Le bruit soudain de coups frappés à la porte et d'une voix qui appelait, "Poletto ! Poletto, lève-toi !" fit sortir le garçon du profond sommeil dans lequel il était plongé. Lorenzo, toujours plongé dans le sommeil, l'enlaçait. Il se rendit compte que les coups n'arrivaient pas de la porte de la chambre du Maître, mais de la sienne, contiguë, dans laquelle, en fait, il n'avait pas dormi depuis un mois.
Attentif à ne pas le réveiller, il sortit du lit, passa dans sa chambre en fermant silencieusement la porte de communication et passa sa chemise de nuit. Il s'apprêtait à ouvrir la porte quand il remarqua le lit non défait. Il brouilla la couverture puis ouvrit la porte. C'était le laquais.
"Poletto, dépêche-toi, va réveiller le Maître. Un message urgent est arrivé pour lui de l'entrepôt."
"Avec ce fracas, tu l'as sûrement déjà réveillé. Et puis tu aurais pu frapper à sa porte, non ?"
"Tu es son page, et c'est au page de réveiller le Maître, pas au laquais ! Tu devrais le savoir, non ? Dis-lui de venir rapidement, ils disent que c'est urgent." dit le laquais avant de redescendre les escaliers.
Poletto alluma une lampe et revint dans la chambre de son Maître. Lorenzo était toujours endormi. Il le regarda avec tendresse. Comme il aimait son Maître ! Il découvrit lentement son corps, et l'admira pendent un moment. Il était désolé de le réveiller. Ce corps abandonné dans le sommeil était si beau ! Mais l'affaire était urgente avait dit le laquais. Aussi, montant à quatre pattes sur le lit, il commença à caresser le corps de l'homme. Lorenzo bougea un peu et l'ombre d'un sourire passa sur la face détendue. Le garçon accentua sa caresse et vit le membre se dresser progressivement. Il se pencha pour l'embrasser et le sentit frémir sous ses lèvres.
Enfin, Lorenzo ouvrit les yeux, "Quel doux réveil, Poletto, tu es un ange... Mais... pourquoi portes-tu cette curieuse chemise de nuit ? As-tu froid ? Enlève-moi ça, allez !"
"Ce n'est hélas pas le moment, Maître, pour ce que nous voudrions faire tous deux. Le laquais est venu dire qu'en bas, il y a un message urgent qui est arrivé pour vous de l'entrepôt."
"Quelle heure est-il ?"
"L'aube est à peine passée. Je n'ai même pas entendu les cloches pour la première messe à San Giorgio."
"Que peuvent-ils vouloir si tôt ? Aide-moi à m'habiller, je vais voir. Mais quel dommage, j'aurais voulu te faire l'amour, ce matin, avant d'aller à l'entrepôt..." dit Lorenzo en remontant la chemise sur le corps du garçon, et caressant son corps nu avec convoitise.
Le garçon frissonna de plaisir sous la caresse experte, mais sauta du lit pour attraper les habits de son Maître. "Je vous attendrai ici, à la maison, ce matin. Si le problème ne réclame pas trop longtemps votre attention, et que vous revenez, nous pourrons faire alors ce que nous ne pouvons pas faire maintenant... Ces habits vous conviennent-ils, Maître ?
"Oui, bien sûr. Aide-moi..."
Quand Lorenzo fût habillé, il enlaça Poletto, l'embrassant sur la bouche, rapidement, mais avec passion et désir. "J'espère ne pas te faire attendre trop longtemps, mon garçon."
"Partez vite maintenant. Je vous attendrai ici, et pendant ce temps, je rangerai et je nettoierai la chambre. A bientôt, Maître."
Lorenzo descendit. Un des employés de l'entrepôt l'attendait dans l'entée, avec une lettre. Il l'ouvrit, la lu rapidement, et donna l'ordre qu'on prépare la petite gondole, et embarquant avec l'employé, demanda à être conduit à l'entrepôt. Là, il trouva plus d'informations. Un de ses navires, en provenance de l'Orient, rempli de marchandises, avait une grave voie d'eau, et était à l'ancre dans le port d'Ancône, dans les Marches, jusqu'où il avait aventureusement réussi à naviguer. Comme Lorenzo n'avait pas d'agent à Ancône, le capitaine demandait quelqu'un pour l'aider à résoudre les nombreux problèmes auxquels il devait faire face.
Au même moment, les collaborateurs de confiance étaient aussi arrivés pour discuter quoi faire. Ils lui firent unanimement comprendre que le mieux était qu'il s'y rende en personne. En effet, si Ancône n'était pas actuellement en guerre contre Venise, ce n'était pas non plus un port allié, ni même un territoire ami.
Lorenzo donna donc l'ordre d'armer son petit voilier de course, une embarcation réduite, mais agile et rapide qu'il avait achetée aux turcs. Puis il organisa le voyage, désignant ceux qui viendraient avec lui. Quand les hommes lui demandèrent la permission d'aller informer leur famille de ce voyage imprévu, Lorenzo se rappela Poletto. Il devait l'informer qu'il serait absent pour au moins un mois. Au début, il pensa prendre le garçon avec lui, il savait que cela plairait au garçon. Mais il pensa que même s'ils pouvaient être proches, vivant sur ce petit bateau pendant tout le mois, ils ne pourraient pas y faire l'amour et donc il en abandonna l'idée.
Et une seconde idée germa en lui. Comme à son habitude, il élabora un plan, puis le passa en revue, examinant les détails, et décida de l'exécuter. Appelant son plus ancien collaborateur, il lui traça les grandes lignes pour qu'il puisse poursuivre seul la préparation du voyage et quitta rapidement l'entrepôt.
Il alla directement derrière les Procuraties, cherchant Zane. C'était un prostitué avec lequel il avait déjà fait l'amour à plusieurs reprises. Le jeune homme avait environ vingt ans, très beau, avenant et sympathique, plein de classe. Lorenzo le trouva chez lui, encore profondément endormi.
Il le réveilla, s'assit à coté de lui sur son lit et dit, "Zane, j'ai besoin de tes services. Je te payerai, bien sûr."
Le jeune homme lui sourit malicieusement, se serrant pour lui faire une place dans le lit et lui dit, "Vous savez bien, Illustrissime, que je ne vous dis jamais non ! Même si cela n'arrive pas si souvent de manière aussi matinale... Mais venez..."
"Non, merci. Ce n'est pas de ce genre de service dont j'ai besoin. Habille-toi et écoute attentivement, car mon temps est compté."
Le jeune homme le regarda d'un air un peu surpris, mais aussi intrigué, sortit de son lit et commença à s'habiller. Lorenzo commença à lui expliquer ce qu'il attendait de lui. Il débuta en lui donnant les grandes lignes de sa relation avec Poletto. Puis il dit qu'il devait s'absenter de Venise pendant un mois. Enfin, il lui dit qu'il désirait que Poletto, pendant son absence, rencontre des garçons plus ou moins de son âge, et qu'il fasse l'amour avec eux. Zane écouta attentivement.
Lorenzo conclut, "Ce garçon est jeune et inexpérimenté. Pour l'instant, je le fascine, mais seulement parce qu'il manque d'expérience. Je pense qu'il est bon, qu'avant qu'il ne s'attache à moi, il en sache un peu plus sur la vie. Qu'il fasse l'amour avec des garçons de son âge, et puisse acquérir de l'expérience. J'ai donc pensé à toi. Tu es un expert, mais tu es aussi un jeune homme sensible et digne de confiance. Si cela ne te pose pas de problèmes, je voudrais que pendant ce mois, tu vives dans ma maison, comme mon invité, disons... le fils d'un ami proche, quelque chose comme ça. Je vais dire à Poletto de s'occuper de toi pendant ces jours là.
"Tu dois faire en sorte que le garçon s'amuse, qu'il rencontre des garçons attirants, avec lesquels il puisse faire l'amour comme il aura envie. Tu choisiras ceux qu'il rencontrera. Tu connais tes commensaux, tu sais à qui tu peux faire confiance. Je les veux juste jeunes, beaux, ardents au lit, propres et fiables. Je te laisserai assez d'argent pour payer trois ou quatre d'entre eux, comme tu voudras. Mais Poletto ne doit rien savoir de notre arrangement, ni que tu payes ces garçons pour faire l'amour avec lui, comprends-tu ?"
"Le prenez-vous à cœur, ce Poletto ?"
"Oui, beaucoup."
"Etes-vous amoureux de lui ?"
"Non, même si je commence à lui être très attaché."
"Et vous dites qu'il a dix-sept ans, c'est ça ?"
"Oui, c'est ça. C'est un garçon qui vient de la campagne, très naïf, un bon garçon, et même si je ne l'ai découvert qu'il y à peu de mois, il aime faire l'amour avec les hommes. Tout au moins avec moi. Il a le feu qui coule dans les veines. Il est très beau et sensuel."
"J'accepte, Illustrissime, et en partie parce que ce petit joyau a excité ma curiosité. Puis-je également tenter de faire l'amour avec votre protégé ?"
"Bien sûr. Mais je veux qu'il essaye avec différents garçons. Je ne veux pas qu'il s'attache à moi uniquement parce qu'il n'a jamais rien connu d'autre, de meilleur, comprends-tu ?"
"Mais s'il découvre quelque chose de différent ou quelque chose de meilleur et vous le préfère ?"
"Cela ne sera pas grave, pour autant que Poletto soit heureux."
Zane hocha la tête songeusement, et dit, "Donnez-moi un peu de temps. J'ai déjà trouvé qui je vais recruter pour cette entreprise. Fabrizio le poète, il a vingt-deux ans, Toffolo, dix-sept comme votre Poletto, Filipeto, tout juste quinze ans, mais déjà suffisamment mature aussi bien pour le corps que pour la tête, et enfin Ottavio, dix-huit ans. Je les connais tous très bien, ils font très bien l'amour, et ils font ce travail depuis longtemps."
"Peut-on leur faire confiance ? N'essayeront-ils de tirer profit du garçon ? Sont-ils propres ? Et sauront-ils jouer leur rôle sans se trahir ?"
"Ce sont les meilleurs que la Sérénissime peut offrir aux amateurs de grâce masculine. Et je réponds de chacun d'entre eux, Illustrissime. Ils sauront jouer leur rôle mieux que le meilleur des comédiens dell'Arte, croyez-moi. La confiance que vous me portez, vous pouvez la reporter sur chacun d'eux. Et puis, ne vous rappelez-vous pas ? Vous aussi avez fait l'amour avec Fabrizio et Ottavio, Illustrissime. Ils ne dépareilleraient pas même dans le Palais des Doges."
"Ce Filipeto n'est-il pas trop jeune ?"
"Sûrement pas pour votre Poletto. De plus, nous ne savons pas s'il préférait des garçons plus jeunes ou plus vieux."
"Très bien. Va donc voir immédiatement s'ils sont disponibles. Puis rejoints moi à mon entrepôt pour fixer les derniers détails. Et prends tes habits les plus élégants pour venir chez moi."
"Puis-je dire au garçon, s'il venait à en parler que j'ai fait l'amour avec vous ?"
"Eventuellement Filipeto ou Ottavio. Pas toi, parce que tu joueras le rôle du fils d'un de mes amis. Mais tu peux lui dire que tu sais que comme toi, j'aime les hommes... Oui, tu peux lui dire ça, si ça te facilite la tâche."
"Puis-je ramener un de ces quatre amis chez vous, pour faire l'amour avec Poletto ou avec moi ?"
"Oui, bien sûr, mais pas plus d'un à la fois. Et par ailleurs, je te paierai le mois complet, les quatre autres recevront le montant normal, quarante baïoques à chaque fois qu'ils passeront du temps avec Poletto et le double s'ils font l'amour avec lui. Mais s'ils font l'amour avec toi, je ne les payerai pas, ça sera tes affaires."
"Bien sûr, tout cela vous coûtera déjà assez cher..."
"C'est de l'argent que je dépense avec plaisir. Active-toi maintenant. Je t'attends à mon entrepôt avec tes bagages. Rappelle-toi qu'officiellement, tu es en voyage."
"Il en sera fait ainsi, Illustrissime."
"Et ne m'appelle plus illustrissime devant Poletto, mais seulement Signor Lorenzo, d'accord ?"
"Oui, bien sûr. Faîtes moi confiance. A tout à l'heure... Signor Lorenzo. Mais c'est... bien dommage que vous ne vouliez pas vous arrêter quelques instants ici, avec moi..."
"Non, Zane, même si tu me laisses un très bon souvenir."
Satisfait, l'homme revint vers son entrepôt, et repris l'organisation de son voyage, laissant les consignes à suivre pendant son absence. Il était presque l'heure du dîner quand Zane revint, avec les quatre garçons qu'il laissa à l'extérieur de l'entrepôt. Quand il vit Lorenzo, il l'entraîna vers une fenêtre.
"Regardez, voilà les amis dont je vous ai parlé. Ils ont tous accepté. Celui avec la casaque à rayures bleues et blanches est Ottavio, le blond est Fabrizio, celui au pantalon vert est Toffolo, et celui qui mange une pomme est Filipeto. Voulez-vous les rencontrer ?"
"Non, ce n'est pas nécessaire. Leur as-tu tout expliqué soigneusement ?"
"Bien sûr, et ils ont parfaitement compris. Votre Poletto et moi les rencontrerons, l'un après l'autre, des jours différents, comme par hasard. Et nous ferons semblant de ne pas nous connaître, puisque j'arrive à Venise. Pensez-vous qu'ils soient assez beaux ?"
"Oui, ces quatre là me sembles parfaits, au moins comme je les aime. Mais ils doivent plaire à Poletto."
"Parmi nous cinq, il aura un large choix. Depuis le fin Ottavio, jusqu'au vigoureux Toffolo, du blond Fabrizio au brun Filipeto ou à la chevelure foncée comme moi, d'un tout jeune comme Filipeto à un moins jeune comme Fabrizio. Vous pouvez voir que nous sommes bien assortis. Et enfin, tous bien équipés et connaisseurs, croyez-moi."
"As-tu couché avec chacun d'entre eux ?"
"Evidement. Entre amis, parfois, nous aimons prendre du bon temps. Bien que gens du métier, nous sommes tous de vrais amateurs d'hommes. Ce qui ne le font que pour les baïoques ne sont généralement pas les meilleurs au lit."
"Tu as raison. Bon, tu peux les libérer, maintenant. Reviens pour que nous mettions au point les derniers détails de notre histoire, avant que je te conduise à la maison pour rencontrer Poletto et t'installer. Ah, je te préviens, avant de partir, je me retirerai avec lui pour lui donner mes dernières instructions et quelques câlins."
"Vous manquera-t-il ?"
"Oui, Beaucoup. Ce garçon m'est devenu de plus en plus cher et précieux."
"Je commence à m'en apercevoir. Juste pour le rendre heureux, vous êtes prêt à le perdre... Si ce n'est pas de l'amour..."
"Mais non, idiot. C'est juste de l'attention envers une personne qui m'est chère, comme je te l'ai dis. Et puis c'est un orphelin, et je me suis pris d'affection pour lui."
"Qu'il en soit ainsi, Illustrissime. Mais maintenant, concentrons-nous sur mon identité, Voulez-vous que je change de nom ?
"Non. Zane est parfait. Où es-tu né, et où vis-tu ?"
"Dites-moi..."
"Non, trouves-le toi-même, comme ça, si tu inventes l'histoire, tu auras moins de chance de te tromper."
"A cause de mon accent... je suis né à Durazzo, mais je vis à Chioggia. Non, je vis maintenant à Bergame, je connais bien la ville et je serais capable de la décrire correctement. Mon père est un de vos anciens employés, mais c'est maintenant un marchant indépendant. Ma mère, pauvre femme, est défunte. Mon nom est Zane... de Gregorio Canciano. Je ne connais rien au commerce, parce que j'étudie pour être... pour être... pharmacien. Savez-vous, j'ai eu un pharmacien comme amant, alors j'ai appris un peu de ce métier. Jusque là, est-ce que ça vous va, Illustrissime ?"
L'homme riait de bon cœur, "C'est bon, c'est bon, Et ensuite ?"
"Mon père doit vous accompagner dans votre voyage vers les Marches, alors il vous a demandé de m'héberger pour que je puisse visiter Venise. Vous me connaissez depuis que je suis enfant, même si nous ne nous sommes que peu rencontrés. Je suis un gentil garçon, qui aime s'amuser. J'ai bon cœur, sensible, intelligent..."
"Tu n'exagères pas un peu ?"
"Pourquoi ? Vous me connaissez ! Donc je disais, bon cœur, sensible, intelligent et... Où me ferez-vous coucher ?
"Dans la chambres des invités, bien sûr."
"Loin de celle de Poletto ?"
"Non. La chambre de Poletto a trois portes. Une donne sur le couloir, une sur ma chambre, et la troisième sur la chambre des invités."
"Une disposition aussi pratique que favorable. Je vous félicite. Savez-vous que je meurs d'envie de rencontrer la perle rare que semble être ce garçon ?"
"Un peu de patience. Laisse-moi juste régler quelques détails. Pendant ce temps, fais donc approcher ma gondole, que nous puissions aller chez moi. Est-ce là tout ton bagage ?"
"Oui, a part ce que j'emporte toujours sur moi... entre mes jambes. Voulez-vous vérifier ?"
"Mais non, vilain singe ! Et de plus, j'ai déjà eu ne nombreuses occasions de vérifier ton matériel, et de près ! Maintenant, Zane, laisse-moi travailler."
Ayant fini ses préparatifs, Lorenzo conduisit Zane jusqu'au palais. Il le présenta aux serviteurs, comme ils en avaient convenu, puis à Poletto. Après le dîner, il appela Poletto dans sa chambre.
"Malheureusement, comme tu l'as compris, je dois te quitter. Allez, ne fais pas cette tête ! Pendant que je serai absent, je veux que tu serves de page au jeune maître Zane, et tu feras en sorte qu'il visite Venise, et qu'il s'amuse. D'accord ?"
"Comme vous voudrez, Maître."
"C'est un garçon sympathique, avec une bonne nature. Tu devrais être bien en sa compagnie et je suis certain qu'il t'aimera bien."
"N'en doutez pas, Maître."
"Allons, Poletto, fais-moi un joli sourire ! Voilà, c'est mieux. Bon, viens ici. Je n'ai pas oublié la promesse que je t'ai faite ce matin, d'autant plus que je m'en vais. Viens... tu ne veux plus de moi ?"
"Vous savez très bien... Mon plus grand plaisir est de vous rendre heureux. Laisser-moi vous déshabiller..."
"Oui, bien sûr, et je vais aussi te déshabiller, mon beau petit mâle."
Il montèrent sur le lit, s'embrassant et se caressant l'un l'autre passionnément. Poletto semblait oublier la tristesse du départ de son Maître.
Quand ils furent tous deux saisis par la douce excitation des sens, Lorenzo lui dit, "Prends-moi, Poletto. Je veux emporter un peu de toi avec moi. Remplis-moi de ta semence."
"Oui, mais vous laisserez aussi un peu de vous en moi, de la même façon, n'est-ce pas, Maître ?"
"Bien sûr, mon cher garçon. Tu sais que je suis incapable de résister à tes demandes."
Ils s'unirent, oubliant pour un moment tout ce qui les entourait. Après que chacun ait donné à l'autre ce qu'il avait demandé, il restèrent allongés, immobiles, encore enlacés, se caressant mutuellement avec tendresse.
"Poletto, as-tu encore quelque chose à me demander avant que je ne parte ?"
"Oui, revenez vite..."
"Je t'ai dit que je devais m'en aller pendant à peu près un mois. J'essayerai de faire au plus vite. Mais à part ça, y a-t-il autre chose que tu désire ?"
"Non, rien d'autre."
"Me promets-tu d'être de bonne compagnie avec le jeune maître Zane ?"
"Je vous le promets."
"Il te semble sympathique ?"
"Je ne le connais pas encore. A première vue, il ne semble pas trop mal. Vous le connaissez, et cela me suffit."
"Je serais vraiment heureux que vous deveniez amis pendant ces quelques jours. Il n'a que trois ans de plus que toi. C'est un bon garçon, et il est beau. Tu ne penses pas ?"
"Oui, il a un beau sourire."
"Maintenant, mon garçon, il faut nous habiller, malheureusement. Mais d'abord, je veux te donner un autre baiser... et un autre à ton petit oiseau... ou même, à voir comme il est encore dressé, ton joli gros oiseau... Pendant les prochains jours, mais surtout les prochaines nuits, tu vas beaucoup me manquer, mon doux Poletto."
Ils se rhabillèrent. Poletto aida à préparer les bagages de Lorenzo, puis, après qu'il ait donné ses dernières instructions aux serviteurs, Poletto et Zane lui souhaitèrent bon voyage à la porte du canal. Il le regardèrent s'éloigner sur la petite gondole. Ils agitèrent un bras en signe d'adieu, jusqu'à ce que l'embarcation ait disparue sur le Grand Canal.
Alors Zane, voyant la triste l'expression sur la figure du garçon, lui passa un bras sur l'épaule en disant, "Es-tu triste à cause du départ de ton maître ?"
"Oui, signor Zane. Mon Maître est si bon."
"Je comprends. Mais ne m'appelle pas signor. Je n'ai que trois ans de plus que toi. Appelle-moi juste Zane, je préfère."
"Comme vous voudrez, Zane."
"Je suis heureux que le signor Lorenzo t'aie demandé de t'occuper de moi. Je me sentirai moins seul. Ecoute, Poletto..."
"A votre service, sign... Zane."
"Aimerais-tu te promener dans Venise ? Tu sais, je connais à peine la ville et je voudrais passer quelques jours à l'explorer."
"Voulez-vous que nous y allions maintenant ?"
"Oui, ça me ferait plaisir."
"Voulez-vous que je monte chercher votre manteau ?"
"Non, le temps est doux. Allons-y comme ça."
Ils sortirent, marchant côte à côte. Zane commença à parler sans s'arrêter à Poletto, qui ne répondait que par politesse, mais on sentait bien que son esprit était ailleurs. Il pensait au départ de son Maître.
En effet, au bout d'un moment, il proposa d'une voix pleine d'espoir, "Voulez-vous aller sur le port voir le bateau sur lequel partent votre père et mon Maître ?"
"Pourquoi pas ? Qui sait si nous ne pourrons pas les voir et les saluer une dernière fois avant qu'ils ne s'en aillent ?"
"Ca sera difficile pour eux de nous reconnaître. Je ne pense pas que nous puissions arriver si près, malheureusement."
Ils s'y rendirent. Ils virent le petit voilier quitter le port et Zane remarqua que Poletto luttait pour retenir ses larmes. Il en ressentit de la tendresse envers le garçon.
Quand le navire tourna derrière la Guidecca, et disparut à leurs yeux, Zane dit, "Tu as beaucoup d'affection pour ton maître, n'est-ce pas ?"
"Qui ne l'aimerait pas ? Et puis, il est bien plus qu'un Maître pour moi."
"Il est rare qu'un serviteur s'attache autant."
"Mais il me traite bien mieux qu'un serviteur, croyez-moi."
"Que veux-tu dire ?" demanda Zane d'un ton sans malice.
"Je suis son page personnel. Ma seule et unique occupation est de prendre soin de lui. C'est pourquoi il va me manquer..."
"C'est peut-être pour ça qu'il t'a demandé de t'occuper de moi, pendant ces quelques jours, tu ne penses pas ?"
"Oui. C'est pour ça que je vous dis qu'il me traite mieux qu'un serviteur. Habituellement, les maîtres ne se préoccupent pas de ce genre de détails."
"Quel âge a le signor Lorenzo ?"
"Trente-sept ans. Mais on lui en donnerait dix de moins, ne trouvez-vous pas, signor Zane ?"
"Zane, juste Zane, comme je t'ai dit. Et comment se fait-il qu'un homme de trente-sept ans ne soit pas encore marié ?"
"Il n'a peut-être pas trouvé la bonne personne. C'est mieux de ne pas se marier que d'être mal marié."
"Oui, c'est peut-être comme tu le dis. Et c'est pourtant un bel homme, en plus d'être riche et intelligent. Il est vraiment beau, tu ne trouves pas ? Même en le voyant habillé, on devine qu'il est bien bâti. Et comme tu es son page personnel, tu dois sûrement l'avoir vu complètement nu. Comment est son corps ?"
"Beau, viril, bien proportionné et fort."
"Oui, il semble être un homme fort. Et pourtant, en même temps, il semble si gentil..."
"Oui, c'est le meilleur Maître dont on puisse rêver."
Zane admirait la façon dont Poletto parlait de Lorenzo. Il répondait toujours d'une façon claire et directe, mais sans jamais laisser filtrer le moindre indice sur l'intime relation qu'il entretenait avec lui. Il ne voulut pas pousser plus avant, ce soir là, dans ce type de discours. Ils se promenèrent encore quelque temps dans la ville. Au bout d'un moment, Zane, inquiet de traverser des quartiers où il n'était que trop connu prétendit être curieux d'explorer la ville et dévia habilement leur chemin.
Ils arrivèrent dans un campiello ou se trouvaient des saltimbanques qu'ils s'arrêtèrent pour regarder. Soudain, Zane reconnut une astrologue qu'il connaissait car c'était une de ses voisines. Au prétexte d'acheter des sucreries, il demanda à Poletto d'attendre là et vint lui parler discrètement. Il arriva rapidement à un arrangement, lui donna des pièces et retourna regarder les saltimbanques, à coté de Poletto, partageant les sucreries avec lui. Quand le spectacle fut fini, alors qu'ils quittaient le campiello, ils passèrent en face de l'astrologue.
"Oh, arrêtons-nous ici, Poletto. Je veux qu'elle me lise mon futur. Hé, femme ! Pour deux pièces, me liras-tu mon futur et celui de mon ami ?"
"Bien sûr, Illustrissime. Montrez-moi votre main, laissez-moi voir. Et bien... Vous aurez une longue vie... une petite maladie aux environs de la trentaine, mais rien de grave. Le travail... pas mal, même si je ne vois pas de grandes richesses, je ne vois pas de pénurie... Famille... ni femme ni enfants, c'est bien marqué. L'amour... Vous en aurez beaucoup, certain très brefs, d'autres plus durables. Mais vous devriez rencontrer une personne... ou vous l'avez juste rencontrée... qui devrait entrer dans votre vie."
"Une femme, peut-être ?"
"Non, un homme... Un jeune homme. Puis vous rencontrerez une autre personne... mais vous ne devrez pas laisser passer cette opportunité. Si vous savez faire, vous vous associerez avec lui."
"Pouvez-vous-m'en dire plus sur cette personne ?"
"Pas juste en lisant les lignes de la main. Peut-être qu'avec les tarots... mais il vous en coûtera une autre pièce."
"Tiens, une pour moi, une pour lui. Commencez à me lire les cartes..."
La vielle femme sortit de sa besace un jeu de tarot usé, le battit et fit choisir des cartes à Zane qu'elle étala sur le banc en face d'elle.
Enfin, elle commença, "Le valet de coupe est la personne que vous allez rencontrer. Il est jeune, le valet, de coupe, et pas un patricien, car il est pas de carreau, ça n'est pas non plus un travailleur ou ça aurait été le valet de bâtons, ni un soldat, le valet de épée... peut-être un clerc. Ensuite vient le neuf de bâton, et ça signifie que cette rencontre aura lieu avant neuf jours. Le trois de coupes indique que cette personne boira avec vous et encore une autre personne. Le cavalier de coupe, c'est vous, donc vous êtes aussi un clerc."
"C'est vrai, je suis étudiant en pharmacie."
"Oui, comme je l'ai dit. Avez-vous d'autres questions à poser, Illustrissime ?"
"Non. Lisez le futur de mon ami, maintenant."
"Montrez-moi votre main, jeune homme."
Poletto tendit sa main ouverte. La vieille femme l'examina et dit avec gravité, "Vous aussi aurez une vie plutôt longue. Je ne vois pas de maladie, pas de maladies graves ni d'accident, et donc vous aurez une vie sereine. Pour ce qui est de la fortune, vous non plus ne serez ni riche ni pauvre. Le travail... un moment difficile dans quelque temps, mais vous le traverserez avec succès grâce à l'aide d'une personne que vous rencontrerez quand vous sentirez vraiment seul. Je vois que vous non plus n'aurez ni femme ni enfants. C'est curieux, ça n'arrive pas si souvent de trouver l'une après l'autre deux personnes aussi similaires. L'amour... J'en vois plusieurs, principalement durant la jeunesse, plusieurs, mais tous de courte durée. Vous devrez attendre jusqu'à... la trentaine avant de trouver un amour durable. Vous devrez passer avant à travers plusieurs expériences."
Zane demanda alors, "Pouvez-vous dire aussi s'il va rencontrer des gens intéressants dans les prochains jours ?"
"Oui, bien sûr, je le peux avec les tarots. Voyons voir... voilà, choisissez au hasard... encore... non ! Ne les regardez pas encore. Encore une carte." Après qu'elle ait fait choisir les cartes à Poletto, la femme les aligna et commença à les interpréter, "Vous rencontrerez plusieurs nouvelles personnes dans le prochain mois. Voyez-vous, l'as de carreau représente une lunaison, soit vingt-huit jours. Ensuite... voyons... ce seront tous de jeunes compagnons, à peu près de votre âge. L'un d'entre eux, voyez ici, sera vraiment important pour votre vie, à condition que vous soyez capable de saisir la chance. Votre bonheur futur en dépend."
Zane intervint de nouveau, "Ne pouvez-vous pas en dire plus à propos de ces rencontres et particulièrement de la dernière ?"
"Quelque chose... Pas grand chose... Laissez-moi encore battre les cartes... Voilà, choisissez... Bien. Il s'agira de rencontre de hasard, dans la rue. Voyez-vous la roue de la fortune, ici ? Et plutôt le soir, en fait voici la carte des étoiles. Ces quatre cartes représentent quatre personnes parmi lesquelles il y a la plus importante pour vous. Sincèrement... je suis désolée, mais les cartes sont étranges, je ne comprends pas bien le message. Mais vous le comprendrez peut-être le moment venu. Voilà le fou, le deux de bâtons, le trois de carreaux et le pendu. Essayez de vous rappeler d'elles."
"Et que pouvez-vous dire à propos des gens qu'il connaît déjà ?"
"Voyons... Mais ce sera votre dernière question ou vous devrez payer une autre pièce. Je vois un départ, quelqu'un qui va ou qui vient juste de partir. Voyez ici le chariot."
Pour la première fois, Poletto sembla s'animer, et demanda avec une inflexion pressante dans la voix, "Reviendra-t-il ? Sera-t-il sain et sauf ?"
"Il reviendra. Il sera en bonne santé. Il sera très occupé et voyagera beaucoup. Est-ce une personne qui vous tient à cœur ?"
"Oui..."
"Les cartes disent qu'il va rencontrer quelqu'un d'important pour lui, regardez la carte des amants. Et puis, parmi les personnes que vous connaissez, il y en a encore un autre, représenté par le chevalier de coupes, donc il est plus vieux que vous, mais moins que le roi ou la reine. A peine plus âgé que vous. Et le deux d'épée, montrant un lien fort avec cette personne, voyez les deux épées liées par un ruban. Et en dernier le cinq de bâtons qui dit que cette personne vit près de vous. Je ne peux rien dire de plus."
Poletto était songeur, Zane radieux, la vielle femme avait fait une partie d'exception. Ils lui dirent adieu et continuèrent leur promenade. Pendant un moment, aucun d'entre eux ne dit un mot. Zane aurait voulu savoir ce que Poletto pensait de ce que l'astrologue lui avait dit, mais il garda habilement le silence, regardant à la ronde avec un air indifférent, pour donner à Poletto le temps de le retourner dans sa tête.
Puis il dit d'un ton joyeux, "Regarde, Polo, une boutique de masques !"
Le garçon y jeta un coup d'œil absent et dit, "Oui... Est-ce que vous croyez à ces astrologues ?"
"Je ne sais pas, des fois oui, des fois non. Et toi ?"
"Elle a dit des choses vraies... et d'autres très étranges."
"Ou allons-nous, maintenant ?"
"Le Maître sera très occupé, voyagera... et rencontrera quelqu'un avec lequel il sera lié..."
"Et tu feras d'importantes rencontres, intéressantes et mystérieuses. Quelles sont les cartes dont tu dois te rappeler ? "
"Le pendu, le fou, le trois de coeur et le deux de bâton."
"Et bien, quelle mémoire ! Mais qu'est-ce que ça veut dire ?"
"Si je rencontre de semblables personnes dans les jours prochains, je comprendrai peut-être... En admettent qu'on puisse croire à de telles choses."
"La personne proche de toi et un peu plus vieille que toi pourrait être moi, tu ne crois pas ? Ma chambre est à coté de la tienne."
"C'est possible. Mais les épées liées ?"
"Que nous deviendrions des amis ? Des amis très proches... liées ensembles..."
"Je ne suis que votre page."
"Mais... j'aimerais que tu me dises tu et non plus vous, et que tu sois plus mon ami que mon page."