre demande. Combien en avez-vous eu ?"

"Un seul, l'homme que j'aime."

"Votre amant ? Régulier, vous voulez dire ?"

"Oui."

"Ce doit être bien d'avoir un amant régulier. Ici les garçons soulagent les adultes et c'est tout. Pour autant que je sache il n'y a pas de couples fixes. Mais je ne sais peut-être pas tout." Dit Fersh, puis, abandonnant la discussion, il se mit à genoux devant le membre de Jarvis qui se redressait et se mit à le lécher.

Ce dernier vit que Fersh aussi commençait à bander. Il caressa ses cheveux dorés et lui demanda : "Tu es encore vierge, par derrière ?"

"Oui, mais si vous voulez me prendre, j'en serais content."

"Je ne voudrais pas te faire mal, si tu n'as pas l'habitude. Si seulement j'avais de l'huile..."

"J'en ai emporté..."

"Alors c'est ce que tu voulais ?"

"Je l'espérais."

"Mais on va salir nos pagnes."

"J'ai aussi pris un linge pour nous nettoyer."

"Tu as pensé à tout, hein ?" dit Jarvis admiratif.

"C'est parce que je le désirais tant, profès Jarvis. Et je suis content que vous soyez le premier, vous me plaisez beaucoup. Vous êtes gentils, et en plus beau."

Jarvis le fit s'étendre. Avant de le pénétrer, il le caressa, l'embrassa, le suça longtemps, jusqu'à sa complète érection. Fersh se dédiait au corps du jeune homme avec plaisir et passion évidents. Quand Jarvis le sentit prêt, il prit l'huile que Fersh avait préparée et en enduisit abondamment son trou et son propre sexe.

Puis il plaça les jambes élancées et fermes du garçon sur ses épaules : "Tu le guides en toi, Fersh." Dit-il en l'attrapant par la taille et en touchant son trou du gland.

Le garçon saisit le membre dur et le guida pendant que Jarvis commençait à pousser. Le trou commença à s'entrouvrir.

"Si tu as mal, tu me dis." Dit Jarvis en le caressant.

"Ne vous en faites pas, je vous veux tout en moi." Répondit-il en souriant tendrement.

Jarvis continua à pousser, cherchant à ne pas lui faire mal. L'ombre d'une douleur traversa un instant le visage de Fersh et Jarvis se figea.

"Non, je vous en prie, continuez. Je sais que ça fait un peu mal, la première fois, mais on m'a dit qu'après ça devient bon. Ne vous en faites pas."

"Tu me promets de me dire de m'arrêter si la douleur est trop forte ?"

"Je vous le promets."

Alors Jarvis recommença à pousser, toujours guidé par la main légère du candidat. Fersh ferma les yeux mais garda son sourire. Le sexe de Jarvis continuait à progresser en lui, peu à peu. Jarvis était si tendu par la peur de lui faire mal, qu'il transpirait.

Fersh ouvrit les yeux et dit avec un regard lumineux : "ça ne me fait pas trop mal et ça me plait. Vous y êtes déjà à moitié. Poussez sans crainte, je vous en prie."

"Oui, Fersh."

"Ça vous plait de me prendre ?"

"Beaucoup, Fersh, beaucoup."

"Moi aussi, j'aime que vous me preniez."

"Que ressens-tu ?"

"C'est comme... je ne sais pas, c'est indéfinissable. C'est comme une caresse forte, chaude, douce. Comme si je n'appartenais plus à moi mais à vous. Je me sens dominé et heureux, mais en même temps dominateur et heureux."

"Dominateur ?"

"Oui, parce que votre plaisir dépend de moi, dans un sens. Votre chair est en moi parce que je vous y ai accueilli, et là, nous sommes unis si intimement..."

Jarvis l'écoutait tout en continuant à pousser, lent mais déterminé, dans son trou étroit et chaud, jusqu'à y être entièrement. Le garçon retira sa main et lâcha un long soupir.

Jarvis commença alors à bouger en lui d'avant en arrière, d'abord avec de légers mouvements contrôlés, puis, devant le sourire béat du garçon, il monta peu à peu en vitesse et en force.

"Oh, ça me plait." Murmura le garçon.

"Tu n'as pas mal ?"

"Pas assez pour gêner le plaisir. Vous êtes un homme splendide, profès Jarvis."

"Tu es un garçon splendide. Ton sourire est magnifique."

"Si j'avais un amant comme vous, je le suivrais au bout du monde. Pourquoi ne m'emmenez-vous pas avec vous ?"

"J'ai déjà un amant, je te l'ai dit. Mais toi aussi, tu me plais beaucoup."

Ils firent l'amour longtemps avec calme et passion et Jarvis, sans cesser de jouir du garçon, le masturba et lui titilla les tétons de manière à l'amener à l'extase en même temps que lui. Il jouirent ensemble, râlant de plaisir. Jarvis s'étendit sur le garçon, l'enlaça et l'embrassa profondément.

"Tu as aimé ?"

"Enormément. Merci."

"Merci ? Mais de quoi ? Merci à toi, plutôt."

"Merci d'avoir pris ma virginité. Je crois que je ne l'oublierai jamais."

"Fersh, tu veux venir avec moi ?"

"Tellement !"

"Même si on ne peut plus faire l'amour ?"

"Euh..."

"Mais si, en venant avec moi, tu pouvais trouver l'amant dont tu rêves et lui faire l'amour en toute liberté ?"

"En toute liberté ?"

"Quand tu veux, sans te cacher, comme tu veux, au calme."

"Ce serait merveilleux. Je viendrais avec vous sans la moindre hésitation."

"Bien, mon garçon, prends patience. D'ici quelques années tu entendras à nouveau parler de moi. Alors, essaie de te faire transférer à mon moutier et je t'assure que tu y trouveras l'amant de tes rêves."

"C'est un rêve."

"Qui deviendra réalité d'ici quelques années." Dit Jarvis en se tournant, encore nu, vers le splendide paysage inondé de soleil.

Le garçon se rapprocha et le caressa : "C'est bon d'être nu, comme ça, après avoir fait l'amour, non ?" lui dit Jarvis avec tendresse en croisant son regard lumineux. Il saisit ses épaules d'un bras, l'attira à lui et l'embrassa sur la bouche.

Tous deux étaient plongés dans l'admiration du vaste panorama et dans le plaisir de partager leur douce nudité après l'étreinte, sans soucis.


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