- Jeudi 18/09/1990
- Sainte Sophie
Livio vient de partir. Je ne l'ai quasiment pas touché, aujourd'hui. J'ai juste posé ma main sur sa cuisse, sans bouger et j'ai senti qu'il était un peu gêné, alors je n'ai pas insisté. En plus, je le compare à Orlando, et Orlando est bien plus désirable. Ce n'est pas que je ne veuille pas prendre Livio dans mes bras et l'embrasser, il a un beau corps, un joli sourire et il est aimable mais je préfère de loin Orlando. Et surtout, Orlando est gay et il aime faire l'amour avec moi. J'aime tellement la façon sensuelle qu'a Orlando de m'embrasser et de me désirer en lui...
Il reste encore à voir ce qui va se passer avec Nuccio, qui doit faire des heures supplémentaires dans son usine, alors on ne pourra pas se voir avant la fin du mois. En vrai, j'aimerais aussi faire l'amour avec Nuccio. Il me fait penser à un fruit prêt à être cueilli ou un chaton qui va sortir pour explorer le monde. Il a un sourire doux et honnête et un corps beau et désirable. Même s'il dit que je suis trop vieux pour lui, peut-être que je peux encore l'exciter, le faire succomber, lui faire désirer faire l'amour avec moi, faire qu'il veuille se donner à moi...
Je pense que ça pourrait être très doux, très plaisant de le prendre, de le faire mien. Même s'il ne veut pas devenir mon amant, il pourrait prendre du plaisir à ce que je l'embarque... Qui sait ? De toutes façons, je ne profiterais pas de lui, je ne lui ferais pas de mal.
Je pense qu'en fait, Orlando ne me considère pas comme son amant. Alors que nous parlions de Paolo, l'amant de Mik, il a dit que Paolo n'était pas un invité (dans le sens qu'il était "de la famille"), alors que j'étais son invité... Qui sait s'il a parlé de nous à Gianni pendant qu'il dormait avec lui, la nuit passée? Il a dit qu'il devait lui en parler, mais qu'il ne l'avait pas encore fait. Peut être qu'il ne veut pas officialiser les choses.
Mais quand même, les baisers qu'il me donnait hier pendant que les autres ne pouvaient pas nous voir (et c'est lui qui voulait m'embrasser, des baisers beaux, profonds, très sensuels) m'ont prouvés à l'évidence que je lui plais. J'ai savouré ces baisers et lui aussi était très content. Il en frissonnait pendant que je caressais sa belle poitrine nue sous son maillot ! Oui, Orlando me plait beaucoup, et aussi pour l'ardeur avec laquelle il fait l'amour avec moi. Et puis il est beau. En fait, pas vraiment beau, seulement mignon, mais à moi, il me paraît très beau. Quand il m'embrasse, quand nous faisons l'amour, ses yeux deviennent si doux, si lumineux que je me perds dedans. Quand je caresse son corps, il s'enflamme tout de suite, ce qui m'excite énormément. J'aime aussi le fait que la première fois (et la seule jusqu'à présent) où nous avons fait l'amour, il m'a demandé de recommencer juste après l'orgasme. Et comme il aime que je le prenne, au moins autant que j'aime le prendre. Alors, nous sommes vraiment un beau couple, bien assorti, je pense. Il a tout ce qu'on peut vouloir chez un amant, fraîcheur, simplicité, gentillesse, douceur, un grand désir de faire l'amour, l'attention, la gaîté, la chaleur, le dévouement, un beau corps, un sourire spécial...
Ah, s'il pouvait un jour me dire qu'il veut être mon amant ! Pour le moment, je me contente de le partager avec ce Willy... mais je le voudrais tout pour moi. Et même s'il n'est pas cent pour cent fidèle, le seul fait qu'il soit à moi me suffirait. La fidélité, n'est pas une chose purement physique. Je voudrais l'avoir ici et maintenant, pour l'enlacer, le déshabiller et l'embrasser, faire l'amour avec lui pendant des heures... Je voudrais vraiment vivre avec lui, et... oui, j'en tombe vraiment amoureux !
C'est sûr, si Orlando acceptait de devenir mon amant, je lui serais fidèle, je ne regarderais plus ni Nuccio, ni Livio, ni aucun autre. Même s'ils se jetaient dans mes bras, je ne ferais pas l'amour avec eux, tant qu'Orlando m'aimerait.
Orlando s'est littéralement jeté dans mes bras, et c'était merveilleux. Je pense que peut-être, il ne sait plus quoi faire, maintenant. D'une part, il sent qu'il doit rester fidèle à Willy, mais d'autre part, il me désire passionnément. Je dois juste lui donner du temps pour comprendre, pour se décider, sans lui mettre la pression. Je dois simplement lui faire sentir, pas lui dire, combien je l'aime, avec des cadeaux, des coups de téléphone, faire en sorte qu'il se sente bien avec moi, et peut-être qu'un jour il me choisira. Pour le moment, je dois me contenter de le partager avec cet amant qui habite loin. Dans un sens, je suis avantagé. Attendons samedi prochain, un pas après l'autre, sans précipitation. Mais je voudrais pouvoir passer toute une nuit avec lui, faire l'amour avant de s'endormir et de recommencer au réveil. Jouir sans hâte de sa sensualité, de sa passion, de son érotisme intense et de sa douceur. L'admirer à loisir pendant qu'il dormirait, abandonné, languide, dans sa belle nudité, et peut-être même, prendre des photos de lui pendant qu'il dort comme ça, avec une expression douce et rassasiée, comme je voulais faire la dernière fois, mais je n'ai pas eu le courage de le faire...
- Samedi 20/09/1990
- Saint André et ses Compagnons
Encore une dizaine heures et Orlando sera ici. Je suis ému, excité, heureux. Hier soir, dans le bar gay, j'ai rencontré un très joli garçon, et nous avons parlé pendant un bon moment, et pourtant, je ne faisais que penser à Orlando en désirant l'avoir à mes côtés. Ça m'arrive rarement d'être excité, juste en pensant à quelqu'un, mais quand je pense à Orlando, ça arrive presque tout le temps. A présent, je dois assurer mon cours. J'espère que le temps va passer vite. Orlando est sur le chemin du travail, à présent. Quand je rentrerai à la maison, je passerai faire les courses pour le dîner de ce soir, et je ferai un peu d'ordre, je l'attendrai, et le temps n'avancera plus. Tôt ou tard, je devrai lui donner 'Le Petit Prince". Je suis sûr qu'il aimera. Est-il mon renard et moi le prince ? Qui sait ? Serai-je capable de l'apprivoiser (me laissera-t-il faire), de le faire mien, et pas seulement physiquement ? Je ne peux qu'attendre et espérer, sentir croître mon amour pour lui et espérer qu'il naisse aussi en lui...
A l'instant, Orlando m'a téléphoné pour me demander si j'avais envie de venir chez lui, au lieu qu'il vienne ici. Il a senti mon hésitation et m'a dit que Mik ne serait pas là, qu'on serait seul. Il veut prendre une douche dès qu'il rentre, alors il préfère que je vienne chez lui. On se retrouvera à 5 heures 20 à la billetterie. Seulement trois heures et demie, mais ça me semble interminable. J'espère que Mik ne sera vraiment pas là pour qu'on soit tranquille et qu'on puisse faire l'amour. J'ai vraiment très envie de le tenir serré contre moi, de le caresser, de l'embrasser sur tout le corps, et puis d'être embrassé, caressé, enlacé et qu'on s'unisse, et enfin sentir son plaisir pendant qu'il m'accueillera en lui. C'est trop beau !
J'avais acheté tout ce qu'il faut pour un bon dîner, mais ce n'est pas grave, je pourrai m'en servir plus tard. Il faut que je lui trouve un petit cadeau, peut-être le marque-page brodé, je sais qu'il lui plaît, mais c'est peut-être insuffisant, je ne sais pas, mais je ne veux pas le gêner. Je lui offrirais la lune.
Je vais lui amener deux CD de chansons qu'il aime, et lui rendre celui qu'il m'a prêté. Bien sûr, s'il n'est pas seul, je serai déçu. Mais il a dit qu'il serait seul, et je ne vois pas pourquoi il me mentirait. Peut-être qu'à un moment, Mik rentrera, on n'aura pas beaucoup de temps. On serait plus tranquille chez moi, mais malheureusement, je n'ai pas de douche. A présent, je regrette de ne pas avoir insisté pour qu'ils me la réparent. Allez, je vais préparer le cadeau pour Orlando.
Il est arrivé une demi-heure en retard, mais j'étais si content de le voir ! Dans le bus, il s'est à moitié endormi. Et puis, dès qu'on a été chez lui, je l'ai pris dans mes bras. Il m'a embrassé, s'est serré contre moi et nous avons fait l'amour dans la maison obscure, en transpirant à cause de la chaleur. Il m'a supplié de le prendre avec son habituelle passion, mais malgré tout le gel que j'avais mis, je lui faisais mal et j'ai dû arrêter. Alors nous avons joui après un long et doux soixante-neuf. Quand même, c'était bon. Après, alors qu'on se caressait, encore nus (il n'a pas voulu que je me rhabille en disant qu'il aime beaucoup regarder et toucher mon corps nu), je lui ai demandé s'il avait parlé de nous à Gianni ou à Mik. Il a dit non, qu'il n'en a pas non plus parlé à son amant. Et puis il a répété l'habituelle question, "Qu'est-ce que je peux faire ?" Je lui ai dit que je voulais seulement qu'il soit heureux, que je n'exigeais rien de lui. "Mais c'est pas bien, ce qu'on fait." a-t-il dit. Alors je lui ai dit que s'il pensait que nous avons tort, et qu'il décide d'arrêter de faire l'amour avec moi, je comprendrais et j'accepterais s'il en était heureux. Il a dit "Mais je ne veux pas te faire de mal, Gian..." Alors je lui ai répondu, "Je ne veux pas non plus te blesser. Tu es libre de décider ce qui te convient le mieux."
Et puis nous avons parlé de la manière dont il avait compris qu'il était gay. Ça s'est passé il y a moins d'un an. Il se promenait avec un ami proche qui avait tenté de se suicider parce qu'il était gay, mais sans en connaître le vrai motif. L'ami l'avait conduit sur la plage gay, le long de la rivière, en espérant peut-être que l'endroit permettrait à Orlando de comprendre pour lui. Mais il n'avait pas saisi les intentions réelles de son ami, bien qu'il ait remarqué que curieusement, il n'y avait que des hommes sur la plage. Et puis après qu'ils soient revenus sur la plage "normale" et se soient séparés, Orlando s'est aperçu qu'il avait perdu ses clés. En retournant les chercher, il a vu deux garçons, des amis de son ami, qui s'embrassaient. Orlando était troublé, ressentait une sensation étrange, et comprenant soudainement les intentions de son ami, il se sentit mal. De retour chez lui, il appela son ami et trouva une excuse pour ne pas aller sur la plage le lendemain comme prévu. Mais ça lui tournait dans la tête. Au bout d'une semaine, il le rappela en se disant qu'il était injuste en l'évitant. Mais les parents lui avaient dit que leur fils avait quitté la maison quelques jours auparavant, et qu'ils ne savaient pas où il était. Orlando se sentit coupable et retourna sur la plage gay et demanda aux amis s'ils savaient où il était. Ils répondirent que non, mais qu'ils lui avaient dit qu'Orlando les avaient vus s'embrasser, alors qu'il avait dû comprendre pourquoi Orlando avait décommandé le rendez-vous. Orlando s'était senti très mal. Il ne savait même plus si c'était une sorte "d'expiation" ou si c'était pour mieux comprendre son ami, ou même une autre raison, mais il décida d'essayer de faire l'amour avec un homme. Alors, il revint sur la plage gay, se déshabilla et attendit. Un homme l'emmena chez lui et le baisa. Ça lui plut beaucoup. Il n'y avait jamais pensé auparavant, mais réalisa qu'il aimait les hommes ! Il ne me l'a pas dit clairement, mais je pense que son premier homme est son amant actuel, Willy.
"Je ne sais pas si je suis vraiment gay, mais ça me plait trop de faire l'amour avec un homme." a-t-il dit avec des caresses imperceptibles. Je lui ai dit que "gay" n'est qu'une étiquette, que l'important était qu'il ne fasse de mal à personne et qu'il pouvait sans problème faire l'amour ou tomber amoureux de qui il voulait. Et que la chose qui me plaisait le plus était sa pureté de cœur. Et puis je lui ai demandé sa photo et il m'en a donné une où il est avec Gianni, sur laquelle il sourit avec ce sourire sexy et espiègle que j'aime à mourir.
Pendant qu'on parlait, son amant l'a appelé. Après le coup de téléphone, il était perturbé. "C'était lui." a-t-il dit et il s'est réfugié dans mes bras et il a commencé à pleurer. Je l'ai serré et il m'a serré. "Je pleure comme une femme." a-t-il dit. "Non, comme un être humain." lui ai-je répondu. "Je ne sais pas quoi faire." "Ce que tu crois le plus juste." lui ai-je dit. "Je veux que tu sois heureux. Je ne te demande rien." "Pourquoi ne cherches-tu pas quelqu'un de mieux de moi ? Il y en a tellement de mieux que moi." " Il y en a sûrement, mais depuis que je te connais, je ne réussis à en voir aucun de mieux que toi. Tu me plais beaucoup, je n'y peux rien et les autres, à présent, ne m'intéressent plus."
Il m'a caressé et c'est progressivement endormi, avec sa tête sur mes genoux. Il a dormi deux heures et demi, jusqu'à onze heures moins vingt. Quand il s'est réveillé, il s'est excusé. Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter, que je me sentais bien avec lui. Alors il m'a dit, "Je te raccompagne à l'autobus." "Tu veux que j'y aille maintenant ?" "Oui..." a-t-il répondu en commençant à se rhabiller. "Tu n'as pas besoin de t'habiller, je peux y aller seul, je connais la route." "Tu es sûr ?" "Oui."
J'ai pris mes affaires et je lui ai dit au revoir. Il m'a tiré contre lui et m'a embrassé. J'ai repris le baiser et les caresses, mon désir renouvelé. Au début, il semblait content, mais il m'a arrêté, "Non, pas maintenant, vas-y." "D'accord, excuse-moi." ai-je dit en me retirant. Il m'a rattrapé contre lui avec un baiser léger en murmurant, "La prochaine fois," puis il a ajouté, "Merci pour cette fois, c'était vraiment spécial. Et merci pour ton cadeau. Prend soin de toi, Gian."
Je lui ai encore dit au revoir, et je lui ai envoyé un baiser de la porte. Il me l'a renvoyé et je suis sorti. J'aurais aimé qu'il vienne avec moi jusqu'à l'arrêt de bus, mais je pense qu'il était trop fatigué, troublé...
Et maintenant, qu'est ce qui va se passer ? Il ne sait pas se décider. C'est sûr que je suis plus qu'une simple aventure, mais il ne sait pas quoi faire entre son amant et moi. Il a le sens de ses responsabilités, peut-être de l'amour. Il ne veut pas faire de mal à Willy, ou à moi... Mais je suis moi-même incertain. Je le veux, mais je ne veux pas qu'il se sente mal. Je veux qu'il soit heureux, mais je voudrais l'être aussi...
Est-ce que je l'appelle ou j'attends qu'il le fasse ? Je ne sais pas. Quand je l'ai laissé, il m'a bien fait comprendre qu'il voulait me revoir, refaire l'amour avec moi, "la prochaine fois". Et moi aussi, bien sûr. Si je n'étais pas amoureux de lui, je ne l'aurais pas regardé dormir pendant deux heures et demie, immobile pour ne pas le réveiller. Je pense qu'il doit au moins en discuter avec Gianni, pour quelques conseils qui l'aideraient à mieux se comprendre lui-même. Je ne sais pas. Mais je pense que cette expérience, quelle que soit son issue, aidera Orlando à mûrir, qu'elle lui fera du bien. Et j'espère qu'elle ne me fera pas trop souffrir... C'est la première fois que je me retrouve en travers d'un couple, même involontairement. Qu'y puis-je ? Y renoncer de moi-même ? J'ai déjà trop souvent abandonné, et puis, il me reste peu d'années à vivre... Suis-je égoïste en espérant qu'elles m'amènent encore un peu d'amour ? Oui, Gian-Maria, est-tu égoïste ?
Je vais devoir attendre pour voir comment les choses se passent, C'est le plus difficile pour moi, mais je l'ai déjà fait, je le referai. Suis-je amoureux d'Orlando ? Est-ce que je l'aime vraiment ?
Dans ces lignes, il y a deux expressions qui me donnent à penser. La première, "J'ai trop souvent renoncé à moi-même," et la seconde, "Il ne me reste que peu d'année à vivre."
Quand Papa m'a dit que lui aussi était gay, il a aussi commencé, petit à petit, à me parler de lui, de sa vie, ses pensées, ses idées, ses valeurs.
Pour mon père, "aimer", a toujours voulu dire vivre pour l'autre. Il a toujours renoncé à ses propres désirs, son plaisir, son bonheur, pour le bonheur de l'autre. Un peu comme il l'a fait avec toi, Silvio. Quand tu lui a dit que tu n'avais plus envie de poursuivre la relation que vous entreteniez, il n'a pas cherché à te retenir, et seulement par amour pour toi. Il ne cherchait que ton bonheur, ça passait avant le sien. Et également quand il me confia qu'il se sentait attiré par Ugo, et à d'autres occasions. Il avait horreur de l'égoïsme, même s'il le pardonnait chez les autres, il essayait de ne pas l'être lui-même.
Je ne dis pas qu'il était parfait. Il avait des défauts, des points faibles, des aspects qui ne me plaisaient pas (et qui, je crois, ne lui plaisaient pas). Mais pour lui, l'amour, le vrai amour, était fondamental. Il croyait profondément en l'amour, il aimait l'amour. Je suis certain que si jamais Orlando lui avait dit "j'aime Willy" il se serait vite effacé. Mais Orlando lui avait seulement dit "Je suis avec Willy" et, comme me l'a dit un jour mon père en me racontant ce qu'il éprouvait, Orlando n'avait chez lui aucune photo de Willy, rien qui fasse penser à un amour vrai. Probablement Willy avait été le premier homme d'Orlando et celui-ci pensait lui devoir quelque chose. Il m'aurait fait plaisir de lui en parler pour comprendre, mais je n'en ai jamais eu l'occasion.
A propos de la seconde phrase, , "Il ne me reste que peu d'années à vivre." il ne savait pas à quel point il avait raison, puisque son cancer avait déjà commencé à se développer en lui. Etait-ce un genre de prédiction ? D'une façon étrange, mystérieuse, le sentait-il ? A cinquante ans, un homme normal ne se sent pas prêt de la mort. En plus, même s'il était entre mille doutes, mille incertitudes, il ne voulait certainement pas mourir. Ce désir ne viendra que quelques mois plus tard, quand il perdra tout espoir de trouver un amant. Et c'est devenu encore plus évident quand il a découvert que sa vie allait se terminer rapidement, qu'en lui rampait un mal incurable.
- Samedi 27/09/1990
- Saint Vincent de Paul
J'espérais voir Orlando, aujourd'hui ou demain, mais il dit qu'il est occupé. Est-ce vrai ou m'a-t-il juste pas envie de me voir ? Ou veut-il un peu de temps pour y réfléchir ? Je ne sais pas, je ne comprends pas. Pour le moment, j'ai décidé de ne pas l'appeler, d'attendre qu'il le fasse, mais je ne sais pas si je fais bien. J'ai peur qu'il ne m'appelle pas. A ne pas l'appeler, j'ai peur qu'il pense que j'ai renoncé à lui. Mais si l'appeler le gêne ? Mais si je le gêne en l'appelant, ça veut dire qu'il ne tient pas à moi. Ça pourrait être une façon de le forcer à se décider. Voilà que j'hésite de nouveau. Mais quand même, j'aime vraiment Orlando. La nuit dernière, dans le bar gay, j'ai rencontré un garçon vraiment beau, et il est clair que je l'attirais. Si je n'avais pas tellement pensé à Orlando, lui aussi m'aurait attiré. Objectivement, il était plus beau qu'Orlando et pourtant c'est Orlando qui sortait gagnant de la comparaison. Que dois-je faire ? Je ne peux pas me le sortir de la tête, ni du cœur. Il ne s'est passé qu'une semaine depuis que j'ai vu Orlando, et ça me semble une éternité.
Parfois, je pense que je devrais suivre mes impulsions, l'appeler, essayer de le rencontrer. Je sais que les hommes sont différents des autres animaux uniquement parce qu'ils savent contrôler leurs impulsions, mais... est-ce toujours vrai ? Est-ce que je ne contrôle pas trop ? Je voudrais avoir quelqu'un pour me conseiller, mais qui ? Certainement pas Silvio, il est tout à son nouvel amour, Danilo (et j'en suis content pour lui, même si mon cœur se serre un peu en pensant que je n'ai pas su donner à Silvio ce dont il avait besoin). Je me sens comme un écolier devant son premier amour, perdu. Tant d'années d'expérience, et il me semble que je n'ai rien appris. Je pense que je pourrais en parler avec Raffaele. Oui, c'est une bonne idée. Il me comprendra, il m'aime.
Aujourd'hui, Nuccio devait venir me voir, mais il ne s'est pas montré. Je pense que je ne le reverrai pas. C'est dommage, j'aurais aimé le connaître mieux. Mais Orlando, pourquoi suis-je tombé amoureux de lui comme ça ? Il a Willy, alors comment pourrais-je l'attirer ? Comment pourrait-il me préférer à son amant actuel ?
Mais ça me plairait tant, et pas seulement physiquement, ni pour sa façon de faire l'amour. Non, c'est lui, Orlando, avec sa personnalité, telle que je la connais, qui m'attire tant. Est-ce que je me trompe ? Pourquoi je ne trouve pas quelqu'un qui tombe amoureux de moi comme moi de lui ? Pourquoi tous mes amours sont-ils destinés à mourir, à être à sens unique ? Pourquoi ne puis-je trouver quelqu'un qui soit heureux de recevoir mon amour, de me donner le sien ? Parfois, je me sens si triste que je voudrais juste mourir...
Et puis non, je ne suis pas vraiment triste. J'ai juste l'impression que je suis suspendu dans le néant. J'attends, mais je ne sais pas quoi. En fait non, je sais, j'attends Orlando, qu'il me dise qu'il ne peut plus se passer de moi, qu'il veut me donner son amour, pas seulement son corps. Mais peut-être est-ce trop demander, et ainsi, je resterais les mains vides, sur le quai de la gare.
Alors, en conclusion, dois-je appeler Orlando, ou non ? Est-ce mieux de l'attendre ? Je n'ai pas encore décidé...
En fait, il m'a parlé. Il m'a dit qu'il était dans une situation nouvelle pour lui, étrange, et qu'il avait besoin d'en parler avec moi pour y voir plus clair. Et il me résuma son triple amour, sa préférence pour Orlando, des doutes, ses incertitudes.
Je n'avais jamais vu Papa, d'habitude si sûr, décidé dans ses choix, aussi incertain, déconcerté. Il m'inspira une grande tendresse. Je lui dis que pour moi, il devrait suivre son instinct. Je lui dis qu'il était temps qu'il pense à lui-même et à son propre bonheur.
J'étais tellement heureux d'entendre qu'il était de nouveau amoureux et je lui dis que pour moi, il devait tout miser sur Orlando. A la manière dont il en parlait, il était évident qu'il en était profondément amoureux. Il parla avec moi avec une profonde honnêteté, en tentant d'analyser ses sentiments, de trouver la meilleure chose à faire, pas seulement pour lui mais aussi en pensant à Orlando. J'ai trouvé qu'à l'issue de cette longue conversation, il était plus serein. Il m'a demandé, "Je ne te fais pas l'effet d'un écolier à son premier amour ?" et j'ai répondu, "Oui Papa, et c'est magnifique, tu es resté honnête et frais, tu es un homme merveilleux." Il a rougi, puis il m'a remercié, et il a ajouté, "Mais c'est ridicule de la part d'un homme de mon âge..." "Non, pas du tout, j'espère qu'à ton âge, je serai comme toi. Je t'aime tant, Papa."
On s'est embrassé. Et puis il m'a demandé comment ça se passait avec mon Stefano. Je lui ai dis que j'étais bien, même si parfois nous avions de petites querelles. Il en a paru alarmé, "Pourquoi ?" Il voulait savoir. "Parce qu'il veut tout le temps faire l'amour, il est insatiable." "Et tu t'en plains ?" a-t-il demandé avec un doux sourire, et il m'a raconté comment Maman le caressait n'importe quand dans la journée, pendant qu'il travaillait dans son atelier ou la nuit, pendant qu'il dormait, jusqu'à ce qu'il soit excité, pour faire longuement l'amour avec lui. "Et c'était bon, tu sais ?" a-t-il conclu avec un air rêveur. Et puis il ajouta, "Peut-être veut-il seulement sentir que tu le désires. Si tu prenais plus souvent l'initiative, peut-être se sentirait-il plus assuré, il insisterait moins, tu ne crois pas ?"
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