J'avais de plus en plus d'affection pour Mimmo et lui pour moi. Je sentais que je l'aimais bien, mais plus que comme un frère ou un ami, plutôt comme le garçon que j'avais le plus désiré de ma vie. J'étais de plus en plus attiré par lui, et même si je ne l'avais jamais vu nu' ni même torse-nu, et je ressentais pour lui un désir de plus en plus fort.
Nous n'avions jamais parlé de sexe, ni de filles, ni de rien qui puisse me donner un indice pour savoir si je pouvais ou non me hasarder à faire un pas vers lui.
Cela faisait près de deux mois qu'on était ensemble quand un soir il m'a dit : "Stefano, je suis très bien ici, avec toi. Je n'aurais jamais imaginé, quand maman est morte, que je ne resterais pas seul, que j'aurais un futur si... si bon. Et ça, c'est grâce à toi."
"Je suis très content de t'avoir ici. Moi aussi je me sentais seul depuis la mort de Domenico. Moi aussi je suis très bien avec toi."
"Mais parfois je te vois songeur. Comme si tu avais un problème... Tu ne veux pas m'en parler ? Maintenant on est... plus que des amis, non ?"
"C'est vrai, j'ai un problème. Mais c'est un problème que je dois régler seul."
"Donc j'avais vu juste. Pourquoi n'essaies-tu pas de m'en parler ? On n'a que trois ans d'écart... je crois que je te comprendrais..."
"Je ne sais pas. Certaines choses sont difficiles à dire, à révéler... Même à ses amis les plus intimes, même à un frère."
"Je ne veux pas te forcer, Stefano. Mais je veux que tu saches que je suis prêt à t'écouter..."
"Merci. Mais vois-tu, ce sont des choses vraiment difficiles à aborder..."
"Oui, je comprends. Pardon de t'avoir demandé..."
"Non, pas du tout. Tu m'as fait plaisir." J'ai répondu incertain.
Ses yeux foncés et profonds m'ont étudié un instant, puis il a souri et dit : "Tu sais, ma vie à changé du tout au tout ces derniers mois. Et c'est toi qui l'as rendue belle et intéressante... Et je t'aime bien, Stefano. Je t'aime vraiment bien. Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour pouvoir au moins te donner un peu de la sérénité et du bonheur que toi tu me donnes."
"Tu le fais, Mimmo." J'ai dit, sincèrement.
"Mais je voudrais pouvoir mieux te montrer... combien tu deviens important pour moi."
Spontanément j'ai pris sa main et nos doigts se sont entrelacés. C'était un geste tendre et chargé de sentiment. Et ce contact doux m'a excité. Mon dieu, combien je le désirais !
Alors, la voix cassée par l'émotion, je murmurais : "J'aurais envie de te prendre dans mes bras... de t'embrasser..." et mon cœur battait très fort dans ma poitrine.
Il a serré ma main et il a dit : "Tu peux le faire..." et il m'a souri avec une douceur qui m'a fait complètement fondre.
Alors, et je n'ai aucune idée d'où j'en trouvais le courage, je lui ai dit : "Mais pas comme un frère ou un ami..."
Et, avec la même douceur, il a murmuré : "Je l'ai compris... et moi ça me va bien."
"Mimmo, je crois... je crois être... être amoureux de toi..." j'ai dit en essayant désespérément de lui faire comprendre ce que je désirais de lui, mais sans avoir le courage de le dire clairement.
"Oui, Stefano, je l'ai compris..."
"Et je crains... je crains de ne pas me satisfaire d'un baiser." J'ajoutais, presque tremblant.
"Moi non plus, je crois." A-t-il répondu.
Je voulais me relever, l'attirer contre moi, l'embrasser, le serrer... mais je n'y arrivais pas. Je le regardais, il me regardait. Alors Mimmo s'est levé, les doigts toujours enlacés avec les miens. Il n'était qu'à un empan de moi.
En me regardant dans les yeux il a dit : "Si je me trompe... j'espère que tu me pardonneras, Stefano, mais je... Mais je t'aime, et je voudrais faire l'amour avec toi."
Mon cœur battait la chamade et ma tête tournait. D'un filet de voix je lui ai dit : "J'ai envie de toi, Mimmo !"
Alors son visage s'est ouvert dans un sourire très doux et il m'a dit : "Maintenant plus rien ne manque à mon bonheur ! J'ai toujours rêvé d'un compagnon comme toi. Si tu veux de moi... je veux être à toi."
"Toujours ? Tu veux dire que toi aussi... comme moi... toi aussi tu es ..."
"Oui, je suis gay. Mais je n'ai pas beaucoup d'expérience. Jusqu'alors je n'ai eu qu'un seul compagnon, un copain de classe. On avait seize ans... Grâce à lui j'ai compris ma vraie sexualité. On a fait l'amour pendant toute une année, jusqu'à ce qu'il s'engage dans la marine. On était bien ensemble, mais pas amoureux. Et on faisait l'amour, oui, mais on n'est jamais arrivés à... l'union complète. Par contre maintenant je suis amoureux de toi... mais je ne savais pas comment te le dire. Mais il me semblait, j'avais l'impression que tu tombais amoureux de moi... j'ai senti que je devais faire quelque chose, prendre un risque... Je voudrais te rendre heureux, Stefano, je voudrais me donner à toi en entier, être tien... Tu veux de moi, Stefano ?"
"Oh oui ! Et toi, tu veux de moi ?"
"De tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon corps... de tout mon être !"
"Oh, Mimmo, je dois rêver..."
"Non... touche-moi, je suis là, en chair et en os, pour toi, rien que pour toi."
"Prends-moi dans tes bras, Mimmo, embrasse-moi..." je murmurais, ému.
Il m'a serré contre lui et il a doucement pointé le bout de sa langue sur mes lèvres. Je les ai ouvertes, je l'ai accueilli et sucé doucement. J'ai senti son érection et lui la mienne.
"J'ai si envie de toi, Stefano, mais... je ne veux pas tout précipiter dans la hâte... Maintenant qu'on a pu s'avouer notre amour, je voudrais que notre union se fasse petit à petit... ça t'ennuie ?"
"Non... je ne sais pas... Ce sera dur de ne pas te déshabiller sur place. Je te désire depuis tant de temps, je te désire tant !"
"Moi aussi. Moi aussi j'ai très envie de toi. Mais on a résisté jusqu'à maintenant... attendons encore un peu... Dis-moi que tu m'aimes, Stefano."
"Oui, je t'aime, Mimmo. Je te désire mais surtout je t'aime. Je veux te dédier toute ma vie, je veux te rendre heureux."
"Je sais que tu y arriveras, mon amour."
"Mais pourquoi tu m'aimes ?"
"Pour la façon dont tu m'as accueilli et parce que j'ai senti ton amour. Parce que tu m'as fait me sentir important et parce que j'ai senti, jour après jour, que tu devenais de plus en plus important pour moi. Parce que je sens que je ne pourrais plus vivre sans toi. Parce que je sens que si je te perdais ma vie serait vide. Parce que la nuit, dans ce grand lit, je voudrais t'avoir à mes cotés, et nuit après nuit me fondre avec toi. Parce que tu es beau et que ta beauté dépasse la beauté physique. Parce que tu es bien plus que tout ce dont j'ai jamais rêvé..." il a dit et de nouveau il m'a embrassé.
Sa bouche était fraîche comme une source de montagne, ses yeux lumineux comme des étoiles, son corps souple et élastique comme un jonc, ses mains fortes et chaudes. Et son érection puissante me disait son désir pour moi et c'est bon de se sentir désiré.
Doucement, il s'est détaché de moi : "Nous sommes le sept Juillet : 7-7, une belle date, il faudra qu'on la fête chaque année, mon amour !"
"Oui, notre date."
"C'est bon de pouvoir se dire mon amour."
"Oui, mon amour."
"A partir de ce soir tu dormiras avec moi ?"
"Bien sûr, mon amour."
"Je t'aime !"
Alors j'ai eu une très belle idée : "Mimmo, d'ici moins d'un mois on ira à notre maison sur la côte."
"Oui..."
"Alors, on va inviter tous nos amis et devant eux... on se mariera. On se déclarera notre amour éternel."
"Ce serait beau."
"Ce sera beau. On échangera des alliances. On va faire des faire-part... On s'y met dès demain, d'accord ?"
"Oui, mais à une condition... Ce sera la nuit où je te donnerai ma virginité, où on s'unira complètement."
"Oh mon dieu ! Comment résister un mois dans ton lit... sans te toucher ?"
"On se touchera, on s'embrassera... mais sans achever notre union... Comme ça, cette nuit-là sera encore plus belle."
"Je ferai de mon mieux, mon amour, si c'est ce que tu veux."
"Oui. Ce sera la preuve de la force de notre amour. Moi aussi je voudrais te déshabiller sur le champ, te faire l'amour ici, tout de suite, être tien, complètement. Mais je crois que ce sera plus beau ainsi..."
J'acceptais. Cette nuit-là, pour la première fois, je l'ai vu nu. Son corps était glabre et lisse, pas musculeux mais très beau, bien proportionné. Il avait deux petits tétons roses, délicieux, un buisson fourni de poils pubiens dont surgissait une belle colonne de chair, à moitié dressée, deux petites touffes sous les aisselles... Et ce sourire doux et délicieux qui m'enchantait, surtout maintenant que je le savais tout à moi.
On s'est à peine effleurés, de peur de dépasser les limites qu'on s'était fixées, on s'est serrés et embrassés. Sa peau était lisse comme la soie, douce comme le velours, mais son corps était ferme.
"Dieu que tu es beau, Mimmo !" je murmurais, ému.
"Et toi, tu es érotique, sensuel... plus que désirable..."
On s'est lovés l'un contre l'autre jusqu'à ce que le sommeil nous gagne. Pendant la nuit je me suis réveillé plus d'une fois, et je l'ai senti doux et chaud contre moi. Je me sentais heureux comme je ne l'avais jamais été, oui, je l'aimais vraiment et l'amour est le plus beau sentiment qu'on puisse éprouver.
Le lendemain on a fait les invitations à tous nos amis pour qu'ils viennent à la villa et soient nos hôtes la semaine du 12 au 19 Août, en leur disant que le 15 Mimmo et moi célébrerions devant eux le rite de notre union. On a invité Lorenzo et Sergio, Roberto et Marco, Alessandro et son Franco, Lars et Piet, Giacomo et Mattia et bien sûr Malik et Marcos. A notre grand plaisir tous ont répondu qu'ils viendraient.
Alors, à peine fermé le magasin pour les vacances, avec l'aide de Marcos et Malik qui sont venus tout de suite avec nous, nous sommes allés à la villa et nous avons préparé le couchage de tous ces couples. Puis on a commandé le déjeuner du 15 à un restaurant du coin.
On avait acheté les alliances et les dragées et on s'était acheté deux complets identiques, habillés mais faisant jeune, très élégants, pour les porter ce jour. Mattia avait promis de venir avec ses appareils photo pour nous faire un bel album en souvenir.
On a rencontré Franco, le copain d'Alessandro. C'était un toscan de trente quatre ans, très sympathique et de belle allure. Mimmo a rencontré mes autres amis et ils se sont tout de suite entendus. Il savait que presque tous avaient été mes amants, mais il n'était pas jaloux parce que je lui avais juré que je lui serais fidèle et il me connaissait assez pour me savoir sincère.
Malik avait décoré le salon blanc de la villa de belles compositions florales blanches et rouges. Le 15 au matin, quand tous ont été réunis, nous sommes descendus en portant nos nouveaux habits, accueillis par des applaudissements. Alors on a lu le texte qu'on avait préparé.
"Moi, Stefano Boetto, devant vous nos témoins, je déclare que j'aime Domenico Scanferla. C'est pourquoi je m'engage ici solennellement à lui donner mon amour, mon assistance, mon aide et mon respect pour le meilleur et pour le pire, dans la santé ou la maladie, dans la jeunesse ou la vieillesse, avec l'aide de Dieu et la vôtre, pour toujours. Pour cela, Domenico, je passe cet anneau à ton doigt en symbole de mon amour et de mon serment." Et je lui ai mis l'alliance, très ému.
Alors Mimmo a lu la même formule et il a passé l'anneau à mon doigt. Puis on a signé la feuille où étaient écrites les deux déclarations et après nous tous les présents ont signé. On s'est embrassés, sous les applaudissements de nos amis, Mattia, pendant tout ce temps, avait pris photo sur photo.
Puis Mattia est sorti avec nous, dans le jardin derrière la maison, devant un mur couvert de plantes en fleurs. Là, comme on le lui avait demandé, il nous a photographiés nus en train de nous embrasser, on se tenait par la main et on se serrait...
On s'est rhabillés et on a rejoint les autres. Marcos entre-temps avait pris la direction des gens du restaurant qui préparaient dans la salle à manger la table pour quatorze. Quand tout fut prêt, on s'est mis à table. Après le repas on a distribué les dragées. On avait trouvé un beau dessin de Castor et Pollux qui évoquait deux amants, on l'avait fait graver sur les belles tabatières en argent dont l'intérieur portait nos noms et la date.
Enfin, pendant que nos amis bavardaient et s'amusaient, Mimmo et moi somme montés dans notre chambre. Là aussi Malik, à notre insu, avait mis des bouquets blancs et rouges.
"Enfin, mon amour... maintenant on peut faire l'amour !" je lui ai dit très ému.
"Oui, enfin, vraiment ! Je ne tiens plus... je te désire à en crever..." m'a murmuré Mimmo.
On s'est déshabillé l'un l'autre sans hâte, en se caressant et en s'embrassant. On avait déjà souvent vu nos corps, on les avait déjà caressés, embrassés, touchés, mais maintenant c'était à nouveau comme une première fois. Mimmo me semblait encore plus beau que d'habitude, peut-être parce qu'il était heureux, peut-être parce que je savais que bientôt il serait enfin mien et moi sien.
Par les fenêtres ouvertes entrait un fort et lumineux soleil, joyeux, qui caressait nos corps et les rendait encore plus beaux. On était tous deux si émus que l'instant que nous vivions nous semblait presque irréel, trop beau. Quand on a été nus, glorieusement exposé l'un à l'autre, on avait presque peur de se toucher. Mais nos corps se sont approchés et se sont collés comme des aimants.
"Mon dieu, comme j'ai envie de toi..." murmura Mimmo.
Je l'ai pris dans mes bras, je l'ai porté et posé sur le lit. Il a pris mon sexe en main et l'a embrassé et puis léché.
"Voilà, Stefano, maintenant je peux t'offrir ma virginité. Je veux que ce soit toi qui me prennes le premier."
"Je t'aime !"
"Dis-le moi encore..." il me suppliait.
"Je t'aime, je t'aime à en mourir, Mimmo !"
"Tu me veux ?"
"Oui, je te veux."
"Prends-moi, mon amour, je suis à toi." Il m'a dit en écartant les jambes et en s'offrant avec un sourire lumineux.
"Dieu que tu es beau, Mimmo !"
"Je te plais ?"
"A en mourir..."
Je me collais contre lui et je m'apprêtais à le prendre. Sachant que c'était sa première fois, j'étais extrêmement attentif à ne pas lui faire mal. J'hésitais un instant, mais il m'a encouragé d'un sourire plein de désir. J'ai poussé et il s'est complètement détendu. Je commençais à m'enfoncer doucement avec des précautions infinies et je l'ai senti frémir pendant qu'il s'ouvrait pour moi, en m'accueillant peu à peu.
"Oh, Stefano, enfin... Oh que c'est bon de te sentir en moi !" il haletait en pointant les coudes sur le lit et en poussant en arrière à la rencontre de mes poussées.
Finalement j'étais tout en lui.
"Je ne te fais pas mal ?" je lui ai dit, inquiet, en m'arrêtant.
"Non, c'est magnifique, mon amour. N'aie pas peur, c'est trop bon. Allez, mon amour, allez !"
Alors je commençais à parcourir son canal chaud et étroit et je n'avais jamais senti mon sexe si dur. Mimmo prenait visiblement du plaisir, à mon grand bonheur. J'étais heureux de lui donner du plaisir, je voulais, de tout mon être, le rendre heureux. Voir son visage radieux était pour moi un bonheur, me savoir la cause de sa transfiguration m'exaltait. Je n'avais jamais éprouvé de sentiment si intense, si profond, si fort et si beau. Je me sentais vraiment fusionné avec lui, unis en une seule chair et un seul esprit. Je l'aimais de tout mon être. C'était littéralement une expérience mystique...
"Je t'aime, Mimmo." Je murmurais, ému.
"Oui mon amour, je le sens." Il a répondu en extase.
Bien sûr, il est difficile de mettre des mots sur ce que nous avons éprouvé pendant notre première nuit d'amour. Même quand une fois au sommet du plaisir je lui ai donné tout mon sperme, j'ai eu la nette sensation qu'avec lui c'était différent d'avec tous les autres : entre nous il se passait quelque chose d'infiniment plus beau et plus précieux, quelque chose de... sacré !
Et soudain, comme si c'était la suite logique, ce fut à lui d'être en moi, et le miracle s'est reproduit à l'identique.
Souvent les gens, et même chez nous les gays, font la distinction entre les actifs et les passifs, comme s'il fallait distinguer qui fait l'homme de qui fait la femme. Il se peut que pour certains il en soit ainsi, mais je n'ai jamais rien ressenti de tel, et tout particulièrement avec mon Mimmo. Même quand il me pénétrait et me dominait de toute sa vigueur, je me sentais complètement et profondément homme. Et quand c'était moi qui le pénétrais et qu'il s'offrait à moi et m'accueillait en lui, je le sentais vraiment et pleinement homme et je crois que c'était là la beauté de notre amour : le fait d'être complètement appairés, l'union de deux hommes qui s'aiment vraiment.
Bien sûr, après cette première fois, nos rapports sexuels sont devenus moins... extraordinaires, plus normaux, mais ils n'en étaient pas moins beaux et précieux. Il y avait plus de calme dans notre union, mais certes pas moins d'amour et de désir réciproque.
Maintenant ça fait cinq ans que Mimmo et moi vivons ensemble. Et ces cinq années ont vu quelques événements...
Anselmo petit à petit a compris que nous étions amants, et alors il s'est ouvert à nous. Comme je le soupçonnais, lui aussi était gay, mais il n'avait pas encore rassemblé le courage de s'accepter comme tel. En s'ouvrant à nous il a commencé à s'accepter et à arrêter d'aller se chercher un tapin de temps en temps pour se sentir coupable après. Cela lui a non seulement permis de vivre plus sereinement, mais aussi, en nous accompagnant en boîte, à se trouver enfin un amant, Giorgio, qui partage sa vie depuis maintenant deux ans.
Giorgio est un employé de trente-six ans, pas vraiment beau mais gentil, sympathique et intelligent. Et notre Anselmo s'en trouve plus ouvert, extraverti et serein.
Une autre nouveauté : Malik et Marcos habitent maintenant notre "studio d'amis" et Malik travaille avec Anselmo au magasin, il s'occupe des transports et des stocks et, sous l'égide d'Anselmo, il apprend le métier de restaurateur.
Mimmo et moi nous sommes acheté un mobile home pour deux, avec lequel nous partons souvent en ballade les week-ends et jours fériés. On parcourt tranquillement un peu toute l'Italie et les pays voisins, et on aime beaucoup ces virées touristiques.
Mais la dernière nouveauté date d'il y a un peu plus d'un an. Mon frère Mario, le plus jeune, est venu faire son service militaire à Turin. Alors, évidemment, il est venu chez nous. Avec Mimmo nous avons décidé que nous devions lui parler de notre relation. Aussi, la deuxième fois où, en permission, il est venu chez nous, j'ai attaqué le sujet pendant qu'on était à table.
"Mario, Mimmo et moi devons te dire quelque chose, mais avant on doit te demander de garder le secret, surtout à la maison, sur ce que je vais te dire..." je commençais.
Mario m'a regardé un peu surpris, un peu curieux et il a dit : "Bien sûr, comme tu voudras."
"Bon. Et bien Mario, Mimmo et moi, on s'aime, on est amants et on couche ensemble." J'ai dit sans détours, me disant qu'il était inutile de tourner autour du pot.
Mario m'a regardé un peu étonné, mais moins que ce à quoi je m'attendais. Puis il a dit : "Vraiment ? Mimmo et toi... Toi, Stefano, tu as toujours été... comme ça ?"
"Oui, gamin déjà, quand j'allais dans l'alpage avec les copains..."
"Et... ça ne t'a jamais fait de problèmes d'être... comme ça ?" a demandé Mario, intéressé.
"Non, Mario. J'ai toujours été heureux de ma sexualité."
Mario a réfléchi un peu, pas longtemps, et il a dit : "Bien, merci de me l'avoir dit. Parce que, tu sais, pour moi ça a toujours été un problème. Moi aussi, à l'alpage, avec les copains... Mais j'ai toujours cru que c'était sans doute une erreur et j'ai essayé d'arrêter... mais sans y arriver. Je pensais avoir tort... faire mal... Surtout maintenant, à la caserne, tout le monde ne fait que parler de pédales et méprise les tarlouzes... Alors, vraiment, je ne savais pas quoi faire, comment faire... J'ai bien essayé de sortir avec une fille... mais les filles ne me font vraiment aucun effet..."
Alors on a parlé de ce qu'était être gay. D'un côté c'était pour moi un soulagement que Mario le soit, parce qu'au moins je pouvais l'accueillir sans problème. Mais de l'autre on a essayé de l'aider à s'accepter sereinement, sans traumatisme. Et je crois que bien plus que nos paroles, ce qui a aidé Mario a été de voir combien Mimmo et moi étions bien ensemble et heureux de nous aimer.
On a emmené Mario danser avec nous et on lui a présenté tous nos amis gays. Je sais aussi qu'il a eu quelques aventures : après il nous racontait toujours, pour en parler et mieux comprendre.
C'est vers la fin de son service militaire qu'il a connu un garçon, un réfugié politique bosniaque, un blond très mignon, musulman de vingt et un ans, il s'appelait Ahmed et avant son exil il était électricien.
Ils se sont vus plusieurs fois et quand Mario s'est aperçu que quelque chose de sérieux commençait entre eux, il a emmené Ahmed chez nous pour nous le présenter. Ce fut pour moi une première de rencontrer un musulman blond aux yeux virant du vert au bleu aigues-marines. Il était en Italie avec un permis de séjour de réfugié politique, mais il n'avait pas pu trouver de travail et il survivait en lavant les pare-brises aux carrefours, en vendant des briquets et par de petits boulots temporaires.
Il nous a paru un chic type et l'affection entre Mario et lui était évidente. Ils s'étaient rencontrés un soir dans un bar. Ahmed était entré avec son carton de briquets et de mouchoirs et il avait demandé au barman s'il accepterait de lui servir un verre d'eau. Ce dernier avait répondu grossièrement que ce n'était pas l'assistance publique et qu'il était là pour vendre.
Ahmed s'est excusé en disant : "Moi réfugié bosniaque, pas argent, excusez-moi."
Ce qui a déclenché une tirade raciste du barman dont il ressortait que nous autres italiens n'avions que faire de "ces marocains, nègres et autres zoulous qui n'achètent rien et volent à la tire."
Mario, qui allait commander un sandwich et un cappuccino, est intervenu pour prendre sa défense en disant : "Viens avec moi, allons dans un bar plus civilisé où je t'offrirai quelque chose."
Ils sont sortis tous les deux et Mario lui a présenté ses excuses : "Nous ne sommes pas tous comme ça, les italiens..."
"Je sais," a répondu le garçon, "mais je suis habitué à être maltraité..."
Ils ont parlés, assis dans un autre bar, et Ahmed lui a raconté sa fuite d'un camp de concentration serbe... et il lui a aussi dit que le chef du camp, en découvrant qu'il était gay, l'avait violé à plusieurs reprises. Ahmed lui avait déclaré son homosexualité avec grand calme et Mario, qui se sentait attiré par lui, lui a dit qu'il était gay lui aussi, et qu'il aimerait bien faire l'amour avec lui.
Ahmed a accepté tout de suite, parce que Mario lui plaisait. Mais ils ne savaient pas où aller, en partie parce que Mario ne voulait pas emmener un inconnu chez nous. Ahmed lui a dit qu'il avait entendu parler d'une pension près de la Porta Nueva où on louait les chambres à l'heure. Et ils y sont allé, Mario a payé la cambre et ils ont fait l'amour. Mario a été frappé par la douceur d'Ahmed et ils ont été si bien ensemble qu'ils ont décidé de se revoir. Quand ils pouvaient se voir, ils allaient prendre une pizza ensemble, puis au cinéma, puis dans cette pension complaisante. Mario payait, mais à chaque fois il devait insister parce qu'Ahmed voulait payer sa part.
Le soir où on l'a rencontré, ce garçon nous a fait une très bonne impression.
Alors, après le dîner, j'ai dit à Mario : "Si vous voulez monter dans ta chambre... il n'y a pas de problème..."
Mario m'a fait signe que oui en souriant et Ahmed a rougi délicieusement, mais il l'a suivi content. Et pendant qu'ils faisaient l'amour j'ai parlé à Mimmo et on a décidé qu'on devait essayer d'aider Ahmed.
Plus tard on a parlé seuls à seul avec Mario et on lui a demandé s'il comptait se mettre avec Ahmed.
"Oui, je lui en ai parlé et on aimerait beaucoup vivre ensemble. On est très bien ensemble et on s'aime."
Et je lui ai demandé : "Et toi, Mario, que veux-tu faire, après l'armée ? Tu penses rester à Turin ou rentrer au village ?"
"Et bien, je crois plutôt rester à Turin, je ne pourrais pas ramener Ahmed au village..."
"Tu penses à un travail en particulier ?"
"Non, je ne sais pas. Je n'ai aucune qualification, à part garder les vaches..."
"Et que dirais-tu si Mimmo et moi on t'achetais une affaire d'électricien, ça te permettrait de travailler avec Ahmed ? Et si ça se passe bien entre vous vous pourriez vous installer ici, dans mon ancienne chambre qui est maintenant la tienne..."
"Oh, Stefano, Mimmo... ce serait magnifique, un rêve ! Mais une boîte d'électricien... ça vaut des millions !"
"On les a et vous pourrez nous rembourser petit à petit quand les affaires marcheront. Ahmed pourrait se déplacer pour faire des installations et des réparations et toi tu t'occuperais de l'affaire... Pourquoi tu ne lui en parlerais pas ?"
Mario, excité et heureux, nous a pris dans les bras et remerciés. Dès qu'il a revu son Ahmed il lui a parlé de notre proposition. Le garçon en a été très ému et il a voulu venir nous remercier en personne et il nous a juré sa reconnaissance éternelle.
C'est ainsi que, dès la fin du service de Mario, on lui a acheté un bel endroit, via Lagrange, que nous avons mis à leurs deux noms, on l'a aménagé et on a fait les premières commandes d'appros pour qu'ils puissent lancer leur affaire. Mario et Ahmed se sont installés chez nous. Plus on connaissait Ahmed, plus on était contents de le connaître. C'était un garçon très doux et gentil, et maintenant il fait vraiment partie de la famille. Il s'est très bien entendu avec Malik et Marcos et maintenant, tous ensemble, nous formons une grande et belle famille
Et voilà, mon cher Andrej, c'est mon histoire. Tu m'as demandé de te la raconter et j'arrive au bout de l'enregistrement. Si tu veux la retranscrire et même la publier sur ton site, Mimmo et moi sommes d'accord : peut-être pourra-t-elle aider quelqu'un à s'accepter ou à nous accepter. Parce que telle est ma conclusion : je suis heureux de vivre, d'être gay, d'avoir un amant et des amis qui m'aiment. Je souhaite à tous le bonheur d'une telle situation et, surtout, de savoir accepter dans la sérénité sa propre sexualité.
Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire.