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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE MARCHAND DE VENISE
Ou
LES 24 NUITS DE LORENZO ET POLETTO
QUATRIEME NUIT
LE JANISSAIRE AMOUREUX

Dès que Lorenzo appela Poletto, le garçon arriva immédiatement. Il pénétra dans la chambre du Maître, et s'approcha du lit d'un air anxieux.

"Poletto, pourquoi n'étais-tu pas là? J'ai dû t'envoyer chercher."

"Mais cela fait trois nuits que le Maître ne m'a pas appelé. Je pensais que vous ne vouliez plus de moi."

"Mais tu sais très bien que j'ai eu des invités dans le palais ces derniers jours, n'est-ce pas? Avec des invités dans la maison, je ne pouvais pas passer la nuit avec toi, comme je l'aurais voulu. C'aurait pu être dangereux et compromettant, le comprends-tu?

"Ah, j'avais peur que mon Maître ne se soit fatigué de moi. Je sais bien que je ne vaux pas encore grand chose au lit."

"Que tu es bête! Au contraire, tu m'as manqué toutes ces nuits. Mais tu dois comprendre qu'avec eux juste derrière la porte... Allez, déshabille-toi, et viens me voir maintenant."

"Voulez-vous vraiment de moi, Maître?" demanda le garçon rayonnant, et, comme l'homme lui souriait, il commença prestement à se déshabiller.

Lorenzo lui fit une place dans le lit, et tout en le caressant, lui dit, "Mon Poletto, mon beau garçon, qu'as-tu fait de ces nuits? T'es-tu soulagé seul?"

"Non, car j'espérais toujours que vous alliez m'appeler, et je ne voulais pas gaspiller mon énergie, pour être prêt pour vous, Maître."

"Alors, ce soir, tu es plein d'énergie?"

"Plein d'énergie et de désir, Maître."

"Devrions-nous faire l'amour tout de suite, alors?"

"Non, non. D'abord l'histoire, comme d'habitude, si vous le voulez bien. Vous aviez quitté Stéphanos pour aller à Athènes, n'est-ce pas?"

"Oui, j'ai vécu à Athènes pendant environ un an, et j'y ai rencontré un marchand roumain qui m'a pris sous son aile, et m'a initié aux arcanes du commerce."

"Etait-il votre nouvel amant?"

"Non, Poletto. Je n'ai jamais eu de relations sexuelles avec ce marchand. Il aimait les femmes, comprends-tu? Et pendant plusieurs mois, je n'ai pas eu d'amant du tout. Parfois, quand Stéphanos venait à Athènes pour vendre son fromage, nous nous rencontrions et nous faisions l'amour."

"Et c'est tout? Ça n'a pas été une très bonne année, alors, Maître?"

"Et bien, je n'ai pas eu d'amant régulier, mais plein d'aventures, particulièrement avec des marins en escale ou avec des soldats."

"Et aucune en particulier ne vous rappelle plus de plaisir qu'une autre?"

"Non, à part mes rencontres avec Stéphanos, aucune ne vaut la peine d'être racontée, ni même de s'en souvenir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai quitté Athènes.

Et donc, finalement, à l'âge de dix-huit ans, j'ai chargé tout ce que je possédais sur une mule et je suis parti. J'ai décidé d'aller à Istanbul et d'y tenter ma chance.

J'ai voyagé quelques quatre cents lieues, par petites étapes, m'arrêtant ici et là. Au long du chemin, j'ai pu faire quelques affaires, puis je suis arrivé dans la cité du Sultan avec plus de marchandises que lorsque j'avais quitté Athènes.

Le marchand roumain m'avait donné quelques conseils et de bonnes adresses, aussi, à mon arrivée à Istanbul, je me présentai directement pour être hébergé dans une auberge tenue par un Gênois, à coté de la tour des gênois, à Péra. Là, à peu de frais je pouvais avoir un lit, une écurie pour ma mule, et un coin d'entrepôt pour mes marchandises. J'étais devenu bon commerçant, et en moins de six semaines, j'ai pu louer deux chambres et une petite stalle dans la maison d'une riche veuve Arménienne. Mes affaires allaient de mieux en mieux, mais depuis Athènes, il me manquait une seule chose. Je n'avais eu aucune aventure physique d'aucune sorte.

Quand on est habitué aux bonnes choses, c'est dur de se faire à la pénurie. Je manquais d'un ami, d'un amant, même de passage. Plus malgré tout qu'une rencontre rapide avec un étranger. Cela peut te sembler curieux, mais pendant ces quelques mois, je n'ai eu que des aventures éphémères avec des soldats turcs ou des marins en escale, au hammam, c'est à dire dans les bains publics. J'ai même pensé quitter Istanbul, bien que mais affaires y soient florissantes.

De temps en temps, je retournais à l'auberge du Gênois, pour écouter parler ma langue maternelle et boire un coup. Et un jour, je remarquais un jeune homme d'environ vingt-cinq ans, qui attira immédiatement mon attention. Il était assis dans un coin, l'air sombre, les yeux fixés sur l'entrée de l'auberge.

A en jugeant par son apparence, il venait du Nord de l'Europe. Il avait des cheveux blonds, des yeux d'un bleu intense, comme un ciel d'été, et une figure fine et délicate marquée par un regard fixe, étrangement dur. Il donnait l'impression d'être à la fois sans défense et agressif, presque dangereux. Je l'ai regardé pendant un long moment, me sentant très attiré. Il était habillé à la mode turque, et quand il commanda à boire, il le fit dans un turc parfait, sans le moindre accent. J'étais si intrigué que quand Giorgio, le propriétaire, passa près de moi, je l'appelais, et, lui montrant discrètement le jeune homme, je lui demandais dans un murmure qui il était.

Giorgio eut un sourire sardonique et s'assit à ma table, séchant ses mains sur son tablier crasseux. "Lui? Il s'appelle Abdul el Mathani. C'est un janissaire du Sultan. Il paraît qu'il est d'origine sicilienne."

"Un Sicilien, lui, avec ces cheveux blonds?"

"Oui, il est à l'évidence d'ascendance normande. Il a été enlevé quand il était petit, puis il s'est enrôlé comme janissaire. Il a vécu ici au moins dix-huit ou vingt ans. Maintenant, il est plus Turc que beaucoup de Turcs."

"Mais que fait-il là, ce janissaire, et pourquoi a-t-il cet air? On dirait qu'il attend quelqu'un..."

"Oui, c'est ça. Il y a trois ans, il est tombé amoureux fou d'un marin français, un certain Alain, qu'il avait rencontré ici, chez moi. Il était fou de lui, malade d'amour. Imagine qu'ils s'embrassaient devant tout le monde... Puis il me demandait une chambre en haut et ils y passaient toute la nuit. Tu aurais entendu la danse qu'ils y menaient. Ça a duré une année complète. Mais ça a fait un tel scandale que le capitaine des janissaires a expulsé le marin. Depuis, il revient souvent ici attendre le retour de son amant. Il attend pendant des heures, toujours seul, ne parle à personne. Il attend son Alain, son amoureux!"

Giorgio termina avec un rire moqueur puis commença à me raconter quelques épisodes épicés, sur un ton entre raillerie et dédain. Il me dit que beaucoup, parmi les janissaires étaient des dégénérés qui préféraient les hommes aux femmes, et qu'ils allaient souvent par deux, entre eux, mais jamais de manière aussi effrontée que cet Abdul.

L'attitude de Giorgio me déplut passablement, mais les nouvelles qu'il me donna me firent dresser l'oreille. Je lui demandais de me décrire Alain, de me donner d'autres détails et, ce faisant, un plan se fit jour dans ma tête. J'appris aussi qu'ils fréquentaient souvent un autre endroit sur le port appartenant à un Juif nommé Aaron.

J'ai donc commencé à fréquenter aussi la taverne d'Aaron, et bientôt, j'y ai revu Abdul. Plus je le voyais, plus il m'attirait. Je voulais absolument faire l'amour avec lui.

Mais même s'il m'avait vu le soir chez Aaron à quelques occasions, Abdul ne semblait pas m'accorder la moindre attention. Il continuait de fixer la porte se son regard fixe, dur, ténébreux.

Quand il sortit pour rentrer chez lui, je le suivis discrètement. Il était casanier et prenait toujours le même chemin, à la même heure, les mêmes jours. Donc, un soir, je l'attendis dans une rue habituellement déserte.

Dès que je le vis arriver au loin, je me couchai au milieu de la rue. Je déchirai mes vêtements, me fis quelques ecchymoses, puis, allongé par terre, je me mis à gémir.

Abdul arriva à ma hauteur et, comme je l'avais espéré, il s'arrêta et se pencha vers moi. "Qu'y a-t-il, es-tu malade?" demanda-t-il.

"Non, j'ai été attaqué et volé... aïe, aïe... Je ne peux plus me lever, peux-tu m'aider, s'il te plait?"

Il plaça un bras autour de ma taille et me releva. Il était très fort et sa demi-étreinte me fit immédiatement ressentir une forte érection.

"Es-tu capable de marcher?" Me demanda-t-il.

"Je ne sais pas... Ca me fait mal là où ils m'ont frappé..." lui répondis-je, en lui montrant mon entrejambe.

"Ou habites-tu?"

Je le lui expliquais.

Alors il me dit, "Ce n'est pas loin. Je t'accompagne chez toi. Appuie-toi sur moi."

Je passai un bras autour de son cou et, simulant une boiterie, je partis avec lui. Comme j'étais heureux d'être avec lui de cette manière, dans cette relative étreinte. A travers nos vêtements, je pouvais sentir son corps, chaud et puissant, provoquant un désir, un plaisir intense.

Il me porta jusqu'à la maison de la veuve, et m'aida à monter l'escalier jusqu'à ma chambre. Aussitôt entré dans ma chambre, je tombai sur le lit, gémissant, pressant mes mains sur mon bas-ventre.

"Ca fait très mal?" Demanda-t-il.

"Oui, c'est insupportable..."

"Tu devrais te faire une compresse froide." Me dit-il.

Je lui répondis alors, "Il y a de l'eau dans cette cruche, sur l'étagère, et une serviette juste là. Peux-tu m'aider? Je ne crois pas que je pourrai le faire seul, je me sens presque évanouir."

Il bougonna, mais prit la serviette, la mouilla et me l'apporta. Puis m'aidant à m'allonger sur le lit et à enlever mon pantalon, il plaça la serviette mouillée sur mon outil.

"Mes boules... sur mes boules, s'il te plait... Oh, ça fait si mal..." Je gémissais et haletais douloureusement.

Il replaça le tissu, soulevant le phallus et manipulant gentiment les testicules pour replacer la serviette mouillée. Le contact de sa main me fit frissonner d'émotion, et mon engin retrouva de la vigueur, mais il sembla ne pas s'en apercevoir.

"Il faut maintenant que je m'en aille, il est tard. Essaye de dormir et tout ira mieux. Demain matin tu n'auras plus mal." me dit-il brusquement, et sans un mot, il partit rapidement.

Dès que je fus seul, je retirai la serviette et me séchai. Je finis de me déshabiller et me couchai pour dormir. La première partie de mon plan avait été un franc succès. Je pouvais maintenant passer à la seconde si tout se passait comme prévu.

Le soir du surlendemain, j'étais encore chez Aaron. Cette fois, un peu plus tard que d'habitude. Quand j'entrai, je le vis immédiatement. Je me dirigeai vers lui et, le saluant, m'assis à sa table.

"Me reconnais-tu? Je voulais te remercier pour l'aide que tu m'as apporté l'autre nuit..."

"Je t'en prie. Es-tu remis?"

"Oui, mais c'est encore un peu douloureux..."

"Ca passera, au pire tu ne pourras pas avoir d'enfants, mais cela n'est pas sûr."

"Ça ne serait pas un problème. Tant que je peux toujours m'en servir d'une autre façon..."

Il ne répondit pas.

Alors je lui demandai, "Puis-je t'offrir à boire?"

"Non." Répondit-il d'un ton plus catégorique que désagréable.

"Je voulais juste te remercier. Je m'appelle Lorenzo."

Il ne répondit rien. La carapace était épaisse, plus que je ne l'aurais pensé. Mais je n'avais pas l'intention de m'en tenir là, bien au contraire. Le fait que la citadelle soit bien défendue ne l'en rendait que plus désirable. Mais je ne voulais pas qu'il me rejette. Aussi je me tint coi pendant toute la soirée.

Finalement, à son heure habituelle, il se leva sans mot dire et sorti.

Il venait chez Aaron tous les lundis, mercredis et jeudis soir. J'y revenais ponctuellement, et chaque fois, je m'asseyais à sa table, lui offrais un verre qu'il refusait, puis nous restions là, silencieux. Enfin, au bout d'un moment, à chaque fois, il se levait et partait sans dire au revoir.

La même scène se reproduisit sept on huit fois, sur environ trois semaines. Rien n'évoluant, j'imaginais une autre stratégie.

Pendant plusieurs après-midi, je me rendis sur le port jusqu'à ce qu'un bateau français accoste. J'observais les marins qui débarquaient, jusqu'à ce que j'en trouve un qui ressemble à la description que j'avais d'Alain.

Je m'approchai de lui. "Excuse-moi, matelot, puis-je t'offrir un coup à boire?"

Au début, il me regarda d'un air surpris, puis haussant les épaules, et souriant légèrement, il répondit, "Bien sûr, pourquoi pas?"

Je le conduisis à la taverne et je lui payais à boire, puis je lui demandais, "Quel est ton nom?"

"Guy."

"Quel âge as-tu?"

"Vingt-deux ans"

"Combien de temps restes-tu ici à Istambul?"

"Dix jours, juste le temps de décharger le bateau et de reprendre une nouvelle cargaison."

"Ecoute, j'ai un service à te demander."

"Pour une pièce d'argent, je suis ton homme." Répondit-il tranquillement.

Je le regardais avec effarement, "Mais tu ne sais même pas de quoi il est question. Tu ne veux pas d'abord savoir ce que je veux que tu fasses?"

"Je ne suis pas né de la dernière pluie, tu sais. Tu me veux dans ton lit, ce n'est pas ça?" me répondit le marin en me regardant droit dans les yeux, comme pour me défier.

Ca me fit rire. "Pourquoi pas? Viens chez moi, nous y serons plus confortables. Mais le service dont j'ai besoin est différent."

"Paye-moi d'abord."

Je lui donnai deux pièces d'argent. "En voilà une pour te sauter, et l'autre d'avance pour le service que je te demanderai."

Guy empocha les deux pièces et me suivit. Arrivé à la maison, je fermai la porte et, me tournant vers lui, je vis qu'il était déjà en train de se déshabiller. C'était un beau garçon avec un air à la foi nigaud et espiègle. Son corps était robuste, visiblement accoutumé aux durs travaux. Il avait jusqu'à la ceinture la peau bronzée de celui qui passe de longues heures sous le soleil, et plus pâle au-dessous, ce qui faisait un plaisant contraste.

Il n'avait pas de poils sur le corps, sauf entre les jambes, et même là, c'était peu fourni, mais il en jaillissait un espar d'une taille déjà considérable, alors même qu'il n'était qu'à demi dressé. Il s'assit sur mon lit, les jambes écartées.

"Et alors, qu'en dis-tu. Aimes-tu ce que tu vois?"

"Oui, Guy, j'aime beaucoup..." lui répondis-je en m'approchant, passant ma main sur ce cadeau des dieux. Il me frotta alors l'entrejambe et sentit ma propre érection.

Il me sourit d'un air engageant et dit. "Tu es déjà tout dur, fais-moi voir ça."

J'eus juste le temps de laisser tomber mon pantalon sur mes genoux avant qu'il ne m'attrape la hampe avec ses grelots et ne la glisse dans sa bouche, commençant immédiatement à la sucer en connaisseur. J'en profitai pour finir de me déshabiller. Je prenais un grand plaisir à voir mon sexe apparaître et disparaître entre ses lèvres. Puis je le repoussai, le faisant se coucher sur le lit sur lequel je montai, le prenant à mon tour dans la bouche.

Il ferma les yeux en gémissant. Quand son magnifique outil fut complètement dur, il me devint difficile de le garder dans la bouche. Après quelques instants, Guy me fit me coucher, il se mit à quatre pattes au-dessus de moi et nous formâmes un fantastique soixante-neuf.

Après l'avoir sucé un moment, je testai son petit trou de l'index et quand il laissa échapper un sourd grognement de plaisir, je me redressai pour le lécher avec soin. Puis me sortant de dessous, le gardant à quatre pattes, je m'agenouillai derrière lui et l'empalai ardemment. Il gémit encore plus fort qu'avant, poussant son bassin contre moi pour que je le pénètre encore plus profondément. Guy n'était clairement pas un de ces marins qui font ça pour l'argent mais qui préfèrent la compagnie des femmes. Guy était comme moi un authentique amateur d'hommes. J'étais bien tombé.

Après un moment, je le fit se coucher sur le dos pour pouvoir simultanément le pénétrer et l'embrasser sur la bouche. Il répondit avec fougue à mon baiser et se mis à furieusement branler son énorme manche. Je le pistonnais avec enthousiasme jusqu'à ce que je jouisse entre ses reins, et il déchargea immédiatement, arrosant abondamment nos ventres et nos poitrines.

Après nous être nettoyés, nous restâmes nus, couchés côte à côte, tranquilles, repus et satisfaits.

Au bout d'un moment il déclara, "J'ai beaucoup aimé, tu sais vraiment y faire. Tu es très bon. Mais maintenant, dis-moi, c'est quoi, le service que tu veux me demander?"

Je lui expliquai tout. Plus je lui en disais, plus cela semblait l'amuser. Il me posa quelques questions, auxquelles je répondis en détail. A la fin, il me donna son accord pour m'aider dans mon entreprise. Puis, rhabillés, je le conduisis jusqu'à la taverne du juif et lui expliquai de nouveau ce que je voulais qu'il fasse.

"Après, je te donnerai une autre pièce d'argent et, si mon plan marche, avant ton départ, je t'en donnerai deux autres. C'est d'accord? Tout va bien?"

Nous fixâmes le rendez-vous pour le lendemain soir. J'espérais qu'il viendrait vraiment.

Je débarquai chez Aaron un petit peu plus tôt que d'habitude, de manière à être là avant Abdul. Je m'assis à notre table habituelle et j'attendis. Je sentais battre mon cœur, dans l'espoir que mon plan marcherait.

Au bout d'un moment, Abdul entra. Il regarda vers moi, s'approcha de la table et s'assit en silence, mais j'eus l'impression qu'il avait fait un très léger signe de salut en réponse au mien.

On lui apporta son thé habituel, qu'il but lentement. Au moment où je commençais à me demander si Guy n'avais pas changé d'idée ou si un obstacle imprévu ne l'avait pas retardé, le porte s'ouvrit et le marin entra.

Guy demanda en français, "Servez-vous du vin, ici?"

Abdul sursauta et regarda intensément le garçon qui, bien qu'il ait jeté un coup d'œil dans notre direction, ne montra aucun signe de reconnaissance. Suite à la réponse affirmative du Juif, Guy vint s'asseoir à la table d'à coté. Lorsque Aaron lui apporta son vin, Guy leva sa chope à la santé de tous les présents et la vida. Je notai qu'Abdul ne le quittait pas des yeux une seconde, même s'il tentait de le cacher.

Alors je lui demandai, "Tu es un marin français, n'est-ce pas, mon garçon?"

"Pour sûr, un marin du Capitaine Maratin."

"C'est ta première venue à Istanbul?"

"Non, la seconde. La première fois, c'était il y a environ trois ans, quand j'étais mousse sur le bateau du Capitaine Vaucanson."

Comme je l'espérais, Abdul tressaillit de nouveau mais resta encore silencieux, mais la blancheur des jointures de ses mains crispées ensembles sur la table, montrait sa nervosité.

"Puis-je t'offrir un autre verre, marin?" Demandai-je.

"Merci, une gentillesse ne se refuse pas."

"Quel est ton nom, mon garçon?"

"Guy"

"Combien de temps restes-tu, Guy?"

"Ici à Istanbul? Environ une semaine."

"Aimes-tu Istanbul?"

"Oui, c'est un merveilleux endroit, avec aussi des gens merveilleux. Je pense qu'on peut y faire des rencontres intéressantes... enfin j'espère."

Guy récitait sa partition avec finesse. Nous parlâmes encore un peu et il incorpora adroitement dans sa conversation les indices et les allusions que je lui avais suggérés. Abdul ne perdit pas un mot de notre entretien. Guy, conformément à mes instructions, signifia à mots couverts qu'il aimerait rencontrer un homme avec lequel il puisse s'amuser. Puis il se leva et me remercia, me demandant s'il pourrait me revoir. Je lui répondit qu'il me trouverait le lendemain chez Aaron. Après qu'il soit parti, Abdul sembla se détendre un peu. Le garçon avait bien joué son rôle me laissant très satisfait de sa prestation.

Je me tournai alors vers Abdul et semblant me parler à moi-même, je dis à voix basse, "J'aime bien ce garçon. J'espère qu'il reviendra demain, mais on ne sait jamais... Tout le monde sait que les marins sont comme ça, un jour ici et le lendemain ailleurs. Il ne faudrait jamais s'enticher d'un marin."

Abdul me regarda et sembla vouloir dire quelque chose, mais resta silencieux et tourna la tête pour surveiller la porte. La coquille était dure à ouvrir mais je commençais à en rayer la surface.

J'ajoutai alors "Quand on croit avoir trouvé un ami, on réalise qu'on est toujours seul. On devrait pouvoir ne jamais s'attacher à quelqu'un, la vie serait plus facile..."

Abdul me regarda pendant un moment, puis les yeux fixés sur son verre de thé, il grommela à voix basse, "C'est des âneries. Personne ne peut vivre complètement seul."

"Peut-être est-ce comme tu le dis. Mais quel sens cela a-t-il de se lier à un autre, de se leurrer soi-même, pour au final une telle déception? N'est-ce pas mieux de vivre au jour le jour? Et qui plus est avec un matelot? Avec un marin, au mieux tu peux avoir une aventure d'un soir..."

Abdul me regarda, continuant à se taire.

Je repris, "Ce matelot, Guy, par exemple, je l'aime bien, je ne peux pas le nier, mais c'est certainement une pute, comme tous les marins. Aujourd'hui, il est ici, mais dans une semaine, qui sait où il sera... Donc, pour ce que ça vaudra, si j'y arrive, je l'emmène chez moi, je le baise et je l'oublie. Après tout, ça n'est qu'un marin, et ils sont tous pareils, ils ne méritent aucune confiance."

"Non. Ils ne sont pas tous pareils. Non..." répondit sèchement Abdul.

Alors, je lui demandai, "Pas tous, dis-tu? Et bien, je n'ai pas une grande expérience, mais je serais vraiment épaté de savoir qu'il existe une seule exception. Je ne peux pas le croire."

"Mais... mais il y en a une. J'ai connu un marin. Un Français, lui aussi. Il a quitté son bateau, son travail, et il est resté ici pendant plus d'un an, pour moi, avec moi."

"Et maintenant il t'a laissé tomber, non? Tu es toujours seul quand je te vois."

"Ce n'est pas de sa faute. Ils l'ont renvoyé... Ils l'ont forcé à partir... A cause de moi. Mais il reviendra, j'en suis sûr."

Je regardai dans ces yeux durs, déterminés, et avec un peu d'incertitude, je lui demandai, "Etais-tu amoureux de lui?"

"Je suis amoureux de lui."

"Et lui?"

"Il m'aime aussi. Il a abandonné son gagne pain pour moi."

"Il te manque?"

"Est-ce que le soleil te manquerait s'il ne se levait pas?" Sa voix portait la marque d'une profonde tristesse.

"Cela t'attriste-t-il d'en parler?" lui demandai-je

Il secoua la tête et serra son verre entre ses mains avec une telle force, son regard perdu à l'intérieur, que j'ai craint qu'il ne le brise. Alors, de sa voix lente et profonde, il commença à me raconter son histoire. Je l'écoutais attentivement. Il était réellement malade d'amour pour Alain. En l'écoutant parler avec tant de chagrin, je me sentis consterné de vouloir m'imposer dans sa vie amoureuse. Mais, à mesure que lentement il en parlait, il parut se détendre en pouvant finalement se confier à quelqu'un.

"C'est vrai que je me sens terriblement seul. Mais je l'attends, je sais qu'il reviendra pour moi."

"Je l'espère aussi, de tout mon cœur. Tu le mérites. Je me sens seul aussi. N'est-ce pas étrange de se sentir seul parmi tant de gens ? Parfois tu as besoin de quelqu'un à qui tu puisses parler, te confier, avec qui tu te sentes bien. Quelqu'un qui soit plus qu'un simple ami."

"Exactement"

Nous restâmes assis en silence pendant un moment, puis je lui demandais, "Je vais rentrer chez moi. Seras-tu là demain?"

"Evidement."

"Nous n'avons pas été présentés. Je suis Lorenzo."

"Je suis Abdul."

"Mais tu n'es pas turc..."

"A présent, je le suis"

"Bien. Alors à demain, Abdul."

"A demain."

Je le quittai pour rentrer à la maison. Le lendemain, je vins au port pour trouver Guy. Je le remerciai, lui donnai mes instructions pour le soir et lui donnai d'autres pièces. Guy me demanda si je voulais encore l'emmener chez moi pour faire l'amour. J'acceptai avec plaisir et l'emmenai avec moi.

Tu dois savoir, mon cher Poletto, que Guy n'était que le deuxième que je prenais par derrière et que j'ai beaucoup aimé. J'ai adoré sa collaboration volontaire, quand il se serrait contre moi, m'en demandant plus. Ce garçon, naviguant de port en port sur son bateau, avait eu de très nombreuses expériences, et était très doué pour faire l'amour."

"Maître, vous ne serez pas fâché si je vous dis quelque chose?"

"J'espère que non. Dis-moi."

"J'ai vraiment aimé l'histoire que vous venez de me raconter, et si vous poursuivez demain soir, j'en serai vraiment heureux. Mais maintenant..."

"As-tu sommeil? Veux-tu dormir maintenant?"

"Comment? Est-ce une plaisanterie, Maître? J'ai un grand désir de vous sentir tout au fond de moi, de me serrer et de frétiller contre vous. Si vous saviez quel effort j'ai du faire pour ne pas vous interrompre jusqu'à maintenant. Mais je ne peux pas attendre plus longtemps. Je désire tellement vous le prendre en bouche, le lécher, le sucer jusqu'à ce qu'il soit prêt à me pénétrer ! Vous êtes fâché avec moi ?"

"Oui, petit insolent, Je suis très en colère contre toi, et pour ta punition... Viens ici, mon garçon, et active-toi, commence immédiatement ce que tu avais prévu de faire."


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