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histoire originale par Andrej Koymasky


pin JAUME DE SITGES CHAPITRE 9

Jaume exerça un contrôle attentif sur ses propres sentiments. Au début ce ne fut pas si facile, parce qu'il était rapide à se sentir attiré par certains de ses clients dès qu'il sentait un peu de tendresse, d'affection et alors il fantasmait en croyant avoir trouvé son "prince charmant". Mais il avait fermement décidé de ne plus y croire.

L'amour, en admettant qu'il existe, était un luxe qu'il ne pouvait pas se payer. C'était une illusion qu'il ne pouvait pas essayer d'affronter. C'était un conte auquel il devait cesser de croire.

Aussi, lorsqu'il sentait qu'une de ses rencontres risquait de se transformer en plus qu'un simple rapport physique rémunéré, il le tenait sous contrôle, le limitait et parfois il y mettait simplement fin. Parfois, ce choix le rendait tendu et amer, mécontent. Mais le plus souvent il le faisait se sentir libre, maître de la situation, en sécurité.

Il recommença à prendre soin de son corps, de son aspect, de sa culture. Il voulait être le meilleur sur la place de Sitges, et il l'était. Tous les autres garçons qui tapinaient l'estimaient et il était admiré et respecté. Cela grâce aussi à son caractère. Il n'était pas rare qu'il donne un coup de main à un autre garçon quand il se trouvait en difficulté et il ne le faisait pas juste parce qu'il savait n'avoir aucune concurrence à craindre, mais avant tout parce que c'était une bonne âme, généreuse.

Parfois même il lui arrivait de faire l'amour avec un de ses "collègues", surtout avec certains des nouveaux qui, chaque année, apparaissait sur la place colorée et vivante de Sitges. Et il avait aussi pour ces nouveaux de précieux conseils. Quant aux clients, il les choisissait toujours lui seul et son prix pouvait être colossal ou ridiculement bas, selon comment lui évaluait le client. Mais d'habitude il était plutôt cher.

Avec les années, un peu par son caractère, un peu par application, un peu par expérience, il était arrivé à comprendre presque d'emblée ce que l'autre attendait de lui, au delà de la communication verbale, et il le lui donnait. Tous, dès la première fois où ils couchaient avec lui, en étaient enthousiastes. Les seules choses qu'il refusait étaient les rapports sado-maso, le fist-fucking, l'uro, le bondage - tant dans le rôle actif que passif : cela lui répugnait autant physiquement que psychologiquement. Au fond, bien qu'il cherche à avoir des rapports si non cyniques au moins rationnels et détachés avec ses clients, il était et il restait un romantique et dans les rapports sexuels il recherchait toujours au moins un fond de douceur. Mais surtout de respect réciproque.

Arriva 1984 et son 24ème anniversaire. Il fit une fête chez lui où il invita Miguel, Juan et Pablito, un de ses amis tapin de dis-sept ans, récent arrivé à Sitges, qu'il avait aidé à faire ses premiers pas et à s'installer.

Il l'avait connu le soir même de son arrivée à Sitges. Jaume se promenait, un peu après minuit, le long de la plage. Ce soir là il n'avait pas envie de chercher des clients : Patrick l'avait quitté peu avant et il se sentait triste. Les mains en poche il se promenait le long de la ligne où mouraient le vagues, le regard perdu dans l'obscurité de la mer. Cette obscurité veloutée dont arrivaient de faibles rafales tièdes et un bruit rythmé, feutré, comme une respiration profonde, tout cela le fascinait. Le souffle éternel de la mer... pensait-il ravi. Il sentit descendre en lui comme une grande paix qui peu à peu semblait apaiser la sourde douleur qui subsistait au fond de son cœur.

Il s'était arrêté.

A un moment il vit une ombre arriver vers lui. La silhouette, sa démarche, fit penser Jaume qu'il s'agissait d'un garçon plutôt jeune et bien fait. Il le regardait approcher et il restait immobile. Tout doucement il se mit à en distinguer les détails.

Quand l'autre arriva sur lui leurs regards se croisèrent, puis l'autre, presque gêné, lui demanda : "Tu as une cigarette?"

Jaume répondit avec un sourire et lui en offrit une. Puis il la lui alluma et le garçon posa une main légère sur la sienne, comme pour guider le briquet au bon endroit. Jaume sentit que cette main tremblait un peu. Leurs yeux se rencontrèrent de nouveau et Jaume lui sourit.

L'autre lui dit alors : "Je suis Pablo. Et toi?"

"Jaume."

"Jaume? Catalan, alors."

"Oui. Et toi tu es castillan, par contre."

"Oui. Vous autres catalans vous détestez les castillans, pas vrai?"

"Parfois. Mais tu m'a l'air difficile à détester, toi."

"Tu crois? Pourquoi tu dis ça?"

"Parce que tu es beau, mais surtout parce que tu as un beau sourire."

"Merci. Mais toi aussi tu es beau. Mais, être beau n'implique pas toujours d'être quelqu'un de bien."

"Tu ne l'es pas?"

"J'espère que si. Tu habites ici? Tu fais quoi?"

"Oui, j'habite ici. Le jour je suis garçon et la nuit tapin."

"Tapin? Et tu le dis comme ça?"

"Bien sûr. Tu es choqué?"

"Non... non, non! Moi aussi je le fais, parfois... Je suis venu parce que j'ai entendu que c'est facile, ici, il y a plein d'étrangers plein de désir et de sous... c'est vrai?"

"Tu viens d'arriver?"

"Oui, cet après-midi."

"Tu as déjà fait quelque chose, aujourd'hui?"

"Non. J'espérais que tu pourrais être mon premier client, mais..."

"Ici à la plage tu ne trouveras rien ni personne. Il faut aller dans les bars. Tu en connais?"

"Non, et puis je n'ai pas d'argent. Je suis vraiment fauché."

"Je t'y emmène si tu veux. C'est moi qui invite, bien sûr."

"Vraiment? OK, merci."

Jaume lui fit faire le tour des endroits gays de Sitges et il le présenta aux propriétaires, gérants et au personnel comme un ami. Il était une heure quand Jaume décida de rentrer.

Alors il demanda à Pablito : "Je parie que tu n'as pas d'endroit pour dormir."

"Non..."

"Bon, cette nuit tu peux dormir chez moi. Demain je t'emmène à une pension très bon marché où tous les clients sont des tapins. Tu t'y feras des amis et il te sera plus facile d'entrer dans le jeu. On y va ?"

"Merci. Tu habites loin?"

"Non, c'est à deux pas."

"Tu habites seul ?"

"Oui."

"Tu as deux lits ou..."

"Oui, j'ai deux lits. Grands tous les deux. Si tu veux tu peux dormir seul."

"Sinon ?"

"Avec moi, si tu préfères."

"Mais toi, ça te dit ?"

"Oui, je crois que oui. Tu me plais, tout castillan que tu sois." Dit-il en plaisantant.

Pablo lui répondit joyeusement : "Toi aussi tu me plais, bien que tu sois catalan. Alors je crois qu'autant qu'on dorme dans le même lit."

Une fois chez Jaume, Pablito demanda à prendre une douche. Puis il rejoignit Jaume dans son lit et ils firent l'amour presque jusqu'à trois heures du matin. Jaume aima la fraîcheur du garçon et il lui fit l'amour avec plaisir et abandon, en le prenant et en se faisant prendre et en l'emmenant encore et encore à des sommets de plaisir. Pablito était submergé d'émotion après ce long rapport amoureux.

"Putain ! Mais si tu es comme ça avec tes clients, ils doivent tous vouloir revenir, après la première fois. Tu es une bombe ! Je n'avais jamais fait l'amour aussi bien, jusqu'à aujourd'hui !"

Jaume sourit et lui ébouriffa les cheveux : "Je ne suis comme ça qu'avec ceux dont je veux qu'ils reviennent."

"Alors tu veux que je revienne ?"

"On sera tous les deux assez occupés avec nos clients, je crois... et j'espère. Il est très rare que je fasse l'amour avec un tapin, tu sais ?"

"Oui, je comprends. Mais à chaque fois que tu voudras, fais moi signe et je lâcherai tout. Tu me plais sacrément, tu sais ?"

"Toi aussi tu me plais. Peut-être qu'on pourra se retrouver, au lit, je veux dire. Mais tu dois d'abord t'installer. De l'argent on peut s'en faire plein, mais il file aussi très vite. Dormons maintenant, à neuf heures je dois me lever pour aller travailler."

L'après-midi Jaume accompagna Pablito chez Mama Pata qui lui donna un lit dans une chambre à quatre. Les trois autres avaient à peu près son âge. Jaume lui prêta de quoi payer une semaine d'avance. Après ce jour ils se revirent à plusieurs reprises. Pablito lui rendit ce qu'il lui avait prêté et il voulu aussi lui faire un cadeau pour lui dire sa reconnaissance. Jaume lui donnait souvent des conseils qu'il suivait aveuglément. Et deux ou trois fois ils firent encore l'amour.

Pendant la fête Miguel ne faisait que regarder Pablito : à l'évidence il l'attirait beaucoup. Pablito répondait à sa cour discrète en coquette : il était clair que Miguel ne lui déplaisait pas du tout.

Jaume appela un peu plus tard Pablito à la cuisine sous prétexte de se faire aider et il lui dit : "Si tu veux, tu peux emmener Miguel dans la chambre aux miroirs."

"Ça ne t'ennuierait pas ?"

"Bien sûr que non. Vous êtes mes amis et si vous avez envie d'être un peu seuls... Mais ne lui demande pas d'argent, c'est mon ami."

Pablito parut offensé : "Bien sûr que non, pour qui me prends-tu ?"

"D'accord, pardon. C'est juste que j'y tiens, à Miguel."

"Tu l'as déjà fait avec lui ?"

"Bien sûr, un paquet de fois."

"Qu'est-ce qu'il aime faire ? Si tu me le dis je vais lui faire plaisir..."

"Découvre-le par toi même. C'est plus drôle, non ?"

Il revinrent avec la glace. Après qu'ils aient mangé tous les quatre ensemble, Pablito se leva et alla murmurer quelque chose à l'oreille de Miguel. Celui-ci regarda Jaume l'air interrogatif et Jaume lui fit un petit signe affirmatif, en souriant. Alors Miguel se leva et, sans rien dire, il prit Pablito par la taille et il l'emmena dans la pièce aux miroirs. On entendit le bruit de la clé.

Juan regarda Jaume, sourit et dit à voix basse : "Depuis le début de la soirée Miguel déshabille ton ami du regard. Enfin il le déshabille vraiment."

Jaume fit oui puis il dit : "Ça te dit un peu de musique symphonique ?"

"Bien sûr, ça me va. Tu leur créés une ambiance musicale ?"

"Oui, un fond sonore. Bien que, connaissant ces deux-là, il vaudrait peut-être mieux leur mettre un rock."

"Et... pour nous deux, qu'est-ce qui irait bien ?" demanda Juan d'une voix chaleureuse.

Jaume lui sourit : "Une symphonie, justement. Tu viens par là ?"

"Oui, j'allais te le demander. Tu es le seul mec avec qui je continue à faire l'amour, tu sais ? Et même, avec qui j'ai envie de le faire. Et tu es le seul avec qui je l'ai jamais fait."

"Oui, je sais, mais je persiste à ne pas comprendre pourquoi. Tu aimes les femmes et je n'ai rien de féminin."

"Oui, mais tu es bel homme, doux et viril en même temps."

"D'autres hommes sont doux et virils. Miguel, par exemple, et aussi Pablito."

"Bien sûr, mais je ne crois pas que je pourrais avec eux. Je veux dire que je suis sûr qu'ils sauraient aussi me donner du plaisir. Mais je serais mal à l'aise, ils ne m'attirent pas, l'idée de faire l'amour avec eux ne m'excite pas. Même quand tu me pénètres, maintenant, je me sens à ma place. Si je couchais avec d'autres hommes, par contre, je me sentirais une pédale. Avec toi non. C'est idiot, non ? Je dois avoir pété une durite."

"Certainement ! Mais quand tu baises une femme, tu ne penses jamais à un homme ?"

"Bien sûr que non. Je profite de la femme."

"Et quand tu le fais avec moi ?"

"Alors je pense à toi et je profite de toi. Et maintenant j'ai envie de toi. Sens comme je suis déjà dur !"

"Quand tu es avec moi tu ne penses pas aux femmes ?"

"Et comment je pourrais, avec ta bite qui pistonne dans mon cul ?"

"Mais quand c'est toi qui me prend ?"

"Pas plus. J'aime te toucher et te regarder et te sentir si viril ! C'est autre chose, tu comprends ? J'aime te faire jouir et te voir jouir. Et j'aime comme tu sais me faire jouir. Avec toi je me sens à ma place."

"Oui, je vois, mais je ne comprends pas. Si tu es bi, tu devrais éprouver la même chose pour d'autres hommes."

"Non, ça me foutrait la honte. Avec toi c'est différent. On se connaît bien. Tu as été le premier et le seul homme de ma vie. J'aime me déshabiller devant toi, j'aime comment tu me regardes, comment tu me touches. J'aime te regarder, te toucher. Avec un autre homme j'aurais honte."

Ils allèrent dans la chambre de Jaume et ils firent l'amour. Juan, au lit, était de plus en plus désinhibé et fougueux. Et avec Jaume il avait la plus douce des tendresses.

Ils furent réveillés au matin par Pablito qui leur apporta le café au lit. Ils prirent une douche et ils s'habillèrent, puis les quatre amis se retrouvèrent pour le petit déjeuner.

Puis Miguel et Juan dirent au revoir et repartirent pour Barcelone. Pablito sortit avec Jaume et l'accompagna jusqu'à La Brasa.

"Il me plait, ton ami Miguel, c'est un garçon bien."

"Tous mes amis sont des gens biens."

"Moi aussi ?"

"Bien sûr. Tu es mon ami, non ?"

"C'est bon d'être ton ami. Les garçons, dans les bars, ne parlent de toi qu'en bien. Même les plus sales langues, je ne les ai jamais entendu dire ne serait-ce qu'un mot méchant sur toi. Je crois que tu es le garçon le plus estimé de tout Sitges."

"Tant mieux. J'ai de la chance."

"Non, je ne crois pas que tu aies de la chance. C'est que tu es gentil avec tous, tu as le mot juste pour tous, tu donnes un coup de main à qui en a besoin, un conseil, un soutien. Tu es un juste."

"Mais non... je suis juste... moi. Je flanque aussi des torgnoles à celui qui me casse le cul."

"Oui, Xavier m'a dit tu lui as sacrément sonné les cloches."

"Et il t'a aussi dit pourquoi ?"

"Oui. Et je lui ai dit que tu avais bien fait. Et il m'a dit que c'était vrai."

"Pauvre Xavier. Mais je crois que ça lui a servi."

"Je crois aussi. Toi, à Sitges, tu es une espèce de leader, j'ai découvert."

"Moi ? Mais non. Ai-je déjà donné un ordre à quiconque ?"

"Non, c'est vrai. Mais quand tu dis un truc, c'est comme ça. Tout le monde t'écoute et Marcel dit que tu es le roi de Sitges."

Jaume sourit et secoua la tête. Ils étaient arrivés devant La Brasa. Ils se dirent au revoir. Pablito alla faire quelques achats, puis il alla au Reflejos pour voir s'il y trouvait des collègues. Il y trouva Carlos et Jorge. Il s'assit avec eux et ils se mirent à bavarder. Carlos disait qu'il avait trouvé un appartement vide derrière la gare.

"Il est beau. En s'y mettant à quatre on pourrait le louer. Il a deux chambres à coucher et un séjour, cuisine et salle de bain. On pourrait dormir tous dans une chambre et garder l'autre et le séjour pour recevoir les clients qui n'ont pas d'endroit. On se partagerait le travail ménager à tour de rôle. Vous en dites quoi ?"

"Moi je suis partant, tu le sais. Et toi, Pablito ?"

"Ben, oui... mais qui serait le quatrième ?"

"On pourrait demander à Marcel, il est bien." Dit Jorge.

"Oui, mais il n'est pas très propre. Je n'aimerais pas devoir nettoyer pour lui." Dit Carlos.

"Alors Esteban ?"

"Non, pas lui. On n'a jamais pu se mettre d'accord. C'est lui ou moi."

"Je te préfère toi, alors, Pablito. Mais à qui peut-on demander ?"

"Et Tony ?"

"Tony ? Oui, ça pourrait aller..."

"Non, pas Tony. Je n'ai pas confiance. Je ne suis pas sûr, mais on dit que quand il peut mettre la main sur un truc..."

"C'est quoi, Jorge, tu as peur qu'il te baise la nuit ?"

"Non, pas moi, bien sûr ! Mais le portefeuille des clients. Je n'ai pas envie de voir la police à la maison." Objecta Jorge.

Les deux autres rirent mais acquiescèrent.

Ils continuèrent à parler. Pendant qu'ils étaient encore à se demander quel quatrième inviter, la porte s'ouvrit et un garçon entra. Ils arrêtèrent tous de parler et le regardèrent fascinés. Et à part eux, un paquet d'autres clients du Reflejos aussi.

Il allait sur ses dix-sept dix-huit ans, fin, grand, le corps couvert d'un T-shirt lilas et d'un jeans moulant assorti, qui mettaient en valeur son corps athlétique et bien proportionné. Son visage était auréolé d'un flot de boucles blondes à la chaude couleur vieil or. Deux yeux bleu-violets comme le ciel d'un soir de printemps parcoururent la salle et, remarquant les regards convergeant vers lui, ils se baissèrent et le garçon rougit un peu, délicieusement. Il se dirigea vers le bar et, d'une voix basse et chaude, il demanda une bière.

"Putain ! Mais alors les anges existent !" Murmura Carlos en exprimant leur pensée à tous.

"Je crois bien, oui. Même si le paquet qui gonfle sa braguette ne m'a pas l'air si pur esprit. Il doit faire un bon 20 centimètres, je parie !" s'exclama Jorge.

"Tu ne penses qu'à ça, toi, hein ?" demanda Carlos en ricanant.

"Pourquoi, toi pas ?"

"Vous ne vous le feriez pas ce petit ange, vous ?" demanda Pablito.

"Non, il a mon âge ! Tu sais bien que je ne les aimes que mûrs, non ? A partir de trente-cinq ans et après." Répondit Jorge.

"Ben, moi aussi... vingt-cinq ans et plus. Mais lui je me le ferais même ici, sur le champ. On dirait le prince charmant des contes !" dit Pablito, puis il ajouta : "D'ailleurs, vous faites ce que vous voulez, mais moi je me lance."

"Mais peut-être qu'il n'en est pas et, même s'il en est, il ne veut sans doute pas de tapin. Ça m'étonnerait qu'il doive payer, comme il est..." dit Carlos.

Pablito se leva.

"Moi, n'importe, j'essaie, et même si c'est gratuit, je vous le dis. Salut les filles !" et il s'approcha du comptoir et s'assit sur le tabouret à côté du garçon.

"Salut, je m'appelle Pablo. Tu es étranger ?" dit-il en souriant au nouvel arrivant et en lui tendant la main.

L'autre le regarda, d'abord hésitant, puis il lui rendit son sourire, serra la main de Pablito et, dans un espagnol approximatif, il dit : "Bon jour. Je suis Kiril, j'être Ukrainien. Parler anglais ?"

"Non, pas plus qu'Ukrainien. Mais tu parles espagnol, non ?"

"Un peu un peu. Pouvoir t'offrir à boire ?"

"Merci. Une bière aussi."


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