- mercredi 01/10/1990
- Saint Jérôme
Ce matin, vers 10 heures 30, j'ai téléphoné chez Orlando, sûr de tomber sur son répondeur. Je lui aurais laissé un message, pour voir s'il me rappelait. Mais en fait, c'est Mik qui a décroché. Il était vaseux, parce qu'il avait bu avec des amis pendant la nuit. Je me suis excusé, et je lui ai demandé de dire à Orlando que j'avais appelé. Je ne sais pas si, dans l'état où il était, il s'en rappellera. Mais quand même, Orlando n'a pas appelé de toute la semaine. Chaque jour, j'espère que je vais trouver un message de lui sur mon répondeur en rentrant à la maison, mais rien. Peut-être Orlando préférerait-il que tout soit fini entre lui et moi. Ça me rend triste, mais si, à la réflexion, je le comprends. Et pourtant, je ne peux me passer d'espérer.
Ce soir, je suis allé au sauna gay, l'Antarès, vers 7 heures 30 parce que j'avais reçu une entrée en cadeau..Il y avait une petite pièce avec une télé et une vingtaine de sièges où ils passaient des films gays. Et puis un couloir avec des bancs et des distributeurs de boissons, confiseries et de cigarettes, et un salon plein de magasines gays où on pouvait fumer. Et puis un couloir obscur avec des rideaux qui faisaient un petit labyrinthe avec deux petits box où un couple pouvait se retirer pour faire l'amour debout et deux petites pièces avec des lits et qui fermaient à clé, qu'on pouvait louer. Et enfin, un vrai sauna avec des douches à coté.
J'ai regardé un des films, et puis j'ai commencé à tourner, en espérant faire quelque chose avec un des jeunes (90% des présents) qui déambulaient sans cesse. Il ne s'est rien passé pendant des heures. Le fait est que, outre ma timidité, je ne sais pas comment ils font, ici, c'est la première fois que je mets les pieds dans un sauna gay, et la peur de faire un faux pas, de paraître agressif, m'a dissuadé de faire le premier pas, même si plus d'un parmi eux m'attiraient. Puis alors que je me tenais le long d'un rideau, j'ai senti quelque chose de l'autre côté, et il m'a semblé que c'était l'un des garçons qui me plaisaient.
Il effleurait le rideau, comme moi, et à un moment, ma main a effleuré la sienne à travers le tissu, et il ne l'a pas retirée. J'ai appuyé, et il ne la retirait toujours pas. Alors, je me suis enhardi et j'ai glissé ma main de l'autre côte et nos doigts se sont croisés, serrés. J'ai écarté le rideau, ce n'était pas celui auquel je pensais, mais il ne me déplaisait pas. Je lui ai demandé s'il voulait venir avec moi dans une des cellules et il a dit oui. Je suis allé payer et prendre la clé. Il était onze heures moins dix. On est entré, on s'est embrassé, caressé et lentement déshabillé. Même si sa figure n'était pas vraiment belle, (mais mignon, quand même) son corps me plaisait beaucoup.
On a fait l'amour, en s'embrassant, en se caressant, en se suçant, mais sans jouir et je ne l'ai pas pénétré, même si je lui faisais clairement sentir mon doigt sur son petit trou. Il se serrait contre moi et voulait être bercé. J'ai senti qu'il voulait plus de la tendresse que du vrai sexe (même si le sexe lui plaisait). Il me souriait, il me posait la joue sur la poitrine ou sur une épaule et semblait heureux lorsque je serrais et le berçais. Il a paru étonné par mon membre. Il le caressait, le suçait souvent. Nous sommes restés ainsi jusqu'à minuit moins vingt, c'était vraiment agréable. Il n'a pas voulu me dire son nom. Il a vingt ans et est étudiant à l'Académie des Beaux-arts et je lui ai dit que j'étais peintre. Je lui ai dit qu'il me plaisait, que je voulais le revoir mais il m'a dit qu'il avait déjà un amant. Mais plus tard, lorsque je lui ai répété que je voulais le revoir, il m'a demandé quand. Lorsqu'il a du temps libre, lui ai-je dis. Pendant qu'il se rhabillait je lui ai demandé : "Demain ? Je suis libre toute la journée." et lui: "Je suis pris le soir, mais pas pendant la journée." "Alors nous pouvons nous voir le jour." "Oui." " A quelle heure?" "À une heure, ça va?" "D'accord, devant le cinéma Idéal? Tu sais où c'est?" "Oui, bien sûr." " Tu viendras vraiment ? Dis-le moi vraiment, mais ne me fais pas attendre inutilement." "Je viendrai." "Promis?" "Oui."
On est sorti ensemble, et on a marché jusqu'à la gare où il prend le train. Il ne fait pas de sport en ce moment, mais il jouait au tennis. Il fume, mais très peu. Il ne va pas dans les bars gays, ni en boîte. Quand on s'est séparé, je lui ai fait confirmer le rendez-vous, et il me l'a confirmé.
Il était mignon, très timide. Je lui ai dit que je comprenais sa réticence à me dire son nom, puisqu'on se connaît à peine. Mais je voulais que nous nous connaissions mieux, peut-être devenir ami. Il était d'accord. Qui sait si cette histoire aura une suite ? Nous avons fait l'amour très doucement, et même s'il m'a dit qu'il préférait ne pas jouir, et nous n'avons pas joui, c'était très agréable. Quand nous sommes entrés dans la cabine, il m'a demandé d'éteindre la lumière. Même sans éclairage, il y avait une pénombre suffisante pour voir son corps et ses expressions. Après, c'est lui qui a allumé la lumière pour mieux me voir. J'ai aimé son sourire...
Mais pourquoi dois-je toujours trouver des garçons qui ont déjà un amant ? Est-ce que je réussirai à en trouver un qui puisse tranquillement tomber amoureux de moi ?
Bon, maintenant, il est déjà une heure du matin et je vais dormir. Dans douze heures, je serai devant l'Idéal à l'attendre. Espérons qu'il ne va pas me jouer un sale tour. Si nous pouvons passer l'après-midi ensemble, je lui donnerai mon adresse et mon numéro, comme ça, il pourra m'appeler s'il ne veut pas me donner le sien.
Mais en fait, j'espère encore recevoir un appel d'Orlando...
- Vendredi 03/10/1990
- Saint Candide
Comme je le craignais, le gars ne c'est pas montré au rendez-vous d'hier après-midi. Je l'ai attendu jusqu'à une heure et demie. Je ne comprends pas quel plaisir il y a à faire une promesse sans la tenir. Mais au fond, c'est mieux comme ça, "Après tout, le raisin est encore trop vert," dit le renard. Comme quoi, je suis vraiment naïf.
Et puis je suis retourné au sauna Antarès où je suis resté cinq heures sans résultats. Il y en avait un en particulier qui me plaisait bien, bien bâti. Même s'il n'a rien fait non plus, il ne m'a fait aucun signe que je l'intéressais, et il n'a pas non plus répondu à mes signaux. Question de méthode ou je ne l'intéressais pas ?
A 8 heures, je suis allé au Triangle, où il n'y avait que le patron. J'en ai profité pour me faire expliquer comment on drague au sauna ou dans un bar gay. Ça a été vraiment intéressant et instructif. Vers 10 heures je suis allé au Garibaldi pour la première fois. Un endroit sympathique. Comme d'habitude, je me suis assis au comptoir, seul et silencieux. Vers minuit, j'ai décidé de rentrer à la maison. Du coin de l'œil, j'ai vu trois gars rentrer et s'asseoir à une table. Je n'y ai pas fait très attention. Un peu après, un des trois est venu vers moi. C'était Mik, l'ami d'Orlando. M'ayant reconnu il est venu me saluer et il m'a invité à m'asseoir avec eux. J'y suis allé et nous avons bavardé. À un moment, Mik a vu mon porte-clés de bois de rose et m'a demandé si c'était moi qui en avais offert un à Orlando. Je lui ai dit oui et je lui ai demandé pourquoi. Il m'a alors dit que lorsqu'il l'avait vu, il lui avait demandé avec insistance de le lui donner mais Orlando lui avait résolument répondu non !
Et puis Mik a dit, "Orlando est vraiment gentil et doux, non ?" "Oui, très." ai-je dit. Et puis, pendant que les deux autres n'écoutaient pas, je lui ai demandé s'il savait garder un secret. Il a promis. Je lui ai dit que j'étais tombé fou amoureux d'Orlando, mais que je ne le lui avais pas dit, puisqu'il est déjà avec un autre homme. Il m'a de nouveau promis de ne rien dire à Orlando et ensuite il m'a dit qu'Orlando est encore très jeune et incertain sur lui-même. Il m'a dit que son Willy vit dans la ville dont Orlando est originaire, et qu'il a soixante trois ans. Il m'a aussi dit qu'Orlando a un autre amant ici, plus jeune, un français, et qu'Orlando est perturbé parce qu'il ne sait dire non à aucun d'eux, qu'il a seulement besoin de temps. Alors je lui ai dit que mon amour est sans espoir. Mais Mik m'a dit qu'au contraire, je dois seulement être patient, donner à Orlando mon amitié sans le forcer à faire de choix, ce qui risquait de le faire fuir, mais qu'avec le temps, j'avais mes chances. Il a aussi dit qu'il essayerait de faire en sorte qu'on se voit plus souvent tous les trois avec Orlando. "Tu es fascinant, je pense qu'Orlando peut tomber amoureux de toi..." a-t-il dit gentiment.
Je n'ai pas dit à Mik qu'Orlando et moi avons déjà fait l'amour, parce que je n'avais pas envie de lui dire des choses qui concernaient Orlando. Mais à présent, l'espoir s'est rallumé dans mon cœur, même si je comprends qu'Orlando a encore besoin de beaucoup de temps pour prendre une décision. En somme, le garnement a au moins trois amants, pour le moment, moi compris. Voire même plus ?
Mik m'a dit qu'à 2 heures ils devaient aller dans un restaurant de spaghettis et m'a proposée d'y aller avec eux. J'ai accepté. Avec Mik, je me sens bien. À deux heures, j'étais en train de me lever pour partir avec eux, quand est arrivé un jeune (28 ans ?) très mignon qui m'a demandé qui j'étais, ce que je faisais et plein d'autres questions. Mais, vu que les autres saluaient leurs amis pour sortir, j'ai pris mes affaires et je me suis levé pour les suivre. Alors il m'a dit, "Comment, tu t'en vas déjà ? Reste encore un peu!" "Je ne peux pas." "Rien qu'un peu..." "C'est mes amis et j'ai promis d'aller avec eux." "Tu viens souvent ici?" "C'est la première fois." "Ah, mais tu reviendras?" "Oui, sans doute." "Ah, bien, alors on pourra se revoir." J'ai l'impression d'avoir fait une touche avec ce garçon. Il est vraiment très mignon et si je n'étais pas aussi épris d'Orlando je crois que je me serais arrêté pour faire sa connaissance et...
Nous sommes restés dans le restaurant de spaghettis jusqu'à cinq heures du matin. J'ai promis à Mik que puisqu'il veut apprendre je lui donnerai des leçons de dessin. Lorsque nous nous sommes quittés, Mik m'a dit qu'il demandera à Orlando mon numéro de téléphone et qu'il m'appellera. Je crois avoir en Mik un allié. Il a semblé disposé à faire quelque chose pour mon amour pour Orlando.
Découvrir qu'Orlando n'a pas un, mais deux autres amants ne m'a pas choqué. Peut-être qu'il se cherche encore et, comme ça ne fait que six mois qu'il vit seul, il jouit d'une liberté qu'il n'avait jamais eue auparavant. Mik dit qu'Orlando est attiré de gens de mon âge, en sous-entendant assez clairement que le jeune français n'est pas un rival sérieux. Quant à Willy, même si Orlando retourne au village tous les quinze jours environ, il est loin...
Je ne sais pas si je me trompe ou non. La prochaine fois que je serai seul avec Mik, je lui demanderai ce qu'il pense de mes chances. Et puis je lui demanderai son avis sur la meilleure façon de totalement conquérir Orlando. Je pense que Mik m'aime bien et qu'il m'aidera.
Et puis Mik m'a dit hier soir qu'il connaissait Silvio. Il ne sait pas que c'est mon ex. Mik m'a même dit qu'Orlando va tout seul au Garibaldi et, plus rarement, au Triangle. Je crois que je finirai par fréquenter uniquement le Garibaldi. L'ambiance y est sympathique.
A présent, je comprends pourquoi Orlando a acheté un livre pour étudier le français. Peut-être pourrais-je arriver à le convaincre d'étudier le dessin au lieu du français ? Peut-être avec l'aide de Mik. Je n'abandonne pas le rêve d'arriver à quelque chose de sérieux avec Orlando.
Raffaele m'a demandé si Orlando n'est qu'une passade ou si je suis tombé amoureux de lui. Je ne sais pas, mais je sens que moi, je suis amoureux. Bien sûr, l'incertitude sur la décision d'Orlando me freine dans mes sentiments, mais je ne fais que penser à lui.
Clairement, Papa était amoureux d'Orlando. Il suffisait que je lui demande des nouvelles du garçon pour que ses yeux brillent.
Quand il m'a dit qu'Orlando avait trois amants, j'ai eu un jugement très critique sur Orlando.
Mais, pour la défense d'Orlando, Papa a dit, "Il doit prendre cette décision par lui-même. Il doit mettre en accord son amour et ses désirs, mais il n'en est pas encore capable. Tu dois le comprendre. Tu vois, quand j'ai découvert que j'étais gay, ou peut-être bi, j'avais dix-huit ans. J'avais une petite amie qui s'appelait Anna. Elle aussi avait dix-huit ans. Elle était ma deuxième copine. J'avais envie d'elle. Je voulais coucher avec elle, mais elle hésitait un peu. Elle me caressait, me laissait la caresser, même intimement, mais elle ne voulait pas aller plus loin. Je la respectais, alors je bridais mes pulsions, même si elles étaient fortes.
"Anna avait un frère de vingt quatre ans, Dolfo. Il était gay, mais je ne le savais pas. Je le trouvais vraiment aimable. Il était beau, élégant, spirituel. Je passais volontiers du temps en sa compagnie. Un jour, alors qu'on parlait d'Anna et de moi, il m'a demandé si nous avions déjà fait l'amour. Je lui ai dit que non. Il a paru surpris, alors je lui ai expliqué pourquoi. "Mais tu es capable de te contrôler ?' m'a-t-il demandé. "Oui, pour le moment," ai-je répondu. "Je vois... Moi aussi, j'ai envie de quelqu'un mais je ne le lui ai jamais dit. Moi aussi je me contrôle..." Je n'ai pas compris qu'il parlait de moi.
"Mais un autre jour, alors que nous étions seuls ensemble, Dolfo se décida à me dire qu'il avait envie de moi. Je ne sais pas pourquoi, peut-être un instant particulier, peut-être l'affection que j'éprouvais pour lui, peut-être mes pulsions réprimées, le fait est que je l'ai laissé m'enlacer, me caresser, m'embrasser... et pas seulement ça. Nous avons fait l'amour, et quand il m'a demandé de le prendre, ça m'a semblé très beau, aussi bien lui que le fait de m'unir à lui. Et je me suis senti tomber amoureux de lui, même si je continuais à être amoureux de sa sœur, à la désirer... Je savais que j'avais un choix à faire, mais j'en étais totalement incapable. Alors, pour mieux me comprendre, pendant un moment, j'ai aussi commencé à sortir avec un autre garçon, tout en continuant à flirter avec Anna et à faire l'amour avec Dolfo. C'était un des amis gays de Dolfo, qui me fascinait par sa façon passionnée de me faire l'amour. Et c'était toujours plus difficile de décider, de choisir. Alors, je comprends Orlando. Et puis, après tout, est-ce que je ne tente pas avec trois garçons à la fois ? Comment pourrais-je juger Orlando ?"
Oui, comment peut-on juger les autres ? Papa disait toujours que personne n'a le droit de juger les autres. On ne peut juger que les action, pas ceux qui les font.
- Dimanche 05/10/1990
- Saint Placide
Cette nuit (ce matin, en fait) en rentrant du Garibaldi, j'ai trouvé un papier glissé sous la porte. De Nuccio ! ! !
Il est venu me voir hier après-midi, parce qu'il a écrit dans son carnet qu'on avait rendez-vous le 4 octobre, et pas le 27 septembre, comme je l'avais écrit. Il dit qu'il m'a attendu pendant une heure et demie. Il s'excuse de ne pas m'avoir téléphoné plus tôt, mais il a perdu le papier sur lequel il avait mon numéro, alors il est venu directement. Il me demande de lui écrire ou de l'appeler, et il m'a donné son adresse. Il dit qu'il est désolé de ne pas être venu la dernière fois, mais à cause d'un travail supplémentaire et du mariage de sa sœur (dont il m'avait parlé) il a été très pris. Dans sa lettre, il me demande aussi si je pourrais donner des cours de dessin à une de ses amies de 27 ans qui habite dans les environs. Elle sait qu'il est gay, mais elle l'aime bien.
Ainsi, je comprends pourquoi il n'est pas venu la dernière fois.
Mais Orlando n'est toujours pas venu...
Dans mon cœur, c'est toujours la même bagarre. Que dois-je faire ? Dois-je garder espoir en Orlando ou dois-je repenser à Nuccio ? Mais Nuccio aussi est incertain, et physiquement, je ne sais pas si je lui plais. Il pourrait trouver que je suis trop vieux. Et au fond, c'est vrai... Mais Nuccio m'attire beaucoup. Je sens que je pourrais tomber amoureux de lui.
J'ai besoin d'amour, un besoin énorme et peut-être que ça ne me permet pas de penser avec suffisamment de détachement pour voir ce qui est juste. Je me sens seul. Ne pas pouvoir aimer quelqu'un et en être aimé tue une grande partie de mon plaisir, de mon envie de vivre.
Hier soir, au bar, à un moment, j'étais seul avec les deux serveurs. Alors on a commencé à discuter du genre qui me plait, et ainsi de suite. Quand j'ai dis que j'étais trop timide pour dire à quelqu'un qu'il me plaisait, ils m'ont gentiment proposé de le lui dire pour moi. Bien sûr, si je n'intéresse pas l'autre, on s'en tiendra là, mais si par contre, il est d'accord... J'ai eu l'impression qu'ils ne le faisaient pas seulement comme une pratique courante dans les bars gays, mais parce que je leur plais vraiment, surtout Marcello, qui n'est pas très beau, mais doux et sympathique. Et puis l'autre serveur m'a montré une photo de son ami, un garçon de vingt cinq ans qui vient au bar de temps en temps, et m'a demandé s'il était mon genre. Sur la photo, il paraît un joli garçon et je lui ai dit oui. Alors il m'a dit qu'il me le présenterait, et peut-être qu'il en sortira quelque chose.
Et puis il y a le bel inconnu du Garibaldi, celui qui ne voulait pas que je parte, et si je le rencontre à nouveau... et puis Orlando... et puis Nuccio...
En bref, je recommence à me sentir libre, parce qu'Orlando ne s'est pas montré, qu'il n'a pas l'air de tenir à moi. Et Nuccio pourrait ne pas être qu'un pis-aller, même s'il est si jeune...
Peut-être Papa n'était-il pas si amoureux de Maman au début, même si après, il l'a tant aimée. Au début, elle n'était qu'une vraie amie avec laquelle il se sentait bien. C'est elle qui l'a progressivement poussé à faire l'amour avec elle. Maman était vraiment folle de Papa. Oui, en fait il n'était pas vraiment amoureux, il continuait à avoir des aventures avec des garçons.
Mais quand elle lui a dit qu'elle était enceinte de moi, non seulement Papa l'a épousée, mais il a immédiatement cessé toutes ses aventures. Maman n'a jamais su que Papa était gay. Je pense qu'elle ne le soupçonnait même pas. Papa était sûr d'être pour elle un bon mari, qu'elle ne manquait de rien, ni moralement ni physiquement, alors il n'éprouvait pas le besoin de lui parler de son passé. "Le passé est le passé, il est parti. La sincérité est réservée au présent. Je n'aurais jamais menti à ta mère sur notre vie commune." m'a un jour dit Papa.
Lorsque Papa a épousé Maman, il avait vingt cinq ans. Je suis né six mois après le mariage. Ils m'ont appelé Raffaele, comme mon grand-père, Maman, l'avait décidé, et Papa a cédé, même s'il aurait préféré Giacomo. Papa cédait souvent devant Maman, et pourtant ce n'était pas un homme faible, bien au contraire. Mais sa force était dans sa capacité à ne pas se battre pour des détails. En fait, quand je leur ai dit que j'étais gay, Papa n'a pas cédé d'un millimètre à Maman, et même, il l'a forcé à m'accepter comme ça.
Plus tard, je lui ai demandé de quoi ils avaient parlé cette nuit là,. "De plein de choses." "Mais de quoi, en particulier ?" ai-je insisté. "Que nous t'aimions, et que c'était ce qui comptait, que le reste était sans importance." "Mais Maman n'a pas accepté que son fils unique soit gay, non ?" "Elle n'y était pas préparée. Au début, ça l'a choquée. Mais c'était une femme bonne et intelligente, alors elle t'a accepté." "Et tu lui as dit pour toi, à ce moment là ?" "Non, ça l'aurait tuée. En plus, elle aurait pensé que mes arguments étaient biaisés, que je me cherchais des excuses. Ce n'était pas nécessaire, pas le bon moment." "Mais ça ne t'a pas pesé de cacher ta vraie identité ?" "Ma vraie identité ? Mais ma vraie identité, c'est que j'aimais ma femme, que j'étais heureux avec elle. Je n'avais rien à cacher." m'a répondu Papa avec un doux sourire.
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