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histoire originale par Andrej Koymasky


pin JAUME DE SITGES CHAPITRE 14

Ces deux nuits et ce jour de repos s'envolèrent en un éclair. Jaume, à nouveau au travail, repensait à ces trente-cinq heures partagées avec Kiril. Ça avait été comme un rêve. Non seulement ils avaient fait l'amour, plusieurs fois, mais ils avaient parlé, ils s'étaient ouverts l'un à l'autre, ils s'étaient mieux connus.

Chaque minute, chaque seconde de ces trente-cinq heures avaient été un rêve que les deux garçon avaient pleinement savouré. Jaume repensait à Kiril et il le revoyait joyeux, penseur, silencieux, passionné, concentré, lui faire la moue, lui sourire parfois timide, parfois radieux, parfois espiègle, parfois malicieux et provocateur. C'était bon de le regarder, de l'effleurer, de le caresser, de le prendre dans ses bras, le serrer, le palper. C'était bon de grimper sur lui ou d'être sous lui, ou de côte devant lui, d'entrelacer leurs membres, de l'embrasser.

Jaume était de plus en plus attiré par lui, et même de plus en plus amoureux. Et il avait peur. Ils devaient se revoir le lendemain. Kiril, pour cet après midi, avait déjà un rendez-vous et un autre le soir. C'était peut-être mieux ainsi.

L'après-midi Jaume passa à l'hôtel de Mikel. Il n'y était pas. Il lui laissa un mot pour lui donner rendez-vous le soir au Parrot's. Il espérait le revoir, pas seulement parce que le garçon lui était sympathique, mais surtout parce qu'il espérait, en passant la nuit avec le petit soldat, arriver à ne pas penser à Kiril. Il alla à la gym, puis à son cours d'allemand. Mais cette fois-ci non plus ils ne firent pas de cours.

A peine monté chez le professeur, Jaume lui dit : "Excusez-moi, mais je n'ai pas la tête à étudier, aujourd'hui."

"C'est bon, peu importe, remettons ça à une autre fois."

"Mais, professeur... je voudrais faire l'amour avec vous."

"Tu as envie que je te suce quand même?" demanda-t-il avec un petit sourire.

"Non... enfin si, aussi. Mais cette fois je voudrais aller au lit avec vous..."

"Tu n'as jamais voulu... Tu sais que tu me fais plaisir, n'est-ce pas? Pourquoi donc as-tu changé d'avis aujourd'hui?"

"Je ne sais pas. Enfin... si, peut-être, mais ça ne me dit pas d'en parler."

"Comme tu veux, c'est bon."

Il l'emmena dans sa chambre. Ils se déshabillèrent, presque gêné l'un par l'autre. Ils se glissèrent sous les draps et ils firent l'amour. Jaume se donna à fond pour rendre heureux le vieil homme.

Ce dernier lui dit, après : "Tu m'as fait mourir de plaisir, Jaume. Je n'aurais jamais rêvé d'avoir une telle aventure... avec toi. Tu es vraiment exceptionnel, en plu de magnifique."

"Merci. Je vous le devais."

"A moi ? Pourquoi ?"

"Vous ne vouliez pas qu'une belle bite à prendre en bouche, n'est-ce pas ? Vous vouliez un rapport entre deux personnes."

"Bien sûr, mais tu n'as jamais voulu et... et je m'en suis contenté. Et j'ai rêvé de toi."

"Pardonnez-moi. Je vous ai toujours traité avec froideur... Vous ne le méritiez pas."

"Avec froideur, non. Avec... distance, peut-être. Je ne t'intéressais pas, je le sais bien. Ce n'était qu'une... transaction d'affaires, non ? Tu me laissais te sucer et je te donnais un cours d'allemand. Mais pourquoi, aujourd'hui... ?"

"Je... vous êtes un brave homme. Vous ne méritez pas d'être traité avec... avec distance, comme vous dites."

"Que t'arrive-t-il, Jaume ? Je ne crois pas que tu puisses soudain t'intéresser à moi, je ne suis pas si naïf. Alors, qu'as-tu donc ?"

"Rien. Enfin... Je tombe amoureux d'un garçon et je ne veux pas. Je ne dois pas. Je ne peux pas me le permettre."

"Ah, celui dont tu m'as parlé l'autre jour ?"

"Oui, lui."

"Ce n'est pas en faisant l'amour avec moi que tu vas le sortir de ta tête. Au contraire. Cela n'est pas la raison..."

"Non, c'est que... j'ai besoin d'en parler à quelqu'un et ça doit être quelqu'un avec qui j'ai de l'intimité et que je respecte et..."

"C'est pour ça que tu as voulu coucher avec moi ?"

"Aussi. Mais aussi pour vous dire, pour vous montrer que vous êtes une personne, pour moi pas que..."

"... un vieux suceur ?"

"Oui, c'est ça."

"Une drôle de façon de me le montrer, mais... efficace et agréable, c'est peu de le dire... Mais maintenant, raconte-moi..."

Ils parlèrent. Jaume s'ouvrit complètement au professeur, il lui parla de lui, de Pedro Augusto, de Miguel, de sa vie de tapin, de Juan, de Kevin, de Patrick, de Mario de toutes ses expériences, bonnes ou mauvaises, de tous ses espoirs et ses déceptions et enfin de Kiril. Le professeur l'écoutait en le caressant doucement, l'interrompant parfois par une question pour mieux comprendre, mais il le laissait parler librement.

A la fin, quand Jaume lui demanda ce qu'il devait faire, le professeur le tira un peu par le bras qu'il lui avait passé sur l'épaule et il lui dit : "Tu l'as dit toi-même : soit tu refuses de le revoir, et tu en souffriras salement, soit tu acceptes de l'aimer et tu risques d'en souffrir. D'après moi il n'y a pas d'autre choix. Tu l'as dit aussi : à ce stade vous ne pouvez plus rester de bons amis. Mais, si tu acceptes de l'aimer... tu es jaloux de ses clients, tu m'as dit."

Jaume, songeur, fit oui de la tête.

"Et à ce que tu dis lui aussi est jaloux des tiens ?"

"En quelque sorte... il me semble que oui."

"Tu serais prêt à renoncer à... à ton métier ? Tu en serais capable ? Tu as un bon boulot, comme garçon-chef. Ce garçon pourrait lui aussi en trouver un, de bon travail. Vous ne devriez pas avoir de problèmes d'argent, alors. Vous en auriez moins, certes, mais sans problème si vous acceptez une vie un peu plus modeste. Mais, tu saurais renoncer à rencontrer d'autres hommes ?"

"Je ne sais pas. Quand on en parle tout semble facile, possible et beau. Je pense que oui, mais la vie est traîtresse et dure."

"Non, Jaume. La vie est comme tu veux qu'elle soit, au moins pour les choses essentielles."

"Ce n'est pas vrai. J'aurais voulu rester avec Pedro Augusto, ou avec Kevin, ou... Mais eux, non. Eux m'ont rejeté, renvoyé."

"Non, Jaume. C'est juste qu'ils n'étaient pas la bonne personne pour toi. Tu les avais idéalisés, tu te faisais des illusions. Tu as créé toi-même le chemin de ta déception. Comme pour le français."

"On a tort de croire qu'on est la seule chose importante pour la personne qu'on aime ?"

"Oui. Tu ne peux être la chose la plus importante que pour la personne qui t'aime, pas pour celle que toi tu aimes. Tu comprends ? Aimer n'est que donner, jamais attendre. Même si je reconnais que ça n'a rien de facile. Ecoute, serais-tu prêt à renoncer à tes clients pour ce garçon ?"

"J'essaierai, mais je crois que oui."

"Très bien. Mais tu ne peux pas en attendre autant de lui. S'il le fait, tant mieux, bien sûr. Mais s'il ne le fait pas, tu serais prêt à l'aimer quand même, à vivre avec lui ?

"Je ne sais pas... je me sentirais mal..."

"Et bien la réponse est là, crois-moi. Si tu es disposé à donner tout ce que tu peux donner sans rien attendre, mais en acceptant juste ce qu'il est capable de te donner, alors ne renonces pas à lui. Même si quelque chose te dérange. Mais si tu n'en es pas capable, si ce qu'il peut te donner ne te suffit pas, alors il vaut mieux que tu souffres maintenant en renonçant à lui plutôt que de te mettre en condition de souffrir, et beaucoup plus, par la suite, jour après jour. Tu me comprends ?"

"Ce que vous me demandez est... énorme ! Donner, sans recevoir !"

"Non, pas sans recevoir. Donner sans attendre. Recevoir aussi, mais... Vois-tu si tu attends 10 de lui et qu'il te donne 5, tu seras déçu. Mais si tu attends 0 de lui et qu'il te donne 5, tu seras heureux. Pourtant il t'aura toujours donné 5, dans les deux cas. Tu vois que c'est toi qui as construit ta déception ou ton bonheur, pas lui."

"Mais Pedro et Kevin et Patrick..."

"Ils prenaient seulement, ils ne donnaient pas. De leur part ce n'était pas de l'amour. Peut-être que Kevin était un peu différent, mais lui non plus, en fait, ce n'est pas toi qu'il aimait, mais une image qu'il s'était construite... Ce garçon-là m'a l'air de t'aimer. Pour ce que tu es, comme tu es, au moins à ce que tu me dis."

"Oui, peut-être. Mais lui, sera-t-il prêt à ne rien attendre de moi ?"

"Pourquoi, tu ne veux rien lui donner ?"

"Non, non... Mais je ne sais pas si je saurais lui donner ce qu'il attend. Comment fait-on pour savoir si deux personnes sont vraiment faites l'une pour l'autre ?"

"En essayant... et en risquant de souffrir."

"Vous... vous étiez heureux, avec Ramon ?"

"Bien sûr."

"Pendant tous ces vingt-cinq ans ?"

"Bien sûr. Il avait ses défauts et moi les miens. Mais on s'acceptait comme ça. Il y a eu des moments difficile, pesant, tristes : c'était quand un de nous commençait à attendre. Mais on s'est aidés à les surmonter. Avec patience et amour."

"Kiril et moi... on devrait peut-être apprendre à mieux se connaître."

"Je crois que oui. Et essayer de voir combien chacun est prêt à donner et s'il est capable de ne pas attendre quelque chose en échange."

Jaume acquiesça, puis il se tourna et embrassa le professeur en lui disant, tout bas : "Merci... merci."

"Jaume ? Je peux te demander autre chose ? Même si c'est sans doute la dernière fois qu'on aura un contact physique..."

"Dites, si je peux..."

"Dis moi tu. Je voudrais que nous devenions vraiment amis. Au delà du sexe et de nos cours."

"Je... j'essaierai. Moi aussi j'aimerais qu'on devienne amis. On a déjà fait un grand premier pas."

"Merci, Jaume."

"Merci à toi... Emilio."

Quand le soir Jaume alla au Parrot's, il se sentait un peu mieux. Mikel était déjà là et l'attendait.

"Jaume ! J'ai eu ton mot. Je suis content, tu sais. Demain je dois partir et... tu veux passer la nuit avec moi, hein ?"

"Bien sûr, j'ai envie de parler avec toi."

"Juste parler ? J'espérais..." dit Mikel et il rougit, puis il ajouta : "Enfin, c'est comme tu veux. Même juste parler, si c'est ce que tu veux."

Jaume sourit : "Mais non, bien sûr, ça aussi, sois tranquille. D'ailleurs, ne perdons pas de temps, viens vite chez moi."

"J'aimerais t'offrir quelque chose, avant."

"Non, il y a à boire, chez moi. Tu viens ?"

"Mais je tenais à t'offrir..."

"Offre-moi ta compagnie, ta personne et ton amitié."

"Plus que volontiers. Allons-y."

Pendant qu'ils allaient chez Jaume, Mikel lui dit joyeusement : "Tu sais que cette nuit j'ai rêvé de toi ?"

"Vraiment ? J'aurais cru que tu rêvais de ton copain... comment il s'appelle..."

"Juan. Lui il est toujours dans mon cœur. Mais toi... si beau, si sexy..."

"Plus que Juan ?"

"Oui, bien sûr. Même si pour moi il est très beau."

"Alors, comment se fait-il que tu aies rêvé de moi ?"

"Ben, tu es spécial. Tu m'as fait passer une nuit super. Tu es le meilleur, à part Juan."

"Mais Juan et toi, vous vous trompez souvent ?"

"Non, presque jamais. Parfois, quand on est séparés longtemps comme en ce moment. Juan... c'est Juan !"

"Juan est ton premier amour ?"

"Si tu veux dire dont j'ai été amoureux fou, oui. Physiquement non. Avant lui j'ai eu trois autres mecs et j'étais aussi un peu amoureux, je les aimais bien."

"Mais si tu as connu Juan à quinze ans !"

"J'ai eu mon premier mec à treize ans. C'était un de mes voisins, il avait dix-huit ans. On est restés ensemble cinq mois. Je me croyais au paradis. Il m'a tout appris. Puis il a craqué pour un autre et il m'a jeté. Je ne l'intéressais plus."

"Ça t'a fait mal ?"

"Sur le moment, très. Mais après je me suis dit qu'il ne me méritait pas. Il ne méritait ni mon amour ni mes larmes. Et j'ai arrêté de pleurer."

"Oui, c'est peut-être bien comme ça... Et après ?"

"Puis j'ai connu un type de vingt-huit ans. A la rivière."

"Et vous êtes restés ensemble longtemps ?"

"Trop. Presque onze mois. Il était marié, tu vois, et il avait deux gamins. Moi... j'étais sa roue de secours. Quand il avait envie de baiser il me faisait signe. Mais après, c'était évident, et même logique, mais sa famille venait avant moi. Sa femme surtout venait avant moi. Alors je l'ai quitté."

"Sans regrets ?"

"Oh si ! Il me plaisait, il me plaisait beaucoup. Mais je savais bien que je ne pourrais pas faire ma vie avec lui, alors il était inutile de continuer à me faire des illusions. Il ne pouvait que me donner son corps de temps en temps, un peu d'affection pour quelques heures... mais rien d'autre. Ça ne me suffisait pas. Je voulais son amour. Au moins un peu. Mais il avait presque l'air d'avoir honte de moi..."

"Et après ?"

"Après j'ai rencontré un garçon de dix-neuf ans, Carlos. Il était très beau. C'était le champion de notre équipe de basket. On a été ensemble presque six mois."

"C'est lui qui t'a quitté ?"

"Oui et non. Il était très jaloux. Moi j'avais rencontré mon Juan. Mais on avait pas couché ensemble. Je savais que je plaisais à Juan et lui aussi il me plaisait beaucoup. Mais on était juste amis, parce que j'étais avec Carlos. Mais Carlos était très jaloux, il me faisait des scènes et il ne voulait pas que je vois Juan. Alors, bien que le regrettant, je n'ai plus vu Juan. Mais un soir, je sortais du cinéma et Juan aussi en sortait, par hasard, on ne s'était pas vus dans la salle. Et Carlos m'attendait. Une fois chez lui, Carlos m'a fait une scène et il m'a frappé. Je lui ai dit que, justement parce que j'étais avec lui, je n'avais rien fait avec personne d'autre. Mais il ne m'a pas cru. Il disait que je n'étais qu'une pute, que je me faisais sauter par n'importe qui dans son dos. Je lui ai dit qu'il arrête, sinon je le quittais. Alors il m'a mis à la porte."

"Et tu t'es mis avec Juan, alors ?"

"Non, il a passé trois mois. On se revoyait, avec Juan, mais sans rien. J'étais attiré par Juan mais j'espérais encore que Carlos... Puis un jour Juan est passé pour m'emmener au cinéma. J'étais seul à la maison, mes parents étaient sortis. Alors il est monté. J'étais dans ma chambre, en train de me changer, je me suis dit que Juan me désirait et qu'il arrivait et que si je ne faisais pas moi le premier pas, il ne me toucherait jamais, parce qu'il me respectait et qu'il savait que j'avais encore l'espoir que Carlos se remette avec moi. Juan me respectait, tu comprends ? Et moi j'attendais Carlos qui n'avait pour moi ni confiance ni respect ! N'étais-je pas stupide ? Alors je suis venu le voir, nu comme au jour de ma naissance, et je lui ai dit que je voulais faire l'amour avec lui. Et ça a commencé comme ça.

"Et je me suis aperçu que ce qu'il éprouvait pour moi était différent des autres. Pour lui, j'étais important. Il ne s'intéressait pas juste à jouir avec moi, mais à tout faire pour que je sois bien. Et pas qu'au lit, bien entendu. Lui m'aimait vraiment. Alors, peu à peu, je suis tombé amoureux de lui. J'ai appris à l'aimer, si tu vois ce que je veux dire. Je me suis aperçu que ce que j'avais éprouvé pour les autres n'était pas vraiment de l'amour. C'était de l'affection, oui, mais surtout de l'envie de plaisir. Et le désir d'être aimé. Juan par contre, c'était surtout l'envie de le rendre heureux et de l'aimer. Et avec lui j'ai connu le plaisir de donner du plaisir. Tu me plais beaucoup, tu es sympathique et vraiment spécial, mais entre toi et moi c'est d'abord moi. Je veux dire que je le fais pour moi, pas pour toi. Entre Juan et moi, par contre, c'est lui d'abord. Tu me suis ?"

"Oui, bien sûr." Répondit Juan et il l'embrassa en le poussant vers la chambre aux miroirs.

Ils se déshabillèrent l'un l'autre et allèrent sur le grand lit.

"Ecoute, Mikel, après tu seras seul un bon bout de temps. Cette nuit, comme tu dis, tu dois faire le plein, hein ? Bien, alors dis-moi ce que tu veux faire, quoi que ce soit. Je veux que cette nuit soit toute à toi, comme tu las veux. Cette nuit je veux te faire toucher le ciel, je ferai tout ce que tu voudras."

"Tu as des films de cul, avec des mecs ? Oui ? Mets-en un, on fera tout ce qu'ils font. Ça a toujours été mon fantasme secret..."

Jaume accepta en souriant. Il fit glisser un des miroirs pour découvrir le grand écran. Il l'alluma, mit une cassette et revint rejoindre Mikel sur le lit. Et leur jeu érotique commença, long et passionné, et ils firent pareil que ce qui se passait à l'écran. Ils firent de tout, jusqu'à la fin de la troisième cassette où ils s'effondrèrent tous les deux, épuisés et haletants, sur le grand lit.

Jaume éteignit la télé, revint près de Mikel, le prit dans ses bras : "Satisfait ?"

"Oui, c'était bon. Tu as sommeil ?"

"Pas trop."

"Ça te dit de me parler un peu de toi ?"

"D'accord, volontiers."

Alors, pour la deuxième fois de la journée, Jaume raconta tout de lui, jusqu'au problème que lui posait Kiril.

"A ta façon de parler de ce Kiril, tu en es déjà raide dingue. Lance-toi. Mettez-vous ensemble. C'est si bon de vivre à deux ! Jette-toi, Jaume."

"Toi tu le ferais ?"

"Et comment ! Et ce n'est pas en cherchant de beaux garçons que tu vas oublier ton Kiril. C'est pour ça que cette nuit tu m'as recherché, non ? Mais tu peux faire l'amour mille fois avec moi, et avec mille autres, maintenant Kiril est dans ton cœur et personne ne pourra te donner assez. Alors, arrache-toi le cœur ou offre-le-lui."

"Mais j'ai encore envie de te faire l'amour."

"Moi aussi. Faisons-le. Mais ne te fais pas d'illusion : j'ai Juan dans mon cœur et tu as Kiril dans le tiens, c'est ça la vérité."

Ils refirent l'amour, mais cette fois avec une étrange tendresse, reconnaissant l'un à l'autre pour la douceur qu'ils partageaient, pour cette intimité qui n'était plus que physique, mais conscients que tous deux auraient préférer coucher, faire l'amour, avec un autre. Mais d'une certaine façon Jaume se dédia à Mikel et Mikel à Jaume, et ce qu'ils échangèrent fut très proche d'un acte d'amour.

Ils le perçurent clairement tous les deux et, après un nouvel orgasme, couchés étroitement serrés, ils s'embrassèrent longuement.

Puis Jaume murmura : "Merci, petit soldat. Tu es très doux."

"Je suis content. Cette dernière fois c'était la meilleure, pour moi, ce n'était pas que du sexe."

"Non, tu dis vrai. C'était toi et moi, vraiment nus. Jusqu'à l'âme."

"Si je n'aimais pas tant Juan..."

"Je sais, petit soldat, j'y ai pensé moi aussi. Et je l'envie un peu, ton Juan."

"Mais maintenant, tu as Kiril, n'est-ce pas ?"

"Je crois que oui, vraiment. Et peut-être bien grâce à toi, tu sais ? C'est pour ça que je t'aime bien."

"Tu viendrais nous voir en Allemagne ? Je t'enverrai notre adresse."

"Juan sera d'accord ?"

"Je crois bien que oui. Il est très gentil, et il m'aime vraiment."

"Alors tu m'écriras vraiment ?"

"Bien sûr. Moi aussi je t'aime bien, désormais. Et après cette fois-ci, on ne pourra plus faire l'amour, toi et moi : on gâcherait tout."

"C'est vrai. Je suis content de t'avoir rencontré. Tu es le garçon le plus remarquable que j'ai jamais rencontré."

"Après Kiril, bien entendu." Dit Mikel avec un sourire espiègle.

"Après Kiril, bien entendu."


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