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histoire originale par Andrej Koymasky


pin CHIPI, EN L'AN 2574 CHAPITRE 2
CHIPI ARRIVE A NIOKKO ET TROUVE LES BAKJI

Quand il rouvrit les yeux, il était étendu sur une paillasse et une vieille femme le regardait.

Elle s'exclama : "Serek, Serek, il s'est réveillé !"

Chipi allait s'asseoir, mais la femme, d'une main incroyablement forte, le contraignit à rester couché.

Un homme jeune s'approcha du lit : "Ohé, enfin. Tu es revenu parmi nous ?"

"Qui êtes-vous ?"

"Je suis Serek, voici ma mère, Ligi, les autres sont sortis chercher à manger : mon père Hore, mon frère Jule, sa femme Derta, ma sœur Batt et son mari Felly. Tu as dormi trois jours, tu dois avoir faim..."

"Oui." dit Chipi.

"Alors maman va t'apporter quelque chose. Tu viens d'où ? Qui es-tu ?"

"Je m'appelle Chipi, je viens du complexe de Batton."

"Ah, de cet enfer ? Papa et maman viennent aussi de là. Moi je n'y suis jamais allé, mais à entendre les histoires des parents, je n'y tiens pas. Va savoir pourquoi des gens restent là. Mais tu n'as pas l'air d'un squelette ambulant comme ils disent. Tu étais bien là-bas aussi ?"

"Laisse-le manger, maintenant." dit la femme en mettant devant Chipi une écuelle fumante, "Tu auras le temps après, pour tes questions." dit-elle, sévère.

Chipi s'assit pour manger. Peut-être était-ce la faim, mais le plat lui parut délicieux. Il le termina en un clin d'œil sous le regard attentif de ses deux hôtes.

"Pour être en si bonne forme, ce doit être un guerrier, mais il porte un collier d'esclave." dit la femme.

"D'esclave ? Il y a des esclaves, chez vous ?"

"Oui, je suis esclave."

"Et tu t'es enfui." dit le jeune homme avec un sourire compréhensif.

"Non, ils sont tous morts, il y a eu une guerre. Alors je suis parti."

"Alors, tu n'es plus esclave, maintenant." dit le jeune homme, convaincu.

"Je ne sais pas, peu importe. Ils ont tué mon Aska." dit Chipi, triste, en caressant son collier. Il raconta la bataille. Puis il demanda : "Où est mon arme ?"

"Papa l'a mise en sûreté, tu sais ce que c'est, on ne te connait pas. Mais tu m'as l'air d'un type bien. On t'a trouvé au matin devant notre porte. Tu avais l'air mort."

"Merci. Vous avez été gentils."

"On ne voit pas souvent du monde, par ici. Nous ne sommes pas riches, nous vivons de cueillette. Nous avons assez pour vivre. Nous devons juste parfois nous défendre contre les bandes qui passent mais jusque là on ne s'en est pas mal sortis. Tu sais, papa a été guerrier, il nous a appris à nous battre. Ton arme est très belle. C'est toi qui l'as faite ?"

"Non, c'est Aska, c'était la sienne."

"Que comptes-tu faire, maintenant ? Tu veux rester avec nous ?"

"Serek, ça, le cas échéant, c'est à ton père d'en décider, pas à toi." dit sa mère, d'un ton sévère.

Chipi regarda autour de lui. La maison était une pièce unique où des cloisons séparaient les lits des différents couples. Puis il y avait la cuisine et l'espace commun. Elle était moins belle que les chambres des guerriers, elle semblait rustique, mais agréable. Aux poutres étaient attachés des paniers et des tranches de viande séchée : les provisions. Au milieu il y avait une grande cheminée circulaire éteinte. Et une petite aussi vers la cuisine.

"C'est ton lit ?" demanda Chipi à Serek.

"Non, c'était celui de Bolé. C'était le plus jeune. Il est mort d'une étrange maladie il y a deux ans. Il avait à peu près ton âge. Alors le lit est vide, maintenant. Je dors là, derrière la cloison. Les petits dormaient ici, mais à présent que tu es ici, ils dorment avec leur parents."

"Les petits ? Quels petits ?"

"Les enfants de Jule, Dema et Sore, et de Batt, Sake."

"Je suis désolé."

"Non, c'est bien comme ça."

"Il n'y a que trois enfants ?"

"Deux autres arrivent, Batt accouche dans un mois, et Derta dans cinq."

"Tu n'as pas de femme ?"

"Non, pas encore. Aucune fille du coin ne me plait."

Le soir les cinq adultes et les trois enfants rentrèrent. Ils se mirent à table, dînèrent et Serek parla aux autres de Chipi, lequel répondit aux questions. Après le dîner les hommes égorgèrent deux bêtes qu'ils avaient prises et les femmes rangèrent les herbes et les fruits.

Hore fit signe à Chipi de sortir avec lui : "Mon garçon, quelles sont tes intentions ?"

"Je ne sais pas encore. Aller quelque part, peut-être chercher un autre groupe de guerriers."

"Je vois. Si tu voulais rester avec nous... Ligi dit qu'il y a la place de Bolé."

"Elle sert aux enfants..."

"On pensait agrandir encore la maison. Il n'y aurait aucun problème. Tu nous parais un bon garçon, alors..."

"Non, merci. Vous êtes très gentils. Si vous m'hébergez encore cette nuit... Je voudrais faire quelque chose pour vous remercier, mais je ne sais pas quoi."

"Ce n'est rien. Si tu veux partir, même demain, d'accord."

"Je pourrai ravoir mon arme ?"

"Bien sûr, quand tu partiras."

"Oui, je comprends."

Chipi, en s'endormant, repensa aux mots d'Herte à propos des femmes : il avait raison, même si Hore était en apparence le chef de famille, il lui semblait évident que c'étaient les femmes qui prenaient les décisions, ici, qu'elles faisaient faire à leurs hommes ce qu'elles voulaient. Non, ça ne plaisait pas à Chipi. Et puis, même si elles étaient mignonnes, surtout Derta, les hommes étaient plus beaux. Surtout Felly, mais Serek aussi. Non, il fallait qu'il trouve d'autres guerriers, et sans femmes. Peut-être les mythiques Bakji de Niokko.

Chipi ne partit pas tout de suite. Serek le convainquit d'aller avec eux à la cueillette, pour se faire assez de réserves de vivres pour affronter son voyage. Aussi, pendant près d'une semaine, Chipi partit tous les jours avec Serek qui lui montrait quelles plantes étaient comestibles et comment poser les pièges. Pendant leurs tournées de cueillette, Serek lui posait mille questions sur la vie en ville et les bandes de guerriers.

"Mais comment ça, vous n'avez pas de femmes ?"

"Non, les Raptors n'avaient pas de femmes."

"Mais alors, comment faisiez-vous, quand..."

"Entre nous, bien sûr. J'étais l'esclave-amant d'Aska. Et toi, comment fais-tu, sans femme ?"

"Moi... Et bien, tu sais, tout seul."

"Pauvre Serek. Tout seul ce n'est pas aussi agréable, je pense."

"Non, c'est vrai, mais ici... On voit si rarement d'autres gens. Je devrai sans doute partir pour me chercher une femme, mes parents insistent, j'ai vingt-deux ans, maintenant."

"Tu disais que les voisines ne te plaisent pas."

"Non, c'est vrai. Mais ou je m'en contente ou je devrai vraiment partir en voyage."

"Pourquoi ne pars-tu pas avec moi ? Quand tu auras trouvé ta femme, vous pourrez rentrer."

"Ce pourrait être une bonne idée. Et tu voudrais de moi avec toi ?"

"Bien sûr."

"Alors il faut que j'en parle à maman. J'espère qu'elle dira oui."

"Tu ne peux pas décider seul ?"

"Non, bien sûr que non." répondit Serek.

Chipi se dit : oui, même s'ils ne portent pas le collier, eux aussi ils sont esclaves...

Ligi y consentit. Alors un matin, chacun avec un sac de provision à l'épaule, une couverture pour les nuits qui commençaient à se faire fraîches et des armes, Chipi et Serek partirent.

"Chipi, pourquoi donc, maintenant que tu es libre, continues-tu à porter le collier d'esclave ?"

"Parce que j'ai juré de ne jamais l'enlever, en souvenir de mon Aska."

"Il était si important, pour toi, ton Aska ?"

"Il est important pour moi. J'ai vécu avec lui les deux ans les plus importants et les plus beaux de ma vie."

"Il te traitait bien ?"

"Il n'aurait pas pu mieux. Il était fort, tendre et passionné."

"Et tu aimais faire l'amour avec lui ?"

"Bien sûr, énormément."

"Tu sais, je n'arrive pas à imaginer comment deux hommes peuvent faire l'amour."

"Et moi comment le peuvent un homme et une femme. Tu n'as jamais fait l'amour ?"

"Non."

"C'est très beau." dit Chipi avec une expression sérieuse mais douce, en repensant aux heures de passion partagées avec Aska.

Ils marchèrent deux jours avant de trouver une maison. Il n'y avait pas de jeune femme qui plaise à Serek alors, après avoir partagé un repas, ils dirent au revoir et reprirent la route. Le troisième jour ils passèrent à côté d'une maison en ruines. Des traces d'incendie récentes laissaient deviner une tragédie. Le soleil allait se coucher et il y avait un vent léger mais froid, alors ils décidèrent de passer la nuit entre les murs. Ils ramassèrent du bois et firent un feu, étendirent leurs couvertures et s'en entourèrent. Ils parlèrent un moment puis s'endormirent.

La nuit, le feu s'était éteint. Serek réveilla Chipi : "Il fait froid. Si on mettait nos couverture ensemble et qu'on dormait ensemble, on se réchaufferait l'un l'autre."

"Oui, bonne idée." dit Chipi, un peu gelé.

"C'est mieux, n'est-ce pas ?" demanda Serek.

"Oui." répondit Chipi qui sentait la chaleur de l'autre et en même temps sentait son excitation monter agréablement.

Un moment, ils se turent, puis Chipi tendit la main et caressa Serek entre les jambes. Ce dernier ne dit rien, ne bougea pas. Chipi sentit que ses caresses intimes l'excitaient. Il continua à le toucher et ouvrit son pantalon pour caresser directement son membre à présent tendu et frémissant. Serek lâcha un petit soupir et frémit. Chipi se serra contre lui et se mit à l'embrasser et à le lécher en le déshabillant. Serek le laissait faire, son souffle se faisait lourd. Peu à peu Chipi aussi se libéra de ses habits, alors Serek commença aussi à caresser le corps nu de son compagnon.

A mesure que l'excitation des deux jeunes augmentait, Serek semblait prendre plus confiance, et lui aussi se mettait à faire à Chipi ce qu'il lui faisait avec une ardeur croissante. Chipi se pencha alors sous les couvertures et se mit à lécher, embrasser et sucer le beau membre du jeune homme, qui se mit à geindre, en proie à un fort plaisir. Chipi savait comment faire monter au ciel un bel homme. Et Serek n'avait jamais rien éprouvé de si intense et de si beau.

Quand Chipi sentit Serek pleinement excité, il s'accroupit sur son sexe dressé et frémissant et le fit glisser tout en lui. Serek lâcha un autre gémissement de plaisir et l'attrapa par les hanches. Chipi commença à bouger le bassin de haut en bas et il frottait doucement les tétons du jeune homme à qui il donnait sa première expérience sexuelle. Serek semblait devenir fou de plaisir. D'instinct, il se mit à donner des coups vers le haut à chaque fois que Chipi descendait le bassin sur lui. En parfait synchronisme, les deux jeunes corps bougeaient dans un rapport fougueux. Chipi ferma les yeux et rêva d'être une fois encore avec son Aska.

Ils atteignirent ensemble le sommet du plaisir et Serek déchargea en lui dans une série de coups forts soulignés par de brefs et bas gémissements, pleins de passion. Ils s'arrêtèrent, frémissants, et Chipi s'abandonna sur la poitrine haletante de Serek, qu'il caressait. Serek lui caressait la nuque et le dos.

Ils s'endormirent ainsi, encore enlacés. Au matin, quand Chipi ouvrit les yeux, Serek le regardait.

Chipi lui sourit, Serek répondit à son sourire : "Tu faisais comme ça, avec ton Aska ?" lui demanda-t-il à voix basse.

"Aussi." répondit le garçon, doucement.

"C'était bon, Chipi."

"Oui, c'était bon."

Serek le caressa doucement : "On le refera ?"

"Si tu veux."

"J'aimerais." murmura Serek, les yeux lumineux.

"Mais maintenant, habillons-nous, sinon on va prendre froid." dit Chipi en se détachant de lui.

"Non, attends... refaisons-le, maintenant." lui dit Serek en le retenant et il se pressa contre lui.

Chipi lui sourit encore : "Pourquoi pas ? Viens sur moi. Embrasse-moi."

"Comme ça ?" demanda Serek en se couchant sur lui et il le serra dans ses bras. Leurs bouches s'unirent.

Chipi sentit la forte érection de son compagnon le chercher. Il le guida doucement, écarta les jambes et les fit passer dans le dos du jeune homme excité.

"Prends-moi, allez." dit-il, la voix pleine de désir.

"Comme ça ?" dit encore Serek et il pointa le sexe dur sur le trou.

Chipi le guida, heureux de l'expression pleine de plaisir qui apparut sur le visage de son compagnon lorsqu'il s'enfonça en lui.

"Allez, Serek..." l'encouragea-t-il, excité.

Serek se mit à pistonner en lui lentement, il savourait chaque mouvement. "C'est bon, Chipi. C'est bon..." haleta-t-il en accélérant peu à peu son rythme.

Quand ils furent à nouveau couchés apaisés, Serek murmura : "J'aime tellement ça."

"Pourquoi ne restes-tu pas avec moi ?" lui demanda Chipi.

"Je ne peux pas, tu ne peux pas me donner d'enfants. Je dois rentrer à la maison avec une épouse, pour avoir des enfants. Il faut qu'on soit nombreux, pour que notre maison ne finisse pas comme celle-ci, tu comprends ?"

"Oui, je comprends. Habillons-nous, maintenant, et reprenons la route."

Ils firent un long chemin. Ils refirent l'amour toutes les nuits. Jusqu'à ce que, au treizième jour de leur voyage, ils trouvent un groupe de maisons avec six familles et beaucoup de jeunes. Serek leur dit le but de son voyage et plus d'une fille lui fit les yeux doux. Serek en choisit une, alla parler à ses parents et obtint leur accord. La petite communauté fêta leur union. Ils donnèrent d'autres vivres au couple et à Chipi et ils quittèrent les maisons tous les trois. Puis ils se séparèrent : Serek et Tull, sa compagne, reprirent le chemin de chez lui et Chipi reprit la route vers la mer.

"Adieu, Chipi. Je ne t'oublierai pas."

"Adieu Serek. Sois heureux avec ta Tull. Et faites plein d'enfants."

"Je te souhaite de trouver ce que tu cherches. De trouver une maison et un amant."

Ils se séparèrent. Ils continuèrent un moment à se retourner pour se saluer de loin, avant de se perdre de vue.

Chipi marcha plusieurs jours, puis il arriva en vue d'une étendue de décombres et de ruines et, de l'autre côté, une étendue bleu vert foncé, infinie : la mer ! Il resta plusieurs minutes à regarder, le souffle coupé, l'étendue grise avec des tâches vertes et des cratères ronds et noirs ainsi que l'immense étendue d'eau qui brillait sous le soleil d'automne.

Il vit trois personnes monter vers lui. Deux hommes et une femme, sans doute un couple et leur fils. Les deux hommes étaient armés, la femme portait un lourd fardeau. Il les attendit. Quand ils furent à quelques pas, les deux hommes le regardèrent, suspicieux. Chipi les salua d'un geste, sans enlever son arme de son dos.

Il demanda : "C'est Niokko, là-bas ?"

"Oui. Tu viens d'où, toi ?"

"De Maratta."

"Jamais entendu parler."

"Tu connais une bande qui s'appelle les Bakji ?" demanda Chipi.

L'homme le plus âgé se renfrogna : "Mais qui ne les connait pas, par ici ? Les Bakji sont les maîtres de Niokko, tu l'ignorais ?"

"Oui, je savais juste qu'ils étaient à Niokko."

"Ça fait deux générations qu'ils ont battu toutes les autres bandes. Maintenant leur chef est un certain Klare."

"Vous sauriez me dire où je peux les trouver ?"

"Marche... ils te trouveront eux, sois-en sûr. Mais sans leur sauf-conduit, crois-moi, inutile de penser entrer dans Niokko."

"Pourquoi ?"

"Personne n'entre ou ne sort de Niokko sans leur permission. Change de chemin, mon garçon."

Chipi les remercia mais reprit sa descente vers son but. Les prés en jachère laissaient place à des amas de décombres, une jungle de débris de béton, d'armatures métalliques tordues, adoucie ça et là de tâches de buissons et d'herbe, d'arbres aux formes étranges. Chipi commençait à avoir du mal à avancer dans ces effroyables ruines. Un silence surnaturel accompagnait sa lente progression. Il arriva au bord d'un des cratères noirs, lisse et brillant dedans. Il le contourna, petit, sa mère le lui avait appris : n'entre jamais dans les zones noires, il ne semble rien se passer sur le coup, mais tu mourrais lentement, dans d'atroces douleurs.

Il en avait contournés deux quand, soudain, sans même réaliser comment ça avait pu arriver, il se retrouva encerclé par une douzaine d'hommes en arme.

L'un d'eux lui dit : "Montre ton sauf-conduit ! Tu n'es pas du coin, toi !"

"Non, je viens de loin. Et je n'ai donc aucun sauf-conduit."

"Nous ne voulons pas d'intrus, ici, repars tout de suite."

"Non, je veux rencontrer Klare des Bakji !"

Comme un seul homme, ils éclatèrent tous de rire. Celui qui semblait leur chef avança un peu vers lui : "Comme ça tu voudrais voir le boss de Niokko ? Et pourquoi, si on peut le savoir ?"

"Il faut que je lui parle. Je viens de Maratta."

"Connais pas. Et qu'as-tu à lui dire ?"

"C'est à lui que je dois parler, pas à d'autres."

"Ecoutez-moi ce morveux. Tu sais qu'on pourrait bien te tuer sur le champ ? Tu n'as pas de sauf-conduit, alors..."

Chipi posa son sac par terre, prit son arme en main et dit : "Bien sûr, vous pouvez me tuer, mais au moins deux ou trois d'entre vous me précéderaient, je vous le garantis."

Les hommes étaient prêts à relever le défi, mais leur chef les arrêta d'un signe de la main.

"Belle arme que tu as. A qui l'as-tu volée ?"

"Je ne l'ai pas volée. Je suis guerrier, comme vous." dit-il en se demandant s'ils ne comprendraient pas à son collier qu'il n'était qu'esclave. Mais personne ne sembla réaliser son mensonge.

Le chef dit : "Si Klare devait parler à tous ceux qui le demandent, sa vie ne lui suffirait pas à le faire. Et toi, tu n'es qu'un morveux et même pas de Niokko. Alors ou tu me convaincs, ou tu te magnes de retourner de là où tu viens."

"Je dois te convaincre ? Et après toi, combien d'autres ?"

"Moi, mon chef de station, puis son contrôleur, puis Klare lui-même."

"C'est raisonnable."

"Alors ? Je n'ai pas de temps à perdre." dit le chef du groupe, sec.

Chipi le jaugea de cap en pied, puis il dit : "J'ai à peine combattu dans une bataille dont, j'ignore comment, je suis sorti vivant. Mon compagnon par contre y a été tué, et pourtant il avait plus d'expérience et de courage que moi. Ceci est son arme, une arme parfaite, puissante et dangereuse. Si elle ne me protège pas, j'irai le rejoindre, peu m'importe. Tu veux te mesurer à moi ?"

"Volontiers, morveux. Et, comme je suis un homme de cœur, je me contente d'une lutte au premier sang. Si c'est le mien, je te conduirai à mon chef de station, si c'est le tien, tu t'en iras au pas de course et sans même un regard en arrière, sinon on te tuera sans pitié. En garde !"

Chipi prit son arme, la balança entre ses mains. Il trouva le point d'équilibre, commença à la faire tourner vertigineusement, si bien qu'elle semblait légère comme une plume et la double lame dessinait en l'air un huit transparent et brillant. L'homme regardait avec attention l'arme de Chipi en empoigna un fléau d'arme de la main gauche et une sorte de dague de la droite, à son tour il se mit à faire tourner vertigineusement la chaîne du fléau à côté de lui. Chipi était calme, il regardait son adversaire droit dans les yeux, Aska lui avait appris que regarder l'arme était la pire erreur : quand elle est lancée, il n'est plus temps de l'éviter, mais un instant avant le coup, immanquablement, les yeux de l'adversaire vont vers sa cible, et il est alors facile d'éviter le coup. Chipi passait rapidement sa double lame tournante de droite à gauche et de gauche à droite, avec l'adresse d'un jongleur (les heures qu'Aska lui avait fait s'y entraîner portaient maintenant leur fruit), sans perdre de vue le regard de son adversaire.

L'homme fit voler simultanément le fléau et la dague vers la jambe de Chipi. Lequel sauta en l'air et tendit le bras vers le bras tendu de son adversaire et le frappa à gauche, si bien qu'une longue estafilade pourpre rougit aussitôt son avant bras, en diagonale. Trop tard, l'homme sauta en arrière. Il regarda son avant-bras blessé tandis qu'un "Oooh !" stupéfait s'élevait de ses hommes, puis il regarda Chipi, étonné :

"Eh ! Tu as des arguments plus que convaincants, toi. Je ne parle pas de la blessure. Où as-tu appris cette technique de combat ?" demanda-t-il en se tamponnant le sang avec un tissu rouge qu'il avait accroché à la ceinture.

"Aska me l'a apprise, un des Raptors dont je faisais partie." répondit Chipi, fier, et il remit l'arme dans son fourreau, dans son dos.

"Bien, je te l'ai promis, je t'emmène chez mon chef de station. On verra si tu arrives à le convaincre lui aussi." dit l'homme et, d'un geste, il ordonna à ses hommes de se mettre en marche.

Chipi était entouré de gens en armes, on pouvait se demander si c'était l'escorte d'un hôte ou d'un prisonnier. Le chef les guida jusqu'à un bâtiment en ruines dont seul un étage restait debout. Ils entrèrent par une fenêtre et passèrent devant les hommes de garde en leur faisant un signe. Ils descendirent par un escalier en béton qui rappelait à Chipi celui du magasin des Raptors. Ils descendirent cinq étages. Là, ils arrivèrent dans une espèce de vaste pièce avec des colonnes et des portes et où descendaient aussi deux autres escaliers.

Des hommes de garde les regardèrent passer, jusqu'à ce que le groupe s'arrête devant une porte.

"Dis au chef de station Merk que le chef Duna demande à être reçu." dit-il à l'une des deux sentinelles.

Le guerrier interpelé entra et referma la porte derrière lui. Peu après il ressortait : "Le chef de station Merk te reçoit."

Duna dit à Chipi : "Il faut que tu laisses ton arme ici. Sois tranquille, tu la retrouveras, je t'en donne ma parole."

Chipi hocha la tête, un peu incertain, il dénoua le fourreau et posa l'arme, avec son balluchon, à côté de la porte. Duna entra dans la pièce, suivi par le garçon. Là, un autre guerrier leur ouvrit une porte intérieure et ils entrèrent dans une autre pièce, alors que le reste du parcours était éclairé au flambeau, cette pièce était éclairée par une barre lumineuse accrochée au plafond : Chipi la regarda, fasciné : il n'avait jamais rien vu de tel. Mais son regard fut tout de suite attiré par un homme assis derrière une table : il était trapu, un faisceau de muscles, le regard dur et pénétrant. Duna s'inclina brièvement et Chipi, d'instinct, l'imita.

"Chef de station, nous avons trouvé cet étranger qui était entré dans Niokko par l'ouest. Il dit qu'il veut parler au boss, alors j'ai pensé te le confier. C'est un guerrier valeureux, malgré son jeune âge." ajouta-t-il en montrant sa blessure à l'avant-bras sans la moindre hésitation.

"Ah, alors comme ça, ce vaurien serait un valeureux guerrier. Vu que c'est toi, Duna, qui me le dis, et que tu n'es pas encore ramolli, je dois te croire. Et il voudrait parler à Klare. De quoi, voyons voir."

"Je ne peux pas te le dire. Sinon je n'aurais pas demandé à parler à Klare." répondit Chipi.

"Tu es habile de la langue, hein ?" dit l'homme, moqueur. Et il ajouta : "D'accord, Duna, va-t-en, je m'occupe de ce chaton."

Chipi sentit qu'il n'y avait rien d'amical dans ce terme, mais il ne se décomposa pas. Quand Duna allait sortir, Chipi lui dit : "Souviens-toi de ta promesse. Je me suis fié à toi."

"Quelle promesse ?" demanda Merk.

"Le garçon a laissé dehors son arme et son sac. Je lui ai promis qu'il les retrouverait en sortant."

"Fais-les apporter dedans, j'en prendrai soin moi-même. Sois tranquille, mon garçon : je reprends la promesse de Duna à mon compte. Si tu sors vivant d'ici."

Quand le guerrier eut remis au chef de station les effets de Chipi et les eut laissés seuls, Merk se leva : il dépassait le garçon d'une bonne main, il était imposant : "Alors, mon garçon, tout d'abord, comment t'appelles-tu ?"

"Chipi."

"Chipi... bon nom pour un morveux. Quel âge as-tu ? Tu le sais ?"

"Bien sûr, j'ai dix-huit ans."

"Tu en fais moins. Tu es sûr de ne pas me mentir ?"

"Je n'ai jamais menti, moi !" répondit Chipi, fier.

"Et tu voudrais parler avec Klare. Mais tu sais, même moi, j'ai du mal à obtenir une audience de lui."

"Pas si ton chef le lui demandait." dit le garçon d'un air d'évidence.

Merk se mit à rire : "Ah, le contrôleur Volle ! Evidemment. Bon, tu me donnes une idée. Je vais t'emmener dans le réseau et je t'y laisserai libre. Si tu trouves où est Volle et si tu arrives à lui parler... Mais je t'avertis : ici tu es un intrus et tout guerrier qui te verrait a le droit de te tuer. Donc..."

"Et où et comment puis-je trouver Volle ?"

"Quelque part dans le réseau. Où, bien sûr que je ne vais pas te le dire. Ni comment. J'avertirai Volle que tu le cherches et si tu le trouves, il te remettra tes affaires. Si par contre tu es tué avant, et bien tu n'en auras plus l'usage."

"D'accord."

"Tu me plais, garçon, aussi vais-je te donner deux conseils pour t'aider : d'abord, tâche de n'être vu par aucun guerrier tant que tu ne seras pas face à Volle en personne. Et puis, le réseau est un labyrinthe, même nous, sans carte, nous risquons de nous y perdre. Et la station de Volle a des murs violet et blanc."

"J'imagine qu'il me faudra beaucoup de temps pour la trouver."

"Je pense."

"Puis-je au moins prendre les vivres que j'ai dans mon sac ?"

"Mais oui, pourquoi pas. Laisse-moi juste vérifier qu'il n'y a pas d'autres armes." dit l'homme avec un sourire condescendant. Il fouilla le sac puis le tendit à Chipi : "Le voici. Viens avec moi, je t'emmène dans le réseau."

Merk prit une torche et ils prirent un des deux grands escaliers et descendirent jusqu'à arriver à une longue place avec une fosse de chaque côté et à ses deux extrémités s'ouvraient deux galeries obscures. Sur un côté de cette place, il y avait d'étranges petites maisons basses pleines de fenêtres et de portes, certaine faiblement éclairées, d'autres obscures, en partie plongée dans la fosse. La fosse était à sec et au fond on devinait deux barres brillantes en métal qui se perdaient à droite et à gauche dans l'obscurité.

"Voilà, tu peux descendre là et prendre à droite ou à gauche, comme tu préfères. Bon voyage, Chipi." dit l'homme.

Le garçon sauta dans la fosse et regarda l'homme : "Je parie que tu ne vas pas me dire comment je peux reconnaître le contrôleur Volle." dit-il.

"Pari gagné, morveux !" répondit-il en riant, et il ajouta : "Va, maintenant."

Chipi allait poser une autre question, mais il y renonça. Il regarda à droite, puis à gauche : le noir des deux côtés. Il pria sa bonne étoile et s'éloigna à pas rapides. Un léger vent tiède soufflait des galeries, avec une odeur de poussière. Il marcha jusqu'à réaliser qu'il n'arrivait plus à voir où il marchait. Donc Merk non plus ne pouvait plus le voir. Il s'arrêta et se retourna. Une vague clarté indiquait la place d'où il était parti.

En marchant, il avait remarqué que sur le côté droit se trouvait comme une longue niche qui, par rapport à la place, passait en-dessous. Il s'y glissa et se remit en marche en sens inverse, vers la place. Il devait marcher courbé, l'espace était exigu. Voilà, il se trouvait à peu près à l'endroit où Merk lui avait dit de sauter dans la fosse : si Merk était encore là, il devait être juste au dessus de sa tête.

Il s'accroupit en silence. Il attendit. Des voix. "... le poste de repos ! Patience." disait une voix.

"Allez, tu n'en as plus pour longtemps à aller chez le contrôleur Volle. Fais attention, le garçon a pris la bonne direction, mais en marchant dans le noir, il mettra plus longtemps et il n'est pas sûr qu'il ne se trompe pas, si en plus il n'est pas tué avant. Et surtout il ne sait pas par où prendre à la jonction 13. Si tu descends par le puits d'aération, après la troisième station, tu y seras sûrement avant lui. Fais vite, je t'attends pour dîner, tu peux arriver à rentrer à temps."

"Oui, belle course. Si je le rencontre, je dois le tuer ou pas ?"

"Merk n'a rien dit, fais comme tu penses."

"D'accord. Bon, alors j'y vais."

Chipi se recroquevilla encore plus. Il avait bien deviné, il s'agissait à présent de suivre le guerrier sans être vu. Il l'entendit sauter et le vit un peu plus en avant, aller vers la galerie. Par chance, il ne se retourna pas, il marchait à grands pas. Chipi, sans quitter la niche, essaya de retourner dans l'obscurité de la galerie sans perdre le guerrier de vue. Lequel, une fois dans la galerie, alluma une étrange lumière, semblable à celle de la barre lumineuse de la chambre du chef de station, mais plus faible. Chipi se dit qu'il avait de la chance : il n'avait qu'à suivre cette faible clarté.

Revenu dans l'obscurité, il put sortir de la niche et marcher debout et plus vite. La faible lueur devant lui se voyait pas moments : le guerrier marchait plutôt vite et la lumière s'éloignait. Chipi accéléra. Le sol était lisse et plat, sans obstacles, sauf que parfois il cognait le pied contre l'un des étranges longs bâtons métalliques qui lui semblaient comme des guides. Parfois il perdait de vue la lumière qui s'éloignait petit à petit de lui, mais il comprit que c'était quand la galerie tournait.

Il avait le souffle un peu court, le guerrier marchait vite. Il avait du mal à le suivre, il n'arrivait pas à tenir son rythme. Son cœur battait fort. Puis il remarqua comme une auréole, un cercle de lumière faible et diffuse. Il ralentit, un peu confus, se demanda à la rencontre de quoi il allait. La lumière approchait et Chipi commença à distinguer le sol. Il chercha des yeux une niche : il semblait ne pas y en avoir, mais il finit par voir son début. Il s'y glissa et continua plié en deux, plus lentement. Il entendit de nouveau des voix.

C'était la fosse d'une autre place. A une dizaine de mètres devant lui se trouvait le guerrier, dans la fosse, qui parlait avec quelqu'un sur la place. Il arriva à capter quelques mots du guerrier :

"... par ici, forcément... fait, il n'y a pas à dire... ouverts, je l'aurais vu... ...ment, je sais, il est à droite... pour lui, en un sens... peut-être pas, moi pas au moins... dois rentrer pour le dîner." puis il le vit repartir.

Chipi dépassa la place et se retrouva dans la galerie obscure. Il avait perdu du temps, il ne voyait plus la lumière. Il accéléra de nouveau le pas, il respirait fort et il se demanda si sa respiration ne s'entendait pas, à lui elle semblait très forte. Il cogna le pied droit contre l'omniprésente barre de fer et s'écarta un peu à gauche, mais aussitôt son pied gauche frappa l'autre barre. Etrange, se dit-il, et il ralentit et se cogna à nouveau le pied droit. Les deux barres convergeaient et se refermaient. Il se pencha et vérifia avec les mains. Il sentit qu'après s'être rejointes, les deux barres divergeaient à nouveau. Serait-ce un genre de signal ?

Il ne voyait plus la lumière devant lui. Il mit les pieds au point de convergence et marcha à tâtons les mains en avant jusqu'à ce qu'il cogne un mur. Le mur était étroit et tournait tant à droite qu'à gauche, en coin. Chipi était stupéfait. Ici, à l'évidence, la galerie changeait de forme, mais comment ? Il fit demi tour et chercha les barres de métal par terre. En les suivant il s'aperçut qu'elles allaient une à droite et l'autre à gauche de cet étrange mur en coin... Laquelle des barres avait suivi le guerrier ? Il approcha de nouveau du mur étrange et chercha du regard dans les deux directions : aucune lumière, ni à droite ni à gauche. Le noir était profond, le silence irréel, rompu seulement par de lointains échos de gouttes.


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