Le jour suivant, ils retournèrent se promener. Arrivés au pied de l'église des Carmélites, ils virent une taverne qui était ouverte.
"Entrons et asseyons-nous. Je vais t'offrir un vin léger." dit Zane.
"Je ne bois jamais de vin, il me monte immédiatement à la tête."
"Juste un tout petit peu pour me tenir compagnie. S'il te plait..."
"D'accord."
Ils s'assirent et Zane commanda un pichet de blanc du Frioul et deux verres. Il les remplit tous deux.
"A ta santé, Polo, et à ton bonheur."
"Merci, à la tienne aussi."
"Et cesse donc d'être tellement songeur, la vie est belle, apprécions-là ! Tu es un beau garçon, et quand tu souris, tu es encore plus beau. Et de plus, en ces jours ou je n'ai pas à vivre dans cette cité morte de Bergame, je veux... mener une vie de plaisir. Veux-tu m'aider à m'amuser ?"
"Je.. je ne saurais même pas quoi te proposer... Que veux-tu faire ?"
"Tous ce qui me procurera du plaisir."
"Du plaisir ? De quelle sorte ?"
"Toutes les sortes. Comme mon père n'est pas là pour me surveiller et me tenir en laisse, je voudrais vivre des aventures, faire des rencontres... galantes."
"Veux-tu trouver une fille ? Je ne sais même pas où te conduire, je n'en connais pas."
"Sais-tu garder un secret ?"
"Bien sûr, mais... quel genre de secret ?"
"Aussi du signor Lorenzo ?"
"Si cela ne le concerne pas, oui, aussi de lui."
"Je ne suis pas intéressé par les filles. J'aime les garçons, comprends-tu ? Penses-tu que je puisse en trouver ?" Poletto le regarda ébahi. Alors Zane ajouta, "Tu es étonné ? Tu ne l'avais pas deviné ? L'astrologue l'a dit et c'est vrai. Je ne me marierai pas et je n'aurai pas d'enfants, mais de nombreux amants. Mais au fait, elle a dit la même chose pour toi. Serais-tu, par un heureux hasard, comme moi ? Es-tu aussi... un amateur d'hommes ?"
Poletto, troublé, plutôt que de répondre, vida son verre de vin. Zane sourit et le remplit immédiatement.
"Tu n'es pas obligé de me le dire... Après tout, ce ne sont pas mes affaires."
"Mais tu m'as dit..."
"Oui, parce que j'ai confiance en toi, que tu me plais et que tu as promis de garder le secret."
"C'est sûr que je le garderai. Moi aussi... comme toi... je me sens attiré par les hommes."
"Mais alors nous sommes partenaires, toi et moi ! Veux-tu que nous allions chercher des garçons ensemble ? Ca te tente ?"
"C'est vrai, je me sens attiré par... mais... je ne suis pas intéressé par les rencontres... Et aussi, je ne sais pas où te conduire pour trouver quelqu'un, je ne sais vraiment pas comment faire."
"Tu peux en trouver partout. Il n'y a pas de lieu particulier pour cela. Et quand tu en vois un qui est comme toi, tu le sais."
"Mais comment ? Je n'avais rien compris, pour toi."
"Et moi non plus pour toi. Mais souvent tu peux comprendre, surtout si l'autre est attiré par toi. A la manière dont il te regarde, t'observe, t'étudie... ou même te suit."
"Pourquoi ? Et comment il te regarde ?"
"Par exemple, il regarde entre tes jambes pour vérifier si ta braguette est bien pleine ou non... Mais dis-moi, as-tu déjà été avec un homme ? Pour faire l'amour, je veux dire."
"Seulement deux..."
"Et comment les as-tu trouvés ?"
"Les deux fois, c'est eux qui m'ont trouvé."
"Alors c'est le moment pour toi d'en trouver un, tu ne crois pas ?"
"Non, je ne suis pas intéressé, je te l'ai dit".
"Un garçon aussi beau et désirable que toi ? Allons ! Tu pourrais en trouver des douzaines, si tu essayais. Surtout ici, à Venise. Ici, ça n'est pas comme à Bergame. Ici, il y a des gens du monde entier. Et même, j'en ai trouvé aussi dans ma ville si prude. Ici, ça doit être tellement facile. Par exemple, sais-tu que les marins, presque tous, font l'amour entre eux et préfèrent les hommes aux femmes ? Il suffirait que nous allions traîner sur le port pour en trouver. Mais dis-moi, les deux avec lesquels tu l'as fais, étaient-ils plus jeunes que toi ?
"Non, c'étaient des adultes, des hommes murs."
"Alors tu dois essayer avec des jeunes. C'est vraiment bon, crois-moi, je l'ai fait avec les deux, des hommes et les garçons."
"Tu l'as fais avec beaucoup ?"
"Oui, je dois le confesser."
"Mais... tu n'as pas un garçon qui t'attend, à Bergame ?"
"Pas question ! Des jeunes comme nous ne devraient pas se ligoter, mais plutôt s'amuser. Pour se lier dans une relation durable, nous avons bien le temps. Tu ne te rappelles pas ce que l'astrologue a dit ? Elle t'a dit que tu aurais une vraie relation durable vers les trente ans, non ?"
"Mais toi... ta première fois... c'était quand ?"
"Ma première fois ? C'est à peine si je m'en souviens... ça doit faire sept ans..."
"Tu avais quatorze ans ? Avec un ami ?"
"Même pas quatorze. Non, pas avec un ami. C'était un soldat Slavon. Sous un prétexte quelconque, il m'a fait monter en haut du campanile de l'église paroissiale. Et là, au milieu des cloches, il m'a baissé mon pantalon et poussé son outil dans mon trou, déflorant mon petit cul, sans trop de cérémonie."
"Ça a dû te faire mal..."
"Non, non, pas du tout. En fait, il en avait une longue, mais assez fine... Et il savait bien s'en servir. Il m'a fait aimer ça immédiatement. Même si les cloches ne sonnaient pas, je les entendais très bien... mais le battant était le sien et la cloche c'était mon cul. J'ai tellement aimé que je lui ai demandé de revenir le lendemain. Et toi ? Ta première fois ?"
"Au début de l'année."
"Avec un garçon ?"
"Non, avec un homme, comme je te l'ai dit. Au travail. Nous étions seuls. Il m'a dit 'Viens ici, je vais te montrer quelque chose.' Il a ouvert sa braguette et il l'a sortie, toute dure. Je l'ai regardée... Je n'avais jamais vu de sexe d'adulte avant... Et il m'a dit 'Touche-moi' et m'a mis ma main dessus. Ça me plaisait de la tenir, de la sentir si dure, palpitante. On a refait pareil pendant deux ou trois jours jusqu'à ce qu'il me demande de l'embrasser... Et il l'a mise entièrement dans ma bouche, et c'était encore mieux que de la toucher."
"Et vous avez fait autre chose ?"
"Non, pas avec lui."
"Et avec l'autre homme ?"
"Oh, avec l'autre homme, nous avons... tout fait. Il le fait si bien ! Avec lui, c'est vraiment faire l'amour, pas baiser."
"Et tu dis que c'est aussi le deuxième homme qui t'a trouvé ? Comment ?"
"Je le regardais déjà depuis un moment, mais je n'aurais jamais osé... même s'il me plaisait beaucoup et que je me sentais très attiré."
"Et lui, comment a-t-il compris pour toi ?"
"Il... nous a prit sur le fait, l'autre homme et moi... Alors il m'a demandé si je voulais le faire avec lui. J'ai dit oui immédiatement, évidemment."
Ils rentrèrent à la maison. Une fois dans sa chambre, Zane demanda au garçon de vider ses bagages et de les ranger en ordre dans l'armoire, pendant qu'il commençait à se déshabiller. Quand il fut torse nu, ne gardant que son caleçon, il lui demanda, "Viens m'aider à le délacer par derrière, seul, je suis maladroit, et puis tu pourras l'enlever."
Il nota que Poletto caressait sa poitrine nue du regard. Le garçon passa derrière lui et délaça le vêtement ajusté, puis passa devant et le retira. Zane était déjà à moitié en érection, et le garçon l'admira un instant, avant de détourner le regard.
"Aimes-tu ce que tu vois ?" lui demanda Zane.
Poletto opina en silence.
"Tu peux la toucher, si tu veux, vas-y !"
"Non, merci."
"J'aimerais vraiment, parce que je sens que tu es déjà un ami. J'aimerais que tu me touches entre les jambes. Tu vois ? Elle te dit déjà oui !" en la faisant battre deux ou trois fois.
Amusé, Poletto fit un sourire, mais ne tendit pas la main. Finissant d'enlever le dernier habit, il le plia soigneusement. "Quel habit veux-tu mettre, maintenant ?"
"Tu n'aimes pas me voir nu ? Ça te gêne ?"
"Non, non. Tu es vraiment beau, bien fait. Et aussi là, entre les jambes."
"Alors pourquoi tu ne veux pas la toucher ?"
"Parce que... parce que... je n'en sens pas le besoin."
"Polo, je ne veux vraiment pas te forcer, mais je suis désolé. J'espérais que tu... Entre garçons, entre amis, de telles choses arrivent, et elles font du bien."
"Je suis désolé, Zane, je ne veux pas t'offenser. J'aime te regarder, tu es beau. Mais je préfère ne pas te toucher... et que tu ne me touches pas."
"Mais ton homme... le second... tu le touches et il te touche, non ?"
"Bien sûr ! Mais seulement lui."
"Mais enfin, vous n'êtes pas mariés, quand même ? Et puis, dès qu'il sera fatigué de toi, il te jettera, comme font souvent les hommes avec les garçons. Mais... dis-moi... par hasard, cet homme, ça ne serait pas le signor Lorenzo ?"
Il avait à peine fini sa phrase que Poletto cria presque, "Non, c'est un des employés de l'entrepôt. Il est marié, il a deux enfants et... et..."
Zane sourit en lui-même de ce qu'il savait être un mensonge, mais fit semblant d'y croire et décida de pas insister. Il choisit ses vêtements et lui demanda de l'aider à les mettre, puis ils descendirent pour dîner. Le soir, quand Zane dit qu'il sortait, Poletto lui demanda à rester dans la maison. Zane sortit donc seul et en profita pour rencontrer les autres garçons et préparer en détails les rencontres des prochains jours. Il leur expliqua également les figures de tarot et ils décidèrent comment les rendre réelles. Il en profita également pour faire l'amour avec Toffolo, puis revient au palazzo Zorzi et se mit au lit, sans appeler Poletto. Mais le garçon l'entendit rentrer et vint frapper à sa porte.
"Entre !"
"Pourquoi ne m'as-tu pas appelé pour t'aider ?"
"Je ne voulais pas te déranger, il est tard... Et puis j'ai senti que ça te dérangeais de me voir nu, et je dors toujours nu..."
"Non, je suis désolé. Je suis ton page pour cette période. Et ça ne me gène pas de te voir nu, crois-moi. Je suis désolé de t'avoir donné cette impression."
"C'est sans importance. Demain matin, ne me réveille pas trop tôt. Attends jusqu'à ce que le soleil soit déjà haut dans le ciel. J'aime dormir, quand je suis en vacance comme aujourd'hui."
"Voudras-tu ton petit déjeuner dans ta chambre ?"
"Oui, merci. Mais seulement si tu viens manger avec moi."
"Très bien. Besoin d'autre chose ?"
"Non, merci. Tu peux aller dormir, Polo."
Le matin suivant, Poletto lui apporta son petit déjeuner, et resta manger avec lui. Zane sortit nu de son lit, arborant une glorieuse érection matinale, sur laquelle il nota avec plaisir que Poletto jetait des coups d'œil furtifs. Il lui demanda alors de l'aider à s'habiller. Quand il fut prêt, ils sortirent pour une courte promenade. Ils étaient de retour pour le déjeuner et Zane voulut ressortir de nouveau pour se balader en ville. Ils discutèrent longuement, mais sans parler de sexe. Ils arrivèrent enfin au port et entrèrent s'asseoir dans une taverne. Il y avait de nombreux marins autour d'eux, et Zane en profita pour désigner à Poletto ceux dont il pensait qu'ils cherchaient un compagnon pour la nuit.
"Tant que ça ?" fini par demander Poletto, effaré.
"Peut-être même plus que ça. Je ne te montre que ceux dont je suis à peu près sûr. Et j'essayerais bien avec un ou deux d'entre eux, je dois le confesser. Bien sûr, je ne pourrais pas le ramener chez Lorenzo, mais ces marins savent où aller, il y a de nombreuses auberges qui ouvrent leurs chambres pour de courtes rencontres de ce genre. Même si les lois sont strictes contre ça. Regarde celui-là, quel beau garçon. Et comme il nous reluque ! C'est ton genre ?"
"Non, il semble trop frustre, trop effronté."
"Mais il a un beau corps. Et entre ses jambes, quel beau relief plein de promesses."
"Peut-être, mais je ne pense pas que j'aimerais aller avec lui. Regarde l'autre plutôt... Le brun à l'air timide, celui qui est assis tout seul près du pilier..."
"Oui, à moi aussi, il me plait bien. Veux-tu que nous allions lui parler ?"
"Non. S'il t'intéresse, vas-y. Je t'attends ici."
"Allez, juste pour discuter, tu peux m'accompagner, non ? Et s'il est d'accord... j'essaierai de coucher avec lui, et si tu veux, tu peux venir avec nous ou alors, nous nous retrouverons à la maison. Allez, viens !"
Ils avancèrent jusqu'au marin. Zane s'adressa à lui avec un sourire détendu, "Pouvons-nous nous asseoir à ta table, matelot ?"
"Oui, bien sûr."
"Mon nom est Zane et lui, c'est Polo. Et toi ?"
"Tore."
"Comment se fait-il que tu sois seul ?"
"Mais amis sont partis aux putes."
"Et toi ? Tu n'as pas d'argent ?"
"Non, j'ai toute ma paye. Mais j'avais pas envie."
"Tu veux dire que tu n'es pas intéressé par les filles ?"
"Tout juste, vraiment pas."
"Ca ne t'ennuie pas que nous restions un peu avec toi ?"
"Non, au contraire, je serai content d'échanger quelques mots. Etes-vous frères ?"
"Non, des amis. Puis-je t'offrir un verre ?"
"Non, mon verre est encore plein, merci. Etes-vous Vénitiens ?"
"Lui oui, mais pas moi. Je suis seulement de passage. Et toi, d'où es-tu ?"
"De Tarante, mais je travaille sur le bateau d'un grec."
"Mais tes amis... ils ne sont intéressés que par les filles ?"
"Dans les ports, oui. Mais à bord..."
"A bord ?"
"Hé, ils me tournent tous autour."
"Au moins, tu as le choix..." suggéra malicieusement Zane.
"Sûrement pas, il ne manquerait plus que cela !"
"Je vois, tu n'aimes pas le faire avec des hommes..."
"Ce qui ne va pas, c'est de le faire avec eux. Tu dis oui à un, tu risques de devoir le faire avec tous."
"Mais... à moi, tu dirais oui ?" demanda Zane.
Un sourire apparut sur les lèvres du marin, "J'espérais que te me le demanderais. Je dirais oui pour vous deux. Et pourquoi pas tous les trois ?"
"Non, je dois rentrer. Allez-y tous les deux. Tu sauras retrouver ton chemin, Zane ?"
"Ben, oui..."
"Alors, passez une bonne soirée..." dit Poletto en partant en courant presque.
Mais le lendemain, il demanda à Zane de lui raconter comment ça s'était passé avec le marin. Zane lui décrivit toute l'affaire en détail, et nota bientôt que le récit avait excité Poletto, comme il l'espérait.
"Je vois que ce que je te raconte t'excite. Pourquoi ne pas nous déshabiller et faire l'amour ? Je bande, tu sais ?"
"Non, je ne préfère pas. Mais ce soir, nous sortirons encore, non ?"
"Bien sûr, avec plaisir, mais je suis désolé que tu te sauves encore..."
"Je n'ai pas envie de le faire avec un autre, j'ai mon homme."
"Mais ces jours-ci, tu ne l'as pas rencontré, c'est à cause de moi ?"
"Non, non. Il n'est pas à l'entrepôt, en ce moment. Il a dû partir... rentrer dans son village... parce que... parce que sa femme est malade."
"Je vois. Pauvre Polo ! Mais combien de temps vas-tu devoir tenir sans lui ?"
"Je ne sais pas, Je l'attendrai."
"Mais tu penses qu'il te sera fidèle ?"
"Je pense."
"Mais sa femme, avec elle..."
"Elle ne compte pas."
Zane aurait aimé contredire Poletto, mais il ne savait comment faire, ayant décidé de faire semblant d'ignorer que son homme était Lorenzo.
Il eut alors une autre idée. Il dit à Poletto, "J'ai envie d'un bain. Penses-tu que les serviteurs pourraient amener un baquet d'eau chaude dans ma chambre ?"
"Evidement. Veux-tu que j'aille en donner l'ordre ?"
"Oui, et ensuite tu m'aideras, d'accord ?"
"Bien sûr."
Quand Zane fut plongé dans l'eau, Poletto commença à le laver avec une petite serviette. Bientôt, tous deux furent excités.
"Tu fais ça bien. Tu aides aussi le signor Lorenzo à prendre son bain ?" demanda Zane.
"Oui, parfois."
"Et lui aussi bande comme moi maintenant ?"
"Parfois."
"Il te plait, le signor Lorenzo ?"
'Il a un beau corps."
"Et il... te touche ?"
"Non, jamais."
"Mais tu n'en profites pas pour le toucher, et même en bas ?"
"Non. Ça ne serait pas correct !"
"J'essayerais, à ta place. Je pense qu'il serait d'accord, tu sais ? Après tout, il n'est pas marié... Peut-être que lui non plus n'aime pas les femmes."
Poletto ne répondit pas et continua à frotter le corps de Zane.
Zane lui attrapa une main, "Déshabille-toi et viens dans le bain que je puisse te laver aussi."
"Non, merci."
"Allons ! Tu m'as vu nu, non ? Moi aussi, je voudrais voir ton corps... te toucher... Je sens que tu as un beau corps."
"Non, s'il te plait. Je comprends que tu veuilles faire l'amour avec moi, mais j'appartiens à mon homme, je te l'ai dit."
"Si tu viens avec moi dans le baquet, je te jure que nous ne ferons pas l'amour. Je ne ferai que te laver, je le jure..."
"Si nous étions dedans, nus tous les deux, et si proches, à nous laver mutuellement, je ne sais pas si je saurais rester fidèle à mon homme et si tu pourrais respecter ta parole. Moi aussi, je ne suis fait que de chair, et tu es si beau. Alors, je ne préfère pas."
"Mais même si nous faisions l'amour, cela ne t'éloignerait pas de ton homme ! De toutes manières, je dois quitter Venise dans un mois. Ton pantalon gonflé me fait comprendre que tu me désires, toi aussi, et je te confesse que ça me tente."
"S'il te plait, Zane, si tu veux vraiment être mon ami, laisse-moi tranquille."
"Très bien, comme tu voudras. Mais je ne te comprends pas. Tu dois être vraiment fou d'amour pour ton homme !"
"Oui. Je le pense vraiment."
"Mais lui... Le sait-il au moins ? Le lui as-tu dit ?"
"Non, il... il a une famille. Je ne veux pas lui créer de problèmes."
Zane était stupéfait par la fermeté des convictions de Poletto et leur droiture, et il pensa que Lorenzo était bien heureux d'avoir un tel amoureux. Mais il était toujours confiant d'être capable, tôt ou tard de vaincre sa résistance. Comme le garçon l'avait admis, il était fait de chair.
Le soir suivant, Zane s'arrangea pour que Poletto fasse la première de ses quatre rencontres. Ils marchaient dans une ruelle obscure, rentrant vers la maison quand Ottavio s'approcha d'eux.
"Excusez, 'lustrissimes, si j'osais, je vois que vous avez une lanterne. Pourriez-vous m'aider à chercher trois pièces qui ont glissé de ma poche ? Si je rentre sans, mon père va me rosser."
"Volontiers, es-tu d'accord, Polo ?" Ils se mirent à chercher mais ne trouvèrent rien. Zane, pendant ce temps, murmura à l'oreille de Poletto, "Les trois pièces, c'est peut-être le trois de carreau".
"Je ne pensais plus à cette astrologue... Peut-être..."
Zane demanda au garçon, " Quel est ton nom ?"
"Ottavio, 'lustrissime."
"Moi, c'est Zane et voici mon ami Polo. C'était quoi comme pièces ? Elles avaient beaucoup de valeur ?"
"Deux pièces d'un baïoque et une de deux baïoques, 'lustrissime. Quatre baïoques en tout."
"Et bien ça n'est pas grand chose. Et ton père te rosserait pour si peu ?"
"Oh oui, vous ne connaissez pas mon père. Que vais-je faire ? Je n'ose pas rentrer sans."
Poletto fouilla dans son escarcelle, "J'ai une pièce de cinq et une de deux. Zane, aurais-tu deux pièces de un baïoque ?"
"Laisse-moi voir... Oui, et voilà."
"Prends-les, Ottavio, et rentre chez toi tranquillement." Lui dit Poletto en donnant les trois pièces au garçon.
"Je vous remercie beaucoup, 'lustrissimes ! Comment pourrais-je vous remercier de votre bonté ?"
"Sans importance, ça n'est pas grand chose. Zane et moi avons été heureux de t'aider."
"Non, non. Je dois vous rembourser, d'une manière ou d'une autre. Dites-moi où vous habitez, et si j'en trouve d'autre, je vous rendrai votre monnaie."
"Sans importance..." répéta Poletto.
Mais au même moment, Zane répondait déjà, "Nous habitons dans le palazzo Zorzi. Sais-tu où il est ?"
"Oh oui, 'lustrissimes. Et bien merci. Je vous souhaite la bonne nuit." Répondit Ottavio avant de disparaître dans l'obscurité.
"Quel beau garçon, cet Ottavio. Sec comme une trique, mais bien fait. As-tu vu quel joli cul il a ?" demanda Zane à Poletto.
"Oui, j'ai vu."
"Préfères-tu la prendre ou la mettre ?"
Poletto, surpris par la question, rougit mais répondit d'une voix basse, "Les deux."
"Pareil pour moi, tout pareil. Bon, et bien si c'est vraiment le trois de carreau, et je crois que c'est lui, tu n'aurais pas dû le laisser s'échapper. L'astrologue l'a dit, te rappelles-tu ? S'il vient au palais, tu devras l'emmener dans ta chambre et faire quelque chose avec lui, suis mon conseil."
Poletto ne répondit rien. Ils suivirent la rue jusqu'à la maison. Après avoir aidé Zane à se coucher, Poletto se retira dans sa chambre et se glissa à son tour dans son lit.
Pendant la nuit, quelque chose réveilla Poletto. A coté de son lit étroit, Zane, complètement nu, un chandelier à deux branches à la main, le regardait.
"Je suis désolé de t'avoir réveillé. Mais j'avais un tel désir de voir ton corps nu, alors je suis venu. J'espérais ne pas te réveiller. Tu es si beau !"
Poletto se rendit alors compte que sa couverture ne le couvrait plus, et que sa nudité était exposée aux regards. Déconcerté, il tenta de dissimuler son intimité, mais Zane arrêta sa main.
"Non, laisse-moi te regarder encore un peu. Heureux est l'homme qui a trouvé un si beau garçon... et si fidèle. Ton corps excite le désir de l'embrasser, de le toucher. Et aussi là, entre les jambes, on voudrait y mettre les lèvres, la lécher, la sucer... Oh, elle se redresse ! Non, je ne te toucherai pas, ne crains rien. Comme tu ne veux pas que mon corps jouisse du tien, laisse au moins mes yeux jouir de ta vue. Comme j'aimerais mordre dans ces jolis petits tétons foncés... embrasser ces lèvres sensuelles. Je voudrais te tenir serré contre moi, te faire des câlins partout, te caresser... Non, ne t'inquiètes pas, je ne te toucherai pas... Même si, pour ne pas te toucher, il faut être un héros ou un saint. Je pense que ce soir, je gagne ma place au paradis. Oh Polo, je suis tellement envieux de ton homme. Pourquoi n'ai-je pas sa chance ? Regarde, mon pieu se dresse juste à te regarder ! Et le tien aussi, comme il est beau, ferme et dressé comme le grand mât d'un bateau. Si seulement mes lèvres pouvaient en être les voiles..."
"Zane ?"
"Dis-moi, mon merveilleux !"
"Maintenant... laisse-moi dormir, s'il te plait."
"Comme tu voudras. Et même si je sens que ce soir, je ne pourrai pas fermer l'œil. Tu es le fruit défendu du Paradis Terrestre. J'accepterais volontiers d'être chassé par l'ange si seulement je pouvais te goûter ! Dors mon ange, je retourne dans ma chambre... et je me soulagerai tout seul... en rêvant à ton corps sublime."