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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L'HÉRITAGE DEUXIÈME CASSETTE

Pour la première fois de ma vie je voyais un train et je montais dedans et c'était comme découvrir un autre monde. Figurez-vous que dans chaque voiture il y avait des toilettes. Nous à la maison, nous n'avions pas de toilettes, mais seulement un cabinet en bois derrière l'étable. Chaque voiture était divisée en compartiments, comme de petites pièces alignées. Je me suis dit qu'on pourrait bien vivre dans un wagon, il suffirait de transformer un compartiment en cuisine, un autre en chambre et ainsi de suite. On vivrait dans un wagon et quand on voudrait voyager on dirait "accrochez-le à un train qui va dans telle ville" et on arriverait dans cette ville avec toute sa maison.

Dans le train tout le monde était bien habillé, on aurait cru qu'ils avaient tous mis leur habit du dimanche, et je me suis dit que c'était peut-être le cas. Je voyais le nom des gares, des noms jamais entendus, et des gens qui montaient et qui descendaient, et je demandais à chaque arrêt combien de temps il restait jusqu'à Turin, parce que je n'avais pas de montre, jusqu'à ce qu'une dame me dise qu'elle allait aussi à Turin, à la gare de Porta Nuova et que je ne m'en fasse pas et que de toute façon c'était le terminus et que je ne pouvais pas me tromper.

J'ai aussi remarqué que dans le train tout le monde parlait italien et pas le dialecte. Qu'elle me semblait déjà loin, ma vallée ! Et comme elles étaient vastes les plaines que traversait le train ! Je me demandais ce que mes amis pouvaient faire en ce moment et s'ils pensaient à moi ou s'ils m'avaient déjà oublié.

C'était très bizarre de voyager en train. C'était comme si les champs tournaient sur eux-mêmes et les arbres bougeaient sur des plans différents et j'avais à peine le temps de les voir qu'ils avaient déjà disparu. On allait si vite que ça donnait presque le tournis. Quand on croisait un train, ça faisait un choc et tout tremblait tellement que la première fois j'en ai été terrifié.

Et enfin on est arrivés à la gare Porta Nuova de Turin. Tout était énorme, il y avait tant de monde, même des noirs, et une telle confusion et tant de trains alignés.

Là je devais appeler oncle Domenico au téléphone pour lui dire que j'étais arrivé. J'avais déjà vu un téléphone au village, il y en avait un à l'auberge, un au tabac, un à la mairie et le curé en avait aussi un au presbytère. Mais je n'en avais jamais utilisé. Je regardais comment les gens faisaient en entrant dans la cabine. Ils mettaient des pièces dans la fente, décrochaient, tournaient le cadran avec les chiffres et un peu après ils parlaient.

Quand une cabine a été vide j'y suis entré.Pour être sûr j'ai lu les instructions sur le mur. Puis j'ai sorti mon porte-monnaie et mis des pièces dans la fente, j'ai décroché, j'ai lu dans la lettre de mon oncle le numéro et je l'ai composé sur le cadran. J'ai eu de la chance parce que ce n'était pas occupé et peu après j'ai entendu la voix d'un homme. Je dis que j'ai eu de la chance parce que comme c'était le premier appel de ma vie, je n'aurais pas su distinguer un signal occupé d'une sonnerie. Mais enfin, j'ai entendu la voix d'un homme.

"Allô ?"

"Oui, je suis Stefano Boetto..."

"Oh, Stefano, où es-tu ?"

"A la Gare Porta Nuova de Turin."

"Bien, tu es arrivé. Alors écoute, sors de la gare, trouve un taxi et donne au taxi l'adresse de mon magasin, qu'il t'y emmène. Je t'attends."

"D'accord..." j'ai dit.

"Au revoir, à bientôt." A dit mon oncle et j'ai entendu un click.

J'ai encore ajouté "Bonne journée" et j'ai raccroché.

Il est retombé quelques pièces dans un trou et je les ai prises. Je suis sorti en me demandant ce que pouvait être un taxi et comment en reconnaître un. En sortant de la gare j'allais poser la question à un passant quand j'ai vu plein de voitures jaunes alignées avec sur chacune une petite boite noire où était écrit en rouge "taxi". Il y avait une queue et les gens montaient seuls ou à deux dans chaque voiture qui partait. J'ai compris. J'ai fait la queue et en montant dans mon taxi je lui ai dit où je voulais aller et je lui ai demandé combien je devrais payer. Il a démarré en me disant que ce serait écrit sur le taximètre qu'il m'a montré. Mais le prix montait et montait...

Aujourd'hui je ris de l'ignorant que j'étais, mais alors tout était si nouveau et si étrange pour moi. Au village, à Préa, personne n'avait de voiture, alors comment imaginer ce qu'est un taxi ! Tout comme personne n'avait le téléphone ou la télé chez soi, par exemple. Les gens de la ville ont tant de mal à imaginer ce que peut être la vie dans un village reculé de montagne, isolé et en plein exode rurale. Aujourd'hui même à Préa ils ont tous le téléphone et la télé à la maison... Mais c'est sûr qu'à mes débuts à Turin j'étais vraiment un plouc, mais ce n'était pas grave : en fait j'ai appris vite et bien.

Le taxi m'a laissé via Maria Vittoria, devant le magasin d'oncle Domenico. Je suis entré avec ma valise de fromages en regardant autour de moi. Il y avait plein de vielles affaires, comme maman avait dit, c'était un drôle de magasin, un peu comme un bazar de village. Un homme arrivait de l'arrière boutique, oncle Domenico. Il était grand, maigre, les cheveux frisés avec une barbe très courte, blanc argentée, de petites rides au coin des yeux et le nez fin.

Il m'a souri et il m'a dit : "Alors c'est toi, Stefano, n'est-ce pas ?"

"Oui, monsieur..."

Il s'est approché de moi et il m'a dit, en me tendant la main : "Si tu viens vivre avec moi comme un fils, ce ne serait pas mieux que tu me dises tu ?"

"Oui, bien sûr. C'est d'accord."

"Alors ? tu es content de venir vivre ici, avec moi ?"

Je le regardais, il avait l'air sympathique, alors j'ai répondu : "Je crois que oui, Domenico."

"Tu crois ? Tu n'es pas sûr ?"

"Ben... on ne se connaît pas encore. Peut-être que tu ne seras pas content de moi..."

Il a souri et il m'a dit : "Oui, c'est possible. Mais je crois que ça vaut la peine d'essayer, tu ne crois pas ?"

Il m'a fait voir son magasin et l'arrière boutique. Il m'a expliqué comment marchait son commerce et il m'a dit que, comme un jour tout cela me reviendrait, je devais apprendre le métier. Il m'a demandé où j'en étais de mes études et il a eu l'air stupéfait que je n'ai pas dépassé le brevet et ça m'a fait un peu honte. Un peu plus tard on a sonné au magasin et j'ai cru que c'était un client mais il est entré un homme de trente cinq ans, Anselmo, qui travaillait avec mon oncle et qui était restaurateur. Mon oncle me l'a présenté. Anselmo n'était ni sympathique ni antipathique. C'était un homme de peu de mots et il travaillait avec mon oncle depuis plus de dix ans.

Domenico lui a demandé de s'occuper du magasin et il est sorti avec moi. Il m'a d'abord emmené à un bar prendre un café. Puis dans une rue pleine de magasins d'habits où il m'a fait choisir plusieurs habits : sportifs, élégants et des sous vêtements. J'étais gêné mais aussi excité : je n'aurais jamais rêvé avoir autant d'habits et de si beaux ! D'autant plus qu'à la fin mon oncle a dit : "Pour commencer ça suffira. Le reste tu l'achèteras après, tout seul, un peu à la fois."

Autre chose qui m'a stupéfié : mon oncle ne payait pas avec de l'argent mais avec un petit rectangle en plastique. Maintenant moi aussi j'ai une carte de crédit, une carte bleue, mais ce mode de paiement me paraissait alors incompréhensible et... magique.

Puis on a chargé dans sa voiture tous ces habits, les chaussures et les sous-vêtements qu'il m'avait achetés et il m'a emmené chez lui, on a tout posé sous le porche et il m'a dit de l'attendre pendant qu'il se garait. Il est revenu peu après et on a pris l'ascenseur, une autre extraordinaire nouveauté pour moi, pour monter jusqu'à son appartement.

C'était un grand appartement, très beau. Des peintures décoraient les plafonds à caissons, et c'était un mélange de très moderne et d'antique : cela donnait un air de luxe discret. Ma chambre avait un lit en bois d'une place et demie, un mur tout couvert de placards aux portes de bois sculpté, un bureau-secrétaire inséré dans une bibliothèque en bois protégée par des vitres et deux grandes fenêtres donnaient sur la cour. Derrière il y avait une petite pièce avec deux portes : d'un côté le cabinet et de l'autre la salle de bain, le tout à mon usage exclusif.

L'appartement comprenait aussi la chambre de mon oncle avec son cabinet de toilette personnel, une grande cuisine avec une réserve, le séjour, la salle à manger, le salon, le bureau et les toilettes pour les invités...

Il y avait à la maison "la gouvernante", une femme de cinquante ans qui travaillait là depuis quinze ans. Elle faisait dix heures par jour, de dix heures du matin à huit heures le soir. Elle nettoyait, lavait et repassait, elle cuisinait et elle allait faire les courses. Elle s'appelait Tina. C'était une femme menue, rapide et infatigable. Mon oncle lui a dit de ranger les fromages dans la réserve et mes habits dans ma chambre.

Elle a senti les fromages que papa m'avait fait emporter et elle a dit : "Ça c'est des fromages comme Dieu le veut ! De pures merveilles !" et elle les a vite emportés dans la réserve.

Mon oncle m'a donné les clés de la maison, puis il m'a dit qu'avant tout il fallait m'inscrire à l'auto-école. Puis il m'a demandé si j'avais envie de reprendre les études. Je lui ai dit que je ne savais pas si j'y arriverais, qu'au collège je n'étais pas si bon que ça, mais que je pouvais essayer. Il m'a expliqué que si je devais un jour reprendre son commerce ce serait bien que je passe un bac artistique, c'est pourquoi il pensait m'inscrire à un lycée privé orienté vers les arts, en cours du soir, pour passer deux années à la fois. Je lui ai dit que moi ça m'allait, que j'essaierais de faire ce qu'il déciderait pour moi.

Il m'a dit de choisir parmi mes nouveaux habits ceux que j'aimerais porter aujourd'hui, d'aller prendre un bain et de me changer complètement. Puis on déjeunerait puis il m'emmènerait chez le coiffeur me faire faire une coupe un peu plus moderne... Et ce fut le début de ma transformation de montagnard en garçon de la ville.

Moi-même en fait je ne me reconnaissais plus. Petit à petit je m'habituais à la ville. Au début, ça m'impressionnait de voir certaines places qui auraient pu contenir tout mon village. J'allais à l'auto-école et je passais mon temps libre au magasin avec mon oncle et Anselmo, à les aider comme je pouvais, et je commençais à apprendre le métier d'antiquaire. Mon oncle avait l'air content de moi et il était toujours gentil avec moi. Et puis chaque semaine il me donnait un peu d'argent, comme un salaire, avec lequel je devais m'acheter les habits et ce dont j'avais envie.

Il y avait déjà dans ma chambre une télé couleur, un magnétoscope et une chaîne HiFi. Je me suis acheté quelques vidéos et CD. Au déjeuner et au dîner je bavardais avec mon oncle. C'était quelqu'un d'agréable et de très cultivé. Les premiers mois, hors mon oncle, Anselmo et Tina, je ne connaissais personne et je me sentais un peu seul, mais les si nombreuses nouveautés de la vie citadine atténuaient un peu ma solitude.

L'été venu, en Août mon oncle a fermé son magasin et nous sommes allés à sa villa sur la côte, en emmenant aussi Tina. C'était une belle maison entourée d'un petit parc et d'un mur haut, pas loin de la mer. On allait se baigner tous les jours. Mon oncle avait un corps maigre et fort, même si on y voyait la marque des ans.

A la fin des vacances mon oncle monta à Préa pour dire bonjour à ma famille. Mes frères ont écarquillé les yeux devanty ma métamorphose, et mes amis aussi. Je leur ai raconté mes expériences des derniers mois. Puis j'ai retrouvé mes amis, à part Giovanni et Michel qui étaient partis à l'armée, nous nous sommes vus en secret et nous avons enfin pu refaire l'amour. J'en avais vraiment besoin et même si on n'était plus que quatre je me suis beaucoup amusé et défoulé.

J'ai su que Carlo, mon frère qui m'avait remplacé, n'avait pas encore été invité à partager leurs jeux sexuels et qu'il restait plus avec les frères de Giovanni et Michel qu'avec eux, du coup eux au moins pouvaient continuer à s'amuser ensemble sans trop de problèmes. Roberto, en tant que fils unique d'une veuve, avait été exempté. Alessandro, qui était son cousin, était allé vivre chez Roberto où il y avait plus de place que chez ses parents. Ils partageaient la même chambre et maintenant qu'ils dormaient ensemble ils faisaient l'amour presque chaque nuit.

Marco les enviait un peu, mais quand ils étaient à l'alpage, il y avait toujours une place pour lui aussi. Moi aussi je les enviais : à Turin je ne connaissais personne et je n'aurais pas su comment faire pour trouver un vrai ami comme eux. Je devais me contenter de me branler, ce que d'habitude je faisais sous la douche.

Nous sommes revenus à Turin et la vie a repris son cours habituel. Mon oncle a rouvert son magasin et j'ai repris l'auto-école. Puis, fin Septembre, je commençais les cours du soir.

Au début c'était un peu dur, il y avait tant de choses à apprendre. Mais peu à peu, à mesure que j'arrivais à m'intégrer, ça a commencé à me plaire. C'est ainsi que j'ai connu Lorenzo et cette rencontre fut un tournant important de ma vie.

Lorenzo était notre professeur de dessin d'architecture. C'était un jeune architecte diplômé de juste vingt-quatre ans. C'était un jeune sympathique, une grosse toison de cheveux châtain lui couvrait le front, des yeux bleu-vert, une grande bouche fine qui semblait toujours fendue d'un sourire, le visage un peu triangulaire.

Quand il se promenait entre les bancs pour voir comment on dessinait, pour nous donner des conseils et nous corriger, parfois il passait une de ses mains aux doigts fuselés dans mon dos et ce contact léger et fugace me plaisait. Il avait souvent un jeans moulants et de temps en temps je jetais un œil à sa braguette gonflée, en fantasmant sur ce qu'elle cachait. Et il m'excitait. Il avait une boucle à l'oreille gauche : c'était le premier homme que je connaissais avec une boucle d'oreille, mais j'en avais remarqué d'autres en ville : c'était la mode chez les jeunes.

Le jeudi on avait cours de dessin d'architecture les deux dernières heures, alors on partait ensemble. Lorenzo, après quelques cours, me demanda un soir où j'habitais et il m'a proposé de faire la route ensemble puisqu'il habitait via Barbaroux, un peu après chez moi.

Alors petit à petit, en bavardant sur le chemin du retour, on a commencé à devenir amis. Mis à part qu'il était un bon prof qui expliquait bien, j'aimais sa façon de penser, sa culture, son esprit jeune et ouvert. Et je me sentais de plus en plus attiré par l'homme qu'il était...

Un soir il m'a demandé si ça me dirait d'aller en boîte avec lui le samedi. J'ai répondu que je demanderais l'autorisation à mon oncle. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas dit à mon oncle que mon professeur m'invitait, je lui ai parlé d'un copain de cours.

Mon oncle m'a répondu : "Bien sûr que tu peux aller danser. Tu as les clés. A ton âge c'est normal d'aller t'amuser un peu. Et ça te fera connaître des filles..."

Puis il m'a demandé si j'avais des préservatifs. Je l'ai regardé stupéfait, sans comprendre. Alors il m'a expliqué que, peut-être, tôt ou tard, je connaîtrais une fille avec qui je finirais par faire l'amour et qu'il valait mieux que j'ai toujours des préservatifs sur moi, tant pour éviter qu'elle tombe enceinte que pour éviter de me prendre une maladie, surtout le Sida.

Le samedi soir, quand j'allais sortir après m'être changé, mon oncle m'a offert une boîte de six capotes lubrifiées et à spermicide, en me recommandant de ne pas faire l'amour sans en mettre.

Je sortais et j'allais Piazza Castello au Bar Blue où j'avais rendez-vous avec Lorenzo. Il était déjà là à m'attendre. Il m'a emmené à la boîte sur sa moto. Au début le bruit assourdissant de l'endroit m'a cloué de surprise. Il y avait plein de garçons et de filles. Je ne savais pas danser, aussi, malgré l'insistance de Lorenzo, je suis resté à regarder toute la soirée. Lui dansait très bien, c'était un vrai plaisir que de le regarder. Il connaissait plein de gens, des garçons comme des filles, et de temps en temps il me les présentait.

Quand on est partis il m'a demandé si je m'étais amusé.

"Oui, beaucoup."

"Mais tu n'as pas dansé."

"Je t'ai dit : je ne sais pas danser. Toi par contre, tu es une bête..."

"J'ai vu que tu ne me lâchais pas du regard... mais ce n'est pas difficile. Si tu veux je t'apprends. On pourrait s'arranger, tu viens quelques fois chez moi et je t'apprends. Ça te dit ?"

"Ce serait super !" j'ai dit.

Le dimanche mon oncle m'a demandé si je m'étais amusé. Je lui ai dit que oui, puis je lui ai dit que je ne savais pas danser mais que mon copain m'avait promis de m'apprendre si j'allais quelques fois chez lui... Domenico m'a dit que c'était une idée merveilleuse et il m'a enjoint à la suivre. Je ne demandais pas mieux.

D'habitude, le dimanche, on partait avec oncle Domenico en ballade. Mon oncle aimait pêcher, alors on allait toujours près d'un torrent ou d'une rivière. Tina nous préparait un pique-nique.

Ce dimanche mon oncle m'a dit : "Tu es jeune, petit à petit tu vas te faire des amis... des amies. Alors peut-être que tu voudrais passer tes dimanches avec eux..."

"Mais je viens volontiers avec toi, oncle Domenico."

"Tu es gentil. Mais si parfois ils t'invitent, et si tu en as envie, accepte. Du samedi soir après la fermeture au lundi midi tu peux te faire un week-end dehors, si tu veux. Tu ne dois pas t'en faire pour ça."

"Merci, tonton."

"Ne me remercie pas. Je veux que tu aies une vie normale comme tous les autres garçons. Fais attention à la drogue, Stefano. N'accepte jamais d'essayer, même s'ils te promettent que ça ne fait aucun mal et que c'est marrant..." et c'est ainsi qu'il m'expliqua autre chose dont je n'avais aucune idée.

Quand le mardi soir j'ai vu Lorenzo à l'école, je lui ai dit que je pouvais aller chez lui quand j'étais libre pour qu'il m'apprenne à danser. Il en a été content et il m'a dit qu'on commencerait vite. Mais comme j'allais le jour au magasin et le soir à l'école, je n'avais que le dimanche et le lundi matin de libres. Alors il m'a dit qu'on pouvait retourner en boîte samedi et se revoir chez lui dimanche.

Le samedi soir il m'a emmené dans une autre boîte, plus grande et plus belle que celle où on était allés. Je l'admirais de nouveau pendant qu'il dansait. Et il y avait aussi d'autres beaux garçons qui attiraient mon regard et j'étais souvent excité rien qu'à les regarder, surtout quand ils dansaient avec ces mouvements si sensuels et si érotiques. Et puis en regardant comment ils étaient habillés, je commençais à me faire une idée de comment j'aurais aimé m'habiller et je décidais que, peu à peu, j'allais commencer à m'acheter tout seul des habits de certains styles.

La musique assourdissante et très rythmée, les lumières scintillantes et colorées en mouvement continu, les zones d'ombres feutrées et mystérieuses, cela commençait à me plaire. Je sentais le rythme de la musique dans tout mon corps et je trouvais souvent ça érotique. Et je trouvais Lorenzo de plus en plus érotique. J'essayais de l'imaginer nu et d'imaginer ce que j'aurais aimé faire avec lui...

Les rares fois où ils mettaient des slows Lorenzo arrêtait de danser et revenait s'asseoir avec moi. Il ne restait plus alors sur la piste que quelques petits couples qui se frottaient l'un à l'autre.

"Et toi, tu n'as pas de copine ?" je lui ai demandé en remarquant que là dedans beaucoup semblaient être en couple.

"Non, il ne manquerait plus que ça. Je ne veux pas perdre ma liberté." Répondit-il en fronçant le front d'une façon drôle.

Après, il m'a raccompagné chez moi en moto.

"Alors Stefano, toujours d'accord pour demain ?"

"Oui, 10 heures au Blue Bar." Je confirmais.

"Parfais. Je t'y attendrai. Tu as déjà mangé chinois ?"

"Chinois ? Non, jamais. Mais c'est vrai qu'ils mangent des fourmis et du chien ?" je demandais, inquiet à cette perspective.

Il s'est mis à rire : "Mais non, ce n'est pas vrai. On y mange bien. On ira y déjeuner demain. Il y en a un pas cher tout près de chez moi. Ça te va ?"

"Oui, bien sûr, si tu dis que c'est bon..."

"Bien, alors à demain, Stefano. Dors bien."

"Salut."

Je suis monté. Mon oncle devait déjà dormir, puisque tout était éteint. J'allais dans ma chambre sans faire de bruit. Il y avait un mot d'oncle Domenico sur mon lit pour me dire qu'il se lèverait tôt pour aller, comme d'habitude, à la pêche et qu'il ne me réveillerait pas. Il me souhaitait un bon dimanche.

Ce mot m'a fait plaisir. Mon oncle était vraiment gentil avec moi et j'aimais de plus en plus être avec lui. Il suivait ce que je faisais, il s'intéressait à moi, mais sans mettre le nez dans mes affaires et en me laissant beaucoup de liberté. Il me donnait des conseils et m'expliquait les choses sans me presser.

Et maintenant il y avait Lorenzo, dont j'étais de plus en plus l'ami, même s'il était aussi mon professeur. Et il m'attirait de plus en plus. Ses façons très directes me rappelaient un peu mon ami Roberto. Mais Lorenzo en était, pourrait-on dire, la copie en plus beau. Et je ne parle pas du physique : ils étaient très différents.

Un peu tout qui me fascinait chez Lorenzo, mais surtout ses doigts effilés... sa bouche grande et subtile... son regard clair et profond...

Le lendemain, dimanche, il tombait une petite bruine, un peu triste. Je m'habillais, prenais le petit déjeuner, je passais un imper et une casquette et, à dix heures, j'étais au Blue Bar.

Lorenzo est arrivé presque tout de suite : "Quelle journée ! Heureusement qu'on va à la maison." Dit-il alors qu'on marchait vers chez lui.

On a passé un vieux porche pour entrer dans un hall un peu gris et en mauvais état , on a traversé une cour pavée et on a monté un escalier en pierres usées. Il s'est arrêté au troisième devant une porte massive en bois qu'il a ouverte. Son appartement était petit, composé d'une cuisine, d'une salle de bain, de la chambre et d'un séjour où on entrait du palier et qui donnait sur les autres pièces. Il était arrangé de façon simple mais très agréable. Il y avait au mur un grand poster de James Dean jeune, que je ne connaissais pas encore. Il régnait un agréable désordre.

"Et voilà, c'est mon nid." A-t-il dit après notre entrée, quand j'enlevais mon imper.

"Tu vis seul ici ?"

"Oui, bien sûr."

"Et ta famille ?"

"Ils sont à Suzes, enfin, dans un village voisin."

On bavarda un peu, puis Lorenzo me montra ses affaires en les expliquant. Puis il mit de la musique et il commença à m'apprendre à bouger en rythme. J'essayais de l'imiter et j'y suis arrivé petit à petit et j'ai vu que ce n'était pas très difficile. Mais surtout j'admirais et je prenais plaisir aux mouvements de son corps serré dans un jeans lilas et un débardeur noir en coton fin. Le petit renflement de sa braguette et la courbe de ses petites fesses fermes attiraient mon regard plus que tout le reste.

Il me donnait des conseils, me montrait les mouvements et me les faisait répéter, il me corrigeait, infatigable et toujours souriant.

"Bravo, comme ça... Bouge plus... plus souple... c'est bien... maintenant regarde..." disait-il et il continuait à m'apprendre.

Puis il a arrêté la musique. On a décidé que c'était l'heure de manger et on est allés au chinois. Je regardais partout, très curieux, et je fixais les yeux écarquillés les serveurs chinois et je me disais qu'il me restait un paquet de choses à découvrir, à voir, à apprendre.

Le repas fut une vraie surprise. Je n'avais jamais rien mangé de semblable et je trouvais tout très bon. Surtout les glaces frites !

Après déjeuner on est revenus chez lui.

"On essaiera encore de danser plus tard. Pour l'instant, l'estomac plein, il vaut mieux qu'on se détende un peu..." a dit Lorenzo.

Et il m'a demandé si ça me dirait de voir un film. Il a pris une vidéo et il a allumé la télé. C'était "Ghost", un film émouvant mais drôle qui m'a beaucoup plu.

Puis on s'est remis à danser.

Lorenzo était beau, mais quand il dansait il me semblait encore plus beau. Il me plaisait trop ce jeune mec et je me demandais comment faire pour lui faire comprendre qu'il me plaisait, que j'avais envie de lui. Parfois je songeais à le lui dire tout simplement, mais le courage me manquait. Ou alors je pensais à le toucher, mais cela me semblait encore plus difficile.

"Stefano, tiens-toi droit et ne bouge que les hanches et les jambes... comme ça..." me disait-il.

"C'est difficile..." je répondais en essayant de l'imiter.

"Non, regarde..." a-t-il dit et il s'est mis derrière moi et il m'a attrapé par les flancs en me retenant fermement immobile et il m'a dit de continuer à bouger les jambes en rythme.

Cette prise solide par les côtés, ces mains chaudes et fortes que je sentais à travers mes habits, cela me provoqua d'intenses sensations et... ça m'a excité.

"Bravo, c'est ça... continue... bouge plus les jambes..." me disait-il.

J'aurais voulu me retourner et l'embrasser. J'étais en extase, c'était un délire. Je le voulais de tout mon être. Je voulais que cette prise devienne une étreinte, je voulais que ces mains me déshabillent... Je voulais faire l'amour avec Lorenzo !

Je me demandais combien allait durer ce délicieux supplice, je me demandais ce que je pouvais faire.

Ma tête était en ébullition, mon cœur battait fort, le pouls tambourinait sous mes tempes, mon corps frémissait... mon oiseau s'acharnait contre mon pantalon qu'il avait l'air de vouloir déchirer pour sortir... Jamais je n'avais ressenti une telle excitation avant.


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