Jaume regardait Mario. Après avoir fait l'amour il s'était endormis. Il était vraiment bel homme, très sensuel. Et il faisait très bien l'amour. Ce n'était pas le premier italien avec qui il couchait. Il aimait les italiens, peut-être parce que, comme les catalans, c'était des méditerranéens et comme les catalans ils avaient un feeling particulier. Mario était stewart chez Alitalia, en vacances pour un mois. Jaume espérait qu'ils se reverraient. Le corps nu de l'homme était étendu, abandonné, son sexe à présent apaisé reposait sur le buisson de poils noirs de son pubis. Sa poitrine, légèrement velue comme ses jambes, se soulevait à rythme lent. Son visage semblait un peu contracté, comme celui d'un enfant en colère ou peut-être juste un peu grognon. Pourtant, quelques instants plus tôt, ce corps maintenant mollement relâché, s'était élevé comme une tour sur lui, puissant, glorieux, plein de force et de désir, mais en même temps plein d'attention pour l'objet de son plaisir.
L'objet, oui.
Jaume savait qu'il était un objet pour ses clients. Précieux, peut-être, désirable aussi, traité avec un mélange d'attention et souvent d'égards, parfois même d'affection, mais quand même un objet, toujours un objet sexuel. Quelque chose dont tirer son plaisir. Ce n'est pas que ça lui déplaisait, au fond il avait décidé lui-même d'être un objet, de vendre au plus offrant sa beauté, sa sensualité, son corps. Mais il n'en était pas non plus content.
Quand ses clients, en plus du désir et de la passion, lui montraient un minimum d'affection, de douceur, d'attention, il les buvait avidement, presque comme quelqu'un perdu dans le désert, mourant de soif, qui découvre une minuscule source, peut-être même fangeuse, et qui se jette dessus, avide, et se désaltère au moins pour un moment.
Mais ce dont Jaume rêvait, c'était d'une source fraîche et pure, pérenne, même s'il savait qu'il ne lui serait pas facile de la trouver en errant dans le désert de la prostitution, malgré tout son luxe et son élégance. Il devait s'arracher ces illusions de la tête, se dit-il tristement. Les trois mandales qu'il s'était prises lui suffisaient, il n'en voulait pas d'autres.
Mario bougea sur le lit avec un petit gémissement, puis il ouvrit les yeux et il vit le regard intense de Jaume.
"Je me suis endormis, n'est-ce pas ? Ça m'arrive, après l'amour, surtout quand je suis satisfait. Viens près de moi, j'ai envie de te toucher encore..."
Jaume s'assit sur le lit, à côté de lui.
"Alors, ça t'a plu ?"
"Bien sûr. Tu es le meilleur des garçons avec qui j'ai fait l'amour. Et tu es magnifique."
"Tu en as eu tant ?"
"Oui, vraiment beaucoup. Mais toi tu es vraiment exceptionnel. Tu sais que je pourrais tomber amoureux de toi ?"
"D'un tapin ?"
"De toi. Tu es magnifique... et doux. Quel dommage que je ne reste qu'un mois." Soupira Mario en se redressant pour s'asseoir et se penchant pour sucer un téton de Jaume.
"Que fais-tu ? Tu recommences ?" demanda Jaume en frémissant.
"Pourquoi pas ? Tu es vraiment désirable. J'ai envie de te lécher partout et de te prendre de nouveau. Tu me fais craquer, garçon."
"Je ne suis plus un garçon. Je viens d'avoir vingt-quatre ans."
"Dix de moins que moi. Tu as un corps splendide et un petit cul magnifique. Mais va savoir combien te l'ont déjà dit, hein ?"
"Oui, c'est vrai. Mais ça fait toujours plaisir de se l'entendre dire. Mais toi aussi tu es très bien fait et tu sais y faire au lit. Tu as un copain ?"
"Oui, à Milan. Il a vingt-huit ans et ça fait dix ans qu'on est ensemble."
"Dix ans ? C'est beau... Il n'est pas jaloux ? Tu dois avoir un garçon dans chaque ville..."
"Non, et il lui suffit que je n'aie personne d'autre à Milan et autour."
"Tu as de la chance. C'est bon de savoir que quelqu'un vous attend."
"C'est vrai. Et toi, tu n'as pas de copain ?"
"Moi ? Avec ma vie ? Qui voudrait d'un tapin comme amant ?"
"D'un comme toi ? Moi, par exemple. Mais je voudrais que tu arrêtes, ça c'est sûr."
"Serais-tu jaloux ?"
"De quelques aventures, non. Mais si je savais que mon copain se vend au plus offrant par profession... oh, pardon, je ne le disais pas pour toi, je n'ai aucun droit de t'offenser !"
Jaume rit doucement : "Non, c'est bon, je comprends."
"Tu n'aimerais pas avoir un amant ? Un copain, je veux dire."
"Si, bien sûr. Mais je ne l'espère plus, du moins tant que je fais le tapin. Je n'espère pas et je ne cherche pas. Trop de désillusions."
"Mais alors, tu as déjà essayé."
"Oui, mais j'y ai renoncé. Et quand j'arrêterai le tapin, je serai trop vieux pour espérer trouver quelqu'un qui tombe amoureux de moi."
"Je ne crois pas, tu sais. Au contraire, je crois qu'il est facile de tomber amoureux de toi. A part ton corps merveilleux, je crois qu'il y a aussi beaucoup de beauté en toi. Et ça, ça ne change pas avec l'âge. Si je n'avais pas Pippo et si je n'étais pas là que pour un mois, je crois bien que je t'enlèverais."
Jaume rit et Mario aussi. Ils s'embrassèrent. Mario le poussa contre le matelas, se haussa sur son corps et recommença à lui faire l'amour. Quand Jaume sentit que l'autre était de nouveau pleinement excité, il écarta les jambes pour s'offrir à lui, et l'italien le prit à nouveau avec une ardeur renouvelée. Jaume accueillit en lui ce sexe puissant et chaud, avec un plaisir intense, jouissant des poussées passionnées de Mario et leurs corps frémirent à l'unisson en se donnant et recevant simultanément leur plaisir. Jaume était comme subjugué par le sourire qui s'épanouissait sur le visage de Mario pendant qu'il le prenait fougueusement et en son for intérieur il pensait qu'il aurait aimé être enlevé par cet homme et devenir son amant. Mais il rejeta vite cette dangereuse pensée et se rappela que ce glorieux étalon n'était rien de plus qu'un client agréable.
Cela ne l'empêcha pas d'avoir un second orgasme plus fort et plus beau que le premier, à peine il sentit Mario relâcher sa semence en lui, vague après vague, avec de long et forts spasmes de plaisir. Mario se coucha sur lui et l'embrassa encore longuement, lui caressant les côtés pendant que Jaume caressait son dos et ses fesses fermes. Ils restèrent ainsi jusqu'à ce que leur respiration revienne à la normale et que le membre de Mario, revenant à se dimensions de repos, se retire du chaud réceptacle que par deux fois il avait conquis.
"Une douche ?" suggéra Jaume presque à voix basse.
Mario répondit en souriant : "Oui, mais pas ensemble."
"Et pourquoi ?" demanda Jaume sincèrement étonné.
"Parce que sinon j'aurai envie de te reprendre encore, tu ne le comprends pas ?"
"Bon, mais pourquoi pas ? Je suis là."
"Tu veux ma mort ? Je ne l'ai jamais fait trois fois d'affilée, moi."
"Il y a toujours une première fois, non ?"
"Et je devrai te payer le triple ?" demanda Mario en plaisantant.
"Non, c'est ma tournée." Répondit Jaume sérieux, en le tirant vers la douche.
Pendant qu'ils se lavaient l'un l'autre et qu'une nouvelle érection prenait forme entre les jambes des deux, Mario dit : "Je voudrais venir ici, chez toi, tous les soirs. Mais je ne peux pas me permettre de dépenser cette somme tous les jours, même si tu la vaut largement, et je dirais même bien plus."
"Si tu me refais l'amour maintenant, ce sera trois fois pour le prix d'une. Alors tu peux aussi me payer une fois tous les trois jours, moi ça me va."
"Et si je te faisais l'amour quatre fois ?" lui demanda-t-il malicieux.
"Alors tu me paieras une fois tous les quatre jours." Répondit Jaume en souriant, puis il ajouta : "Tu me plais. Alors si tu reviens, tu peux même me payer une fois sur cinq, même si tu ne me fais pas l'amour cinq fois cette nuit. Ça te va ?"
"C'est une demande en mariage ! mais si tu fais toujours comme ça, comment vas-tu gagner ta vie ?"
"Ne t'en fais pas. C'est une offre qui ne vaut que pour les mecs qui me plaisent beaucoup. Et tu me plais énormément, tu es un mec fabuleux. Alors pour toi, c'est cinq pour le prix d'un."
Mario le fit se retourner et, sous le jet de la douche, il le prit encore, par derrière, pendant que ses mains exploraient la poitrine, le ventre et le sexe de Jaume dans un délire de passion. Jaume aimait comme Mario entrait en lui, lentement mais aussi avec vigueur, puis comme il le fourrait avec des poussées calibrées et étudiées. A l'évidence Mario ne cherchait pas que son propre plaisir mais aussi celui de l'autre, ce que l'autre appréciait d'autant plus, dans ce cas, qu'il marchait au compteur. Cette fois-ci les deux mirent plus de temps à atteindre l'orgasme, peut-être parce que c'était la troisième fois, peut-être à cause de l'eau qui, bien qu'exaltant la sensation de plaisir, retardait l'inévitable explosion. Mais quand ils jouirent, ce fut magnifique.
"Mario, tu es fantastique."
"Toi aussi, mon garçon ! Mais je suis vraiment vidé. Tu veux vraiment ma mort. Il vaudrait mieux qu'on se rhabille maintenant."
"Tu as peur que j'ai envie de recommencer ?"
"Non, j'ai peur que moi j'ai envie de recommencer. Je suis prêt à m'effondrer d'un arrêt cardiaque. Tu es trop beau, trop excitant. Si j'étais vraiment ton amant, il faudrait que tu me prennes une assurance vie. Tu deviendrais riche en quelque semaines !"
Ils se rhabillèrent, ils bavardèrent encore un peu au salon en buvant une liqueur, puis Mario lui dit au revoir avec un long baiser et lui donna rendez-vous pour le lendemain.
De tout le mois, Mario ne manqua pas une soirée, même si après cette première fois ils ne firent plus l'amour qu'une fois par soir. Pour les deux ce fut un mois magnifique, et quand vint l'heure de se dire au revoir ils éprouvèrent tous deux du regret.
"Tu m'écriras, Jaume ?" lui demanda Mario, penché à la fenêtre du bus qui le ramenait à l'aéroport de Barcelone.
"Je ne sais pas, je ne crois pas. Tu as ton Pippo et j'ai ma vie. Il a de la chance, Pippo, d'avoir un amant comme toi."
"Il aura de la chance celui qui pourra t'avoir comme amant."
"Mon destin est de ne pas avoir d'amant, je te l'ai expliqué."
"Ce n'est pas dit et j'espère que j'ai raison. Tu mérites mieux qu'une vie de tapin. Tu n'es pas comme les autres tapins que j'ai connus, ton cœur est bien plus beau que ton corps. Tu as soif d'amour, mon garçon. Je t'en prie, ne te laisse pas mourir de soif. Tu ne le mérites pas."
"Tu te trompes. Je dois faire taire mon cœur. Avoir un cœur est un luxe qu'un tapin ne peut pas se permettre."
"Non, c'est faux. Et tu le sais bien, ne te mens pas à toi-même. Et moi je t'écrirai de temps en temps, pour te le rappeler. Tu peux bien ne pas me répondre, mais je t'écrirai, je te le promets."
"Ils disent tous ça. Mais jamais ne serait-ce qu'une carte postale."
"Tu verras !" et ce fut le dernier mot que Mario lui cria pendant que le bus démarrait.
Mario parti, Jaume revint à sa vie habituelle. Ce soir là, il alla au Money, Carrer de Sant Francesc. Il y rencontra Pablito.
"Eh, mais te revoilà ! Tu avais disparu de la circulation. Trop de travail ?" lui demanda Pablito en lui souriant.
"Un client exclusif. Un merveilleux italien."
"Ah, bien. Tu l'as ruiné, en un mois !"
Jaume sourit et secoua la tête : "Je lui ai fait un forfait, il me plaisait trop. Mais dis-moi plutôt : ça se passe comment, pour toi ?"
"Bien, très bien. J'ai fait deux gros coups avec deux riches américains et plein de passes normales. Un des ricains m'a même offert cette montre en or, regarde ! Magnifique, non ? En plus du tarif, bien entendu. Ah, et puis j'ai déménagé. Je ne suis plus chez Mama Pata. On s'est pris un appartement à quatre, Carrer de la Lluna. C'est pas cher et on est plus libres et on peut y emmener des clients à tour de rôle, un jour oui, un jour non. Comme ça on gagne plus : on dit aux clients que ce n'est pas chez nous et qu'on doit payer la chambre, alors on prend plus."
"A quatre ? Tu t'es mis avec qui ?"
"Jorge, Carlos et un nouveau."
"Tapin aussi, le nouveau, j'imagine."
"Bien sûr, et un bon : il est beau comme un ange."
"Comment s'appelle cet ange ? Et d'où vient-il ?"
"Il s'appelle Kiril... machin-chose, un nom pas possible. Il est né à Boston mais ses parents fuyaient l'Ukraine. Très sympa, beau, sexy... à en mourir sur place."
"Où il tapine ?"
"Il n'a pas d'endroit fixe, un peu comme toi. Il vient ici, parfois."
"Vous faites caisse commune ?"
"Non, on verse chacun une quote-part pour les dépenses communes. Le reste c'est chacun pour soi. On fait la cuisine et le ménage à tour de rôle. C'est pas mal. Et parfois des extras entre nous. Kiril, au lit, c'est une bombe. Tu le vois et il a l'innocence d'un chérubin, mais il fait l'amour comme le plus expérimenté d'entre nous. Une sensualité débridée, celui-là. S'il se trouve un pigeon friqué, il peut s'installer à vie.
"Mais pourquoi a-t-il quitté Boston ?"
"En fait je ne sais pas. A ce que j'ai compris, un ensemble de choses. Quitter une famille trop suspicieuse, un chagrin d'amour, l'envie de voyager... Carlos a perdu la tête pour lui, mais apparemment Kiril n'est pas intéressé. Jorge par contre ne s'intéresse pas à Kiril, il dit qu'il est trop jeune pour lui. Tu sais bien qu'il aime les plus mûrs, hein ? Mais je crois que Kiril, lui, le serait. Et moi il me plait sacrément, chaque fois que je peux, quand je ne suis pas trop fatigué par le boulot."
"Il a quel âge ?"
"Dix-sept ans, mais il en aura dix-huit en Mai."
"Un gamin !"
"Bah, moi aussi j'étais un gamin quand tu m'as rencontré, il a juste deux ans de moins que moi. Et puis son corps n'a rien d'un gamin, il est beau et bien formé. Il a l'air d'une statue classique. Et sa bite fait tout juste 20 cm, comme Carlos l'avait deviné!"
Jaume rit : "Tu la lui as mesurée ?"
"Bien sûr ! Deux de plus que moi. Mais comme il s'en sert bien, surtout ! Mais il se sert à merveille de tout : les mains, la bouche, chaque centimètre de son corps de rêve. Je crois qu'il est le seul, à part toi, à me faire perdre la tête. Tu es imbattable, mais il te suit de près !"
Jaume rit à nouveau : "Tu as piqué ma curiosité. J'aimerais le rencontrer. Tu sais où il est, ce soir ?"
"Non, il change tous les soirs. Mais il n'est ni au Candil ni au Mediterráneo."
"Ah non ? Mais pourquoi ?"
"Il nous demande toujours où on va, parce qu'il dit qu'il n'a pas envie qu'on se fasse concurrence entre nous. Ça nous va bien, d'ailleurs tant mieux. Holà, Jaume, vise ce péquin qui nous mate. Séparons-nous, ça vaut mieux. On se revoit un de ces jours. Salut, beau mec !"
"Moi je sors. Reste là, toi. Salut, Pablito, à bientôt."
Jaume alla au Trailer parce qu'il avait envie de danser. A la discothèque il eut deux propositions mais il laissa tomber, l'un parce qu'il ne lui plaisait pas physiquement, l'autre parce qu'il était tard et qu'il avait envie d'aller dormir. En rentrant Jaume repensait à Mario, parti le matin. Quel dommage que ses vacances soient finies, se disait-il. Il avait peu gagné avec lui, mais ça avait vraiment été très bien. Mais s'il était resté plus longtemps, il aurait risqué de tomber amoureux. Alors c'était mieux ainsi.
Le jour suivant, au restaurant, un client lui fit comprendre qu'il l'aurait bien entrepris. C'était rare, mais il arrivait qu'on lui fasse des avances au travail. Il n'acceptait jamais, il ne voulait pas mélanger ses deux métiers, surtout maintenant qu'il était garçon-chef. Même un des deux garçons, une fois, lui avait fait du gringue, mais il l'avait vite découragé, bien qu'au fond ce garçon lui plaise bien. Et si, comme ça arrivait plutôt souvent, un de ses clients venait manger à La Brasa, il le traitait comme s'il ne le connaissait pas, et d'habitude les clients lui en étaient gré, et lui donnaient d'énormes pourboires.
Pendant la pause de l'après-midi, en sortant de la gym, il rencontra Pablito.
"Salut, que fais-tu de beau ?"
"Je vais m'acheter un pantalon chez JP. Si tu viens avec moi tu pourras rencontrer Kiril, on a rendez-vous là-bas parce qu'il a aussi quelque chose à acheter."
Jaume regarda sa montre : "Oui, j'ai un peu de temps. Je viens volontiers rencontrer cet ange descendu sur terre !"
Devant le magasin attendait un garçon grand, fin, frisé et blond. Il regardait la vitrine.
"C'est lui, Kiril. N'et-ce pas qu'il est beau ?" demanda Pablo à Jaume pendant qu'ils approchaient.
Jaume le reconnut : "De dos, il est bien fait."
"Alors attends le voir l'autre côté. Et regarde ce paquet entre ses jambes : c'est la promesse du paradis..."
Jaume sourit, Pablito appela son ami qui se retourna en souriant. Jaume sentit comme un coup au cœur : il était vraiment magnifique, il n'avait jamais rien vu de tel. C'est à peine s'il entendit Pablito le lui présenter. Kiril le regardait maintenant dans les yeux et, toujours souriant, il lui tendait la main. Ils se la serrèrent et Jaume sentit comme une secousse électrique le parcourir en entier dans un frisson né du contact de leurs mains, qui parcourut son bras puis se sépara en deux vagues, une qui alla éclater dans sa tête et l'autre qui descendit tout son corps jusqu'à ses pieds. Leur poignée de main dura un peu plus que l'habitude et ils se regardaient tous deux dans les yeux, absorbés, tous deux comme magnétisés.
Pablito rit fort : "Eh, vous deux, qu'est-ce qui vous prend ? Revenez sur terre !"
Jaume se secoua et il murmura : "Ravi de te connaître, Kiril..." et il retira sa main presque à contre cœur.
"Le plaisir est pour moi, Jaume. Pablito et les autres m'ont beaucoup parlé de toi, mais... tu surpasses toutes leurs descriptions !"
Pablito se mit entre eux et les entraîna dans le magasin. Kiril se mit à regarder les complets tandis que Pablito se choisissait un pantalon.
Le blond se tourna vers Jaume et, presque à voix basse, il dit : "Il me faut un complet d'été, je n'ai rien. Que penses-tu de celui-ci ?"
Jaume le regarda de cap en pied, regarda le costume, puis dit : "Non... regarde plutôt ce complet bleu. Il devrait bien t'aller. Le bleu clair et ta blondeur, un vrai Petit Prince. Et puis celui-ci est mieux taillé, il mettra mieux en relief tes formes parfaites, pour le bonheur des yeux de qui te regarde. Il suffira sans doute que tu fasses faire quelques petites retouches, ils font ça, ici, et il t'ira comme une seconde peau."
Kiril rougit un peu sous le regard intense que Jaume promenait sur son corps.
"Tu dois avoir raison, il faut que j'ai l'air beau, pour le travail..."
"Oh, tu serais magnifique même mal fagoté, toi. Et encore mieux sans rien porter." Lui murmura Jaume, la voix un peu rauque, en sentant que son corps répondait à la beauté du garçon.
"Si tu penses que celui-ci est mieux, je le prends."
"Essaie-le."
"Je ne crois pas que ce soit nécessaire, c'est ma taille."
"Essaie-le, s'il te plait." Insista Jaume avec une telle chaleur dans la voix que Kiril rougit encore un peu, mais il accepta, il enleva les habits du ceintre et il demanda au vendeur, qui le dévorait de yeux, où il pouvait se changer.
Il revint peu après. Pablito lâcha un long et discret sifflet d'admiration.
Jaume fit juste oui, de la tête, les yeux écarquillés, puis il dit : "Tu es parfait, magnifique. Tu n'as même pas à le faire retoucher. Il a l'air fait sur mesures pour toi."
Kiril, pour cacher un nouveau rougissement, retourna vite se changer.