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histoire originale par Andrej Koymasky


pin CHIPI, EN L'AN 2574 CHAPITRE 5
CHIPI RENCONTRE KLARE QUI LUI DONNE
SON EPREUVE D'ADMISSION

Il mangea son nouveau repas. Puis il remit la table sous le trou d'aération et y mit dessus la chaise, retourna au lit, le fit de façon parfaite puis, depuis le fond, s'enfila dans le sac du matelas et se coucha dedans lentement avec de petites contorsions, jusqu'à ce que son corps s'insère parfaitement dans le vide qu'il y avait fait.

Quand il fut bien installé, il cria à pleins poumons : "Adieu, Guerriers, je m'en vais !" et, immobile, il attendit.

Il entendit la porte s'ouvrir et une exclamation étouffée : "Eh, il n'est plus là !"

"Ne dis pas de conneries..."

"Non, je te dis qu'il n'est plus là !"

"Putain, comment... Il s'est enfui par là !"

"Ce n'est pas possible, même la tête ne passe pas par ce trou, ce n'est pas possible !"

"Il n'est plus là, il n'est plus là ! Il faut donner l'alarme !"

"Putain, on va l'entendre, Volle ! Mais comment il a fait ?"

"Je ne sais pas, je ne comprends pas : c'est un démon, ce type ! Fermons la porte à clé et allons appeler le chef de station !"

Ils sortirent. Chipi attendait, amusé : ça marchait. Un instant il pensa ressortir et se faire trouver dans la cellule, mais il décida que pas encore. Il les entendit arriver. Le chef de station était furieux. Il les accusa d'avoir laissé la porte ouverte, de n'avoir pas bien monté la garde et les deux guerriers de gardes devinrent furieux.

"Il faut donner l'alarme et le faire rechercher !" dit le chef de station. Ils ressortirent et refermèrent la porte à clé.

Alors Chipi ressortit lentement du matelas. Ils avaient éteint. Il ralluma, arrangea le lit de façon à ce que le vide au milieu du matelas ne se voit pas trop, s'assit à table et attendit. Il n'entendait aucun bruit. Mais après un moment il entendit des voix énervées dans la pièce voisine et il reconnut celle de Volle. Il l'attendit en souriant. La porte s'ouvrit et Volle entra, il s'arrêta, l'air fâché.

"Putain, mais qu'est-ce qui vous a pris ? Il est ici." cria-t-il, énervé.

Derrière lui apparurent les visages du chef de station et des deux sentinelles qui le regardaient bouche bée. "Mais... il n'était pas là. Il n'était pas là !"

Chipi les regardait l'air de ne pas comprendre. "Que se passe-t-il ?" demanda-t-il en se levant.

"Où étais-tu parti ? Où t'étais-tu mis ?" demanda le chef de station, il criait presque, le visage rouge.

"Parti ? Où pouvais-je partir ? J'ai toujours été là, assis." dit Chipi d'un air d'ange.

Une sentinelle le prit par le collet : "Tu n'étais pas là ! Comment es-tu sorti et rentré ? La porte était fermée ! Dis-le !"

"Ne sois pas idiot, tu sais bien que je ne pouvais pas sortir. C'est quoi cette blague ? Vous me prenez pour un idiot ?" dit Chipi.

"Il n'y a aucune cachette possible, ici, et on ne peut en sortir que par la porte, alors tu aurais dû être là." dit Volle.

"Il n'y était pas, moi aussi je l'ai vu, contrôleur." dit le chef de station, sûr de lui.

"Mais il est là." dit Volle irrité. Puis il se tourna vers Chipi, le regarda et lui demanda : "Mais... dis-moi donc... comment as-tu fait pour qu'ils ne te voient pas quand ils te cherchaient ? Tu n'es jamais sorti d'ici, n'est-ce pas ? Qu'as-tu inventé, cette fois-ci ?"

"Il n'était pas là, contrôleur, il n'y était pas." insista le chef de station.

"Et bien, j'étais dans le lit." dit Chipi.

"Non, le lit était comme maintenant, s'il y était on n'aurait pas pu ne pas l'y voir ! Il n'était pas au lit, ni sous le lit !" dit une des sentinelles, furieuse.

"Non, je n'étais pas au lit, j'étais dans le lit." répéta Chipi.

"Que diable racontes-tu ?" demanda le chef de station.

Volle approcha du lit, enleva la couverture, remarqua la dépression au milieu, pressa un doigt et éclata de rire.

"OK, OK, il était dans le lit ! Mais et ce que tu as ôté d'ici ?"

"Dans la bouche d'aération." dit Chipi avec la tête d'un gamin pris sur le fait.

"Et pourquoi as-tu fait ça ?" demanda Volle, amusé.

"Et bien, je m'ennuyais, alors..." dit Chipi en le regardant l'air hésitant, mais les yeux rieurs.

"Bon, tu n'auras plus le temps de t'ennuyer, j'ai parlé avec Klare."

"Il va me recevoir ?"

"Oui. Apparemment ce que je lui ai dit de toi a éveillé son intérêt. Et il ne sait pas encore le truc du matelas. Il veut te rencontrer."

"Tout de suite ?"

"Non, demain. Mais maintenant mieux vaut que tu viennes avec moi, avant d'avoir d'autres tentations. Allons-y."

Chipi le suivit et Volle l'emmena dans sa chambre.

"Tu es vraiment terrible, Chipi. Tu as battu le chef Duna, qui n'est pas le dernier venu, tu es arrivé à me trouver et à me faire venir jusqu'à toi avec ton truc des rats, tu es sorti d'ici et tu es passé de Saint à Pwertan en moins d'une semaine, tu as persuadé les Pwertans de te montrer l'entrée et tu as rendu fous ceux qui devaient te garder à l'œil... Mais qui es-tu, en fait ?"

Chipi le regarda, un peu surpris par la question, et répondit : "Chipi, je ne suis que Chipi. Un garçon qui a souffert une bonne partie de sa vie de la faim et qui a appris à survivre."

"Mais qui n'en a pas perdu sa bonne humeur. Ça te semble peu ? Je peux me tromper, mais je crois que tu deviendras quelqu'un."

"Je suis déjà quelqu'un, je suis Chipi !" répondit le garçon, comme si ça expliquait tout.

"Mais qu'attends-tu de la vie ?" lui demanda Volle.

"Moi ? De la vie ? Qu'elle soit décente, qu'elle me laisse vivre."

"Mais que voudrais-tu devenir ?"

"Un homme bien, comme était mon Aska."

"Et c'est quoi, un homme bien ?"

"Quelqu'un qui se connait, qui sait regarder devant lui. Qui connait sa place dans ce monde."

"Et quelle est ta place dans ce monde ?"

"C'est ce que j'essaie de trouver. Je suis encore jeune. Peut-être le comprendrais-je peu à peu, du moins je l'espère."

"Comment fait-on pour se connaître ?"

"Il faut se mettre à l'épreuve, être honnête avec soi-même, reconnaître ses limites mais chercher à les dépasser, enfin, c'est ce que je crois."

Volle prenait un plaisir évident à parler avec Chipi, à lui poser des questions. Ils mangèrent ensemble et poursuivirent leur conversation.

Chipi, à un moment, lui demanda : "Et toi, comment es-tu devenu Bakji ? et contrôleur des Bakji ?"

"C'est une longue histoire. Je suis né il y a trente neuf ans. Mon père était un des meilleurs excavateurs de ruines, il avait un sixième sens pour creuser là où il fallait, trouver des objets à échanger, des vivres, des choses utiles. Parfois venaient des hommes des Sages pour donner à manger en échange de ce que trouvait mon père, des objets de lumière et de chaleur. Et aussi parce que ma mère avait un autre talent : elle savait marchander. Mais un jour, le peu de bien-être que mes parents avaient obtenu attira l'attention d'une bande. Une bande alors en nombre insignifiant, mais déjà forte. Les Polchyas. Et les Polchyas vinrent chercher mon père et l'obligèrent à leur donner tout ce que nous avions. Nous étions quatre frères et trois sœurs, j'étais le plus petit, j'avais alors quinze ans. On s'est battus. Les Polchyas nous ont battus, ils ont emmené toute ma famille et je n'en ai plus jamais rien su. Morts ? Vivants ? Qui sait ? J'ai échappé d'un cheveu à la capture, mais j'ai juré de me venger.

"Je savais que les Bakjis sont les pires ennemis des Polchyas alors j'ai cherché les Bakjis et j'ai demandé à devenir l'un d'eux. Ils ont dit que j'étais trop jeune, que je devais attendre au moins trois ans, mais j'étais pressé. Alors, comme je savais que les Bakjis n'ont pas de compagne et le font entre eux, chaque fois que je voyais un Bakji, je lui demandais : tu me veux comme garçon ? Je suis jeune, mais je peux te donner plus de plaisir qu'un de vos garçons... Je tournais dans Niokko en tâchant de rester propre et séduisant et j'ai refait cette offre à tous les Bakjis que je voyais. D'habitude la réponse était un rire, parfois un coup de pied, mais toujours un non. Puis j'ai rencontré Tron, un Bakji de la station Berly. Je lui plaisais. Alors il m'a emmené en bas, et il m'a dit qu'il me prenait en tutelle jusqu'à ce que j'ai dix-huit ans. Il est devenu mon amant et mon maître. J'avais dix-sept ans quand il y a eu une bataille contre les Polchyas. Je m'y suis distingué et le chef d'alors, qui assistait à la bataille, m'a accepté comme guerrier.

"Quand l'année d'après notre chef est mort au combat, il y a eu un concours pour choisir le nouveau chef. Malgré mon jeune âge, j'ai gagné toutes les épreuves : j'étais le plus jeune chef des Bakjis. J'avais ton âge. Notre chef de station ne me plaisait pas, pour moi, c'était un incapable. Alors, à vingt ans, je l'ai défié, mais j'ai perdu. J'ai dû changer de station et me séparer de Tron. Je me suis soumis à un entraînement dément. Je voulais retrouver Tron et la seule façon était de devenir chef de station de Berly. A vingt et un ans j'ai à nouveau défié mon ancien chef de station. Il a voulu un duel en surface, au dernier sang, tous coups permis. Cette fois je l'ai vaincu. Les autres chefs de Berly m'ont accepté comme chef de station. J'ai retrouvé Tron. Puis, à vingt-neuf ans, j'ai rencontré Klare, il avait dix-huit ans et voulait devenir Bakji. J'ai appuyé sa requête. Il a été admis. Klare a fait une carrière fulgurante et il avait à peine vingt cinq ans quand il est devenu le boss de tous les Bakjis. Dès qu'un poste de contrôleur s'est libéré, il m'a voulu à ses côtés. Voilà, en résumé, mon histoire."

"Et Klare, comment a-t-il fait, en huit ans, pour passer de simple guerrier au boss ?" demanda alors Chipi, fasciné.

"Klare est un homme d'une force et d'une intelligence hors du commun. Et il a un don inné pour juger les hommes. Et aussi pour se faire apprécier. Ces dons, ensemble, lui ont permis de gravir tous les échelons de notre hiérarchie en très peu de temps. Je crois qu'il est le boss le plus aimé que nous ayons jamais eu, et les anciens le confirment."

"Tu l'admires beaucoup."

"L'admirer ? C'est peu dire. Et ne suis pas le seul, je te l'ai dit."

Chipi avait hâte de rencontrer Klare. Par ailleurs, si sa renommée était arrivée jusqu'à Maratta, c'était certainement un homme exceptionnel. Le chef de la bande de guerriers la plus fameuse et la plus nombreuse, le chef de plus de dix mille hommes. Une légende vivante à seulement vingt-huit ans.

"Les Bakjis sont tous amants deux à deux ?" demanda Chipi ?

"Non, il y a aussi des célibataires. Mais on vit toujours à deux, de toute façon : quand ce n'est pas avec son amant, avec son meilleur ami. Et on se bat toujours à deux."

"Et les amants sont toujours du même groupe ?"

"Bien sûr."

"Mais si deux hommes de stations différentes voulaient se mettre ensemble ?"

"Il suffit qu'ils demandent à leurs chefs et en général l'un des deux est transféré à la station de l'autre."

"Et il arrive que deux amants veuillent se séparer ?"

"C'est très rare, mais ça arrive. Ils le disent alors à leur chef direct et l'un d'eux est transféré, simplement. Mais chez nous les unions durent longtemps, d'habitude. Jusqu'à la mort d'un des deux."

"Et tu es encore avec ton... comment s'appelle-t-il ?"

"Tron ? Non, il est mort il y a trois ans au combat. Maintenant je suis avec un guerrier qui s'appelle Fanih."

"Et Klare ?"

"Il n'a jamais eu d'amant."

"Comment cela se fait-il ?"

"Je ne sais pas. Chacun est libre de faire comme il veut et personne ne demande pourquoi à un autre, dans ce cas là."

Quand il fut l'heure d'aller dormir, Volle fit promettre à Chipi qu'il ne ferait aucune blague, puis il se retira dans sa chambre avec Fanih, et il fit dormir Chipi dans la pièce d'à côté. Le garçon s'endormit tranquillement, il attendait avec anticipation et envie le lendemain et sa rencontre avec Klare.

Finalement le moment arriva. Volle le fit descendre jusqu'à la place où une plateforme avait été mise sur les barres de métal de la partie sans maisons. Ils y montèrent et Chipi faillit pousser un hurlement de surprise et de peur : la plateforme commença à bouger toute seule à vitesse croissante. Ils parcoururent des galeries et passèrent des stations à une vitesse incroyable et la petite plateforme, avant chaque station, émettait un son aigu qui résonnait et il y avait toujours à la station des guerriers alignés sur la place.

Puis la plateforme ralentit et s'arrêta à une place aux murs verts et blancs.

"Nous voici arrivés. Descends." dit Volle.

"Ouh ! Quelle course ! Comment fait cette chose, pour bouger ?"

"Elle a un moteur électrostatique."

"Un quoi ?" demanda Chipi.

"J'ignore ce que c'est, je connais juste le nom. Chaque contrôleur en a une et le boss aussi. On sait l'utiliser, mais pas comment ça marche. Peut-être les Sages le savent-ils. C'est comme pour les lumières froides et d'autres choses qu'on utilise. Mais viens, maintenant, Klare nous attend."

Ils montèrent par le grand escalier jusqu'à une grande salle avec des colonnes puis un autre grand escalier une autre salle avec plusieurs portes, chacune gardées par deux sentinelles. Toutes avec des bracelets vert et blanc. Volle s'arrêta devant une porte et la sentinelle le fit tout de suite entrer sans rien lui demander. C'était une pièce avec une table ovale et onze sièges. Ils la dépassèrent et entrèrent par une autre porte dans une pièce meublée avec luxe : un guerrier était assis à une table et traçait des signes sur une feuille avec un petit bâton à pointe.

"Ah, contrôleur Volle, le boss vous attend. Entrez donc."

Volle acquiesça et ouvrit une autre porte : c'était une petite pièce, simple, avec une table derrière laquelle un homme était assis et il y avait trois sièges devant.

"Klare, voici le garçon, Chipi." dit simplement Volle.

L'homme se leva, Chipi le regarda et resta bouche bée : c'était, la copie conforme de son Aska, en plus beau si c'était possible ! Il était plus que beau, il était vraiment fascinant. Il avait l'air sérieux mais pas sévère, des yeux pénétrants mais lumineux et chaleureux, les lèvres douces et sensuelles mais qui exprimaient de l'énergie. De tout son corps émanait un sens de puissance virile et de force, mais aussi d'agilité, une élégance presque féline. Chipi se sentit sur le coup follement amoureux.

"Ainsi c'est toi, le terrible Chipi..." dit Klare d'une voix chaude et basse.

Chipi frémit comme s'il l'avait caressé. "Oui..." réussit-il à peine à chuchoter.

"Bien, tu voulais me parler en personne. Laisse-nous, Volle. Je vais entendre ce que ce garçon a à me dire."

Volle acquiesça et se retira.

"Assieds-toi." dit Klare en s'asseyant lui-même.

Chipi le remercia mentalement : il sentait ses jambes molles d'émotion, s'il ne lui avait pas dit de s'asseoir il aurait craint de tomber.

"Alors, qu'avais-tu à me dire de si important et de si secret ?" demanda l'homme avec gentillesse, en l'étudiant.

"Voilà, je..., je suis Chipi des Raptors de Maratta. Ma bande a été anéantie par les Franme de Maratta, moi seul suis resté vivant, sans doute parce qu'ils m'ont cru mort. Je voulais te demander de devenir un Bakji : c'est pour ça que je suis venu."

"Tu voulais devenir Bakji et pour cela tu as voulu me voir moi ? Il suffisait que tu le demande à n'importe quel Bakji. Quel besoin avais-tu de me le demander à moi spécialement ?"

"Klare, si je l'avais demandé à n'importe quel Bakji, il aurait suffit qu'il soit d'accord pour que je sois accepté ?"

"Non, bien sûr. Mais il aurait sans doute appuyé ta demande et peut-être aurais-tu été accepté."

"Mais si tu l'appuyais toi, personne ne te dirait non, j'imagine. Je voulais être sûr."

"Et pourquoi devrais-je appuyer ta demande ? Tu ne réalises pas que je pourrais être ennuyé par ta prétention ? Et ça pourrait me pousser à te dire non."

"Oui, bien sûr, je comprends. Mais je ne crois pas que tu vas me dire non pour ça. Tu voudras me connaître."

"Et tu es sûr que si je te connaissais, je te dirais oui ?"

"Je l'espère, après tout ce que j'ai fait."

"Ceci est ton arme, n'est-ce pas ?" demanda Klare en sortant l'arme d'Aska de derrière la table.

"Oui, c'était l'arme de mon Aska, avant qu'il soit tué. C'est lui qui l'a faite."

"C'était ton amant ?"

"Oui, j'étais son esclave."

"Son esclave ?"

"Les Raptors avaient des esclaves, j'étais son esclave et son amant. Et je me suis battu avec lui. Tu vois ce collier ? Il porte les trois couleurs de mon Aska, il veut dire que je lui appartiens."

"Mais, il est mort, non ?"

"Ça ne change rien. Du moins tant que je suis un Raptor, le dernier des Raptors."

"Etrange conception de la fidélité, mais louable. Nous n'avons pas d'esclaves : nous sommes guerrier ou rien. Quel effet ça fait, d'avoir un maître ?"

"Le même effet que d'avoir un amant : je lui appartiens et sa vie m'est plus précieuse que la mienne."

"Oui. Mais pour des amants la chose est réciproque."

"Quand je serais devenu un guerrier moi aussi, alors ce serait devenu réciproque. Je serais devenu son amant et plus juste son esclave. Même si, au fond, ce ne sont que des mots."

"Et si je décidais que non ?"

"Je recommencerais à zéro. Jusqu'à arriver à te convaincre de me dire oui."

"Ou de te tuer."

"Bien sûr, ou de me tuer."

"Et si je te tuais tout de suite ?"

"Alors fais-le avec l'arme d'Aska. Dans ce cas je ne pourrai pas recommencer à zéro, bien sûr, et tu serais débarrassé de moi."

"Tu es étrange, Chipi. Tu t'appelles Chipi, c'est ça ?"

"Oui, exact."

"J'aime ton nom. Chipi. Et toi aussi, tu me plais, malgré tout. Tu es un garçon étrange, je n'ai jamais rencontré personne comme toi. J'ai entendu parler de tes prouesses. Y compris la dernière, celle du matelas."

"Comment est-ce possible ? Tu n'as pas parlé avec Volle !" demanda Chipi, stupéfait.

Klare prit sur la table une petite boîte noire : "Avec ça, je peux parler avec tous mes contrôleurs, n'importe quand, il suffit de parler là dedans."

Chipi le regarda ébahi, puis il dit : "Vous avez ici des choses extraordinaires que je n'avais jamais vues à Maratta."

"Des restes de la civilisation passée. Mais malheureusement, quand ils cessent de fonctionner, ils sont perdus à jamais. Mais tant qu'ils durent, ils sont utiles. Mais revenons-en à toi : que peux-tu faire pour me convaincre de t'accueillir chez les Bakjis ?"

"Tout ce que j'ai fait et, si tu veux, autre chose. Demande."

Klare le regarda longuement sans rien dire. Puis il reprit avec un petit sourire : "A propos des choses extraordinaires de la civilisation passée..."

Chipi le regardait, plein d'amour, devant le sourire, il s'illumina : "Oui ?"

"Tu sais qui sont nos pires ennemis ?"

"Oui, les Polychias."

"Exact. Ils deviennent de plus en plus forts et redoutables. Mais surtout, ils ont une arme qui m'inquiète. C'est un bâton noir avec sur la poignée comme des anneaux qui peuvent tourner. Ce bâton, pointé sur quelqu'un à quelques pas de distance, peut paralyser ou provoquer de terribles douleurs et même tuer quelqu'un, rien qu'en réglant les anneaux. J'ignore s'ils ont d'autres pouvoirs. Si tu arrives à m'en rapporter un, je te prends parmi les Bakjis. Sinon, mieux vaut que tu ne te montres plus."

Chipi sourit : "D'accord. J'essaierai. Mais alors, comme cette épreuve n'est sûrement pas des plus faciles, je te demande autre chose : si je rapporte le bâton noir, tu me prends dans ton groupe."

"Dans mon groupe ? Et pourquoi ?" demanda Klare avec un regard intense.

"Parce que je voudrais être près de toi."

"Pourquoi ?"

"Parce que je suis amoureux de toi." dit Chipi en sentant sa gorge se nouer.

"Amoureux." répondit Klare, presque songeur, puis il ajouta : "Tu voudrais devenir mon amant ?"

"Cela ne dépend pas de moi : il me suffirait d'être près de toi. Pouvoir te regarder, te servir, vivre pour toi."

"Mais nous n'avons pas d'esclaves, ici."

"Je voudrais être le tien."

"Même si je ne t'amenais jamais dans mon lit ?"

"Même..."

"Tu es étrange, Chipi. D'accord, je te le promets : si tu m'apportes ce bâton noir, je te prendrai dans mon groupe. Et il n'est pas exclu que tu viennes dans mon lit, parfois : tu me plais, même si tu n'es encore qu'un garçon."

"J'ai presque dix-neuf ans, maintenant."

"Oui, et tu es très beau garçon, mais plus encore, tu es intéressant. Et courageux, tu me plais. Alors, prêt à essayer ?"

"Plus que prêt, dans ces conditions. Je peux te demander, avant de partir, de me faire parler avec tous les guerriers qui savent quelque chose sur les Polychias ?"

"Bien sûr. Je le dirai à Harek, mon secrétaire. Je te confierai à lui. Je t'accorde une semaine pour te préparer, puis tu partiras."

"Merci, Klare. Et si je ne devais pas rentrer, cette arme est à toi."

Klare appela Harek et lui confia Chipi.

Celui-ci, quand il fut seul avec le secrétaire, lui demanda : "Que sont ces signes que tu dessinais sur ces feuilles ?"

"Ceux-là ? Ça s'appelle l'écriture : les mots qu'on dit, il est possible de les écrire. Par exemple, ton nom s'écrit comme ça."

"Et ces petits signes, celui qui les voit comprend qu'ils disent Chipi ?" demanda le garçon, stupéfait.

"Bien sûr. Bien que rares sont ceux qui savent lire et écrire, malheureusement."

"Mais, à quoi ça sert ?"

"Ça sert à se souvenir des choses, des décisions prises, de notre histoire, et à laisser des messages."

"Cela semble utile. C'est difficile d'apprendre à lire et à écrire ?"

"Non, pas tellement."

"Alors pourquoi tout le monde n'apprend pas ?"

"Oh, tout le monde n'est pas intéressé. Ni doué."

"Cette semaine, à tes moments libres, tu pourrais m'apprendre ?"

"Si tu veux."

"Mais si on sait lire et écrire, n'importe où, on utilise les mêmes signes ?"

"Oui, parce que chaque signe représente un son. Tu vois, -A- s'écrit comme ça."

"Et -I- comme ça, pas vrai ?" dit Chipi en traçant un signe.

"Exact. Comment le sais-tu ?"

"Avant, tu as écrit Chipi, et dans Chipi, le seul son répété deux fois est -I-, alors..."

"Bravo, tu es intelligent et vif. Si tu as aussi une bonne mémoire, tu apprendras vite. En tout il n'y a que 87 signes à se rappeler."

Ainsi, pendant cette semaine, Chipi rassembla des informations sur les Polychias et apprit les 87 signes phonétiques et donc à lire et à écrire, à la grande stupéfaction du secrétaire.

"Je n'ai jamais rencontré personne qui ait appris aussi vite à lire et à écrire. Tu es vraiment doué." lui dit-il quand Chipi fut prêt à partir.

Klare et Volle lui dirent au revoir.

Klare lui dit : "Chipi, j'espère que tu pourras revenir. Je te souhaite de réussir. Tu as un plan ?"

"Pas vraiment. Mais plus ou moins. Je le changerai en fonction des circonstances."

"J'espère te revoir, Chipi." dit Klare et, pour la première fois, il lui dit au revoir à la façon des guerriers, c'est-à-dire en serrant de la main gauche le poignet de la droite refermée en poing. Chipi reprit son geste et, en compagnie de deux guerriers, il monta en surface.

C'était un coin de Nokkio qu'il ne connaissait pas, au sud de la très grande étendue de décombres. Il portait la veste des Pertwans, qui eux vivaient dans les quartiers nord, et qu'il était presque sûr de ne pas rencontrer ici. Il n'avait pas voulu d'armes, il n'avait que quelques vivres. Il salua la sentinelle à l'entrée et partit d'un pas résolu dans la direction où on lui avait dit qu'il y avait un siège de Polychias. Mais il n'avait pas l'intention de les trouver : il allait se faire trouver.

Il s'éloigna assez de l'entrée de la cité des Bakjis et marcha jusqu'à atteindre une vaste zone verte, presque plate. Là, lui avait-on dit, vivait une petite bande, les Jayas, ainsi que de nombreuses familles de paysans que la bande protégeait et dont elle vivait. Les Jayas avaient été alliés des Bakjis, mais ils étaient maintenant passés dans le camp des Polychias qui avaient un siège non loin. Il s'y engagea. On aurait cru être à la campagne. Des gens, penchés sur le sol, travaillaient en groupes familiaux : des hommes, des femmes et des enfants. Et de ci de là un Jaya armé patrouillait la zone. Les hommes regardaient Chipi passer, mais quand ils voyaient qu'il n'approchait pas, ils se remettaient tranquillement au travail. Chipi pénétrait toujours plus loin dans cette zone verte, parsemée ça et là de petites maisons qui lui rappelaient celle de Serek.

Après un moment il s'arrêta sous un arbre et s'assit. Il prit un peu à manger dans son sac et se mit à grignoter. Peu après un couple de Jayas en vestes rouges s'arrêtait devant lui.

"Qui es-tu, que veux-tu et que viens-tu faire ici ?" demanda la femme.

"Je suis Chipi, un ex Pertwans, j'ai quitté ma bande, je cherche fortune."

"Fortune ? Et quel genre de fortune ?" demanda l'homme avec l'air de se moquer de lui.

"Oh, la vie offre tant de possibilités."

"Lève-toi !" dit la femme. Chipi obéit. "Tourne-toi." ordonna-t-elle. Chipi obéit encore. "Tu voudrais devenir Jaya ?" demanda-t-elle.

"Je ne sais pas, qui sont les Jayas ?" demanda Chipi en feignant l'ignorance.

"C'est nous les Jayas, les protecteurs de cette zone."

"Des amis des Bakjis, je parie." dit Chipi l'air méprisant.

"Noon ! Pas des Bakjis, des Polychias." répondit l'homme avec fierté.

"Les Polychias ? J'en ai entendu parler, mais je n'en ai jamais vu. C'est qui ?"

"Les nouveaux maîtres de Niokko. Tu as l'air fort, toi. Pourquoi as-tu quitté ta bande ?"

"Parce que... pour divergence. Je préfère ne pas en parler, c'est personnel." dit Chipi en prenant l'air sombre.

"Et que sais-tu faire ?" lui demanda la femme Jaya.

"Me battre, évidemment !"

"Et tu voudrais devenir Jaya."

"Ça c'est vous qui le dites, moi, je ne sais pas encore."

"Cette zone est la nôtre. Ici, tu es un cultivateur ou Jaya ou rien. Et toi, pour l'instant, tu n'es rien." dit l'homme Jaya.

"Et comment fait-on, éventuellement, pour devenir Jaya ?" demanda Chipi.

"Comment faire ? D'abord tu dois venir au camp et te battre avec trois des nôtres. Si tu montres que tu sais te battre, on t'emmène chez les Polychias pour le contrôle. S'ils disent que tu es OK, tu deviens Jaya."

"Le contrôle ? Quel contrôle ?"

"Nous ne voulons pas d'espions, ni de traitres, ni de profiteurs."

"Et quel contrôle font-ils ?"

"Ils ont une machine qui sait si tu dis la vérité ou pas. Ils te posent des questions. Faciles. Alors, tu veux devenir Jaya, ou cultivateur ou tu préfères t'en aller ?" demanda la femme Jaya.

"Cultivateur, non. M'en aller... ça me plait, ici. Alors peut-être Jaya. Vous avez une belle veste." dit Chipi en souriant.

"Alors viens. Voyons si tu sais te battre." dit l'homme Jaya.

Ils se mirent à ses côtés et l'emmenèrent au camp. Un beau camp : un carré parfait de bâtiments bas, avec un mur d'enceinte et une grande cour centrale. Le mur d'enceinte, en haut, avait un chemin sur lequel marchaient des sentinelles de long en large.

Maintenant qu'il savait lire, Chipi vit écrit sur la porte : "Domaine Nouvelle Emeri, District de Niokko, Aire de Pak, siège des Jayas". Il se dit que c'était pratique de savoir lire, mais il fit semblant de rien. Le couple l'emmena dans une pièce et dit à celui qui devait être leur chef que Chipi demandait à être admis.

L'homme l'étudia puis accepta : "Selon nos règles tu peux choisir deux adversaires et nous, nous en choisissons un. Vous devrez vous battre : les adversaires que tu auras choisis décideront du genre de combat, pour celui que nous avons choisi, tu décideras."

"Ça me semble honnête."

"Après les combats, les Jayas décideront s'ils t'envoient au contrôle ou te font quitter notre aire. C'est sans appel."

"Compris."

"Ce soir on choisira tes trois adversaires et les combats auront lieu demain matin."

"Un à la fois ou tous ensemble ?"

"Un à la fois. Jusqu'à demain, tu restes au camp. On te donnera une chambre : tu ne pourras être que dans ta chambre ou dans la cour, tout autre endroit t'est interdit. Et tu ne pourras pas sortir du camp."

"Compris."

"Chez nous, toute infraction aux règle est punie du fouet ou de mise à l'écart, selon sa gravité. Alors fais attention à ce que tu fais."

"Je ne connais pas vos règles, je pourrais en violer une en ce moment même, pour ce que j'en sais."

"Il suffit que tu obéisses à ce qu'on te dit. Si tu fais quelque chose que tu ne devrais pas, tu auras un premier avertissement. La deuxième fois, tu seras puni."

"Compris."

On l'amena dans une chambre minuscule qui donnait directement dans la cour. Il n'y avait qu'une paillasse et un banc. Chipi, laissé seul, regardait la cour par la fenêtre. Les Jayas étaient une bande mixte, mais tous habillés pareil, les cheveux très courts, et parfois il n'était pas facile de voir tout de suite qui était homme et qui femme. Le soir on lui apporta à manger. Le jaya qui lui apporta à manger était un homme d'environ deux ans de plus que Chipi. Il resta dans la chambre pendant qu'il mangeait.

"Alors comme ça tu veux entrer chez les Jayas ?"

"Oui, pourquoi pas ? Tu y es depuis longtemps ?"

"Quatre ans. Tu étais dans une autre bande ?"

"Oui, les Pwertans."

"Jamais entendu parler. Pourquoi es-tu parti ?"

"Une dispute."

"A quel sujet ?"

"Je n'ai pas envie d'en parler."

"N'empêche que les Polychias le découvriront.." dit le guerrier avec un petit sourire.

"Et comment ?"

"Ils te poseront des questions auxquelles tu devras répondre par oui ou par non et ils sauront si tu dis vrai ou pas. Ils ont une machine infaillible."

"Bien. Je n'ai rien à cacher."

"On a tous quelque chose à cacher. Mais avec eux, ça ne marche pas."

"Et toi, qu'as-tu à cacher ?"

"Et tu crois que je vais te le dire ? Je ne te connais pas. Même si tu m'as l'air d'un type bien."

"Toi aussi tu m'as l'air d'un type bien. Comment tu t'appelles ?"

"Masha, et toi ?"

"Chipi."

"Tu aimes les hommes ou les femmes ?"

"Les hommes. Et toi ?"

"Moi aussi. Et tu me plais."

"Toi aussi."

"Alors, cette nuit, je viendrai te voir."

"Bien."

Masha arriva en pleine nuit, quand Chipi avait renoncé à l'attendre. Il se coucha à côté de Chipi et le réveilla en le caressant entre les jambes.

"Ah, tu es venu." chuchota Chipi, vite excité par ces caresses intimes.

"Oui, bien sûr, tu me plais à la folie." murmura l'autre en commençant à lui ouvrir le pantalon.

Chipi le toucha entre les jambes et le sentit déjà complètement excité. Masha caressait à pleines mains son sexe dur et exposé.

"Tu es bien fait, là aussi, et tu l'as bien dur." murmura-t-il et il se pencha pour le lécher.

Chipi gémit, en proie au plaisir. Masha le prit en bouche et se mit à le sucer tandis que Chipi commençait à le déshabiller. Peu après ils étaient tous deux nus et étroitement enlacés. Chipi explorait sa raie des fesses à deux doigts.

Masha frémit : "Oh, oui, encule-moi, Chipi, baise-moi !"

"Oui." dit le garçon et il lui écarta les jambes et s'inséra entre elles.

Et il le prit. Masha se pressait contre lui, en proie à un plaisir fort, il s'agitait, il gémissait : "Oh oui. Comme ça. Tu es fort. Baise-moi, Chipi, fais-la moi sentir en entier !"

Chipi se mit à le labourer avec de plus en plus de plaisir. Masha se masturbait, il haletait et sa bouche mordillait les tétons de Chipi. Lequel caressait les jambes musclées du guerrier sans cesser de labourer son trou chaud.

Quand ils arrivèrent à l'orgasme, Masha lui dit : "J'espère que tu pourras devenir Jaya, Chipi. J'aimerais devenir ton compagnon fixe."

"Je ne sais pas si j'arriverai à battre mes trois adversaires."

"Tu n'as pas à les battre : il te suffit de convaincre tout le monde que tu sais te battre, que tu es fort et ne te rends pas facilement.

"Oui, mais si après je ne passe pas le contrôle des Polychias ?"

"Alors tu as quelque chose à cacher !"

"Qui n'a rien à cacher ?" lui demanda Chipi en reprenant les mots que Masha lui avait dits avant.

Ce dernier lui caressa le sexe : "Toi par exemple, tu m'avais caché cela."

"Non, pas à toi, tu l'as vu." dit Chipi, malicieux.

"Oui, et ça m'a plu... j'espère que tu passeras le contrôle."

"Oui, bien sûr. Et toi, ils t'ont posé quoi comme questions il y a quatre ans, tu t'en souviens ?"

"Plein qui n'avaient aucun sens, certaines précises..."

"Comme ?"

"Si j'avais quelque chose contre les Polychias, par exemple."

"Je n'ai rien contre eux : je ne les connais pas."

"Si je comptais rester fidèle aux Jayas..."

"Ah, oui." dit Chipi, songeur.

Masha lui donna d'autres exemples et Chipi se demandait comment il s'en sortirait. Il ne lui restait qu'à attendre. Mais avant il devait affronter les trois champions des Jayas.

Ils se rhabillèrent et Masha le quitta. Chipi s'endormit. Il fit un rêve étrange : il devenait le chef des Jayas et tous lui demandaient de faire l'amour avec lui, hommes comme femmes. Et il passait tout son temps au lit pour les satisfaire tous, mais au lieu de s'affaiblir, il sortait plus fort de chaque rapport. Il se réveilla à l'aube, il se sentait bien, vraiment bien, plein d'énergie.


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