Sa mère ne voulait pas que Jaume arrête ses études et parte travailler, a fortiori loin de Barcelone. Elle aurait voulu qu'il passe son diplôme et entre à l'université, elle voulait en faire un médecin, qu'il devienne "quelqu'un". Mais son père fut d'accord : si Jaume, comme il le disait, n'avait pas envie de faire des études, un emploi dans un restaurant de luxe était une manne divine.
Ainsi, ayant rempli tous les documents et fait les démarches nécessaires, en Septembre 77, au lieu de reprendre le lycée, Jaume commença à travailler à La Brasa. Au début, il fit la plonge au service de 10 heures à 18 heures. Mais vite, avenant comme il était, et surtout en raison de sa bonne grâce et de ses belles manières, le propriétaire lui fit faire sur mesures un uniforme de garçon et le mit en salle comme garçon auxiliaire, pour qu'il apprenne le métier. Jaume était un enchantement avec son pantalon noir étroit, sa large chemise blanche, le gilet court ouvert et le nœud de velours souple rouge au col. Il était vraiment attrayant et sensuel. Surtout avec son air de bon garçon ingénu, son regard intelligent, son attitude réservée mais prévenante.
Au début il habita une chambre à trois lits mise à disposition par le propriétaire, qu'il partageait avec un garçon et un cuisinier.
Quand il se mit à servir en salle, il commença aussi à recevoir de généreux pourboires. A la fin du premier mois, entre salaire et pourboires, Jaume avait reçu 75 000 pesetas. En outre le soir, en parcourant les rues, les plages, les bars du village, il avait ferré plusieurs touristes qui lui avaient rapporté presque 90 000 pesetas. Bien sûr, pensait-il, s'il avait eu un endroit à lui où recevoir les clients, il aurait pu gagner beaucoup plus. Il devait mettre plus d'argent de côté et d'ici six mois il pourrait enfin retirer toutes ses économies de la banque et en disposer à loisir. Il se sentait heureux et satisfait.
Un soir, dans la boîte Le Trailer, Carrer d'Angel Vidal, il remarqua un beau garçon, un petit brun très séduisant, qui le regardait depuis un moment. Jaume l'observa longtemps du coin de l'œil. Le garçon devait avoir 19 ou 20 ans, pas plus. Physiquement, il était bien proportionné, même si pas très grand. Il était élégant, raffiné, ce devait être un riche touriste. Et à sa façon de le regarder, il avait l'air très intéressé par lui.
Jaume, après qu'ils se soient regardés un moment, se leva de sa place et s'approcha du garçon puis, se penchant vers lui avec un sourire, il lui demanda : "Tu parles espagnol ?"
"Je suis espagnol."
"Seul ?"
"Pour l'instant."
"Tu attends quelqu'un ?"
"Personne en particulier. Tu es touriste, ici ?"
"Non, je suis garçon à La Brasa."
"Ah, le meilleur restaurant de Sitges."
Ils parlèrent ainsi un moment, en s'étudiant. Puis ils allèrent danser. Jaume se sentait de plus en plus attiré par ce petit brun.
A la fin, incapable de se retenir plus, il lui demanda : "Tu as un endroit ?"
"Oui, je suis à l'hôtel Incognito. Tu veux y venir avec moi ?"
"Oui, bien sûr. Ils me laisseront rentrer ?"
"Oui, oui, sans problème. Mais, je t'avertis, je fais ça pour de l'argent. Et je suis cher."
Jaume le regarda, d'abord stupéfait, puis il éclata de rire.
L'autre, surpris par cette réaction, lui demanda : "Ça te semble si drôle ?"
"Oui... oh oui... parce que moi aussi je suis tapin."
Alors ce fut au tour de l'autre d'éclater de rire. Ils parlèrent encore longtemps, cette fois surtout de leur métier.
Puis le garçon, qui s'appelait Alvino, lui dit : "écoute, Jaume : ce soir j'espère trouver un bon client. Mais tu me plais beaucoup. Alors vers une heure, si ni toi ni moi n'avons trouvé, je t'invite à passer la nuit avec moi. Tu viendras ? Ça te dit ?"
"D'accord. De toute façon moi aussi j'aimerais bien qu'on devienne amis. J'ai l'impression d'avoir un paquet de choses à apprendre de toi."
Ils ne se retrouvèrent pas ce soir là : Jaume avait trouvé un client riche. Mais deux soirs plus tard, Jaume suivait Alvino à l'hôtel. Ils avaient tous les deux une grande envie de l'autre. Ils se déshabillèrent l'un l'autre. Jaume vit enfin le corps nu et le sexe d'Alvino. Ils firent l'amour et cela leur plut beaucoup à tous deux. Ils dormirent ensemble. Au matin, avant de se séparer, ils se donnèrent rendez-vous. Par la suite ils ne firent plus l'amour souvent, mais ils se retrouvèrent presque tous les jours pour être ensemble, se promener, bavarder, aller dîner, puis au cinéma ou danser. Alvino fut généreux en conseils pour Jaume.
Alvino vivait à Madrid huit mois par ans et passait quatre mois l'été à Sitges ou dans d'autres coins touristiques à forte activité gay. Il vivait seulement en faisant le tapin, mais il était vraiment très cher : pas moins de 10 000 pesetas par fois et par personne. A Madrid il avait un appartement et il ne recevait que sur rendez-vous : il ne sortait plus racoler depuis deux ans. Il avait une bonne clientèle fixe qui, à son tour, lui envoyait des amis, ce qui assurait le renouvellement de sa clientèle. Parmi les nombreux conseils qu'il donna à son jeune collègue, certains petits trucs frappèrent Jaume et il s'en convainquit vite.
"Prends grand soin de ton corps, c'est la première chose qui attire le client : fais de la gym, des massages, fais en sorte d'être toujours légèrement bronzé, ni trop ni trop peu, et surtout intégralement bronzé. Et la bouche : haleine fraîche, dents très blanches. Soigne bien ton habillement : des choses de marque, belles, élégantes mais pas voyantes, à la mode mais raffinées. Adaptées à tout endroit, pour que le client n'ai jamais honte de se montrer avec toi. Fais-toi une belle garde robe et fais toujours retoucher le prêt à porter : tu dois presque être comme un mannequin, mais avec un air moins lisse, plus spontané. Cultive-toi : souvent les clients, surtout les plus riches, ne veulent pas juste baiser ; ils veulent aussi parler, échanger des idées. Alors lis beaucoup, des quotidiens, des revues et des livres. Etre tapin de luxe est un travail difficile, sérieux et à temps plein. Tu ne vends pas que ton corps, mais ta compagnie. C'est le gap entre tapin et escort. De toute façon, tu verras, plus tu t'impliques plus tu auras de succès. Sinon fais la pute pour tous, à deux sous. Tu as l'étoffe, Jaume, à toi de faire !"
Quand Alvino retourna à Madrid, Jaume avait mûri plusieurs idées et il commença vite à prendre la direction que lui avait indiquée son nouvel ami-collègue.
Il commença par rechercher un appartement à acheter, assez au centre du village mais pas dans la partie médiévale. Il voulait un immeuble respectable de belle apparence. Il tourna longtemps, visita plusieurs appartements en vente jusqu'à ce que, vers la fin de l'année, il trouve quelque chose qui lui plaisait vraiment. C'était Carrer de Sant Mus, au 12, au dernier étage. Il y avait un vieil ascenseur, lent, mais l'entrée était élégante, bien entretenue et même l'ascenseur avait un air agréable, avec ses formes antiques et surtout il était ciré et lustré.
Aux étages inférieurs il y avait un cabinet médical et une étude d'avocat, les logements d'un professeur et du propriétaire d'un bon restaurant et de deux familles de petits bourgeois qui vivaient l'une à Madrid et l'autre à Cordoue mais qui passaient les vacances à Sitges. Sur le même palier, au dernier étage, vivait une ancienne gloire du théâtre, maintenant à la retraite. L'appartement en vente avait été celui du vieux pharmacien de Avingunda de Sofia, mais à sa mort son fils avait décidé de vendre : il vivait dans un appartement plus grand et plus beau, juste au dessus de la pharmacie.
L'appartement faisait 125 m2, plus une grande terrasse-veranda de 35 m2, complètement fermée par des vitrages. Toutes les maisons voisines faisaient au moins un étage de moins, si bien que des fenêtres de l'appartement et de la terrasse on ne voyait que les toits des autres maisons, vers la montagne.
La porte d'entrée donnait sur une vaste pièce, d'où on passait dans un couloir qui menait à toutes les autres pièces. Oui, il faudrait faire bien ré-arranger tout ça. Il changerait tout l'ameublement, qui était compris dans le prix, et surtout il referait les murs. Il ne garderait que la belle et antique bibliothèque du bureau qu'il mettrait dans la première pièce, et quelques autres meubles vraiment beaux. Le reste il le vendrait. La salle de bain et les toilettes étaient séparées, ce qui lui plaisait. Il enlèverait l'ancienne baignoire et il la remplacerait par une douche vitrée d'environ deux mètres sur un et demi : on pourrait s'y doucher à deux, voire à trois, à l'aise et aussi y faire l'amour. Ce qui était le bureau deviendrait l'alcôve pour baiser. La lumière y arrivait de la véranda. A côté de la cuisine il y avait un grand espace borgne où il ferait installer un lit à bronzer et quelques appareils de musculation. Enfin, il y avait la chambre où il dormirait lui : les clients n'y viendraient jamais. La chambre aussi donnait sur la véranda. Celle-là, se dit-il, il la transformerait en un petit jardin d'hiver, où il y aurait la place de baiser en plein air, mais à l'abri des regards...
Pendant qu'il visitait l'appartement, tout était déjà clair dans sa tête. Oui, il devait absolument l'acheter ! Ils en demandaient trois millions. Il n'avait alors en banque que près d'un million. Par ailleurs il gagnait chaque mois 180 000 pesetas dont il pouvait économiser l'essentiel, si bien qu'en un an, au pire un an et demi, il serait en mesure de rassembler les deux millions manquant. Si néanmoins ils n'exigeaient pas un paiement comptant et immédiat. La seule chose qu'il obtint fut qu'ils attendent fin Mars pour vendre, c'est à dire la date de ses 18 ans où il pourrait débloquer son compte en banque. Il discuta encore un peu mais il n'arriva pas à les faire changer d'avis : en Mars ils voulaient 3 millions rubis sur l'ongle. Le pharmacien lui suggéra d'aller voir un banquier.
Alors il y alla et il apprit que, une fois majeur, comme il avait un travail régulier, il pourrait obtenir le prêt des deux millions manquants et les rembourser mensuellement avec intérêts. S'il remboursait en quatre ans ils devrait payer 71 650 pesetas par mois. Et ces deux millions lui coûteraient près de trois millions et demi, mais ça lui allait. Il lui resterait assez, chaque mois, pour arranger la maison petit à petit. Mais, avec la maison, il pourrait demander lui aussi 10 000 pesetas par passe au lieu des trois ou quatre mille qu'il demandait aujourd'hui. Et puis, au moins au début, il pourrait être moins regardant sur les clients qu'il acceptait. Alors il retourna chez le pharmacien et réserva l'appartement en versant un modeste acompte. Il ne lui restait plus qu'à attendre le 1er Mars 1978 : encore trois mois.
Sitges, autour de Noël, s'animait à nouveau. Jaume, au restaurant, était devenu garçon de plein titre. Il travaillait à présent en horaires décalés : de 10 à 14 et de 19 à 23 heures. Cet horaire lui plaisait. Il disposait l'après midi de cinq heures libres qui pouvaient lui être précieuses s'il s'organisait bien. Puis le soir, c'était justement vers 23 heures que les lieux de rencontre commençaient à s'animer et à se remplir et il pouvait donc partir en chasse entre 11 heures et demi et une heure. S'il ne trouvait pas, il rentrait dormir et il pouvait rester au lit jusque vers 9 heures. Si par contre il trouvait, il allait se coucher plus tard, mais rarement après 3 heures et il lui restait quand même six bonnes heures de sommeil.
Il était satisfait, il avait tout planifié.
Il s'était trouvé deux activités utiles pour occuper ses après-midi : d'abord deux heures de gym et dix minutes de lampe à bronzer, tant qu'il n'avait pas sa maison et ses agrès, puis une heure et demi de cours de langues. Pour commencer il avait repris et amélioré son anglais et son français. Ses journées étaient pleines, mais Jaume était heureux. Quand il aurait sa maison, les choses iraient encore mieux.
L'avant-veille de son anniversaire, Jaume alla au Planta Baja, à Santa Tecla. Il aimait ce bar. Il y avait fait les meilleures rencontres. Vers minuit entra un homme dans les 35 ans. Grand, châtain clair, aux grands yeux lumineux. Il regarda partout et il remarqua vite Jaume assis sur un banc. Il vint s'asseoir à côté de lui, décidé, et avec un fort accent allemand il commanda une bière.
Puis il se tourna vers Jaume et lui demanda : "Je peux t'offrir une bière ?"
"Non, merci, je ne bois pas d'alcool."
"Alors une boisson sans alcool. J'invite moi, si tu permets."
Jaume ébaucha un sourire et accepta. L'autre, en sirotant son verre de bière, ne le quittait pas des yeux.
"Tu as quel âge, garçon ?"
"Tout juste dix-huit ans." Mentit Jaume.
"Ah, je t'en donnais vingt. Tu t'appelles comment ?"
"Jaume."
"Jaime ?"
"Non, Jaime c'est castillan. Je suis Catalan : Jaume."
"Alors tu es d'ici, tu n'es pas touriste."
"Oui, je suis garçon au restaurant La Brasa."
"Je n'y ai pas mangé. Ton travail te plait ?"
"C'est bien pour vivre, pas pour les extras."
"Oui, je comprends. Tu as une copine, toi ?"
Jaume le regarda amusé : c'était un bar gay ! Quelle question idiote.
Mais il secoua la tête et répondit : "Les filles ne m'intéressent pas."
"Je te comprends, moi non plus elles ne m'intéressent pas. Tu sais que tu es très beau ?"
"Merci. On me l'a dit, parfois."
"Tu serais libre, maintenant ?"
"Oui, je suis libre."
"Alors ça te dirait de venir à ma résidence ? On pourrait écouter un peu de musique, se détendre un peu..."
"Mais je fais le tapin."
"C'est ce que je pensais. Tu veux combien ?"
"Six mille pesetas." Lâcha Jaume.
"Mais tu fais tout ?"
"Bien sûr, n'importe quoi, sauf le sado-maso."
"Ça me va, Jaime, allons-y."
"Jaume..." le corrigea-t-il encore.
Il le suivit. Il logeait au Tropicana. A peine dans la chambre il lui paya tout de suite les 6000 pesetas et il commença à se déshabiller. Jaume fit de même. L'allemand avait le corps un peu massif et velu, mais pas laid, et entre ses jambes pendait une véritable matraque de chair pas encore en érection. Jaume se dit qu'il n'avait jamais rien vu de si long et de si gros. L'autre aussi le regardait et quand il vit que Jaume aussi était bien équipé entre les jambes, il murmura "gut !" et il le poussa vers le lit. Il s'étendit sur le côté et commença à le palper sur tout le corps. Jaume le laissait faire. Il avait l'impression que c'était le genre de client qui aimait mener le jeu et qui n'appréciait pas que l'autre aussi prenne des initiatives.
L'allemand, après l'avoir palpé un moment et avoir joué, ravi, avec l'érection de Jaume, lui demanda : "Garçon, tu as déjà pris combien de bites dans le cul ?"
"Peu," mentit Jaume, "quatre ou cinq."
"Et tu fais la pute depuis quand ?"
"Depuis ma majorité, il y a trois mois."
"Mais tu baisais avec des mecs avant, non ?"
"Parfois, avec des copains."
"Et vous faisiez quoi, hein, petits cochons ?"
"On se prenait en bouche..."
"Et vous vous déchargiez en bouche ?"
"Oui..."
"Et vous vous la mettiez aussi dans le cul, cochons ?"
"Moi non. J'avais un copain qui se faisait mettre par moi. La première fois que je me suis fait mettre, c'est il y a trois mois."
Le type s'excitait avec ce discours et Jaume lui donnait la réplique. Il savait, par instinct et par expérience, ce que l'autre voulait entendre et il le lui disait, inventant avec art. Et plus il s'excitait, plus il devenait vulgaire et grossier, alors Jaume fit tout pour avoir l'air du garçon encore dans ses premières expériences, honteux, et ne parlant que par allusions sans jamais utiliser un mot vulgaire. Il avait vu juste : le type s'excitait rien qu'en croyant le mettre mal à l'aise. Mais bizarrement, son toucher et ses caresses n'avaient rien de grossier ni de vulgaire.
Quand l'homme vit que Jaume était physiquement excité, il se releva sur le lit et Jaume se prépara mentalement à l'assaut et à l'invasion de ce sexe disproportionné.
Mais à sa grand surprise l'allemand se mit à quatre pattes et s'offrit à lui en le suppliant : "Encule-moi, allez, défonce-moi, mets-moi, bourre-moi à fond !"
Jaume, avec un muet soupir de soulagement, s'empressa de se mettre à genoux derrière lui et il le pénétra vigoureusement, presque avec rudesse, d'un seul coup puissant. L'autre était en extase. Il continuait son discours vulgaire, il accompagnait les mouvements de Jaume pour accroître la force de la pénétration. Jaume l'attrapa par la taille et se mit à le prendre avec toute la vigueur et soudain, sans que Jaume ne l'ait masturbé ni même n'ait effleuré son sexe, l'homme éjacula en contractant violemment ses muscles anaux, suivi de près par Jaume.
Alors l'homme se retira, se tourna, nettoya avec quelque kleenex le sexe encore dressé de Jaume et le lui suça et lécha un moment.
A la fin il dit : "Merci, tu as été géant. Tu méritais ce que tu as demandé."
Il commença à se rhabiller et Jaume l'imita, veillant comme il avait appris à le faire quand il se déshabillait ou se rhabillait, à n'aller ni plus vite ni plus lentement que le client.
L'homme le raccompagna jusqu'à la rue et il lui dit : "Ça te dirait de revenir demain soir ?"
"Oui, c'est d'accord."
"Tu viens directement au Tropicana à onze heures ?"
"Si tu veux. Mais plutôt onze heures et demie."
"Ça t'ennuie si j'invite un ami ?"
"Non, mais c'est tarif double, alors."
"Oui, bien sûr. Alors à demain soir, beau petit mec !"
Le soir suivant, dès la fin de son service, Jaume retourna au Tropicana. Pendant le temps qu'il mettait d'habitude à satisfaire un client, il pourrait en faire deux et gagner le double. Pas mal du tout. Va savoir comment serait l'ami de l'allemand ? Il le saurait bientôt.
Il monta à la chambre de son client et frappa. Ce dernier vint lui ouvrir en robe de chambre de soie noire, lui tendit tout de suite l'argent. Jaume le compta et le mit dans son portefeuille. Sur le lit, il y avait un homme de trente ans, déjà complètement nu, qui se masturbait lentement, les jambes écartées. Il fit tout de suite une impression désagréable à Jaume : c'était un blond décoloré au corps ramolli et son air de tantouze fut tout de suite confirmé par une voix de fausset qui sonnait le fêlé. Mais maintenant il était là, alors il commença à se déshabiller pour voir pour quel rôle on le payait.
Il monta sur le lit et le blondinet se mit tout de suite en position, à quatre pattes, en disant de sa voix plaintive : "Ne me fais pas trop mal, vilain garçon !"
Jaume comprit que c'était une claire invitation à être rude, alors il l'empala avec force, sans préliminaire ni préparation et il s'enfonça en lui à fond, comme dans une motte de beurre tiède. Il le bourra longuement pendant que l'autre frétillait sous lui en extase en lançant de petits cris qui se voulaient de douleur. Quand le garçon commença à se fatiguer, il simula un orgasme : il était passé maître à ça. La tarlouze, qui s'était masturbé tout le temps, éjacula dans une cacophonie de gémissements de plaisir. Et de un, pensa Jaume. L'autre pendant ce temps avait observé la chevauchée forcenée de près, en se masturbant lui aussi et en soulignant l'action par un flot d'obscénités.
A peine Jaume se dégagea-t-il que l'autre grimpa sur le lit et enfila son énorme cylindre dans le trou dilaté de son ami, en disant à Jaume : "Pendant que je bourre le cul de cette truie lubrique et défoncée, toi tu m'encules : fais-moi la bien sentir, étalon !"
Jaume prit alors l'allemand à son tour, avec la même fougue. Mais cette fois ça lui plaisait : il était plus étroit et plus ferme et même son corps était moins déplaisant. Ce n'était certes pas son idéal masculin, mais ça pouvait aller. Pendant qu'il le montait, il leva les yeux et vit dans le miroir de l'armoire proche du lit se refléter l'image de leurs trois corps encastrés qui s'agitaient dans ce rapport et cela l'excita beaucoup et il jouit à l'improviste, en pensant que quand il aurait sa maison, il devrait mettre des miroirs tout autour du lit de l'alcôve. Presque tout de suite l'allemand jouit aussi en insultant sa tarlouze d'ami...
Jaume rentra chez lui avant une heure, prit une douche et alla se coucher satisfait, pas tant par cette baise que par les 12 000 pesetas qu'il venait d'ajouter à son portefeuille. Ses deux compagnons de chambre dormaient déjà dans la béatitude.