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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L'ORDRE DES RECLUS CHAPITRE 9
LE TROISIEME VOYAGE ET LA REVELATION

Arrivé au Moutier, Jarvis présenta le novice au doyen qui l'affecta sans problème au noviciat pour ce mois d'arrêt, puis il alla voir Trake. Il voulait tout lui raconter sur Fresth, tout de suite.

Le maître, à la fin, conclut : "Pauvre garçon, il doit beaucoup souffrir."

"Peut-être que ça lui a passé."

"S'il en était ainsi, il t'aurait demandé de rentrer à son moutier, tu ne crois pas ?"

"Si."

"Ne prends pas tes désirs pour des réalités, Jarvis. Enfin, à quatre vingt pour cent, tu t'es bien comporté."

"Et les vingt qui manquent ?" demanda-t-il d'un ton humble.

"C'est de n'avoir pensé qu'à ce que tu ressentais et pas à ce que tu provoquais chez ce garçon."

"Mais je ne peux pas, il n'y a pas de place pour lui dans mon cœur, il est pris par vous, maître, entièrement, vous le savez."

"Je ne te demande pas de faire de lui ton amant, mais juste de ne pas lui fermer ton cœur."

"Je n'aurai pas voulu qu'il me suive. J'ai dû accepter la décision de son doyen et je devrai encore l'emmener dans mon prochain voyage."

"Il me semble qu'il t'a été utile, d'après ce que tu m'as dit."

"Certes oui, très. C'est un garçon charmant, intelligent, rapide, plein de bonne volonté. Mais rien d'autre."

"Mais au moins, tu l'aimes un peu ?"

"Je me prends d'affection pour lui, mais comme un frère, certainement pas comme pour un amant."

"Tu lui fais sentir ton affection ?"

"Ne serait-ce pas un encouragement ?"

"Non. S'il t'aime, rien ne le découragera. Il t'aimera en silence et il souffrira en silence."

"Maître, me poussez-vous dans ses bras ?"

"Et pourquoi? Je sais que je ne risque pas de te perdre."

"Non, c'est impossible, rien ni personne ne m'empêchera de vous aimer."

"Et alors ?"

Jarvis ne savait pas quoi dire et il baissa la tête. Trake lui caressa les cheveux : "Tu verras ce soir que je ne te pousse dans les bras de personne." Murmura-t-il doucement.

Jarvis lui embrassa la main avec gratitude et affection.

Trake voulut rencontrer Fresth : il en eut une excellente impression et il voulut que le garçon participe à la révision des nouvelles notes. Fresth réorganisa parfaitement tous les fichiers et feuillets et Trake l'en félicita. Le garçon était toujours prêt à faire, de bonne grâce, ce que le maître ou Jarvis lui demandaient.

Ce mois passé, ils partirent tous les deux pour la dernière boucle, celle vers le sud. Ils arrivèrent à un moutier de l'ordre de Fresth, juste à l'époque des examens pour passer acolyte et le garçon, sur le conseil de Jarvis, demanda à pouvoir se présenter aux épreuves. Le système était différent de celui des mystiques, aussi Fresth put-il se présenter sans avoir passé les épreuves précédentes. C'était une série d'entretiens à la fin desquels les divers examinateurs devaient juste donner un avis, favorable ou négatif, au passage au niveau acolyte. Fresth obtint le résultat minimum d'avis favorables, mais il fut reçu. Ainsi endossa-t-il, pendant la cérémonie, la tunique violette des acolytes des réformés et il reçut le diplôme de réformé.

Pendant le voyage, Fresth dit à Jarvis : "Je comprends pourquoi vous êtes amoureux de maître Trake : c'est vraiment un homme exceptionnel. Et aussi, il est très beau."

"Oui. Et toi aussi, tu lui as beaucoup plu."

"Oh, je ne vaux pas un ongle de son orteil. Ce doit être dur pour vous de devoir être loin de maître Trake."

"Bien sûr."

"Mais ce n'est plus que pour douze mois."

"Oui. Puis, peut-être, pour toujours."

"Toujours réunis."

"Non, séparés. Quand je fonderai mon ordre, lui n'y entrera pas, a-t-il dit."

"Quoi ? Vous êtes sérieux ? Mais pourquoi ? Maître Trake me semble avoir ce nouvel ordre très à cœur. Et puis, il est amoureux de vous."

"Il tient l'ordre à cœur, comme je suis dans son cœur. Mais il dit qu'il pourra mieux m'aider en restant mystique plutôt qu'en venant avec moi."

"Et vous accepterez cette séparation ?"

"Je ne peux pas l'obliger."

"Mais vous pourriez renoncer à fonder l'ordre pour rester avec lui."

"Et ainsi perdre son estime. Non, jusque là, il a toujours eu raison. Je ne voulais pas faire ces voyages. Il m'a demandé de les faire par obéissance. J'ai obéi et j'ai vu qu'il avait raison."

"Pardonnez-moi, mais je ne vous comprends pas : vous l'aimez et vous renoncez à lui."

"Ce que tu ne saurais pas faire ?"

"Bien sûr que non. Moi, je renoncerais à tout pour l'homme que j'aime..." commença-t-il, mais il s'interrompit, rougit et baissa le regard.

Jarvis sourit : "Je m'en suis rendu compte." Dit-il et il éperonna son cheval.

Fresth le suivit puis revint se mettre à côté de lui : "Vous êtes en colère contre moi, n'est-ce pas ?"

"Mais non, pas du tout."

"Vous ne me pardonnez pas de vouloir vous suivre."

"Non, ce n'est pas ça. J'aurais préféré que tu restes à ton moutier, c'est vrai, mais pour toi, pas pour moi. Moi tu ne me gênes en rien, et tu es même de bonne compagnie."

"Pour moi ? Mais je suis content de pouvoir être avec vous."

"Même sachant que je ne peux pas t'aimer ?"

"Bien sûr. Comment pourriez-vous m'aimer quand vous avez maître Trake ? Je ne suis rien."

"Ne sois pas idiot. Trake aussi pense que tu es quelqu'un de très bien. Il m'a reproché de te traiter avec trop de froideur."

"Non, vous ne me traitez pas avec froideur. Non, c'est juste que vous ne m'aimez pas."

"Mais je commence à bien t'apprécier. Je suis bien avec toi."

Fresth ne dit rien, mais ces mots lui firent du bien.

Ils s'arrêtèrent dans un petit moutier de Savants. Ils étaient en tout douze Réunis, dans une structure qui devait, en de meilleurs temps, en avoir accueilli au moins quatre fois plus. Ils furent accueillis simplement mais avec beaucoup de disponibilité. Le moutier s'était spécialisé dans l'étude de l'astronomie et il avait un bel observatoire. Quand les deux voyageurs parlèrent au doyen, ils lui demandèrent pourquoi une si grand structure abritait si peu de membres.

"Ah, que voulez-vous, ici, dans l'ancien temps, il y avait au moins douze villages. Aujourd'hui il n'en reste que trois. Depuis deux siècles les gens tendent à migrer vers de meilleures terres et les vallées se dépeuplent. En conséquence, moins de jeunes demandent à entrer dans notre moutier, qui diminue aussi. Parfois des astronomes viennent de toute la nation, voire des autres nations, faire des études depuis notre observatoire et notre rôle s'est réduit à maintenir l'observatoire en bon état et à accueillir les visiteurs. Non que nous ne poursuivions quelques études, avec nos petits moyens, mais que voulez-vous, nous avons un seul candidat, deux novices, trois acolytes, cinq profès et un maître, moi. Je crois que nous sommes le seul moutier, ou au moins un des rares, où chaque novice et candidat dispose de sa propre chambre : nous en avons trop, des chambres."

Les mots du doyen portaient un accent évident de tristesse. Pourtant, la petite communauté semblait sereine. Elle donnait plus l'impression d'une famille que d'un moutier. Seuls les habits gris et azur disaient qu'ils étaient des Réunis. Même l'étiquette était très légère, ils s'appelaient par leur nom, sans utiliser les titres et degrés. On n'utilisait plus la grande salle pour les réunions et rarement la moyenne, mais seulement la petite. La grande salle était très belle, tous ses murs étaient couverts de bas reliefs allégoriques de marbre blanc qui représentaient les treize constellations du cycle annuel. L'ensemble, même les lieux qui n'étaient plus utilisés, était maintenu dans un état de propreté impeccable, aussi n'avait-on pas une impression de lieu abandonné, mais juste d'absence temporaire des autres Réunis.

Ils étaient là depuis trois jours quand, la nuit, Jarvis entendit frapper à sa porte. C'était le profès Temin.

"J'ai vu qu'il y avait encore de la lumière et j'ai pensé que vous n'étiez pas encore couché ; je vous dérange ?"

"Pas du tout, entrez, je vous en prie."

"Non, j'étais juste venu vous proposer de venir avec moi à l'observatoire : la nuit est très claire et on voit bien les constellations : ça vous intéresse ?"

"Oui, beaucoup."

"Alors venez." Dit le profès en lui montrant le chemin.

Leurs pas dans le grand couloir faisaient un écho léger, comme un bruissement de feuilles mortes. Ils grimpèrent à une échelle et traversèrent un autre couloir. La lumière de la lanterne de Temin projetait de suggestifs jeux d'ombres et de lumières sur le chambranle des portes des cellules vides. Ils montèrent les marches de la tour et arrivèrent enfin à l'observatoire.

C'était une nuit sans lune, donc idéale pour observer les étoiles qui se pressaient dans le ciel. Temin commença à expliquer comment trouver son chemin parmi tant d'étoiles et comment les reconnaître. Ils passèrent très lentement d'une arche à l'autre, en faisant le tour de toutes les fenêtres de l'observatoire. La voix chaude de Temin plaisait à Jarvis qui la trouvait très sensuelle.

"Le ciel est vraiment beau, poétique. Et je me sens très bien, là en haut." Murmura Jarvis.

"J'étais certain que ça vous plairait."

"Vous venez souvent ici, j'imagine."

"Bien sûr."

"Seul ?"

"Parfois. Parfois avec un ou deux autres."

"Pour étudier ?"

"Parfois pour étudier, mais parfois aussi juste pour jouir du spectacle du ciel. A deux, ça paraît encore plus beau." Dit Temin en le regardant dans les yeux.

"Oui, je m'en doute. On se sent petit, face à l'immensité du ciel, et pourtant, on se sent bien."

"Venez." Dit Temin en prenant sa main et en le guidant à travers un escalier étroit en pierres jusqu'au toit de l'observatoire.

Le contact de cette main fit frémir Jarvis qui, d'instinct, la serra légèrement.

"Voila, étendez-vous ici et regardez au dessus de vous : vous voyez ce groupe de sept étoiles en cercle ? Ce n'est que pendant ce mois qu'il est juste au dessus de nous."

Jarvis sentait sous lui la fraîcheur de la pierre traverser sa tunique. Temin s'était allongé près de lui et lui désignait les étoiles.

"Qu'éprouvez-vous, à être ici ?" demanda-t-il dans un murmure en se redressant sur son épaule pour le regarder.

"De la paix."

"Oui, et puis ? Quoi d'autre ?"

"Une sensation de douceur."

"Et puis, qu'éprouvez-vous d'autre ?" insista-t-il.

Jarvis regarda le profès dans les yeux, les lèvres entrouvertes dans un léger sourire et il eut envie d'être embrassé.

"J'ai l'impression d'être dans un rêve où tout est possible, tout est permis et tout est beau." Et, levant la main, il effleura des doigts les lèvres de Temin.

Ce dernier ne bougea pas, mais chuchota : "Tout, oui, vraiment tout."

"Embrassez-moi." Murmura Jarvis.

Temin renversa son propre corps sur celui de Jarvis qui l'enlaça en le serrant contre lui, puis il prit le visage de Jarvis entre le mains et baissa lentement la tête pour l'embrasser.

Il releva la tête et demanda avec douceur : "Et puis ?"

"Déshabillez-moi... et déshabillez-vous." Demanda Jarvis d'une voix basse et excitée.

Temin sourit et fit ce qu'on lui demandait. Puis, assis à côté de son corps étendu, en lui caressant doucement la poitrine, le côté et le ventre, il insista : "Et puis, que souhaitez-vous ?"

"Une union entre nous." Dit-il en lui caressant doucement les tétons durs pendant que l'autre se penchait de nouveau sur lui pour l'embrasser.

Leurs membres s'enlacèrent et leurs vigoureuses érections se pressaient l'une contre l'autre.

"Vous me plaisez, Jarvis."

"J'ai envie de vous."

"Vous me voulez ?"

"Oui, je vous veux."

Temin glissa sur le corps de Jarvis jusqu'à ce que le membre raide de l'hôte presse entre ses fesses. "Prenez-moi, je vous veux en moi." Murmura Temin, sa voix profonde pleine de désir, et il se souleva sur les genoux à califourchon sur le bassin de Jarvis, en écartant ses fesses des deux mains.

Jarvis dirigea son membre d'une main pendant que Temin se laissait lentement descendre, jusqu'au contact. Le sexe de Jarvis eut un fort sursaut. Temin sourit et commença à pousser vers le bas. Jarvis, d'instinct, arqua le dos en poussant son membre vers le haut et retira sa main pour pouvoir s'enfoncer entièrement dans ce chaud tunnel accueillant.

Il saisit Temin par la taille et le tira vers lui.

"Ouaouh !" gémit Temin en se laissant pénétrer jusqu'à la garde : "Quel beau membre, et fort, ça me plait, Jarvis."

Puis, après une courte pause, en caressant le corps de Jarvis, Temin commença à s'activer avec vigueur. A chaque coup son sexe dressé battait sur le ventre tendu de Jarvis. On aurait cru un cavalier qui allait du trot au galop à un rythme vigoureux et rapide. Il chevauchait Jarvis en lâchant de brefs cris de plaisir, en proie à une excitation de plus en plus forte. Jarvis le regardait et lisait sur son visage des vagues successives d'émotion et de jouissance croissantes. Temin paraissait transfiguré de plaisir. Il le sentit frissonner, se concentrer, trembler de plus en plus fort et il comprit qu'il atteignait l'orgasme, sans même s'être masturbé. Alors il se mit à donner de fortes poussées vers le haut, et en faisant bondir ses reins il fut vite lui aussi au bord de l'orgasme. Enfin, gémissant sans retenue leur extase mutuelle, ils jouirent ensemble, au même instant.

"Dieu, que c'était bon !" murmura Temin en s'asseyant sur Jarvis, dont le membre encore raide était toujours en lui, en faisant palpiter son anus.

Jarvis s'assit, et l'embrassa profondément. Ils se caressèrent. Aucun des deux ne baissait en excitation.

"Je vous veux encore." Murmura un Jarvis plein de désir.

"Moi aussi." Murmura Temin très ému.

Alors Jarvis le fit s'étendre sur le dos, s'agenouilla entre ses jambes écartées, et commença à entrer et sortir de lui avec autant de force que de douceur.

"Oooh, quel étalon !" soupira Temin au bonheur de cet assaut.

"Tu te fais toujours prendre ici ?"

"Souvent."

"Tu as un amant ?"

"J'ai six amants, en fait. Nous sommes sept à faire l'amour, ici. Mais toi, tu es extraordinaire : Poglin m'avait dit que tu savais prendre un homme et le faire mourir de plaisir !"

"Poglin ? Le novice ? Mais je n'ai jamais fait l'amour avec lui. Comment le sait-il ?"

"Il a fait l'amour avec ton compagnon, il l'a su par lui, et c'est pour ça que je suis venu te chercher. Oooh, comme ça, allez, que c'est bon !" gémit Temin sous les coups de plus en plus vigoureux de Jarvis.

Jarvis voyait le beau visage de son compagnon transfiguré par l'intensité des émotions qu'il éprouvait en étant pris, et cela lui procura une sensation d'ébriété et une profonde émotion.

"Oooh, comme ça, vas-y, oui." Répétait Temin quand il le sentit jouir en lui pour la deuxième fois, à forts jets passionnés, dans une nouvelle série de longs gémissements de plaisir.

Il s'étendirent, haletants, encore unis pour quelques instants. Puis lentement leur étreinte prit fin.

"Aucun risque que quelqu'un ne vienne ?" demanda alors Jarvis, se rappelant les portes ouvertes de l'observatoire.

"Non. As-tu remarqué qu'à peine entré dans la tour j'ai allumé une lanterne près de la porte ? C'est le signe qui dit aux autres de ne pas monter."

"Ça c'est pour tes six amis, mais les cinq autres ?"

"Ils ne viendraient jamais. Eux aussi connaissent le signe."

"Ils savent ?"

"Qu'ils le sachent ou non, ils le respectent. Mais je crois qu'ils s'en doutent. Tu vois, autrefois, quand il y avait plus de cinquante hommes d'études, cela signifiait qu'un groupe était monté méditer et que les autres ne devaient pas les déranger. Officiellement, c'est toujours vrai. Les groupes d'alors comptaient sept personnes, pas deux, et je crois qu'ils méditaient plus sur les étoiles que sur leurs corps nus." Ajouta Temin avec un petit sourire malicieux, pendant qu'ils se rhabillaient.

Dix jours plus tard, un soir où Jarvis n'arrivait pas à s'endormir, il se leva et regarda par la fenêtre de sa cellule : le ciel était limpide et constellé d'étoiles. Il se dit que ce serait agréable d'être sur la terrasse de l'observatoire. Sans mettre son pagne, il enfila sa tunique et, pieds nus, il s'y rendit. Tout était silencieux et aucune lumière ne filtrait des cellules habitées. Comme il voulait être seul, par sécurité, il alluma une lanterne à la porte de la tour : ainsi, personne n'entrerait. Puis il monta à l'observatoire.

Il y avait un croissant de lune et cela permettait d'entrevoir le paysage et la vallée avait l'air irréel d'un rêve. Mais de la terrasse, pensa-t-il, elle serait encore plus belle. Aussi grimpa-t-il l'escalier en pierre. Quand sa tête passa le niveau de la terrasse, il vit qu'il y avait déjà quelqu'un. Il allait faire demi tour, mais il s'arrêta. C'était Fresth, contre le parapet, regardant au loin. Il était seul. Et il avait l'air de pleurer. Jarvis fut troublé : le garçon paraissait toujours si serein, pourquoi ces pleurs silencieux, là-haut ? Etait-ce à cause de lui ? Il devait le savoir, et comprendre.

Il monta les dernières marches et fut derrière Fresth. Impulsivement, il le serra par derrière et Fresth eut un sursaut de surprise et de peur.

Il lui dit : "Fresth, c'est moi."

Le garçon se figea puis, d'une voix étrange, sans se tourner, il dit : "Jarvis ?"

"Oui. Tu pleures ?"

"Non." Mentit l'acolyte.

"Pourquoi pleures-tu ? A cause de moi ?" demanda-t-il doucement, sans cesser de le serrer.

"Non." Répondit-il en essayant de garder un ton désinvolte, et il tourna la tête vers lui.

Leurs regards se croisèrent et Jarvis put lire tout l'amour que l'acolyte lui portait encore. Comme en une éclair, de très fortes émotions l'envahirent et il fut conscient du corps qu'il serrait contre lui, de sa chaleur, de son désir, et cela l'excita.

Fresth s'en rendit compte dans l'instant et il se raidit : "Laissez-moi, je vous en prie." Murmura-t-il, confus.

"Pourquoi ?"

"Parce que je vous ai donné ma parole, mais là, ça devient difficile."

"Qu'est-ce qui devient difficile ?" demanda doucement Jarvis en le serrant plus fort contre lui et en l'embrassant sur le cou.

"Non, s'il vous plait." Répéta-t-il alors que son corps entier tremblait et que se jambes allaient lâcher d'émotion.

"Laisse-toi aller, Fresth. J'ai envie de toi." Insista Jarvis avec de nouveaux baisers sur son cou et, relevant sa tunique, il commença à lui retirer le pagne.

"Jarvis, je t'en prie, si tu me fais ça, que puis-je faire ? Ça a déjà été si difficile jusque là. Non, arrête." Murmura le garçon en passant sans y penser au tu.

Jarvis continuait à le déshabiller et il lui dit : "J'ai envie de toi, Fresth. Et toi, tu me veux ?"

"Oh, vous me le demandez ? Vous savez que j'en rêve. Mais après..."

"Après..."

"Après, devoir encore renoncer à vous, ce sera dur."

Jarvis retira sa tunique et tira de nouveau le jeune contre lui, pressant son sexe raide contre les fesses nues : "Mais je te veux, fais-moi entrer en toi."

"Oh, Jarvis !"

"S'il te plait, accepte-moi" insista Jarvis en se frottant contre lui, plein de désir et en le gardant serré contre lui, une main sur sa poitrine, l'autre sur son ventre, puis il lui mordilla le lobe de l'oreille.

"Oh, Jarvis, prends-moi ! Oh oui, prends-moi, fais-moi tien !" haleta-t-il et il poussa de toutes ses forces ses petites fesses contre le membre palpitant.

Jarvis le guida alors vers leurs tuniques, étendues sur le sol, puis se pencha sur lui, l'enlaça et l'embrassa longtemps et profondément, plein de passion. Fresth écarta les jambes et les resserra autour de la taille de Jarvis dans une offrande muette de soi. Jarvis dirigea d'une main son sexe vers le trou et, sans cesser de l'embrasser, il commença à le pénétrer. Fresth entoura le cou de Jarvis de ses bras et, tournant doucement le bassin, il accompagna les poussées de Jarvis, geignant de plaisir à voix haute.

"Oh, Fresth, tu me plais."

"Je suis tout à toi."

"Oui, tu es mien." Murmura Jarvis en commençant à pomper avec une passion virile.

"Jarvis, oh, mon dieu, Jarvis, c'est merveilleux, merveilleux."

"Tu aimes ça ?"

"A en mourir ! Personne ne sait prendre comme toi. Dis-moi que je rêve."

"Non, ce n'est pas un rêve, Fresth." Murmura Jarvis, jouissant pleinement de sa douce mais active soumission.

Beaucoup s'étaient donnés à lui avec plaisir, mais Jarvis sentait que Fresth se donnait avec passion, chaleur, tendresse, transport, amour et dévotion et il s'en sentit profondément reconnaissant. Le visage transfiguré de Fresth lui parut séduisant, vraiment fascinant, très provocateur. Alors il se dit, perdu entre affection et plaisir : "comment ne pas l'aimer ?"

Ils firent l'amour longtemps, dans une passion incroyable, jusqu'à atteindre ensemble un fort et tendre orgasme. Alors Jarvis enlaça Fresth et le caressa. Des larmes coulaient des yeux du garçon.

"Pourquoi ces larmes, maintenant ?" demanda Jarvis en le serrant.

"Maintenant, ce sera plus difficile que jamais."

"Quoi ?"

"Ne pas vouloir que ça arrive encore."

"Tu n'as donc rien compris ?"

"A quoi ?"

"Que c'est moi qui ai besoin de toi, qui t'aime bien, qui te veux !"

"Tu veux dire que..."

"... que je veux que tu sois mon amant, Fresth, que je t'ai fait souffrir pour rien jusqu'à aujourd'hui."

"Mais... maître Trake ?"

"Je l'aime. Mais je t'aime aussi. Je ne peux pas m'en empêcher. Que faire ? Je vous aime, différemment, mais je vous aime."

"Je te comprends. Comment ne pas aimer maître Trake ?"

"Mais je t'aime aussi, et, contrairement à lui, tu es toujours à mes côtés. Je suis perdu, mais il en est ainsi."

"Jarvis ?"

"Dis-moi ?"

"Je ne veux pas t'éloigner de lui. Quand tu es avec lui, oublie-moi et aime-le comme avant. Il vient avant moi."

"Tu es trop gentil. Mais ce n'est pas juste, même si je ne sais pas quoi faire."

"Fais comme j'ai dit, aime-moi quand tu n'es pas avec lui, et aime-le quand vous êtes ensemble." Dit-il en caressant doucement le corps viril de Jarvis.

"Mais ça paraît injuste."

"Je suis sûr qu'il te dira pareil."

"Fresth, me pardonnes-tu ?"

"Quoi ? de m'avoir dit que tu m'aimes bien ?"

"Non, comment je t'ai traité."

"Tu as été honnête, que devrais-je te pardonner ? Sais-tu que je suis heureux ?"

"Vraiment ?"

"Vraiment. Je peux vivre avec l'homme que j'aime et même avoir son amour. Que demander d'autre à la vie ? Non, à dire vrai, je désire encore autre chose."

"Dis-moi."

"Tu me ferais encore l'amour, là, maintenant ?"

"Bien sûr, mon chéri, bien sûr." Répondit Jarvis très ému.

L'aube les trouva encore tendrement enlacés à changer des mots d'amour.

"Il vaut mieux que nous retournions à nos cellule dormir un peu, ne crois-tu pas, Fresth ?"

"Je n'ai pas envie, mais tu as raison. Imagine que quelqu'un soit venu ici, cette nuit !"

"Non, par chance j'ai fait en sorte qu'on nous laisse tranquilles." Dit Jarvis et, pendant qu'ils se rhabillaient, il lui expliqua la convention de la lanterne.

"Savais-tu que j'étais là ?"

"Non, en fait je croyais être seul et je voulais le rester. Je n'arrivais pas à dormir, quelque chose m'en empêchait. Je n'en savais rien, mais c'était toi qui m'attendais ici."

"Je ne t'attendais pas, j'étais triste et je suis venu ici pour faire passer ça.

"Et tu y es arrivé ?"

"Moi non, mais toi, si."

Ils échangèrent un dernier long baiser, puis ils rentrèrent se reposer dans leurs cellules.

Pendant qu'ils chevauchaient vers la dernière destination du voyage, Jarvis demanda à Fresth : "Quand on sera à mon moutier, demanderas-tu à devenir mystique ?"

"Je pensais entrer directement dans ton nouvel ordre."

"Je ne sais pas quand je réussirai. Maître Trake dit qu'obtenir l'autorisation sera loin d'être facile."

"Qui doit la donner ?"

"Le Bergalilam, après audition des avis des grands maîtres de tous les ordres et aussi après plusieurs inspections."

"Inspections ?"

"Oui, pour voir comment on vit aux moutiers qui veulent fonder un nouvel ordre. Trake dit avoir trouvé trace de six tentatives de fonder un nouvel ordre dans les derniers siècles qui ont toutes échoué. Il étudie justement les motifs de ces refus. Mais, au pire, on devrait avoir l'autorisation d'ouvrir un moutier de mystiques, même si ce n'est pas pareil. Alors, pour l'instant, il est souhaitable que tu te fasses mystique, pour qu'on puisse rester ensemble. Comme hôte d'un autre ordre, tu ne pourrais pas rester, il te faudrait partir tôt ou tard."

"Non, ça, jamais. Ils m'accepteront ?"

"Bien sûr, avec le grade d'acolyte. Pour devenir profès, il te faudra réussir les examens. Ça dépend de toi."

"Tu veux que je devienne profès ?"

"Oui."

"Alors je réussirai les examens, n'en doute pas." Répondit Fresth avec une joyeuse résolution.

Avant de rentrer, ils s'arrêtèrent à un moutier de sages. Leurs tuniques noires et blanches était particulièrement élégantes, même par rapport à celles des autres moutiers des Sages. Le doyen, en les accueillant, leur expliqua que leur moutier était l'un des plus anciens de l'ordre et qu'il avait produit moult grands maîtres, ce qui leur donnait le droit de porter des tuniques de soie et non de coton.

Le moutier était vaste, déployé autour de neuf jardins, un par grade plus celui de la grande salle. Autour du jardin dit du grand maître, il y avait un appartement qui lui était réservé. Cela n'arrivait pas souvent, mais parfois le grand maître de l'ordre venait passer quelques jours au moutier.

On donna à Jarvis une cellule au jardin des profès et à Fresth une du jardin des acolytes. Les sages passaient leur temps à l'étude approfondie des écritures et des commentaires canoniques, chacun étant spécialisé dans un livre ou certains sujets. Mais, et cela intéressa beaucoup Jarvis, un des maîtres du moutier se consacrait à l'étude des hérésies. Quand Jarvis demanda à lire les textes hérétiques, on lui en refusa courtoisement l'accès.

Un maître lui expliqua : "Seuls quelques maîtres parmi les sages, sous mandat du grand maître, peuvent accéder à ces textes qui sont conservés dans notre bibliothèque des errances. Nul autre ne peut les lire, ils sont trop dangereux..."

"Quel danger peut présenter un livre, maître ?"

"Ils sont parfois écrits de façon si subtile et convaincante que, sans une préparation spécifique, ils peuvent dévoyer une âme simple."

"Mais pourriez-vous au moins m'indiquer quelles sont les hérésies les plus fréquentes dans ces livres ?"

"Oui, cela, oui : la plus grave est la négation de dieu ; puis viennent ceux qui réfutent que Galil soit son prophète, voire qu'il ait existé. Viennent ensuite ceux qui réfutent certaines lois, comme celles sur l'ordre social, sur le droit à la propriété, sur la dîme destinée aux Servants et aux Réunis, ou ceux qui voudraient légaliser tout ou partie des crimes sexuels."

"J'imagine que cette dernière catégorie est la plus fréquente."

"Non, ni non plus la plus dangereuse. Je dirais même que c'est la plus amusante : il y a même un texte d'apologie de l'amour entre hommes. Il doit être d'un Réuni, peut-être un sage, parce qu'il démontre une grande connaissance des écritures. Il commence par affirmer que Bergalilam, le premier, le fils de Galil, aimait un homme et que c'est pour ça qu'il a fondé les Réunis, avec la bénédiction de son père."

"Comment peut-il affirmer une telle chose !" s'exclama Jarvis en feignant l'outrage pour cacher son intérêt.

"En citant les écritures et en les interprétant à sa façon, comme le font les plus habiles hérétiques. Comprenez-vous maintenant pourquoi ces textes doivent être tenus secrets ?"

"Certes oui." Murmura Jarvis en regrettant du fond du cœur de ne pas pouvoir lire ce texte-là.

Jarvis, de retour dans sa cellule, alla tout de suite relire les passages des écritures qui évoquaient Ber, le deuxième fils de Galil. Et il commença à trouver ces passages, auxquels il n'avait jusque là pas prêté grande attention, mais qui désormais lui paraissaient clairs.

"... et Ber vit Tulham et il éprouva vite une forte attirance pour lui. Tulham était en fait jeune et beau et son regard irradiait la pureté. Ber s'approcha alors et lui dit : Je m'appelle Ber, je suis le cadet du prophète. Quel est ton nom, ô jeune homme ? Tulham tomba à ses pieds et dit : Tulham et je suis l'indigne serviteur de Ber. Tous tes désirs sont des ordres pour moi. Dis et j'obéirai. Ber le releva et lui dit : Si tu veux vraiment me complaire, sois mon ami et pas mon serviteur." Et aussi : "... et ils devinrent inséparables et ils partagèrent tout, de la sébile à l'oreiller."

Quelques pages plus loin là où le Livre disait comment Galil trouva les épouses pour ses fils :

"Il en chercha une dans chaque nation et il décida d'en prendre trois parmi le peuple des montagnes. Mais Ber dit à son père : Je n'ai encore connu aucune femme et je ne désire pas en connaître. Dispensez-moi, père, du devoir conjugal, laissez-moi libre de méditer sur les révélations que dieu vous a offertes. C'est un choix sage, répondit Galil, toi et tes amis, qui partagez ce choix, vivrez ensemble dans une maison, comme une famille, mais sans femme entre vous pour ne pas vous détourner de vos études. Comme ton frère Am, tu vivras parmi les nations, mais cela te distinguera de Am : toi et les tiens, les Réunis, ne vous marierez pas et ne coucherez pas avec des femmes. Prends ton Tulham et les autres qui partagent votre choix et va habiter la maison des bois, je vous la laisse. Ber fut très réjoui par les mots de son père."

Un peu plus loin :

"Tulham dansa pour Ber et chanta : et nous voici réunis dans la paix des bois, pour louer dieu et son prophète, ton père. Que ton sourire est doux, mon cher Ber, comme ta voix est douce, comme ton regard est doux : pour des générations et des générations des milliers de jeunes hommes suivront ton exemple et rejoindront les maisons de l'extase pour se réunir dans les maisons dédiées des moutiers et resplendire entre les gens oppressés par leur travail par les soins d'une famille."

Il y avait encore d'autres passages intéressants, mais l'un particulièrement capta l'attention de Jarvis, la complainte de Ber à la mort de Tulham :

"...mon ami, ne t'appeler qu'ami est te trahir, mon soutient irremplaçable, mon fidèle compagnon ! Prépare aussi pour moi une couche douce à la droite de dieu, à tes côtés, attends-moi, fidèle comme tu le fus vivant, parce que j'arrive. Je frapperai à la porte divine comme chaque jour j'ai frappé à ta porte et tu sauras que c'est moi et tu te réjouiras et tu diras : Seigneur, voici mon Ber, il vient me rejoindre, pour toujours. J'ai connu cet homme et il m'a connu, et ensemble nous avons chanté tes louanges sur la terre, avec nos voix et nos corps : fais que nos corps et nos âmes, à jamais réunis, connaissent la joie éternelle dans ta lumière."

Et enfin :

"Ber ne voulut personne à ses côtés pour remplacer Tulham : c'est pourquoi on dit que le Bergalilam n'a pas de compagnon."

Voila : "le Bergalilam n'a pas de compagnon" était toujours interprété dans le sens que toutes les charges dans les ordres Réunis, disposaient d'un adjoint appelé 'compagnon', sauf celle du Bergalilam. Chaque Grand Maître, chaque Ancien, chaque Conseiller, à peine élu, se choisissait un compagnon pour le remplacer quand il ne pouvait pas participer à une réunion, mais pas le Bergalilam. Mais le sens antique semblait différent. Se pouvait-il que seul un hérétique l'aie compris ? Cela lui paraissait clair, à présent, évident.

Si un Galil et son fils Ber avaient jamais existé, et même s'ils n'avaient jamais existé et que le Livre n'était qu'une allégorie, le sens était évident : les Réunis avaient été fondés justement pour ceux qui, comme lui, aimaient les hommes. Pourquoi cela avait-il été si complètement nié par la suite ? Et quand ? Peut-être lorsque la copie canonique des écritures avait été faite et qu'on avait détruit tous les anciens documents ? Se pouvait-il que quelques termes aient été changés dans la copie canonique ? Il serait intéressant de le vérifier sur les quelques fragments antérieurs qui avaient été retrouvés...

Jarvis était excité par sa découverte et il en parla tout de suite à Fresth.


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