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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE MARCHAND DE VENISE
Ou
LES 24 NUITS DE LORENZO ET POLETTO
CINQUIEME NUIT
LA FUITE D'ISTANBUL

Poletto, complètement nu, finissait de préparer les habits de son Maître, sous son regard attentif. Lorenzo se plaisait à regarder le garçon se déplacer dans la chambre, nu, montrant une érection naissante. Quand le garçon eut fini, il s'approcha du lit.

"Voilà, c'est fait, Monseigneur. Puis-je maintenant venir au lit avec vous?"

"Mais pour y faire quoi, Poletto, quoi donc?" demanda en plaisantant Lorenzo, en lui passant la main dans les cheveux.

Le garçon le regarda avec un sourire espiègle, et lui dit "Pour que vous me choyez un peu, et pour que je puisse vous montrer toute ma gratitude."

"Et où veux-tu exactement que je te choie ?"

"Du sommet de ma tête à la pointe de mes orteils, partout où vous voudrez, mon cher Maître. Quand, où et comme il vous plaira."

"Et... le veux-tu avant ou après l'histoire?"

"Après, comme vous le savez très bien."

"Et après l'histoire, me feras-tu profiter de cette belle petite queue que tu as entre les jambes?"

"Et comment! Monseigneur, et comment."

"Et aussi le joli petit trou qui est caché derrière?"

"Il est à tout vous, maintenant! Et vous le savez aussi très bien!"

"Oui, et je t'aime bien. Et cette jolie petite bouche, me la donneras-tu aussi?"

"Oui, bien sûr, si vous ne la laissez pas vide, inoccupée, comprenez-vous?"

"Et ces mains si habiles?"

Ils continuèrent ce petit jeu pendant un moment, Lorenzo le touchant et le caressant. Quand il vit que le garçon était totalement excité sous ses caresses, il l'étreignit et lui demanda, "Mais tu veux mon histoire d'abord, pas vrai?"

"Oui. Nous nous étions arrêtés alors que vous étiez au lit avec Guy, je crois."

"Oui, c'était l'après-midi. Après que nous ayons fait l'amour, comme je te l'ai dis la nuit dernière, et avant de le saluer je lui donnais de nouvelles instructions et une autre pièce d'argent. Ce même soir, mais un peu plus tard que d'habitude, je retournai chez Aaron. Abdul et Guy étaient assis à la même table et discutaient. Je m'assis à leur table et les saluai.

Abdul demanda au marin, "Que disais-tu?"

"Que je me rappelais de lui. Mais je ne le connaissais pas très bien, parce que j'ai changé de navire à Marseille et que je l'ai perdu de vue."

"Avez-vous parlé ensemble d'Istanbul?"

"Non... pas que je me souvienne."

"Et tu sais s'il avait un amant?"

"Un autre homme? Je ne sais pas, mais je ne pense pas. Je ne l'ai jamais vu sortir avec personne ni même entendu parler de quelqu'un. Nous les marins, nous parlons souvent de nos aventures, que ce soit avec les filles ou les garçons. Alain ne m'a jamais parlé de rien. Mais pourquoi t'intéresse-t-il tant?"

Abdul ne répondit pas.

Guy, se tournant vers moi, "Tu fais quelque chose ce soir?"

"Pourquoi?"

"Et bien, je suis libre ce soir et j'ai pensé... Tu habites loin d'ici?"

"Non"

"Tu vis seul?"

"Oui"

"Pourquoi ne m'invites-tu pas? A la façon dont tu me regardes, je jurerais que je suis ton type..."

"Peut-être une autre fois. Je n'ai pas encore envie de rentrer."

"Dommage. Dans ce cas, je vais aller dans une autre taverne pour trouver un compagnon. Je ne veux pas passer une autre nuit tout seul. Merci pour le vin ami."

Dès que le marin fut parti, Abdul me demanda, "Tu ne m'as pas dit que tu aimais bien ce garçon, hier soir?"

"Oui, je l'aime vraiment bien."

"Et bien alors, pourquoi ne l'as-tu pas emmené chez toi? Il était d'accord et tu lui plais..."

"Je ne voulais pas te laisser seul. Je t'ai promis de rester ce soir."

Il me regarda en fronçant les sourcils mais ne dit rien. Je me demandais quoi dire quand il m'interrogea. "As-tu déjà été amoureux?"

"Pas encore, mais je suis encore jeune. J'ai du temps, non? Et aussi, peut-être que j'ai peur de tomber amoureux, parce qu'après, on peut vraiment souffrir."

"Oui, mais ça vaut le coup. C'est très beau. Mais de toute façon, tu ne peux rien décider par toi-même. Quand tu rencontres la bonne personne, ça y est, c'est tout. Tu ne pourras jamais tomber amoureux ni t'empêcher de tomber amoureux à volonté."

"Ton Alain te manque beaucoup, n'est-ce pas?"

"Oui"

"Tu en as connu d'autres, après lui?"

"Oui, quelques passades, mais dans mon cœur et mon esprit, il n'y a que lui. Il n'y a de place pour personne d'autre."

"Tu souffres beaucoup?"

"Oui"

"Je voudrais... je voudrais faire quelque chose pour toi, mais quoi?"

"Ca n'a pas d'importance. Il n'y a rien à faire."

Le silence retomba.

Au bout d'un moment, il se leva. "J'y vais. Je te verrai jeudi?"

"Oui, je rentre aussi. Je t'accompagne."

Nous marchâmes en silence jusqu'à arriver chez moi. Il me souhaita bonne nuit. Je lui aurais bien demandé de monter, mais il me sembla que le moment était mal choisi. Mais lui, après s'être éloigné de deux pas, se retourna et revint vers moi.

"Viendras-tu chez le Gênois demain soir?"

"Non, je ne pense pas. Pourquoi ne viendrais-tu pas chez moi, plutôt?" lui demandais-je, la gorge serrée.

Il réfléchit pendant un moment puis déclara, "D'abord, j'irai chez le Gênois, je ne peux pas manquer ça. Ensuite je déciderai... Tu seras chez toi, c'est ça?"

"Oui. Te souviendras-tu du chemin?"

"Bien sûr."

"Je t'attendrai."

"Je ne sais pas si je viendrai." Dit-il en s'éloignant rapidement

Tard, le soir suivant, j'entendis frapper à ma porte. C'était lui. J'étais ému. Il s'assit à coté de moi et je lui offris de quoi fumer. Il me parla encore d'Alain, et retomba dans le silence.

Puis, me regardant droit dans les yeux et me dit, "Je t'aime bien, Lorenzo, mais tu n'est pas mon Alain."

"Je t'aime beaucoup aussi, et je sais très bien que je ne pourrai pas prendre la place de ton Alain."

"J'ai envie de faire l'amour. J'en ai vraiment besoin. Et je le ferais volontiers avec toi mais cela serait purement un contact physique, comprends-tu?

"Oui, bien sûr. Moi aussi je te désire depuis le premier jour où je t'ai vu. Mais je n'ai jamais eu le courage de te le dire."

"Déshabillons-nous."

J'avais finalement réussi. Je me sentais électrisé et ému. Je le regardais se déshabiller lentement dans la lumière vacillante de la lampe à huile. Suivant son exemple, je fis de même, les mains tremblantes d'excitation.

Quand il fut nu, il s'assit sur mon lit, appuyé sur un coude avec les jambes écartées. Il commença à se masser lentement l'entrejambe, provoquant une érection. Son corps était hâve mais beau. Une longue cicatrice courrait de son sein gauche à son flanc, sans altérer sa beauté. Un épais triangle de poils blonds couvrait sa poitrine et un velours plus fin dorait des bras et ses jambes. Tout en lui m'excitait. Il me regardait avec son habituelle expression morose, mais il m'observait avec attention à mesure que je dévoilais mon corps à son regard.

Quand finalement je fus nu, je m'approchai de lui. Je présentais déjà une complète érection et je tremblais légèrement, à l'idée du contact avec ce corps, beau et sensuel, que je désirais depuis si longtemps. Mes yeux étaient fascinés, aimantés par sa main qui continuait à masser légèrement sur toute sa longueur son manche maintenant complètement rigide, palpitant. Il était circoncis et l'extrémité pourpre de son membre luisait, couronnée d'une petite perle liquide scintillante.

Je me mis à genoux sur le lit et il m'attrapa par les hanches et m'attira à lui. Il m'embrassa furieusement sur la bouche, sa langue recherchant la mienne, quasi assoiffée. Puis il me fit coucher sur le coté. Mes mains glissèrent sur son corps, explorant toute son étendue, éprouvant sa fermeté et l'intense chaleur qui s'en dégageait.

Saisi par l'excitation je murmurai, " Tu es beau, tu sais?"

Il me regarda avec sérieux et dit, "Tu es excitant. J'ai vraiment besoin d'un beau corps pour l'admirer et le toucher."

Une de ses mains me caressait entre les jambes, puis pris possession de mon outil. De l'autre main, il frotta mes seins, puis caressa mon flanc de haut en bas, passant sur mes épaules, et finissant sur ma figure, me faisant frissonner quand il effleura mes lèvres du bout d'un doigt. Un frisson me traversa, de la racine des cheveux au bout des orteils, se concentrant sur ma verge, maintenant tendue au maximum, toujours tenue fermement dans sa main puissante.

Il tourna sur le coté, et se pencha contre moi, par derrière, poussant son membre contre mes fesses, caressant ma poitrine et mon ventre de ses deux mains. Je me reculai contre lui, en une demande muette d'être pénétré, mais il ne le fit pas. Il continuait à me caresser, me serrer contre lui, me faisant sentir l'intensité de son désir.

Il murmura, "Pas de précipitation, Lorenzo. Je vais te prendre, mais pas tout de suite. Maintenant je veux te toucher, te serrer... sentir que tu as envie de moi."

Nous continuâmes à nous caresser, à nous frotter l'un l'autre, laissant notre émotion s'exprimer librement, mais contenant notre impérieuse excitation.

Au bout d'un moment, Abdul ne put se retenir plus longtemps, et avec une certaine rudesse, il me fit mettre à quatre pattes. Il s'agenouilla derrière moi, m'attrapa par les hanches et pointa résolument son dard, dur et fier vers mon petit trou et poussa, me pénétrant jusqu'au tréfonds.

Puis il se pencha sur moi, me tenant fermement par les épaules, pendant qu'il me mordillait le lobe de l'oreille et la nuque, m'empalant vigoureusement à un rythme rapide. C'était merveilleux de le sentir glisser dedans et dehors, si fort et tendu. A demi-mots je l'encourageais, et il se déchaînait, me conduisant vers un plaisir intense. Il bougeait de façon si experte qu'il provoquait en moi une excitation profonde et grandissante.

Quand, finalement, il jouit, profondément enfoncé en moi, je vins aussi, abondamment, sans même me toucher. Abdul donna quelques derniers coups de rein, puis il resta en moi, immobile, commençant à se détendre petit à petit. Nous glissâmes doucement sur le lit, toujours haletant, son membre encore fiché profondément en moi et nous nous calmâmes peu à peu.

Enfin, Abdul sortit de moi, et resta couché sur le dos, à coté de moi et couvrit ses yeux de son bras plié. Je lui caressais doucement la joue.

"Quelque chose ne va pas?"

"Non, cela fait si longtemps que je n'ai pas fait l'amour correctement. Juste quelques rencontres rapides dans le hammam. Quelques coups rapides dans les bosquets avec des étrangers. J'aurais voulu être meilleur, avec toi. Mais je n'ai pas été capable de me dominer."

"Ça m'a beaucoup plu. Si tu veux, on pourra trouver d'autres occasions de faire l'amour calmement, en prenant notre temps. Veux-tu revenir?

"Oui, mais je t'ai prévenu, j'attendrai toujours Alain. Ne te berces pas d'illusions."

"Je le sais. Quand il reviendra, je m'éloignerai, n'aie pas peur."

Quand il fut calmé, Abdul commença à s'habiller, mais je l'arrêtais de la main.

"Non, pas maintenant, je t'en prie." Lui dis-je. "J'aime te voir nu."

"Que trouves-tu de si beau en moi?"

"Plein de choses. Tu es viril, mais si doux malgré ton apparence bourrue. Je me demande jusqu'à quel point tu serais beau si tu souriais. Depuis la première fois que je t'ai vu, je ne t'ai jamais vu sourire."

"Je souriais quand j'étais avec Alain. A part lui, la vie ne m'a pas donné beaucoup de raisons de sourire. Je ne me rappelle pas de mes parents, j'ai été enlevé quand j'étais tout petit et vendu comme esclave. Quand j'ai eu huit ans, mon maître m'a violé. Quand j'ai été plus grand, j'ai réussi à m'échapper et je me suis engagé comme janissaire, une discipline stricte, mais de nombreux privilèges. Et puis j'ai rencontré Alain et j'ai cru renaître. Enfin, ma vie avait un sens et valait la peine d'être vécue. Mais bientôt, ils me l'ont pris et l'ont envoyé au loin. Ils nous ont séparés. Quelle raison aurais-je de sourire ?"

"Pourquoi n'es-tu pas parti avec lui?"

"J'aurais bien voulu, mais avant même que je ne le sache, ils l'avaient mis sur un bateau. Ils m'ont enfermé dans la caserne pendant un mois. Notre amour faisait trop de scandale, et nous n'avions rien fait pour le cacher."

"Ne pouvais-tu partir et le chercher?"

"Et où aurais-je été? Le monde est si vaste, et je n'avais aucune idée d'où il pouvait être."

Je ne savais que dire d'autre, alors je le caressais et il me laissa faire. Ses yeux fixaient le vide, son esprit perdu dans on ne sait quelles pensées. Il se tourna vers moi et, sans changer d'expression, il me donna une légère caresse.

"Maintenant, je dois y aller."

"Tu reviendras?"

"Si tu le désires."

"Demain soir?"

"D'abord, je dois y aller et l'attendre, comme aujourd'hui."

"Veux-tu que je vienne te tenir compagnie?"

"Non, attends-moi ici."

Nous nous vîmes presque toutes les nuits quand il n'était pas de garde. Peu à peu, sa façon de faire l'amour avec moi devint plus douce, bien que pleine de vigueur, mais elle ne devint jamais sentimentale. Je ne l'ai jamais vu sourire. Parfois, il se confiait à moi, mais juste quelques mots.

Pendant ce temps, mes affaires s'amélioraient, lentement mais sûrement. Je n'étais pas vraiment riche, mais ça marchait bien et j'avais pu louer une échoppe dans le bazar, au-dessus de laquelle j'avais placé une large enseigne peinte sur laquelle, en plusieurs langues était écrit: "Le Vénitien".

Dix-huit mois passèrent de la sorte. Abdul était de fait mon amant régulier, ni lui ni moi n'ayant d'autres aventures. Mais il était clair qu'entre nous il n'y avait qu'une forte amitié, un désir physique réciproque, mais pas d'amour. Cependant, peu à peu, en plus de faire l'amour, nous avons commencé à passer du temps ensemble d'autres façons. Parfois, nous allions juste nous promener en ville ou voir un spectacle.

Un soir que je l'attendais comme d'habitude, il fut long à arriver. Je ne savais pas si je devais rester à l'attendre ou sortir pour le chercher quand j'entendis frapper à la porte. J'ouvris, c'était Abdul.

"Entre. J'avais peur que tu ne viennes plus."

Il entra, ferma la porte et murmura à mon oreille d'une voix pressante, "J'ai un grand service à te demander. Je ne connais personne d'autre à qui je puisse faire confiance. Si tu refuses, je comprendrais, je ne t'en voudrais pas."

En voyant son expression tendue et au ton rauque de sa voix, je m'inquiétai et je lui demandai, "Qu'y a-t-il? Qu'est-ce qui ce passe? Es-tu en danger?"

"Peut-être, mais pas immédiatement. Il y a une personne en bas, peux-tu la recevoir?"

J'y réfléchis un instant, puis je me sentis trembler, pas vraiment de peur, mais de l'excitation que je sentais en lui.

"Alain? Il est là?"

"Oui. Et je ne veux pas qu'ils le trouvent. Je ne peux pas l'emmener chez moi, tu comprends, et ce n'est pas une bonne idée qu'il reste à l'auberge."

"Fais-le monter ici tout de suite, alors."

"Tu serais d'accord?"

"Bien sûr! Suis-je ton ami ou non?"

Il acquiesça, descendit puis après quelques instants, revint avec une autre personne qu'il fit rentrer. Alain était très différent de ce que j'avais imaginé. Il était un peu plus grand que moi, bien bâti, des cheveux châtains ondulés, des yeux bruns, parsemés de paillettes d'or qui étincelaient avec entrain à chaque mouvement. Il portait la tenue classique de matelot français avec un sac sur les épaules. Ils entrèrent, fermant la porte derrière eux. Il me salua avec une poignée de main ferme et chaleureuse, me regardant droit dans les yeux en souriant.

"Ainsi, tu es Lorenzo."

"C'est ça, et toi, tu es Alain! Je suis content que tu sois revenu."

"Moi aussi. Abdul m'a parlé de toi."

"Et lui aussi m'a parlé de toi."

Abdul était tendu et visiblement ému. Il gardait ses yeux sur son amant. Nous en avons discuté. Alain avait finalement trouvé le moyen de revenir et n'avait pas oublié son Abdul, dont il était profondément amoureux. Lorsqu'ils l'avaient chassé, ils lui avaient fait croire qu'Abdul était fatigué de lui et lui avaient déconseillé de revenir à Istanbul. Aussi, Alain ne s'était-il plus montré et avait même cherché à l'oublier. Mais il n'y réussit pas. Alors, à la fin, il avait pris la décision de le revoir, pour lui parler une dernière fois. Aussitôt débarqué, il était allé chez le Gênois, où ils s'étaient rencontrés si souvent, pour prendre des nouvelles d'Abdul. On lui avait indiqué qu'il le trouverait là le soir même. Il l'avait donc attendu, et ils s'étaient retrouvés, et Alain avait découvert qu'Abdul n'avait jamais cessé de l'aimer et de l'attendre.

Je leur demandai ce qu'ils voulaient faire. Abdul répondit qu'il était prêt à tout abandonner derrière lui pour fuir avec Alain. Mais embarquer sur le bateau d'Alain n'était pas possible. De plus, Abdul devait se déguiser et s'éloigner discrètement ou ils l'arrêteraient certainement. Nous en discutâmes longuement. Ils devaient aussi faire attention à ne pas être vus ensembles en ville, un fonctionnaire trop zélé pouvant se rappeler l'histoire arrivée quatre ans avant. Cela aurait été trop dangereux.

Observant la façon dont ils se regardaient, je pouvais lire dans leurs yeux le désir mutuel qui les tenait. Alors, je me levais.

"Je sors pour un moment. Enfermez-vous et faites comme chez vous. Quand je reviendrai, je frapperai trois coups puis un puis deux. N'ouvrez qu'à moi."

Abdul se leva et serra mes deux mains, me regardant droit dans les yeux.

"Merci, Lorenzo. Tu es un vraiment un ami, un ami très cher."

Je sortis et marchais un long moment, leur laissant tout le temps dont ils avaient besoin. Après toutes ces années, c'était la première fois que les deux amants étaient seuls ensembles. D'une certaine façon, cela m'attristait car je comprenais que je ne compterai plus pour Abdul. Mais, en revanche, j'étais content que les deux amants se soient finalement retrouvés. Il suffisait de les voir pour comprendre à quel point ils étaient amoureux. Il devait être beau d'être si amoureux. Depuis plus de quatre ans qu'ils n'avaient pu se voir, rien n'avait changé dans leur amour.

La nuit était chaude et tranquille. Il n'y avait personne dans les rues. C'est seulement arrivé au port que je trouvais un peu d'activité. Sous la lumière de torches, on déchargeait un bateau pisan. Je m'assis sur un gros rouleau de corde en regardant les marins travailler. Ils étaient jeunes et attirants. Au bout d'un moment, l'un d'eux vint s'asseoir à coté de moi. Nous échangeâmes quelques mots, mais il n'était pas mon type, malheureusement, et bientôt son chef le rappela et le matelot retourna à son travail.

Quand je m'aperçus que le ciel avait commencé à se colorer légèrement, je pensai qu'il était l'heure de rentrer à la maison. Les plus matinaux avaient déjà quitté leurs maisons pour le travail. Il serait bientôt l'heure d'ouvrir mon échoppe dans le bazar.

Je montai et frappai suivant le signal convenu. Au bout d'un moment, Alain ouvrit la porte. Il avait sur le visage une expression endormie. Il était seul, Abdul ayant du repartir.

"Merci pour la nuit passée, Tu as été grand. Tu as dû passer toute la nuit dehors à cause de nous."

"Je pense que vous aviez droit à un peu d'intimité."

"Mais toi? Je t'ai repris Abdul."

"Tu sais pour lui et moi?" Lui demandai-je avec surprise.

"Oui, Abdul m'a tout dit, c'est pourquoi je t'ai dit que je te l'avais repris."

"Il n'a jamais été à moi. Il ne pensait qu'à toi tout le temps... Je n'ai été qu'un passe-temps pour lui."

"Non, pas un passe-temps. Tu as été un vrai ami, et tu continues à le montrer. Je suis heureux qu'il t'ait rencontré."

"Tu n'es pas jaloux?"

"Quel droit aurais-je à l'être? Surtout maintenant que je sais qu'il m'aime, et qu'il n'a jamais cessé de le faire."

"Avez-vous décidé quoi faire?"

Alain me dit ce à quoi ils étaient en train d'y penser. Abdul vendrait sa maison, prendrait ses affaires et ils essaieraient de fuir en Provence, la contrée natale d'Alain. Mais ils devaient le faire d'une façon qui n'attire pas les soupçons, car un janissaire ne peut jamais démissionner. Ils ne le laisseraient pas partir. La seule façon pour un janissaire de quitter son poste, c'est d'y mourir. Et pendant ce temps, Alain ne devait pas être découvert.

J'allai au bazar, mais mes pensées étaient absorbées par les récents évènements. Le soir, après avoir fermé mon échoppe et acheté quelques victuailles, je revins à la maison. Je préparai un dîner que nous mangeâmes. Il faisait très chaud et Alain était torse nu, seulement vêtu de son pantalon de marin. Son torse était musclé, les pectoraux légèrement velus. Le ventre était glabre, plat, ferme.

Je sentis qu'il m'attirait, mais je fis en sorte de ne pas le montrer pour ne pas le gêner. Il me semblait de plus que cela n'aurait pas été correct avec l'amant de mon ami. Mais le désir de le voir nu, de toucher ce corps si attirant augmentait en moi. Quand une chose est, pour ainsi dire, interdite, elle est toujours plus désirable.

Abdul arriva un peu plus tard et je les laissais seuls. Dans la journée, j'avais fait faire une copie de ma clé, et je l'avais donné à Abdul de sorte qu'ils soient plus libres. Je lui avais aussi suggéré de placer sur la porte un signal tel que je puisse entrer sans risque de les surprendre pendant leurs effusions.

Quand je revins, je vis le signal, et donc je rentrai. Ils étaient encore tous les deux là. Abdul avait déjà trouvé un acheteur pour sa maison, et ils pensaient pouvoir partir dans la semaine. Ils réfléchissaient à une façon de quitter la cité sans risques quand je leur fit une proposition.

"J'ai aussi l'intention de repartir, de voyager. Je pourrais partir aussi. Si vous prenez un bateau direct pour l'Europe, vous savez que les contrôles sont bien plus stricts et précis. Que diriez-vous de passer d'abord par l'Egypte, d'où vous embarqueriez pour la Sicile et finalement pour le Nord? Alain pourrait voyager avec moi, se faisant passer pour un marchand, un associé. Et toi, Abdul, tu devrais te déguiser et voyager seul jusqu'en Egypte. Alain et moi transporterions tes affaires et ton argent, de sorte que tu voyages en sécurité. En tant que marchands il n'y aurait rien d'étonnant à ce que nous voyagions avec beaucoup d'argent et un gros chargement."

Nous en discutâmes mais mon idée fut vite adoptée et nous en mîmes au point les détails. Abdul taillerait sa moustache, couperait ses longs cheveux blonds et les teindrait en châtain clair. Je lui trouverais des habits de style roumain. Il était certain de pouvoir trouver un faux passeport papal sur lequel il serait appelé Flavio di Giulio, citoyen de Rome. Dans le même temps, Alain, mon associé, se ferait passer pour un sujet du Duc de Savoie. Abdul partirait officiellement pour le Maroc, s'arrêtant cependant en Egypte, quelques jours avant nous.

Quand tout fut prêt, dès qu'Abdul eut rassemblé toutes ses affaires et une fortune pas si ridicule, nous mîmes tout ça, Alain et moi, dans mon magasin et Abdul partit. Sur mes conseils, il prit sur lui un peu d'argent et avala quelques pierres précieuses de valeurs. Il partit seul au port, pour ne pas être vu en notre compagnie, mais de loin, je le vis embarquer, passant les contrôles sans problèmes. Enfin je vis le navire appareiller.

La semaine suivante, Alain et moi finissions les préparatifs et, chargés de mes marchandises et des possessions d'Abdul, nous levions l'ancre pour l'Egypte sans problème."

"Quelle belle histoire, Monseigneur. Elle m'a réellement ému. Mais n'étiez-vous pas triste de perdre un amant tel qu'Abdul?"

"Bien sûr. Mais en même temps j'étais sincèrement heureux qu'il ait retrouvé son Alain. De plus, Abdul avait été mon amant pendant un an et demi, et ça avait été merveilleux de faire l'amour avec lui."

"Mais c'est dommage que vous n'ayez pas fait l'amour avec Alain!"

"Mais l'histoire n'est pas encore finie, tu sais."

"Voulez vous dire que vous avez aussi fait l'amour avec Alain, Monseigneur?"

"Je t'en parlerai demain, Poletto. Mais maintenant, j'ai envie de... faire quelque chose avec toi."

"Cette fois, le ferez-vous de la façon dont Abdul le fit avec vous, Monseigneur?"

"Est-ce que tu veux?"

"Et comment! Est-ce que les Turcs font bien l'amour?"

"Abdul était vraiment très bon."

"Dans quelle position dois-je me mettre, pour que vous me le fassiez comme Abdul, Monseigneur?"

"Comme cela ! Viens ici. Mets-toi sur le coté. Je me couche derrière toi, comme ça. Maintenant, tu lèves ce genou..."

"Mais de cette façon, vous ne pourrez pas m'embrasser sur la bouche Monseigneur."

"Abdul ne m'embrassait qu'après m'avoir pris, et de cette façon, il me faisait jouir."

"Et bien alors, allons-y aussi comme ça pour cette fois, d'accord?"

"Bien sûr, Poletto."

"Est-ce qu'Alain et Abdul faisaient aussi pareil?"

"Comment le saurais-je? Mais tais-toi, maintenant. Veux-tu faire l'amour ce soir, où veux-tu juste jacasser?"

"Non, non, je ne veux pas jacasser. Avec vous, j'ai toujours envie de faire l'amour. Vous le faites si bien."

Lorenzo étala du baume sur le petit trou du garçon et se couchant derrière lui et l'enlaçant étroitement, commença à le pénétrer. Poletto gémit.

"Est-ce que je te fais mal?" Demanda l'homme en s'arrêtant un instant.

"Non, presque plus, maintenant. J'aime de plus en plus, tout comme vous me l'aviez dit, mon cher Maître."

"Et tu aimes?"

"Et comment! Poussez plus fort, n'ayez pas peur de me faire mal. Faites-le comme la première fois avec Abdul, quand il ne pouvait pas se retenir. Je suis sûr que je vais beaucoup aimer, je le sens."

Quand il l'eut pénétré, Lorenzo commença à bouger d'avant en arrière, lentement, pleinement goûtant le petit cul étroit et accueillant de Poletto. Le garçon haletait sous l'emprise d'un plaisir croissant.

"Ça te plait, pas vrai mon Poletto?"

"Oh oui, Monseigneur. Chaque fois, vous me prenez d'une manière différente et chaque fois, ça me paraît meilleur que la fois d'avant. Poussez plus fort, faites-la-moi sentir complètement, ne vous préoccupez pas de me faire mal." Répondit le garçon en commençant à se masturber.

Lorenzo enleva la main du garçon, la remplaçant par la sienne, caressant délicatement le membre dur et palpitant.

"Tu ne dois pas jouir maintenant, Polo, je ne veux pas. Abdul ne m'a jamais fait jouir en me baisant, sauf la première fois. Il aimait me regarder pendant qu'il me faisait rejoindre mon orgasme."

"Comme vous voulez... comme vous voulez... comme c'est bon..."

"Que ressens-tu, Poletto? Dis-le-moi..."

"Votre belle queue, si dure, qui me remplit complètement, et qui enflamme mon petit cul."

"Et alors, Poletto, et après?"

"Et après, j'aime que vous me frottiez les seins, ça me rend fou de plaisir."

"Et après?"

"Et après, j'aime comment vous caressez ma petite queue."

Il continuèrent ainsi jusqu'à ce que Lorenzo serre le garçon contre lui et commence à lui donner des poussées plus fortes, plus résolues. Poletto frissonna et poussa contre ce pieu qui le martelait à l'intérieur, et il se mit à gémir dans les affres du délire des sens, "Oui, comme ça... Oui, c'est bon... Oui."

Lorenzo poussa une dernière fois de toutes ses forces et resta profondément enfoncé. Poussant et tirant le garçon contre lui, il se vida en lui en une série de longues et puissantes giclées. Puis ils restèrent comme ça, collés l'un à l'autre, haletant pendant un doux moment, puis Lorenzo ressortit et se coucha sur le dos. Il retourna le garçon, le faisant se coucher sur lui, l'étreignant et l'embrassant.

"Et maintenant, Poletto, je veux que tu me la mettes, et que tu me baises jusqu'à ce que tu jouisses en moi."

"Que moi, je vous la mette, Maître?" Répondit le garçon incrédule.

"Bien sûr, tu sais très bien à quel point j'aime ça, pas vrai?"

"Mais Abdul ne vous a jamais laissé le faire, n'est-ce pas?"

"Pas lui. Mais c'est juste toi et moi. Et ça fait un moment que j'y pense. Ta belle petite queue au fond de moi. Viens, prend moi, fais moi jouir."

Lorenzo écarta les jambes et les ramena sur sa poitrine, s'offrant ainsi au garçon. Poletto tenta de pénétrer l'homme mais sans réussir. Alors Lorenzo prit le membre du garçon et le guida vers son trou frémissant. Dés que Poletto sentit la chaleur du fourreau, il commença à pousser.

"Est-ce que tu aimes, Poletto?"

"Oh oui, je glisse dedans, c'est merveilleux... c'est si chaud... Aimez-vous aussi Monseigneur?"

"Oui, vas-y, pousse, rentre-là-moi jusqu'au fond. Comme ça, tu es un bon gars, fais-la-moi bien sentir."

Et ainsi, pour la première fois, Poletto connut la joie de donner, et la sensation fut si forte qu'après seulement quelques poussées, il fut saisi d'un violent orgasme. Se vidant dans Lorenzo, il laissa passer un rauque cri de plaisir. Tremblant, il s'écroula sur le corps de l'homme qui le caressa longuement, jusqu'à ce qu'il le sente complètement détendu.

Alors il lui murmura, "Tu m'as fais du bien, le sais-tu, mon joli petit bonhomme. A chaque fois, tu me fais de mieux en mieux l'amour."


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