Quand Lorenzo entra dans sa chambre, les lumières étaient déjà allumées, et son jeune serviteur complètement nu était allongé sur le lit. Dès qu'il aperçut son Maître, un grand sourire illumina son visage.
"Vous voyez, Maître, je suis déjà là, comme vous me l'avez ordonné hier soir."
"Bravo. Et je vois aussi que tu es déjà nu."
"N'est-ce pas ce que vous voulez, Maître ?"
"Bien sûr que si ! Je me déshabille et je te rejoins."
"Avez-vous passé une bonne journée ?"
"Excellente. J'ai beaucoup travaillé et j'ai aussi gagné une bonne affaire."
"J'espère que vous n'êtes pas trop fatigué."
"Non, ne t'inquiètes pas. Et je ne pense pas que je puisse jamais être trop fatigué pour faire l'amour avec toi, mon garçon."
Poletto sourit d'un air coquin en regardant son maître se déshabiller. Quand l'homme vint dans le grand lit et se glissa au coté du garçon, Poletto caressa le beau corps viril et le membre déjà à moitié érigé, le portant vite en pleine gloire. Lorenzo prit le garçon contre lui et l'embrassa profondément sur la bouche, leurs langues jouant joyeusement pendant un moment.
"J'ai attendu ce moment, mon Poletto. Plus je fais l'amour avec toi et plus j'aime ça, tu sais ?"
"J'en suis très fier, Maître. Mais j'ai toujours peur qu'un jour ou l'autre, vous ne soyez fatigué de moi..."
"Non, je ne le crois vraiment pas. Et toi, es-tu fatigué de moi ?"
"Oh non, Maître. Pas du tout !"
"S'il faut en croire le majordome, tu travailles toute la journée dans la maison, tu ne te tournes jamais les pouces. Et chaque nuit nous faisons l'amour. Tu ne dors que quelques heures. Où trouves-tu toute cette énergie ?"
"En vous, Maître. Même quand je suis un petit peu fatigué, il me suffit de faire l'amour avec vous, et je me sens régénéré."
"Ah, jeunesse bénie."
"Pourquoi ? Cela vous fatigue-t-il de faire l'amour avec moi après une longue journée de travail ?"
"Non, non, c'est vrai. Et même si je me sentais fatigué, ce serait la plus plaisante fatigue qu'un homme puisse connaître. Mais maintenant, tu dois cesser de me tripoter comme ça où ce soir, au lieu de te raconter une histoire, je vais te faire l'amour immédiatement."
"Ce n'est pas que ça me déplairait, mais je vais obéir. Donc, vous êtes arrivé à Bagdad et vous avez dit adieu à Omar, c'est cela ?
"Tu as une excellente mémoire."
"Je n'ai pas oublié le moindre mot de ce que vous m'avez dit, pas un détail, parce que dans la journée je répète vos histoires. Et cela ne fait qu'enflammer toujours plus le désir que j'ai d'être avec vous de nouveau."
"Très bien. Et bien alors, continuons. Quand je suis arrivé à Bagdad, j'avais presque vingt et un ans. Bagdad, mon cher Poletto, est une ville fabuleuse. Il faut vraiment la voir pour comprendre à quel point cette ville est belle. J'y suis resté plusieurs mois, parce que mon commerce marchait bien.
Il y a un Calife à Bagdad, qui, en théorie est un sujet de la Sublime Porte, mais, dans la réalité, c'est le maître absolu et il fait ce qui lui plait. A cette époque, j'avais entendu dire que le Calife avait un favori, un garçon de dix-sept ans d'une rare beauté du nom d'Ahddin. On disait que le Calife avait perdu la tête pour lui.
Intrigué, je me dis que je me devais de voir un si beau garçon. Je rassemblais des informations, et je découvris que le garçon aimait nager et venait se baigner à un certain endroit du Tigre, la rivière qui baigne Bagdad d'une eau douce et claire. Mais il était protégé et tenu à l'abri des regards par de nombreux soldats de garde personnelle du Calife qui veillaient à ce qu'il ne lui arrive rien et que personne ne puisse l'approcher.
J'étudiai la zone. Il n'y avait aucune possibilité de se cacher pour voir le garçon de près. Si bien qu'à cette époque, j'étais saisi d'un tel désir de voir cette rare beauté que je n'en dormais plus la nuit, occupé à réfléchir comment je pourrais y arriver.
Deux mois passèrent pendant lesquels je me torturais l'esprit pour trouver un moyen de voir Ahddin de près, de lui parler, peut-être même de lui faire l'amour. Pendant cette période, de nombreuses personnes chantèrent ses louanges, ne faisant qu'augmenter mon désir. Je continuais de rassembler des informations à propos du garçon, les criblais, cherchant désespérément un moyen de l'approcher. C'était devenu une vraie obsession.
Finalement, j'eus une idée. J'avais entendu dire qu'Ahddin aimait collectionner les joyaux rares, les pierres précieuses, les perles. Je commençais alors à répandre le bruit que je possédais la plus rare gemme de l'orient, d'une valeur inestimable. Pendant un temps, il ne se passa rien, mais un après-midi, un homme vint me demander si le bruit qui courrait était vrai. Quand je lui dis que c'était la vérité, il me demanda de la lui montrer, mais je refusai, avec l'excuse que j'avais peur qu'on ne me la vole.
Le lendemain, l'homme revint, accompagné de cinq soldats de la garde du Calife. Il me dit qu'Ahddin voulait m'acheter la pierre, mais qu'il avait demandé à la voir d'abord. Et donc, il m'avait envoyé une escorte, de sorte que je puisse la lui amener dans son palais sans courir de risques.
Je m'étais déjà préparé, aussi je pris un petit coffre que j'enveloppais dans une pièce d'étoffe. L'homme me dit de le suivre jusqu'au palais. Arrivant là, il me demanda encore de lui montrer la pierre mais je lui répondis que je ne la montrerais qu'à Ahddin en personne, et qu'en outre, je ne voulais la présence de personne d'autre quand je la lui montrerai.
Après une brève attente, je fus soigneusement fouillé, et finalement, je fus introduit en présence du fameux garçon. Il était l'essence même de la beauté. Il était vêtu d'une simple chemise et d'un pantalon de la plus pure mousseline blanche, finement plissée, d'une ceinture de soie dorée, d'un gilet de brocard et de babouches du même brocard doré. Sa face était un ovale parfait, très doux, avec une bouche droite et sensuelle, ni fine ni charnue, un nez droit finement ciselé, les narines à peine frémissantes de sensualité, deux yeux profonds, lumineux, couleur de bronze doré, aux sourcils bien séparés, denses et longs mais étroits, des cils longs et noirs. Ses cheveux, brun foncé, de la couleur de l'acajou, souples et lisses, encadraient sa face parfaite. Sa peau avait la couleur d'une pêche mure. Ses mains étaient minces et fuselées, mais indéniablement masculines.
Je restais en extase à sa vue, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés.
Le garçon, d'une voix chaude et sensuelle me dit en souriant, "Alors, marchand, où est cette fameuse gemme? Si elle est aussi belle qu'on le dit, je te l'achète. Montre-là-moi."
Avec effort, la voix cassée par l'émotion, je lui répondit, "Mon Seigneur, cette gemme dont on parle tant est plus que précieuse, mais je ne peux te la vendre, car elle ne m'appartient pas. Et aucun trésor ne pourrait l'acheter..."
"Très bien, alors commence par me la montrer. Quant à ce qui est de l'acheter, si elle me plait vraiment, mon offre sera telle que le propriétaire me la cédera volontiers."
Alors je tendis au garçon le paquet avec le petit coffre. Il le prit, enleva le tissu qui l'enveloppait, l'ouvrit et en sorti un rouleau de magnifique et très fin brocard.
Retirant cette seconde épaisseur, il découvrit un étui en bois odorant, gravé d'un fin bas-relief. Quant il ouvrit cette boîte, il trouva une sorte de soie fine et précieuse appelée byssus de mer, qu'il ouvrit fébrilement pour finalement trouver... un simple miroir poli, brillant.
Il le regarda, puis leva les yeux vers moi et dit d'une voix douce, "A quel jeu joues-tu? Ceci n'est rien d'autre qu'un miroir ordinaire."
"Mon Seigneur, prends la peine de regarder dans le miroir..." Le garçon regarda son reflet et j'ajoutai immédiatement, "C'est cela même. Tu regardes la plus belle et plus précieuse gemme de l'Orient, et je pense, de toute la création. De ma vie, je n'ai rien vu de plus beau. Mais comme je te l'ai dit, elle ne m'appartient pas et je ne peux donc la vendre, mais seulement te laisser la regarder."
Le garçon me regarda, d'abord courroucé, puis il éclata de rire. "Tu mériterais d'être jeté en prison pour le restant de ta vie! Mais comment pourrais-je être fâché par une plaisanterie qui est en fait un si beau compliment? Mais qui es-tu, et pourquoi as-tu fait ça?"
Je lui expliquai qui j'étais et lui donnai les grandes lignes de mon existence et enfin qu'ayant entendu de telles louanges de sa souveraine beauté, j'avais conçu ce plan pour pouvoir passer quelques instants avec lui.
"Et maintenant, Mon Seigneur, si tel est ton désir, tu peux me jeter en cellule pour y moisir pour le restant de mes jours... Je suis content d'avoir pu te voir de près et d'avoir pu te parler."
"Tu le mériterais vraiment. Mais ton romantisme m'a diverti. Et maintenant que tu m'as vu?"
"Je ne t'ai pas vraiment vu, Mon Seigneur. Je n'ai vu que le reflet de ta beauté, ce que les vêtements que tu portes m'ont permis d'apercevoir. Il devrait être interdit de cacher tant de beauté sous de si vulgaires vêtements."
"N'exagère pas, à présent. Il me semble que tu pousses un peu loin, tu ne crois pas? De plus, ce ne sont pas de vulgaires nippes, c'est la plus précieuse mousseline qui existe."
"En face de toi, tout est terne et sans valeur. On m'avait dit que tu étais beau, mais la réalité dépasse l'imagination."
"Tu n'es pas mal non plus, étranger. Peut-être est-ce seulement dû à ton aspect exotique, mais je t'aime bien. Peut être ton corps ne mérite-t-il pas non plus d'être dissimulé."
"Si tel est ton souhait, Mon Seigneur, je me déshabille immédiatement. Mais je ferai bien piètre figure en face de toi."
"Comment peux-tu le savoir, tu ne m'as pas encore vu. Quel est ton nom? Lorenzo, est-ce cela?
"Oui, Mon Seigneur."
"Et bien donne-moi une raison pour laquelle je devrais te montrer mon corps."
"Je n'en ai pas, Mon Seigneur, seulement mon désir et ta bonté. Refuserais-tu une goutte d'eau à un homme qui meurt de soif?"
"Que sais-tu de ma bonté?"
"Une figure si splendide ne peut cacher un esprit vil. Allah ne le permettrait certainement pas."
"Et penses-tu qu'une telle flatterie puisse te faire obtenir ce que tu désires?"
"Oh non, Mon Seigneur. Si s'était ainsi, je ne cesserais de te louer et de te flatter sans fin."
"Et... dis-moi... voudrais-tu faire l'amour avec moi?"
"En doutes-tu?"
"Préfèrerais-tu voir mon corps sans pouvoir le toucher ou me faire l'amour sans pouvoir me voir?"
"Tu demandes à un homme s'il préfère vivre sans air ou sans eau. Il mourrait dans les deux cas. Donc, si je dois mourir, je te laisse le choix."
"Tes prétentions augmentent, étranger..."
"Non, Mon Seigneur, je n'ai pas de prétentions, je ne peux en avoir. Ce sont mes espoirs qui augmentent."
"Et que me donnerais-tu en échange?"
"Rien. Je pourrais te dire que je donnerai toutes mes possessions, mais elles ne sont rien comparées aux tiennes. Je pourrais te dire que je te donnerai mon corps, mais que vaut-il comparé au tien? Je pourrais t'offrir ma vie, mais que vaut-elle comparée à ta bonté."
"Tu parles bien, marchand. Mais que gagnerais-je de toi?"
"Rien, comme je te l'ai dis, Mon Seigneur. Tu ne pourrais jamais rien gagner parce que tu as déjà tout, beauté, renom, richesse."
"Pourtant, dans un certain sens, je ne suis rien, moi non plus, juste un esclave. J'appartiens au Calife, tu le sais bien."
"Peut-être est-ce le Calife qui est ton esclave? Il suffit que tu exprimes un désir et il est heureux de l'exaucer."
"Tant que je serai frais, jeune et beau... Mais après? Il me jettera."
"Tu seras toujours beau, Mon Seigneur."
"Non, le temps passe, même pour moi."
"La beauté intérieure ne passe jamais. En fait, cultivée, elle grandit."
"Peut-être est-ce comme tu le dis, mais je... je crains le futur."
"Tu ne devrais pas. Le futur n'existe pas encore, exactement comme le passé n'existe déjà plus. Vis le temps présent."
"Mais quand il viendra, à quoi ressemblera-t-il?"
"Seulement à ce que chacun voudra qu'il soit, parce qu'alors ça sera le présent."
"Ca n'est pas vrai. Si je le désirais, ton présent pourrait être horrible."
"Si je cherchais la richesse, les plaisirs ou autre chose, oui, je pourrais être déçu de ma vie. Mais je ne cherche rien... Peux-tu me priver de rien? Je vis pour le présent, et il est magnifique. Et pour ce qui va venir, je le vivrai comme il sera, et quand il viendra."
"Mais tu as fais le projet de me voir, donc tu as pensé au futur."
"Non Mon Seigneur. J'ai vécu dans le présent avec la joie d'essayer de te voir. Mais si je n'y étais pas arrivé, mon présent aurait été quand même bien employé et plaisant."
"Tu es un peu trop philosophe pour moi. Et maintenant, que comptes-tu faire?"
"Rien, Mon Seigneur. Finalement, je suis maintenant à tes pieds, attendant ce que tu décideras de faire de moi."
"Oui... que faire d'un marchand qui a osé se rire de moi?"
"Non, j'ai tenu ma promesse."
Ahddin resta silencieux. Il me regarda un long moment, perdu dans ses pensées, et je sentis son regard me pénétrer.
Finalement, il me dit, "Tu es un étrange garçon, Lorenzo. Tu veux tout sans rien me donner en échange."
"C'est à toi de voir si l'échange te convient ou non."
"Quel age as-tu, Lorenzo?"
"Presque vingt et un ans."
"As-tu beaucoup fait l'amour?"
"Ni peu, ni assez."
"Et si tu me déçois?"
"Ma vie t'appartient. Mais à l'inverse, si je te comble?"
"Je te laisse la vie sauve. Cela te convient-t-il?"
"Sans la moindre hésitation."
"Es-tu si sûr de ta vaillance dans un lit?"
"Non, Mon Seigneur, mais après t'avoir fait l'amour, la mort serait douce."
"Ne penses-tu pas que tu exagères?"
"Après t'avoir vu? Sûrement non."
"Tu risques gros."
"Toi aussi!"
"Moi?"
"Oui, tu risques d'être déçu, et de toute façon, ma mort ne t'apporterait pas ce que je ne t'aurais pas donné."
"Et bien peut-être serait-il plus sage que tu te retires sans espérer plus."
"Mais je ne suis pas sage, Mon Seigneur. Ma sagesse s'est évaporée comme la rosée sous le soleil quand mes yeux ont connu la joie de se poser sur toi."
"Très bien. Continuons."
"Comme tu le désires, Mon Seigneur."
Ahddin frappa dans ses mains et deux serviteurs entrèrent. Avec autorité, il leur commanda, "Préparez le bain, les parfums et mon lit. Mon invité restera avec moi. Je veux aussi les musiciens. Vite!"
Ils s'inclinèrent tous deux et disparurent.
Alors Ahddin se leva du divan et vint près de moi. "Lève-toi. Laisse-moi te regarder. En deux ans, tu es le premier, à exprimer un désir pour moi. Jusqu'à présent, c'est moi qui choisissais celui que je prendrais dans mon lit si le Calife ne demandait pas ma compagnie. Personne n'a jamais osé exprimer son désir pour moi. Peut-être est-ce aussi ça qui m'attire vers toi... ton courage ou plutôt ton impertinence. Et tu es le premier étranger avec lequel je peux m'entretenir... Tu m'intrigues, le sais-tu? Et tu me plais aussi."
Tout en me disant ces mots, il me tournait lentement autour, me scrutant des pieds à la tête, sans même m'effleurer. Un serviteur entra pour annoncer que le bain était prêt. Ahddin me prit par la main, et m'entraîna derrière lui. Traversant quelques très belles pièces, nous arrivâmes dans une grande salle entièrement couverte de marbre dont le centre était occupé par une grande vasque carrée, enfoncée dans le sol, remplie d'eau fumante et parfumée.
Les deux esclaves, seulement vêtus d'un pagne, nous attendaient. C'étaient deux beaux garçons, mais ils ne m'intéressaient pas. J'étais totalement envoûté par Ahddin. Ils nous enlevèrent nos vêtements, et alors, complètement nus, nous descendîmes dans l'eau. Les esclaves commencèrent alors à laver nos corps.
J'étais fasciné par le corps du garçon. Il était incroyablement beau, bien fait, parfaitement proportionné, très doux sans être efféminé. En fait, il était vigoureux. Il était à cette étape du développement où il était encore un adolescent mais déjà un homme. Mes yeux étaient complètement captivés par cette vision de rêve. Avec plaisir, je notai qu'Ahddin aussi caressait mon corps des yeux et semblait y prendre du plaisir.
Ce spectacle, ainsi que les sensations que produisaient les mains expertes des deux esclaves qui lavaient nos corps, me poussa rapidement dans un état d'extrême excitation.
Quand Ahddin s'aperçut de mon érection croissante, il sourit. "Et ils disent que nous, les Arabes, avons le sang chaud... Ne peux-tu contenir ton excitation?"
"Même une statue de marbre n'en serait pas capable, ni un être surnaturel. Alors comment le pourrais-je?"
Lavés, rincés, parfumés, nous sortîmes du bain, nus, et entrâmes dans la chambre contiguë. Une vaste alcôve entourée de voilages en occupait le centre, et aux quatre coins de la pièce étaient disposés des brûle-parfums. Nous entrâmes dans l'alcôve et les esclaves fermèrent soigneusement les draperies. Seul un coté restait ouvert sur un petit jardin intérieur planté de fleurs parfumées et de fontaines murmurantes. Ahddin, s'allongea et me fit signe de me coucher à ses côtés.
Soudain, une musique douce s'échappa de derrière un rideau. Ahddin caressait légèrement mon corps et je fus saisi de frissons de plaisir. A mon tour, je commençais à caresser ce corps de rêve et enfin, Ahddin commença à s'exciter.
Peu à peu, nos corps se reprochèrent l'un de l'autre, comme aimantés, et son contact provoqua en moi une forte émotion. La compétition qui s'instaura entre nous pour donner du plaisir à l'autre fit que rapidement, nous nous perdîmes dans l'extase des sens. J'aimais la sensation de sa peau veloutée, de ses mains qui me caressaient sans relâche, de ses lèvres à la foi fraîches et brûlantes.
Ce fut un crescendo d'émotions, de désirs, de plaisirs, qui nous entouraient, nous pénétraient, comme les parfums et la musique qui graduellement nous entraînaient vers le paradis. Alors Ahddin s'agenouilla entre mes jambes et se pencha. Je sentis ses lèvres autour de mes seins et un frisson d'une telle intensité parcourut mon corps qu'il se cambra, mes jambes tendues, écartées, et mon outil plaqué contre son ventre ferme. Je sentis le sang battre violemment contre mes tempes. Il gémit en réponse et ses lèvres descendirent le long de ma poitrine, de mon estomac où elles firent une pause, sa langue explorant mon nombril, puis elle continuèrent la descente, errant dans mes poils pubiens. Mon outil effleura sa joue, et je sentis ses cils en chatouiller l'extrémité, ses lèvres se posèrent sur ma colonne de chair palpitante. Sa langue l'encercla, et finalement sa bouche prit possession de mon pieu.
Je me tournai lentement, de façon à passer la tête sous son corps et, à mon tour, je pris soin de son bel outil pendant, à présent droit et dur. Ahddin, frémit mais ses lèvres ne me quittèrent pas. Ses jambes tremblaient à présent et je passais les mains pour en caresser l'intérieur, fouiller ses petites fesses fermes. Il répondit en m'offrant le même traitement. C'était comme si nous étions en pleine compétition de qui donnerait le plus de plaisir à l'autre.
Nous roulâmes sur le coté, la tête poussée entre les jambes de l'autre, continuant à nous sucer avec beaucoup de désir et de sensualité. Nos mouvements s'accéléraient, nos corps étaient secoués d'ondes de plaisir. Nous sentions l'extase grandir pendant que s'approchaient les beaux, les magnifiques, les inexorables sommets de notre désir. Finalement, nous fûmes tous deux secoués par les violentes contractions de félicité pendant que chacun offrait à l'autre, jet après jet, la chaude semence que chacun but avidement, étanchant notre passion à cette fontaine de vie éternelle.
Mais l'excitation et le désir ne nous avaient pas quittés. Alors après un long baiser, Ahddin s'offrit à moi. Je le préparais de ma langue et de ma salive, jusqu'à ce que le délicieux garçon commence à gémir de plaisir. Je le pris enfin, le pénétrant avec à la fois force et douceur. Il se serra contre moi, m'exhortant sans un mot. C'était une danse de désir enflammé où nous bougions à l'unisson, la musique soulignant et exaltant nos passions. Quand finalement je me vidais profondément en lui, ce fut mon tour de m'offrir à sa passion toujours dévorante.
Nous restâmes couchés, épuisés, repus, accrochés l'un à l'autre.
"Oui, je te laisse la vie sauve, Lorenzo."
"Tu m'as donné bien plus que ça, crois-moi."
"Et toi à moi. Tu n'es pas mon maître, comme le Calife, ni un esclave qui doit me plaire. Pour la première fois de ma vie, j'ai fais l'amour avec un égal, et ça a été magnifique. Merci, Lorenzo.
"Moi, ton égal? Qui pourrait jamais être ton égal? Tu es... un rêve... Je suis seulement un simple mortel. Tu es noble et je suis un simple marchand..."
"Non. Tu es un homme, tout comme moi. Tu m'as fait me sentir mieux que je n'avais jamais été. Reviendras-tu?
"Dès que tu le désireras !"
Et il en fut ainsi. Mais malheureusement, Ahddin tomba amoureux de moi. Le Calife en fut informé, et même s'il le laissait libre de toutes les aventures qu'il voulait, il n'aurait jamais permis que son favori tombe amoureux d'un autre.
Aussi, il ordonna que je quitte son pays. Ahddin me fit don de cadeaux de grande valeur et d'une miniature précieuse de lui que j'ai toujours et que je garde précieusement.
Et c'est ainsi que je quittai Bagdad avec l'ordre du Calife de ne jamais reparaître sur ses terres si je tenais à la vie. Je crois que je devais le fait de n'avoir pas été occis à l'intercession d'Ahddin. Je rejoignis alors une caravane de marchands qui partaient pour la Perse."
"Ah, pauvre Ahddin! C'est bien triste de ne pas pouvoir tomber amoureux, n'est-ce pas, Maître?"
"C'est certain. Tu vois, être riche et puissant ne signifie pas toujours être heureux."
"Moi, par exemple, je ne suis qu'un serviteur, mais je suis heureux. Et vous, Maître, êtes-vous heureux?"
"Oui, je le suis, parce que la vie a été généreuse avec moi. Et si tu le veux, tu peux aussi augmenter mon bonheur."
"Je suis tout à vous."
"As-tu refait l'amour avec Florindo?"
"Maître! Vous devriez savoir que je ne suis plus intéressé par aucun homme depuis que vous m'avez octroyé votre compagnie et vos attentions !"
"Parfois je me demande si tu ne préférerais pas quelqu'un de ton âge plutôt que d'être là, avec moi."
"Non et encore non! Personne ne peut rivaliser avec vous."
"Poletto, Poletto, tu es si gentil."
"Et vous... vous êtes... vous êtes... l'homme le plus extraordinaire et le plus exceptionnel dans ce monde, et à un rien de me faire sentir..."
"Désireux de faire l'amour?"
"Oui, ça aussi..." répondit le garçon se serrant contre l'homme et s'offrant en un geste de dévotion muette.
Ils cessèrent de parler, laissant leurs corps exprimer ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre.
Lorenzo aimait le garçon chaque jour davantage, non seulement pour faire l'amour, mais aussi pour sa naïve fraîcheur, sa totale disponibilité et la sérénité que lui offrait son frais sourire, toujours prêt. S'il l'avait, au début considéré comme un jeune corps seulement désireux de plaire, il le considérait maintenant plus comme un semblable que comme un parmi les nombreux garçons avec lesquels il s'était diverti.
Poletto était devenu pour lui une personne de plus en plus précieuse et irremplaçable.