- Samedi 11/10/1990
- Saint Alexandre
Je n'ai pas écrit depuis un moment. Il s'est passé des choses. Je n'ai plus revu Orlando et il me manque terriblement, mais je pense que je dois y renoncer.
Silvio est fou amoureux, et j'en suis content pour lui. Il ressent à présent ce que j'ai ressenti pour lui, anxiété, amour intense, incertitude. Mais il est heureux et j'espère qu'il pourra être heureux aussi longtemps que possible, et que cette première expérience d'amour intense lui permettra de se renforcer. Je l'aime vraiment, et je voudrais vraiment qu'il soit heureux. Il pourra au moins avoir le bonheur que j'aurais voulu lui donner, mais je n'ai pas pu.
Au Garibaldi, j'ai rencontré un jeune homme avec lequel j'ai eu une longue conversation. Il a vingt sept ans, mignon même s'il n'est pas beau, et sympathique. Il s'appelle Carlo. Il m'a fait clairement comprendre qu'il me désirait. Il n'est pas exactement mon type, mais... Il a passé la nuit de samedi chez moi. On a dormi ensemble. On s'est caressé et embrassé pendant un bon moment, et c'était bon. Mais on n'a pas vraiment fait l'amour. Et puis, dimanche soir, on est allé chez lui. Tout s'est passé comme la veille, sauf deux choses. La première, il me semblait plus beau, et la deuxième, c'est qu'on a joui en se masturbant mutuellement. Je me sentais bien avec lui mais je ne pense pas qu'on pourrait devenir amants. Je sens quelque chose qui me retient, je ne sais pas quoi, et qui le retient aussi. C'est un gentil garçon, mais physiquement, il ne m'attire pas tellement. En plus, il y avait quelque chose d'autre que je ne comprends pas encore et qui me freine devant lui. Peut-être le fait qu'il soit très réservé, presque fermé ? ou alors quelque chose d'autre ?
La nuit passée, je suis retournée au Triangle. Le patron m'a fait asseoir à côté de deux philippins, Sam, trente ans, avec un beau sourire qui m'a tout de suite attiré, et José, vingt deux ans, beau, mais il semble un peu trop gamin. José était assis entre Sam et moi, s'est pratiquement jeté à ma tête. Quand il m'a demandé quel était mon genre, j'ai répondu des garçons dans la vingtaine, il a dit, "Alors je suis dedans..." Je lui ai alors demandé quel était son type, et lui, avec un air malin, "proche des soixante, italien, une barbe poivre et sel..." et il s'est mis à me toucher, à me caresser.
Franchement, j'aurais préféré son ami Sam, mais... Après, il m'a accompagné jusqu'à l'arrêt de bus, et s'est excusé de ne pas pouvoir venir jusque chez moi, mais il a dit qu'il ne pouvait pas laisser seul son ami Sam. On a pris rendez-vous pour demain après-midi, vers 6 heures et demie.
José ne me déplaît pas du tout, mais je me sens plus attiré par son ami Sam qui s'est aussi montré très gentil avec moi. Mais je ne sais pas si Sam me trouve juste aimable ou si je l'attire. J'aime la façon dont il parle, comme il raisonne, ses sourires et puis il est beau et semble très doux. Qui sait... voyons ce qui va se passer. Dans un sens, je me sens perdu. Je n'arrive pas à oublier Orlando, même si maintenant, je n'ai plus d'espoir.
Hier soir, après que nous ayons quitté le Triangle, Sam, José et moi avons été en boîte. Sam dansait en face de moi, et il bougeait d'une façon vraiment sexy. Je dansais aussi, après tellement d'années, et j'ai beaucoup aimé. Comme Sam est gracieux ! Je les ai invités tous les deux pour le 23.
Pendant qu'ils m'accompagnaient à l'arrêt de bus, José m'a poussé dans des toilettes publiques en disant qu'il voulait la voir. Un peu honteux, un peu fier, je suis entré avec lui et je l'ai déballée. Je me sentais comme avec des gamins du collège, tu me la fais voir ? "Pour le moment, elle est petite, mais..." j'ai dit et lui, "Non, elle est déjà grosse comme ça..." a-t-il dit avec un air admiratif et profitant du fait qu'on soit seul, il a tendu la main pour sentir la consistance. J'ai aimé sentir sa main là, son regard admiratif. Et puis, en regardant les poils poivre et sel qui passaient le col de ma veste, il m'a dit que j'étais vraiment sexy et que je lui plaisais beaucoup. J'avais envie de l'embrasser mais je ne l'ai pas fait. Pas dans cet endroit. Ces choses là doivent se passer dans des endroits plus plaisants, par exemple entre les arbres, dans un parc, et aussi avec amour. Il doit au moins y avoir de la poésie dans le sexe, du respect pour soi-même et son partenaire, et puis un peu d'affection...
J'ai vraiment l'impression que je m'attaque à trop de cibles, et que je risque de toutes les rater. Enfin, José viendra demain chez moi. On verra bien ce qui se passera. J'ai l'impression qu'il veut encore plus que moi faire l'amour avec moi. Ou veut-il seulement jouer ?
Et Carlo ? Je pense que ça lui suffirait qu'on reste ami. Comme individu, pour discuter, il me plait. Physiquement, il ne me déplait pas, mais il ne m'attire pas. Orlando, lui, m'excitait terriblement.
Bon, attendons demain et les jours suivants.
Je ne savais pas pour José, et ça m'a attendri. Papa qui se laisse regarder et toucher et qui a peur qu'elle soit trop petite... Vraiment comme un gamin. Surtout quand il tombait amoureux, Papa redevenait un gamin. Tu en sais quelque chose, non, Silvio ?
La première fois que Papa est vraiment tombé amoureux d'un homme, c'est quand il avait vingt deux ans. Il s'appelait Sergio, il avait vingt huit ans. Ils se sont rencontré à la piscine. Pour Sergio, Papa n'était probablement qu'une aventure. En fait, leur liaison n'a duré qu'un an, et puis Sergio l'a quitté. Son premier grand amour et son premier chagrin d'amour.
Papa disait que ceux qui se font des illusions vont vers des déceptions dont la cause n'est pas dans les autres, mais en eux. Et pourtant, il s'est senti très mal quand Sergio lui a dit que c'était fini.
Mais certainement pas autant que ce qu'il a souffert avec toi, quand tu l'as quitté. Tu le sais bien. Tu as été son vrai amour, plus grand que tous les autres, même que celui pour Maman. Il t'aimait profondément depuis la première minute de votre rencontre. Tu le sais, le coup de foudre classique. Et pendant les onze ans de votre vie commune, son amour pour toi n'a fait que se renforcer...
- Dimanche 12/10/1990
- Saint Edouard
José était en avance et ça m'a fait plaisir. Mignon. Il est venu à la maison et on a discuté. Et puis je lui ai proposé une partie de strip-poker. Il a fait le timide mais il était d'accord. Petit à petit, on s'est retrouvé tout nu, alors on s'est couché sur le divan. Je me suis assis à côté de lui et j'ai commencé à le caresser, et il me laissait faire, complètement passif. Et puis il m'a demandé de le sucer. Je lui ai dit oui, mais s'il me le faisait aussi. Il a dit que non, qu'il n'avait pas envie, qu'il était trop fatigué ! Quelle excuse débile. Alors je lui ai dit que c'était peut-être mieux d'arrêter et de faire le dîner. J'ai fais la cuisine et nous avons mangé et discuté tout nu. Il s'est couché de nouveau avec la tête sur mes genoux, et il caressait ma figure, mes mains. J'ai fais pareil avec lui, sans aller plus loin. Et puis il a caressé mon membre et j'ai caressé le sien. Même si j'avais envie de lui, je voulais qu'il fasse les choses comme il les sentait. Vers neuf heures, il a dit qu'il devait y aller, alors on s'est rhabillé et je l'ai raccompagné à l'arrêt de bus. Et me voilà.
Je ne sais pas, il est bien fait, il a un beau corps, attirant. Mais que veut-il ? S'il pense que je vais le faire jouir sans qu'il me le rende un minimum, il se trompe complètement. Peut-être que c'est un gamin vicieux, je ne sais pas. Ou qu'il est vraiment timide et qu'il a besoin de plus de temps ? Mais hier, dans les toilettes, il n'avait pas du tout l'air timide. Il n'aime pas embrasser. Au moins, j'ai eu cette impression. A un moment, il m'a demandé si j'avais envie de faire l'amour. J'ai dit oui, mais j'ai senti qu'il n'en avait pas vraiment envie. Il m'a demandé si je voulais un amant. J'ai dit oui, et il a demandé, "Tu n'en a pas ?" "Non." "Pourquoi ?" "Il semble que personne ne me veut." ai-je répondu. Il n'a rien dit, mais il a commencé à caresser ma barbe, mon nez, mes sourcils, en me disant qu'il les aimait beaucoup, et les cheveux en disant qu'ils étaient souples alors que les siens sont raides. Pendant qu'il me caressait, il était très doux et me regardait avec un chaud sourire. Mais dès que je poussais un peu plus mes caresses, il réagissait comme un demeuré et j'arrêtais. Peut-être que ça allait trop vite pour lui. Ou il attendait autre chose ?
Qui sait pourquoi nous sommes si compliqués ? Et moi le premier ? En tous cas, il a dit qu'il veut me revoir. Il viendra chez moi pour déjeuner avec Sam le 23. J'aimerais revoir Sam avant le 23, seul. Je le préfère. Il a plus de maturité et peut-être... peut-être ? José sait que Sam me plait. Il me l'a demandé et je le lui ai confirmé. Je ne pouvais pas lui mentir, ça n'aurait pas été correct. Peut-être que c'est pour ça qu'il est comme ça ? Ça peut se comprendre. Je lui ai expliqué que je ne les connais encore assez bien ni l'un ni l'autre et que Sam me plaise n'est qu'une première impression. Pour que quelqu’un me plaise vraiment, il doit aussi savoir faire l'amour. Il n'a rien dit.
Ainsi, nous sommes revenus au point de départ. Même seulement comme ami, j'aime bien José. Il est doux, gentil, mignon. Je pense que je retournerai au Triangle ou au Garibaldi demain soir.
- Mardi 16/10/1990
- Sainte Marguerite
Je suis retourné au Garibaldi et j'ai revu Sam et José. Ils étaient avec un autre, et j'ai l'impression qu'il s'est passé la même chose qu'avec moi la première fois. Sam était aimable et souriant, José le tripotait sous la table... Ils m'ont fait un signe de la main. Quand ils sont partis, ils ne sont même pas venus me voir, ils ne m'ont pas fait signe. Et puis quoi ? J'ai trouvé leur comportement bizarre.
Plus tard, j'ai discuté avec un garçon dans les trente ans, très beau, qui s'appelle Gustavo. Il ne m'a pas donné son téléphone, mais je lui ai donné le mien et il a promis de me rappeler pour aller ensemble voir un ballet. Il me plait.
Orlando ne m'a pas appelé et Mik non plus. Je pense que je vais finir par lui téléphoner, même si je n'en suis pas sûr. Peut-être que je devrais laisser tomber ? Comme pour Nuccio, après ce message sur mon répondeur, il ne m'a plus rappelé.
J'ai appelé Mik et Orlando, mais je n'ai eu que le répondeur. J'ai laissé un message disant simplement que j'aurais voulu des nouvelles des deux... Nous verrons si l'un des deux rappelle. Mon cœur battait la chamade dans l'espoir, la crainte qu'Orlando ne décroche.
J'étais presque endormi dans mon lit quand Nuccio m'a appelé, il y a quelques minutes. Il viendra samedi, de 5 à 7 heures pour une leçon de dessin. Il m'a dit qu'en octobre, il fera encore des heures supplémentaires, mais qu'il viendra quand même. Il avait une voix tellement douce et chaude qu'elle m'a donné des frissons, et une grande envie de tendresse. J'étais vraiment content d'entendre sa voix au téléphone. J'imaginais son sourire et... Je ne sais pas s'il y aura jamais quelque chose entre Nuccio et moi, mais s'il veut vraiment appendre à dessiner, je l'aiderai. Et si après, il accepte aussi mon amour... Mais pour le moment, ce ne sont que des rêves, des désirs. Pendant ce temps, je me sens terriblement seul.
- Samedi 18/10/1990
- Saint Lucas
J'attends Nuccio. Il arrive dans une demi-heure. Je suis excité à l'idée de le voir de nouveau. Il est vraiment gentil, et doux, bien fait. Est-ce que je dois le draguer ? Lui laisser du temps ? Je ne sais pas, je verrai quand il sera là, s'il vient vraiment, sa façon d'être. C'est sûr, l'idée de le voir m'aide à oublier Orlando.
S'il n'est pas là dans une demi-heure, je vais commencer à craindre qu'il ne vienne pas du tout. Le fait est que j'ai vraiment besoin de quelqu'un qui m'aime et que j'aime, et avec qui faire l'amour. Nuccio m'attire vraiment. Pourquoi est-ce si difficile de trouver un vrai amant. Il doit bien y avoir quelqu'un qui ai besoin de quelqu'un comme moi, qui puisse, qui veuille m'aimer, qui accepte mon amour.
J'ai fait un petit calcul. Il y a dans cette ville un million d'habitants. La moitié sont des femmes, donc 500 000 sont des hommes. En enlevant les trop vieux et les trop jeunes, il en reste 200 000. Parmi ceux-là, disons que 10% sont gays. Alors il y a 20 000 gays. Disons encore que seulement 1 sur 10 m'attire, il en reste 2 000. Maintenant, disons que je ne plaise qu'à 1 sur 100, il en reste encore 20 qui me plairaient et à qui je plairais. Où sont ces 20 là ? Il ne m'en faut qu'un !
Mais je vais juste attendre et voir.
Il est arrivé pile à l'heure. J'ai commencé à lui apprendre le dessin. Je lui caressais légèrement la jambe et il me laissait faire. Et puis, après la leçon, il m'a dit que son petit ami partira à l'étranger pour son travail en mars prochain. Je ne sais pas s’il voulait dire qu’il sera "libre" (pour moi) mais à sa façon de le dire, peut-être voulait-il dire exactement ça... De toutes façons, il est vraiment mignon et je l'aiderai, qu'il soit ou non mon amant. Oui, il est vraiment trop mignon. On se reverra dans quinze jours, parce que la semaine prochaine, il doit faire des heures supplémentaires. Et puis, il a dit que l'année prochaine, il n'ira plus au gymnase le soir et il pourra peut-être venir étudier deux fois par semaine. Et puis, il n'aura plus son amant... Qui sait ? Son anniversaire est le 19 avril, et il est né en 1971.
Oui, j'aimerais vraiment que Nuccio devienne mon amant. Peut-être qu'il suffit que je lui laisse du temps. Quand il me regarde, il a l'air de me caresser de son sourire... On verra...
Mais entre temps, dois-je continuer à chercher un amant, ou rêver de retrouver Orlando (même si je pense qu'il n'y a plus rien à faire, malgré mon message, il ne m'a toujours pas appelé) ? Oui, c'est vraiment compliqué. Peut-être que je devrais arrêter de rêver à Nuccio et Orlando, et regarder librement autour de moi. Mais en fait, je me sens en partie lié à ces deux garçons. J'ai presque laissé tomber Livio, même si lui aussi m'attire beaucoup. Mais à présent, sur l'échelle, il y a Nuccio et Orlando, et plus bas, il y a Livio.
La nuit dernière, Carlo m'a appelé pour m'inviter à une fête, et s'est excusé de ne pas avoir appelé plus tôt, mais il était très pris. Je vais aussi voir si Gustavo m'appelle. Je le préfère à Carlo, pour le peu que j'ai discuté avec lui. Mais dans ce total, avec Sam et José, ils sont sept, l'un d'eux deviendra-t-il mon amant ? Ou un autre ? Aucun ?
De toutes façons, ce soir, je vais au bar. On ne sait jamais. Même si je ne reste pas tard. D'abord, je mange un morceau et puis...
- Mardi 23/10/1990
- Saint Jean
Gustavo n'a pas encore appelé. Orlando non plus. Jeudi dernier, je suis allé à une fête avec Carlo, et ça m'a distrait, même si ça ne m'a pas vraiment amusé. Samedi soir au Garibaldi, j'ai rencontré un gentil garçon français, Fabrice, qui étudie l'Opéra. Il a dit qu'on devrait y aller ensemble. Et puis aussi Igino, un joli garçon de vingt trois ans (13 Juillet 1967). Mais je n'ai pas réussi à comprendre si je lui plaisais ou non. Par instants, j'en avais l'impression, mais ensuite il ne répondait pas à mes (timides) avances. A 4 heures moins 20 il a décidé de rentrer chez lui, et vu qu'il habite au-delà de chez moi, il m'a offert le taxi. Il dit qu'en novembre il ira en Angleterre pour un mois et en décembre à New York pour un an... Il est fou de "Comme des garçons" (il en avait le parfum et une veste). Bof...
Ce matin, je suis venu au rendez-vous avec Sam et José pour le déjeuner à la maison. Je les ai attendus de 11 heures moins 5 à midi moins 25, mais ils ne sont pas venus. Je ne sais pas pourquoi, mais je m'y attendais. Pourtant, Sam m'avait assuré qu'il ne me ferait pas faux bond, et il avait l'air sérieux, sincère. J'ai essayé de l'appeler chez lui, mais sans succès.
J'ai déjeuné et puis j'ai eu envie de m'étendre un peu et de dormir (cette nuit, je n'ai dormi que six petites heures, je me suis réveillé à plusieurs reprises et maintenant je suis un peu fatigué). Je ne le sais pas si ce soir je ressortirai. Je commence à connaître des gens, mais, au moins pour l'instant, sans aucun résultat pratique. Toutes ces gens qui promettent de téléphoner et ne le font jamais... Je ne comprends vraiment pas pourquoi ils agissent comme ça.
Ah, hier soir, avant d'aller au bar, j'ai vu Gianna, l'amie de Nuccio. Elle est très sympathique, je crois que nous deviendrons amis. En outre elle a beaucoup d'affection pour Nuccio. Est-ce une voie pour l'atteindre ? Nuccio m'attire beaucoup mais je me sens encore indécis.
Surprise, surprise, surprise!
Je suis rentré à la maison vers 10 heures et demie et il y avait un message sur le répondeur. Au début, j'ai pensé que c'était peut-être Sam qui s'excusait ou Raffaele, ou... Et c'était Orlando ! ! ! Il s'excusait de son long silence et disait qu'il espérait (il était 17 heures quand il a téléphoné) que j'avais du temps libre à passer avec lui (et même avec Mik, mais de toutes façons ensemble !) et qu'il était déçu de ne pas me trouver, mais qu'il rappellerait !
Alors, il ne m'a pas oublié, il ne s'est pas lassé de moi ! Il veut toujours me rencontrer ! Et comme je le connais, je l'attire toujours !
J'abuse des points d'exclamation, mais j'avais perdu tout espoir, et maintenant, je me sens heureux. Au moins comme ami, il n'a pas pris la décision de ne pas me revoir comme je le craignais. Oui, je me sens mieux. Et maintenant, je regrette de ne pas avoir été à la maison aujourd'hui. A présent, je peux ressortir sa photo et l'admirer tranquillement.
Je me sens un peu fatigué, alors je vais me coucher, maintenant, et cette fois, je dormirais paisiblement. C'est Silvio qui m'inquiète, par contre. En ce moment, ça ne va pas avec son Danilo, dont il ne comprend pas s'il veut le voir ou non. J'espère de tout mon cœur que Silvio aussi va retrouver sa sérénité. Je voudrais vraiment qu'il soit heureux comme lorsqu'ils se sont connus. J'irai le voir samedi, alors je ne serai pas disponible pour Orlando, et je suis pris toute la semaine, mais bien sûr, je trouverai du temps pour Orlando dans les semaines qui viennent. Je pense que Silvio à besoin de me voir, de s'épancher un peu. Je voudrais vraiment que Silvio soit heureux, qu'il trouve enfin l'amour vrai. Il semblait l'avoir trouvé avec Danilo. Au fond, Danilo se comporte avec Silvio comme Orlando avec moi... Mais Silvio en souffre beaucoup.
Bon, pour l'instant : bonne nuit, Gian Maria!
Quand, une fois, j'ai demandé à papa s'il était encore amoureux de toi, il m'a répondu non. Peut-être même en était-il convaincu, mais je ne l'ai pas cru. Je crois que Papa, même s'il s'était résigné, n'a jamais vraiment cessé de t'aimer et peut-être même toute cette recherche d'un nouvel amour était une manière inconsciente de se détacher vraiment de toi. Il me disait simplement qu'il te voulait beaucoup de bien : "On ne peut pas rayer onze ans d'amour intense, et je ne le veux pas. Mais c'est fini, je ne le regrette pas." Et je me rappelle très bien de lui me disant : "L'amour n'est pas une lampe avec un interrupteur : clic, tu l'allumes, clic, tu l'éteins... "
Quel que soit le nombre de "clics" je ne crois pas que cette lampe se soit jamais éteinte. Il avait seulement mis dessus un abat-jour opaque qui lui permettait de se persuader qu'elle était éteinte. Au moins, c'est mon impression, mais peut-être que je me trompe. Il est très difficile de comprendre notre propre cœur, alors je crois qu'il est presque entièrement impossible de comprendre le cœur d'un autre, même celui de quelqu'un qu'on aime.
- Samedi 25/10/1990
- Saint Crispin
En rentrant ce soir, à 23 heures 17 j'ai trouvé un autre message d'Orlando sur mon répondeur. Cette fois, il était chez lui (j'entendais la musique) et il était seul, pas avec Gianni. Il me disait que comme il avait changé d'horaire de travail, il serait chez lui à midi et demie, et qu'il ne pourrait pas m'appeler, qu'il s'excusait. Et puis il a dit qu'il voulait faire une fête pour son anniversaire, mais qu'il n'avait pas encore décidé la date, mais que ça ne serait pas avant le 30. Il espérait que je pourrais venir. Il a aussi dit qu'il avait un gros rhume (ça s'entendait) et qu'il n'était pas très bien. C'était un long message qui m'a fait plaisir. J'étais seulement triste de ne pas être là pour répondre. Maintenant, je ne sais pas si je dois lui écrire ou l'appeler ou quoi...
Mais je voudrais vraiment le revoir. Ça fait un mois que je ne l'ai pas vu et il me manque tellement. Il était si gentil, au téléphone, et j'avais l'impression de voir son sourire si doux et malicieux.
Ce soir aussi j'irai me coucher serein.
Je suis seulement triste que Silvio souffre tellement avec son Danilo, qui ne l'a pas appelé. Je lui ai conseillé de lui écrire. Il est déprimé et ne pas pouvoir l'aider m'attriste. Pour moi, Silvio reste encore terriblement important. Je veux tellement son bonheur...
Papa m'avait parlé de cette histoire avec Danilo, et l'émotion avec laquelle il en parlait m'a convaincu qu'il était, au moins "encore très concerné par ton bonheur".
Quand tu l'as quitté, Papa a tenté de réagir rationnellement, d'accepter l'inévitable, mais il se sentait perdu. Il ne te condamnait en rien. Au contraire, il justifiait ta décision. Il disait honnêtement que tu avais pris la bonne décision. Il admirait ton honnêteté et ta sincérité, et il te savait triste de lui faire du mal, mais que tu ne pouvais rien faire d'autre. Pour moi, cette façon de voir était dictée par son amour. Je le lui avais dit, mais il avait répondu que son attitude était juste objective, qu'elle ne venait pas de l'amour. Qu'il était éteint...
Avant qu'il ne reprenne espoir de retrouver un amour, il est resté apathique pendant un an. Seuls sa peinture, sa sculpture et l'école le gardaient vivant, et il s'y est jeté à corps perdu. Et puis il y a eu ces mois d'espoir, de désir, d'anxiété et aussi de confusion stupéfaite.
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