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histoire originale par Andrej Koymasky


pin L'HÉRITAGE HUITIÈME CASSETTE

"Oh mon dieu, tu m'as baisé... tu m'as enculé..." gémissait-il alors que je me retirais.

Je l'ai forcé à se tourner vers moi mais il a fui mon regard.

"Et ça t'a plu, non?" je lui murmurais.

"Oui... mais... mais maintenant... ça me fait honte."

"Mais pourquoi?"

"Je me croyais... un homme."

"Mais tu es un vrai homme, sinon tu ne m'aurais pas plu."

"Mais je me suis fait enculer et j'ai aimé ça!" il s'est lamenté.

"Moi aussi, j'aime me faire enculer. Si ça te dit, je suis partant."

"Non... je suis vanné."

"Si tu veux je saurais te faire rebander."

"Non... ça m'a plu de me faire enculer... je suis une pédale..."

"Bah... Et alors ?"

"J'ai aimé me faire enculer..." il a répété en geignant.

"Mais c'est normal. Ça plait à plein de gens. Qu'y a-t-il de mal à ça?"

"Que je n'avais jamais joui comme ça avec une fille." Il m'a répondu, troublé.

J'ai vu qu'il était sur le point de pleurer, les larmes accouraient à ses yeux. Alors je l'ai embrassé. D'abord il m'a résisté, mais il s'est subitement abandonné et il a répondu à mon baiser. Mais les larmes coulaient nombreuses sur ses joues. Puis il s'est détaché et il m'a regardé d'un air incertain.

"Je suis une pute, n'est-ce pas ?" il m'a demandé dans un sanglot.

"Tu es un très beau garçon, pas une pute."

"Et toi... tu veux encore m'enculer?"

"Oui, bien sûr... Reviens demain et on remet ça."

"Oui, je reviendrai... demain..." il a murmuré d'un ton vaincu.

On s'est rhabillés. Il a repris ses affaires et il allait s'en aller. J'ai pris mon portefeuille mais il m'a arrêté d'un geste.

"Non... si tu me paies, là je serai vraiment une pute, non ?" il a murmuré.

"Non, tu n'es pas une pute, d'accord ? Tu reviens demain ?"

"Oui..." et il s'est presque enfui.

Je savais qu'il était très troublé mais je sentais qu'il reviendrait. Mais pendant deux jours je ne l'ai pas revu et je me suis dit qu'en y repensant la tête froide, il avait laissé sa honte prendre le dessus. C'est difficile d'accepter d'être gay, je le comprenais. Mais le troisième jour il a sonné à la porte. Tina m'a appelé.

"C'est pour toi, Stefano !" Elle a crié dans les escaliers.

Je descendais et en le voyant je lui ai souri, content. Il est devenu rouge comme une tomate.

"Tu es revenu..." je lui ai dit.

"Oui... je ne voulais pas, mais... Mais tu n'es pas seul... Quand pourrons-nous nous voir ?" il m'a demandé, très gêné, en chuchotant.

"Viens, monte... on sera tranquilles."

"Je voudrais... le refaire..."

"Oui, bien sûr, moi aussi."

Je l'emmenais dans la chambre d'amis que je fermais à clé. Puis j'ai ouvert son pantalon et je l'ai fait descendre sur ses genoux, je baissais aussi le mien et je le prenais dans mes bras par derrière, frottant mon oiseau déjà dur entre ses fesses.

"Oh mon dieu... je me rends... Encule-moi !" il a murmuré.

"Non, d'abord tu vas me sucer un peu. Puis je mettrai une capote : on a eu tort la dernière fois de ne pas la mettre... Et après je t'encule et je te bourre..."

Il s'est retourné et agenouillé devant moi et, docile, il a fait tout ce que je lui demandais. Il avait l'enthousiasme et la passion du néophyte. Après qu'il m'ait mis le préservatif, je l'ai fait se coucher sur le dos, passer les jambes sur mes épaules et debout à côté du lit je l'ai pris avec délectation et plaisir mutuel. Après avoir joui en lui je lui ai demandé s'il voulait essayer de me pénétrer, mais, presque honteux, il m'a demandé de le faire jouir en le suçant. Je l'ai satisfait avec plaisir.

Après on a parlé un peu. Il avait plein de questions sur la nouvelle dimension qu'il découvrait. Je lui ai suggéré qu'il n'était peut-être pas gay mais bi et qu'il avait donc un choix double de partenaires... mais il m'a dit qu'avec les filles il n'avait jamais pris autant de plaisir... Il est revenu se faire enculer cinq ou six fois, jusqu'à la fin des vacances.

"Comment je fais, maintenant, pour en trouver un autre ?" il m'a demandé la dernière fois où on a fait l'amour, en se rhabillant.

"Il y en a plein, des gens comme toi et moi." Je lui ai répondu.

"Oui, tu me l'as déjà dit, mais... comment je les reconnais ?"

"Tu va faire tes expériences petit à petit..." j'ai dit.

Puis je lui ai expliqué la façon de regarder, les approches possibles, comment essayer de draguer sans trop s'exposer. Il posait des questions, souvent ingénues, auxquelles j'essayais de répondre le plus complètement possible.

Quand on s'est dit au revoir, il m'a dit : "Je ne t'oublierai jamais. Tu as été mon premier homme. Tu m'as fait découvrir un monde que je n'imaginais même pas... Tu vas me manquer..."

Une fois à Turin, Domenico a regardé ce que j'avais acheté et il m'en a fait compliment.

"C'est de la bonne marchandise et tu ne l'as pas payée cher, bravo."

"J'aurais peu-être pu faire baisser encore un peu, mais c'étaient deux petits vieux qui avaient besoin de cet argent et je ne me sentais pas de leur donner moins..." j'ai dit.

"Tu as très bien fait, Stefano. On doit trouver notre intérêt, bien sûr, mais sans profiter des gens, sans se montrer sans pitié, sans voler personne." A dit Domenico.

Cette observation de sa part me fit très plaisir.

Domenico a eu soixante et onze ans et on lui a fait une belle fête d'anniversaire. A cette occasion il m'a dit qu'il voulait se retirer de l'affaire et que donc je devais la prendre en main. Je lui ai répondu que moi ça m'allait bien, mais que je croyais que comme il était encore fort et en bonne santé, il ferait bien de venir encore au magasin, sinon il s'ennuierait à la maison.

Alors il a continué à venir, mais maintenant c'était moi qui allais acheter les objets, qui fixais les prix et qui disais à Anselmo quoi restaurer et comment. A la maison aussi, Domenico voulut que ce soit moi qui décide de ce qu'il fallait faire et des menus, avec Tina. Il m'avait passé le flambeau, bien que je n'aie que vingt-deux ans.

Le vingt et un novembre de cette année j'allais chez un imprimeur faire éditer de nouveaux formulaires de certificats de garantie des objets qu'on vendait. Je sortis du magasin vers dix heures du matin. Je rentrais vers onze heures trente. Une ambulance était arrêtée devant le magasin et il y avait un attroupement. Anselmo est venu à ma rencontre.

"Domenico..." il a dit, et sa voix tremblait.

"Il a eu un malaise ?" j'ai demandé, inquiet.

"Non... il est... il n'est plus là..." il a dit presque à voix basse.

Mon cœur s'est arrêté : "Il est... il est mort ?" j'ai demandé, incrédule.

"Oui."

"Mais il allait bien !" je protestais, les yeux pleins de larmes.

"Il y a une demi-heure... j'ai entendu un bruit dans le magasin... je suis allé voir... il était étendu là, devant la table de monastère, sur le ventre... Il ne respirait plus. J'ai appelé l'ambulance, puis j'ai appelé l'imprimeur, mais tu étais déjà parti..."

"Mort ! Mais comment ? Pourquoi ?" j'ai dit en m'approchant de l'ambulance.

"Vous, restez à l'écart." M'a dit un infirmier.

"C'est son fils." A expliqué Anselmo.

"Oh, pardon..." a dit l'infirmier.

"Je peux monter ?" j'ai demandé.

"Oui, bien sûr. Vous venez à l'hôpital ?" a demandé l'infirmier.

"Oui..." j'ai dit en montant.

Anselmo m'a dit : "Je m'occupe du magasin."

"Oui, merci. Ferme-le et mets un papier." Je lui ai dit.

Je me suis assis à côté de la civière et j'ai soulevé le drap du visage de Domenico. Il avait l'air de dormir, son visage était serein. Je pleurais. L'ambulance est partie.

Le médecin a dit que c'était un infarctus, qu'il était mort sur le coup, sans souffrir. C'tait déjà ça : sans souffrir...

J'envoyais un télégramme à ma famille, au village. Je chargeais un entrepreneur de pompes funèbres des obsèques. Il y avait peu de monde à son enterrement : ma famille, Tina, Anselmo et quelques commerçants voisins du magasin, deux ou trois connaissances qui avaient lu la rubrique nécrologique de la Stampa. On l'a accompagné au cimetière. Puis je suis rentré à la maison. J'ai dit au revoir à ma famille qui est repartie tout de suite au village.

Je ne sais pas pourquoi je m'étais mis en tête que Domenico vivrait encore au moins vingt ans ! Ce départ si subit a laissé un grand vide en moi.

Les jours suivants j'affrontais la tâche ingrate de mettre de l'ordre dans les affaires de Domenico : décider quoi garder et quoi jeter. J'ai demandé à Tina de mettre tous ses habits dans des cartons et de les porter à des œuvres. Sa correspondance, j'en ai gardé une partie et jeté le reste. J'ai gardé toutes ses photos. Et pour la première fois j'ai vu la photo des femmes qu'il avait aimées. Derrière chacune, Domenico, de son écriture élégante, avait écrit le nom, la date, le lieu et quelques notes brèves.

Il y avait aussi une photo de moi quand je venais d'arriver chez lui, à dix-sept ans. Derrière étaient notées les précisions habituelles et les mots : "Enfin, j'ai trouvé un fils !" J'ai pleuré. Je n'étais resté que cinq ans avec lui, mais vraiment je l'aimais comme un père.

Il y avait aussi quelques photos de quand il était jeune : il avait vraiment été beau garçon, je me disais. Quelques photos en uniformes datant de son service militaire à la fin de la guerre. Un beau petit soldat... Les photos de son mariage et, ça et là, d'autres photos. Il ne me les avait jamais fait voir et maintenant je les regardais partagé entre l'affection et le regret.

Après quelques jours je retournais au magasin : la vie devait continuer. J'avais choisi les plus belles photos de Domenico et les plus beaux cadres de nos stocks et j'en avais accrochées certaines à la maison et d'autres au magasin.

Je me tâtais entre continuer à dormir dans ma chambre et prendre celle de Domenico. Maintenant la maison me semblait vraiment trop grande. Je décidais de rester, pour l'instant, dans ma chambre. Les journées sans Domenico me semblaient vides. C'tait bon de parler avec lui sur les thèmes les plus variés. J'avais passé avec lui les cinq plus belles années de ma vie.

J'expédiais toutes les formalités de la succession et je payais les taxes. Désormais tout était à mon nom et j'étais riche. Le compte en banque était substantiel, j'ignorais et je ne me serais jamais douté qu'il ai tant d'argent de côté. Il y avait de quoi vivre de mes rentes, et en plus le magasin marchait bien.

Les mois passèrent et le printemps arriva. Le chagrin de la perte de Domenico s'atténuait lentement, mais il continuait à me manquer énormément. Mais j'ai recommencé à voir mes vieux amis gays et petit à petit, aussi à avoir quelques fugaces aventures.

Tina, peu après, a décidé de prendre sa retraite et elle m'a quitté. Alors j'ai pensé à Marcos, le copain de Malik. Je suis allé les voir et j'ai proposé à Marcos de venir travailler pour moi. Entre le ménage au magasin et à la maison, je pouvais lui proposer un travail à temps plein et un bon salaire. Et avoir un garçon gay comme homme à tout faire à la maison me donnait aussi plus de liberté d'action. Marcos a accepté, mais il a tenu à clarifier tout de suite que tout rapport physique avec moi était exclus. Je l'ai rassuré en lui disant que, bien qu'il me plaise, je n'aurais aucun problème à respecter ses choix.

Et je l'ai mieux connu : c'était un garçon joyeux et agréable, il travaillait sérieusement et très bien, rapide et précis. Et si à l'occasion il me trouvait au lit avec un garçon, il n'y avait aucun problème.

J'avais relié mon amitié avec Lorenzo et Sergio, ils étaient toujours ensemble et - très sagement - ils ne voulaient plus de troisième avec eux, et je voyais toujours Giacomo et Mattia, et bien sûr Malik. Mais avec eux tous il n'y avait plus que de l'amitié, sans plus aucune sensualité. Et puis je correspondais toujours avec Lars et Piet. Et c'est presque par hasard que je retombais sur Roberto et Marco, mes copains de Préa, qui étaient à Turin maintenant. Roberto avait un étal de fruits et légumes au marché de la Crocetta et Marco était concierge à l'école des beaux-arts. Ils vivaient ensemble et c'était un beau couple. Mais avec eux non plus je n'ai plus eu aucun rapport physique : il étaient amoureux et, bien sûr, il n'y avait de place pour personne entre eux.

J'ai su que Giovanni s'était marié et Michel aussi. Alessandro par contre était parti en Toscane, près de Prato, avec un homme qu'il avait connu au service militaire et dont il était devenu l'amant. Ils travaillaient ensemble dans un domaine viticole.

Petit à petit je me montais une belle collection de pornos gays, que ce soient les Cadinot dont j'avais la collection complète, où d'autres au contenu plus ou moins gay. Et j'achetais aussi plusieurs romans ou livres de thème gay.

Tout allait au mieux.

On devait être en Mai quand un soir on a sonné à la porte. Je suis allé ouvrir : c'était un garçon de dix-neuf ans.

"Excusez-moi, monsieur Domenico Boetto est là ?" il m'a demandé.

"Qui le demande ?" j'ai demandé, intrigué.

"Je m'appelle Domenico Scanferla... il faudrait que je lui parle..."

"Et bien... Domenico est mort il y a six mois. Je suis son fils. Voulez-vous me parler à moi ?" lui ai-je dit.

Il a écarquillé les yeux : "Il est mort ? Lui aussi ?"

"Oui... pourquoi vous dites lui aussi ? Qui d'autre est mort ?" j'ai demandé, incapable de comprendre sa remarque.

Mais, au lieu de répondre, il m'a demandé : "Vous êtes son fils ?"

"Oui, je suis Stefano Boetto. Vous n'avez pas vu le nom à la porte ?"

"Si, bien sûr... Je ne savais pas qu'il avait un autre fils..."

"Un autre ? Comment ça, un autre ? Que voulez-vous dire ?" je demandais en essayant de comprendre.

Il m'a regardé, il a hésité, puis il m'a demandé : "Je peux entrer ? Juste un instant..."

"Oui, bien sûr, installez-vous..." j'ai dit en l'emmenant au salon. "Alors, racontez-moi..."

"Et bien... j'espérais pouvoir le rencontrer... Mais j'arrive trop tard..." a dit le garçon.

Je le regardais bien et, soudain, j'ai cru comprendre : il ressemblait de façon extraordinaire aux photos de Domenico jeune. A part sa coupe moderne, il avait la même large bouche aux coins relevés vers le haut, le même nez droit et fort, les mêmes grands yeux subtils...

"Et toi... tu serais le fils de Domenico ?" je lui ai demandé en passant spontanément au tu.

"Moi... c'est ce que disait ma mère..."

"Qui est ta mère ?"

"Elle s'appelait Sandra Scanferla..."

"Sandra ? Elle s'appelait ?"

"Elle est morte en février. Elle n'a jamais voulu me dire le nom de mon père. Mais un peu avant sa mort... elle m'a dit qu'il s'appelait Domenico Boetto et que c'était la raison pour laquelle je m'appelais aussi Domenico, même si tout le monde m'appelle Mimmo..."

"Oh mon dieu ! Domenico, toute sa vie, a désiré avoir un fils, il l'a tant voulu... et il l'avait. Ta mère... c'est pour ça qu'elle a quitté Turin il y a dix-neuf ou vingt ans ? Elle était enceinte de toi, de Domenico... Mais pourquoi elle ne le lui a pas dit ?"

"Parce que maman ne voulait pas qu'il pense qu'elle s'était faite engrosser pour le piéger, pour l'argent."

"Mais il en aurait été si heureux ! Il aimait vraiment ta mère et il a toujours voulu avoir un fils !"

"Mais il t'avait toi, non ?"

"J'étais son neveu, il m'a adopté il y a cinq ans... Il t'aurait reconnu, s'il avait su que tu existais, il t'aurait donné son nom... Et tout ça aurait été à toi, et pas à moi."

"Ce n'est pas pour ça que je suis venu, je voulais juste le connaître. Et puis maintenant tout est à toi, même si je le voulais je ne pourrais pas prouver que je suis son fils. D'ailleurs je n'ai même pas la prétention que tu me croies..."

"Mais si... je te crois. J'ai des photos de Domenico à ton âge, on vous prendrait pour des jumeaux... tu lui ressembles trop pour ne pas être son fils. Et puis Sandra, ta mère... Domenico m'en a parlé. Il l'aimait vraiment...

"Je pourrais... voir ces photos ?"

"Oui, bien sûr... Mais tu habites où, maintenant ?"

"A Mantova. Mais maintenant que ma mère est morte... J'arrive au bout de nos économies et je vais devoir quitter l'appartement.

"Tu n'as pas de travail ?"

"Non. Je suis géomètre diplômé depuis juillet dernier, mais je n'ai rien encore trouvé. Franchement... je n'attendais pas d'argent de mon père... ni même qu'il me reconnaisse... mais j'ai pensé qu'il pourrait m'offrir un travail ou m'aider à en trouver un... Et puis, j'aurais aimé le connaître enfin. Mais maintenant... Fais-moi voir ces photos et après je te laisserai en paix."

Je cherchais les photos et je les lui montrais, y compris la photo de sa mère que Domenico avait gardée. Pendant qu'il regardait les photos, à l'évidence ému, je le regardais attentivement et avec intérêt. C'était vraiment un beau garçon, au visage propre et doux. Il était certainement le fils de Domenico. Même si légalement il ne pouvait prétendre à aucun droit, moralement je ne pouvais pas le laisser disparaître. D'autant plus qu'il avait besoin d'aide.

Mimmo m'a montré une photo et il m'a demandé : "Ça t'ennuies si je la prends ?"

"Non, bien sûr que non, elle est à toi..."

"Merci, alors j'arrête de te déranger..."

"Attends, où vas-tu ?"

"A la gare, je vais prendre le premier train qui rentre."

"Et que feras-tu ?"

"Je ne sais pas... mais je me débrouillerai, d'une façon ou d'une autre..."

"Domenico ne t'aurait pas laissé partir comme ça..."

"Mais il est mort à présent."

"Mais moi je suis là. Et je sais que tu es le fils qu'il a toujours désiré. Et j'aimerais t'aider."

"M'aider ?"

"Oui. Ecoute... ça te dirait de travailler avec moi ?"

"Au magasin d'antiquités ?"

"Oui, j'aurais bien besoin d'aide."

"Mais je ne connais rien aux antiquités..."

"Ce n'est pas un problème. Tu acceptes ?"

"Tu parles sérieusement ? Tu me proposes vraiment un travail ?"

"C'est le moins que je puisse faire pour toi..."

"Tu es gentil..."

"Mais non, je ne fais que ce qu'aurait certainement voulu Domenico."

"Tu l'aimais bien ?"

"Oui, beaucoup."

"Il était comment, mon père ?" m'a-t-il demandé avec douceur.

Alors je me suis mis à lui parler de Domenico. Il m'écoutait attentivement, acquiesçait, me posait des questions. Pour moi en fait ce garçon n'était pas seulement le fils naturel et illégitime de Domenico, mais un jeune homme qui m'attirait beaucoup. Je voulais faire quelque chose pour lui parce que c'était justice, mais sincèrement je voulais aussi le garder près de moi... On a parlé longtemps.

Puis je lui ai demandé : "Tu as dîné ?"

"Non."

"Moi non plus. Suis-moi, on va se partager ce qu'il y a."

"Merci." Il a dit, simplement.

On a mangé et on a encore parlé de Domenico.

Puis je lui ai dit : "Ecoute, reste dormir ici. La maison est grande. Demain, si tu le veux, nous ferons les démarches pour ton embauche, puis tu retourneras à Mantova prendre toutes tes affaires pour emménager ici."

"Ici, chez toi ?"

"Pourquoi pas ? C'est la maison de ton père, non ?"

"De... de notre père."

"Oui, d'accord. Alors, tu acceptes ?"

"Et bien... un toit, un travail, un frère... je serais fou de ne pas accepter. Mais tu es sûr de vouloir de moi ici ? Avec toi ?"

"Tu m'as l'air d'un garçon bien et sympathique. Je crois qu'on s'entendra bien."

"Mais... tu n'as pas pensé que je pouvais être un imposteur ?" il m'a demandé.

"Si, j'y ai pensé. Mais ça m'a l'air vraiment invraisemblable. Tu ressembles trop à Domenico pour ne pas être son fils."

"Tiens, je... j'avais emporté ceci pour le montrer à Domenico... Ce sont des choses que j'ai trouvées à la maison après la mort de maman."

Il m'a tendu une grosse enveloppe cartonnée marron. Elle contenait entre autres des photos de Domenico et de Sandra, je l'ai reconnue, quelques lettres de Domenico à Sandra antérieures à la naissance de leur fils, une bague en or avec un brillant, l'acte de naissance de Mimmo avec la mention "père inconnu".

J'examinais le tout avec soin, puis je lui ai dit : "Je te croyais déjà avant, Mimmo, mais maintenant il n'y a plus l'ombre d'un doute. Tu es ici chez toi."

"Merci. Je ne te causerai aucune gêne..."

"Je ne crois vraiment pas. Ecoute, tu peux dormir dans la chambre de Domenico ou dans la chambre d'amis. Que préfères-tu ?"

"La chambre de mon père, si c'est possible."

"Bien sûr, viens, je te la montre, et après je te ferai voir le reste de la maison."

Ainsi cette nuit-là Mimmo a dormi dans la chambre de Domenico. Le lendemain on a signé son contrat de travail : il était embauché comme commis avec un salaire volontairement important qui le stupéfia. Puis il est retourné à Mantova fermer la maison de sa mère, qu'ils louaient, prendre ses affaires et ce qu'il voulait conserver. Il est revenu à Turin trois jours plus tard et il s'est installé à la maison avec moi.

Pendant ces trois jours j'avais averti Marcos et, avec lui, j'avais fait disparaître toutes revues et autres choses gays qu'on a mis dans ma chambre.

Mimmo était un garçon de bonne compagnie, réservé, tranquille et joyeux. Il me plaisait beaucoup et j'étais de plus en plus attiré par lui. Petit à petit il s'est ouvert à moi, et moi à lui, et on a commencé à se raconter certains épisodes de nos vies. Le garçon me plaisait vraiment beaucoup et j'étais de plus en plus partagé entre lui faire comprendre mon attirance pour lui ou la taire et ne le traiter qu'en ami et en frère.

Bien sûr, mon désir pour lui montait de jour en jour, et puis le fait qu'il ressemble tant à Domenico enfant ne faisait qu'augmenter mon désir pour lui. J'ai décidé de mettre ma voiture à son nom, de toute façon j'utilisais tout le temps celle qui avait été à Domenico. Et Mimmo m'a remercié et il en a été heureux.

Tout ce que je faisais pour lui me paraissait un dû, mais pour lui c'était un cadeau inattendu dont il m'était reconnaissant.


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