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histore originale par Andrej Koymasky


LE GARÇON ALBANAIS CHAPITRE 6
LA LONGUE HISTOIRE D'YLLI

Et bien, voici donc l'histoire qu'Ylli m'a racontée.

Il a commencé son récit à quand il avait dix ans. Son père s'occupait peu de lui, sa mère était en fait sa belle-mère puisque sa vraie mère était morte en lui donnant le jour. Il avait grandi presque abandonné à lui-même et il ne se sentait pas aimé, chez lui. Il n'était pas maltraité, ni son père ni sa belle-mère n'ont jamais levé la main sur lui...

Je l'ai déjà dit, sa famille appartenait à la petite minorité chrétienne d'un village à forte majorité musulmane, ce qui fait qu'il n'avait jamais eu non plus d'amis. Quand il avait douze ans est arrivé à son village un jeune enseignant. Lui aussi était musulman, néanmoins il se mit à bien aimer Ylli et à le protéger. Aussi Ylli s'était-il de plus en plus pris d'affection pour ce jeune professeur qui lui accordait une affection qu'il n'avait jamais reçue chez lui.

Pendant deux ans Ylli crut avoir trouvé un ami en ce professeur et il s'attacha de plus en plus à lui. À quatorze ans il était allé, comme il l'avait fait si souvent, chez le professeur où il pouvait lire de beaux livres, parler de choses intéressantes avec lui et parfois l'aider pour de petits travaux ménagers.

Mais ce jour là son professeur se mit à lui tenir d'étranges propos, à le circonvenir jusqu'à arriver, grâce à l'ingénuité et la confiance du garçon, à le mettre dans son lit. La première fois, et les quelques fois qui ont suivi, le jeune homme fut très doux avec Ylli qui se fiait complètement à lui. Il le mettait dans son lit et ils faisaient des choses très soft, à peine plus que de s'embrasser, se caresser et donner un orgasme à l'autre avec les mains...

Mais un jour le jeune homme le fit boire... et une fois au lit il le viola. Par la suite il l'a menacé : s'il essayait d'en parler à quelqu'un, il ferait en sorte d'envoyer son père en prison, parce qu'il avait la preuve qu'il était anticommuniste, et de faire enfermer Ylli dans un orphelinat ou une prison pour enfants, grâce à son ami juge qu'il convaincrait qu'Ylli se prostituait...

Pour le jeune garçon ce fut un choc encore pire que d'avoir été violé par la seule personne à qui il faisait une confiance aveugle.

Le professeur l'obligea aussi à revenir chez lui chaque fois qu'il aurait envie de le baiser. Cette histoire dura deux ans.

Quand Ylli eut seize ans, il décida de s'enfuir. Et il essaya... il avait pu arriver jusqu'à Valona et il cherchait le moyen d'embarquer clandestinement : il avait décidé d'aller en Italie. Mais les passeurs clandestins qu'il était arrivé à contacter lui demandait bien trop d'argent et lui n'en avait pas.

Un de ces passeurs lui dit qu'il pouvait trouver le moyen de gagner assez d'argent pour se payer le passage. Il l'a emmené à une maison où se trouvaient trois autres garçons, à peu près de son âge, et il lui dit qu'il devrait accueillir les clients et les faire s'amuser... bref, il devait se prostituer.

À ce stade Ylli s'est dit que s'il ne s'enfuyait pas il resterait dans les mains de son professeur et devrait se laisser baiser par lui, alors si c'était la seule façon d'arriver à gagner sa liberté, autant se laisser baiser par d'autres. Donc il accepta.

Il devait satisfaire deux clients par jour, parfois trois... les clients payaient la moitié du tarif aux garçons et l'autre moitié au propriétaire de la maison...

À la différence des trois autres garçons, qui faisaient ça ou disaient le faire juste pour l'argent, Ylli quand il devait satisfaire certains clients, en éprouvait aussi du plaisir. Et c'est ainsi qu'il a réalisé qu'il était gay...

Peut-être bien parce que ça lui plaisait, peu à peu il fut le plus demandé des quatre et il arrivait lentement à mettre l'argent de côté. Pour économiser, Ylli avait réussi à se faire donner les restes des plats des clients par le cuisinier d'un restaurant du port. Le cuisinier aussi, en échange de cette nourriture, le mettait dans son lit...

Il avait presque rassemblé la somme nécessaire à payer le passeur quand il lut dans le journal que son père avait été emprisonné sous l'inculpation d'activités anticommunistes et que sa belle-mère avait disparu... Il avait déchiré la page du journal et l'avait gardée. Mais surtout il eut terriblement peur que son ex professeur le fasse rechercher... et maintenant son accusation de prostitution serait fondée...

Ylli eut la bonne idée d'en parler au cuisinier du restaurant, lequel, malgré tout, se montra plus généreux qu'on aurait pu penser : il lui offrit l'argent qu'il lui manquait et Ylli put enfin embarquer avec une douzaine d'autres clandestins...

Le zodiac les laissa pas loin de Brindisi, en pleine nuit. Pendant que les autres se dispersaient et se cachaient, Ylli gagna la route côtière et marcha d'un pas décidé vers le nord, vers Brindisi. Le cuisinier lui avait en effet dit de se présenter aux carabiniers, de leur montrer ses papiers et l'article dans le journal et de leur demander l'asile politique.

Il arriva à Brindisi au petit matin. Il y marcha jusqu'à voir un carabinier et il alla lui parler. Il savait déjà un minimum d'italien : en Albanie on capte la radio italienne et à force de l'écouter des années durant, il avait pu en saisir et en assimiler un peu. Il fit comprendre au carabinier ce qu'il voulait et ce dernier l'emmena au poste de police. Là, une assistante sociale qui parlait albanais fut appelée et elle l'aida pour toutes les démarches et, après quelques mois, il obtint le statut de réfugié politique.

Tant qu'il resta au centre social il fut logé, nourri et vêtu. Mais quand il en fut renvoyé... il se trouva soudain à la rue : l'Etat ne faisait rien pour lui.

Il arriva à trouver quelques petits boulots, il était prêt à faire de tout. Mais cela ne suffisait pas à survivre. Il était beau garçon, jeune... et il trouva vite des gens pour lui offrir de l'argent pour le mettre dans leur lit... Ylli n'aimait pas l'idée de devoir à nouveau se prostituer, il espérait arriver à trouver un travail et pouvoir gagner sa vie autrement... mais quand il se trouvait sans une lire en poche, il s'y résignait quand même...

Il entendait dire qu'au nord il était plus facile de trouver du travail, aussi peu à peu se déplaça-t-il le long de l'Adriatique, de plus en plus au nord. Ainsi alla-t-il à Bari, puis à Foggia, puis à Pescara : les grandes villes lui offraient plus de chances de trouver du travail et aussi, dans le pire des cas, plus de chance de trouver un client pour se prostituer.

Il resta un peu à Ancona, puis à Rimini, à Bologne, à Parme, à Piacenze... Et enfin, après un peu plus de deux ans, il arriva ici à Turin. Pendant qu'il faisait le tour de la ville pour trouver du travail, il continuait alors à se prostituer pour avoir à manger, mais toujours dans l'espoir de pouvoir enfin arrêter de se vendre, il passait de magasin en magasin et il rencontra aussi un certain Giorgio Accossato, un sellier qui avait une boutique d'articles en cuir via Barbaroux.

Cet homme l'embaucha comme apprenti, lui apprit à travailler le cuir, il le laissait dormir dans l'arrière boutique et, surtout, il n'essaya jamais de le mettre dans son lit. Il ne le payait pas beaucoup, son salaire était très petit mais comme il n'avait pas de loyer à payer, il s'en sortait et il eut enfin une vie simple mais sereine.

Il resta trois ans à travailler dans cette boutique. Mais, il y a deux ans, Accossato décida de s'installer en Australie où un oncle à lui était mort en le faisant l'héritier de ses terres. Aussi vendit-il la boutique. Les nouveaux propriétaires ne renouvelèrent pas le contrat d'Ylli et il se trouva à nouveau sans travail.

Mais Accossato lui avait appris un métier et surtout ce métier lui plaisait, et il lui avait aussi offert quelques uns de ses outils et quelques pièces de cuir, alors Ylli pensa se mettre à son compte. Il n'était bien sûr pas en mesure d'ouvrir une boutique : il n'avait l'argent ni pour acheter une licence ni surtout pour louer un local. Aussi demanda-t-il à la municipalité une licence de vendeur ambulant et il s'était mis à vendre dans la rue.

Et il était arrivé à survivre ainsi ces deux dernières années. Il n'arrivait pas à mettre de l'argent de côté, mais au moins il n'avait plus besoin de se prostituer pour manger. Jusqu'à ce que ce vol arrive et qu'il soit renvoyé de la pension...

C'est alors qu'il m'avait rencontré...

Si plus tôt je m'étais peu à peu laissé captiver par son histoire, à partir de là j'ai redoublé d'attention : j'étais curieux d'entendre comment lui avait "vécu" ce qu'il s'est passé entre lui et moi...

Quand il a tout perdu, il a décidé de faire son possible pour ne pas recommencer à faire le trottoir, même s'il était encore jeune et plus que plaisant. Aussi, bien qu'avec un peu de honte, il s'est mis à faire la manche.

Jusqu'à ce que je le reconnaisse et lui fasse ma proposition.

Et c'est là que commença un énorme malentendu...

Ce qu'Ylli m'a raconté m'a fait voir sous un tout autre jour ce qui s'est passé entre lui et moi pendant ces neuf jours que nous avons passés ensemble.

Au début Ylli avait pris mon intérêt pour lui et ma gentillesse comme une tentative de le mettre dans mon lit... mais il n'en était pas certain, aussi s'est-il dit que ça valait quand même la peine de voir ce qui se passerait...

Dès la première nuit il avait été agréablement surpris quand non seulement je lui avais donné une chambre au lieu de lui "offrir" mon lit, mais je n'étais pas allé dans sa chambre, je ne lui avais fait aucune proposition.

Peu à peu il a appris à me connaître et il s'est ouvert à moi. Puis il avait vu, dès le premier matin, mes visites matinales "secrètes". Si la première fois il avait fait semblant de dormir juste pour voir comment j'allais me comporter, ce que j'allais faire, après avoir vu que de toutes façons je ne faisais rien, je me comportais comme toujours, que je n'attendais rien de lui, cela lui fit plaisir et... et il a senti qu'il tombait amoureux de moi !

Il attendait avec plaisir mes visites matinales, il se découvrait exprès dès qu'il entendait que je me réveillais, il prenait une pose "alléchante" et se laissait admirer, il croyait que grâce à ça je me déciderais tôt ou tard à... le draguer.

Il pensait que ce n'était pas à lui, plus jeune et mon hôte, de faire le premier pas, mais pendant ce temps il se sentait de plus en plus attiré et amoureux de moi. Il a pensé que finalement je pourrais être la bonne personne. Il sentait que j'étais de plus en plus attiré par lui, de plus en plus "proche" de lui...

Mais le soir avant qu'il s'en aille, je lui ai proposé de lui donner de l'argent... et ça l'a anéanti : une fois encore il avait trouvé un homme qui ne voulait que s'amuser avec lui, qui ne voulait pas son affection mais son corps, qui ne lui offrait pas son affection mais de l'argent.

D'un côté il pensait devoir me remercier d'une façon ou d'une autre pour tout ce que j'avais fait pour lui jusque là, mais de l'autre, c'était pour lui une désillusion profonde et cuisante.

Alors il décida d'aller cette nuit me "remercier" et de s'en aller après. Il est venu dans ma chambre, il a fait l'amour avec moi... puis il a attendu que je dorme et, en pleine nuit, il est parti.

Il a recommencé à faire la manche, mais dans un autre quartier parce qu'il ne voulait plus me rencontrer.

Mais il n'était pas arrivé à m'oublier, il n'avait pas réussi à cesser d'être amoureux de moi. Pendant ces deux mois il avait été bouleversé par tout cela. Mille fois il voulut revenir, mille fois il s'interdit de le faire.

Mais pendant ce temps il avait enfin réussi à mettre de côté l'argent nécessaire pour aller récupérer ses affaires chez monsieur Alfredo, le propriétaire de la pension. C'est pourquoi ce soir il était revenu dans le quartier pour installer ses affaires... et il est arrivé peu après mon agression. Il a vu le rassemblement de badauds, il s'est approché par curiosité et m'a vu dans cet état... et il a senti qu'il ne pouvait pas m'ignorer, et qu'il était encore amoureux de moi... Il s'est dit qu'il devrait peut-être accepter de rester avec moi, même si je ne voulais que m'amuser avec lui, même si je l'avais traité en tapin en lui proposant de l'argent...

C'est à ce moment que, enfin, se clarifia ce qui était arrivé.

Je lui avais dit qu'il valait mieux qu'il accepte de l'argent de moi plutôt que d'inconnus. Ce que je voulais dire c'était qu'il valait mieux qu'il accepte mon aide financière au lieu de continuer à faire la manche.

Il avait compris que j'insinuais qu'il valait mieux qu'il prenne mon argent et couche avec moi plutôt que de le refuser et d'aller faire le tapin avec des inconnus...

Et en effet il m'avait dit : "De l'argent ? de toi ?"

J'avais voulu clarifier mon propos et je lui avais dit qu'il me plaisait (comme personne, je pensais, sexuellement, a-t-il compris) et qu'il était normal que je l'aide, qu'il le méritait (en tant que gentil garçon, aimable et malchanceux voulais-je dire et il a compris qu'il allait la mériter en couchant avec moi...) et le comble avait été de lui dire que j'aurais plaisir à ce qu'il accepte mon argent et de lui demander s'il ne voulait pas me faire plaisir (je pensais en acceptant mon aide, il a compris me faire plaisir en me laissant le baiser...)

Bref, je ne m'étais pas bien expliqué ou il avait mal interprété mes mots... comme ça, involontairement, je l'avais déçu et blessé... Un peu aussi parce que j'étais loin de pouvoir me douter de ce que, dans sa vie, il avait dû supporter, et bien trop souvent, sur le plan sexuel.

Et voilà pourquoi il s'était donné à moi, en remerciement, et puis il était parti comme ça, sans rien me dire, sans me laisser de mot, en se sentant blessé et déçu...

Mais hier soir, non seulement il avait réalisé être encore, malgré tout, amoureux de moi, JE lui avais dit être amoureux de lui... et maintenant, après mes explications, il avait enfin compris ce que j'avais voulu lui dire, ce jour-là...

Alors il m'a demandé, une lueur implorante dans les yeux, s'il n'était pas trop tard pour tout recommencer du début...

Je lui ai alors expliqué mon comportement, pourquoi je "l'espionnais" tous les matins, comment je m'étais senti de plus en plus attiré par lui... et ma complète ignorance et ingénuité (malgré mon âge) sur la possibilité de se sentir attiré et même amoureux d'un garçon, quelqu'un du même sexe que moi...

À ce moment toute ma rage et ma déception à son égard avaient complètement disparu, toute sa déception et sa tristesse pour mon comportement s'étaient évanouies et chacun de nous ne faisait que trouver des excuses à l'autre.

"Mais toi... toi pas gay..." me dit Ylli d'une voix hésitante, en me regardant dans les yeux.

"Je le suis... je ne le suis pas... sincèrement je ne me le suis pas demandé, je l'ignore... je sais juste que tu me plais sacrément, je sais juste que j'ai incroyablement aimé faire l'amour avec toi, je sais juste que je ne veux plus te perdre, que je voudrais que toi et moi puissions enfin nous aimer en paix, partager tout, y compris nos corps et notre sexualité... tout ! Je sais juste que j'ai envie de toi, que je t'aime !" lui ai-je dit, très ému. Puis j'ai ajouté : "Et que j'ai besoin de toi, de ton amour."

"Et moi amour tien, Marco..."

J'ai remarqué avec plaisir qu'il était revenu au tu, spontanément...

Nous nous sommes levés presque en même temps et nous nous sommes retrouvés l'un dans les bras de l'autre. Nous nous serrions, nous embrassions et nous oubliions tout...

Puis il m'a dit, l'air espiègle : "Déjà neuf heures... j'ai parlé plus que temps tu me donne... tu dois pas appeler bureau et aller chez médecin ?"

"Si. J'appelle tout de suite et après tu m'accompagnes chez le médecin, d'accord ?"

"Oui..."

"Après on ira ensemble prendre tes affaires à la pension et les emporter ici."

"Tu veux moi encore ?"

"Si tu veux encore être avec moi, après la façon dont je t'ai traité..."

"Et après mal que je pensé de toi, que je mal compris ce que toi disais..."

"Bah, tant que nous reconnaissons tous les deux nos torts, je crois que nous pourrons être bien ensemble, Ylli. Mon dieu, te retrouver... cela suffit à me faire oublier tout ce par quoi je suis passé pendant ces deux mois..."

"Oui, moi aussi... Mais toi vraiment trop gentil..."

"Non, Ylli, pas trop... On n'est jamais 'trop' gentil. Je me contenterais de l'être assez."

"Toi es très assez !"

"Ça ne se dit pas, en italien, on ne peut pas mettre 'très' devant assez..."

"Je sais," dit Ylli en souriant, et il ajouta : "Mais tu corriges quand je fais fautes, d'accord ? Je veux parler bien belle langue de toi."

"Ylli ?"

"Oui ?"

"Tu sais que je suis vraiment heureux de t'avoir de nouveau ici ?"

"Moi aussi ! J'avais presque plus espoir, mais... il faut que je parlais à toi, après hier soir tu dis que tu m'aime..."

"Heureusement tu es entêté, tu ne te démontes pas facilement devant un vieux ronchon comme moi..."

"Toi peut-être vieux... toi peut- être ronchon... mais ici..." dit Ylli en me caressant entre les jambes, "toi très jeune et très bon. Et ici aussi..." ajouta-t-il en posant sa main sur mon cœur.

"Attention, si tu me touches comme ça... tu vas me donner envie..." lui ai-je dit.

"Tu vois Ylli a raison, toi encore jeune si toute petite caresse suffit pour donner envie ! Mais peut-être mieux nous voyons ça plus tard, non ?"

"Oui... malheureusement." j'ai soupiré en me détachant de lui.

J'ai appelé au bureau pour dire que j'avais eu un accident puis nous sommes allés chez mon médecin qui m'a ausculté avec soin et dit que par chance je n'avais rien de cassé, mais qui me donna quand même dix jours d'arrêt de travail pour me remettre.

J'ai de nouveau appelé au bureau pour le leur dire puis nous sommes allés à la pension d'Ylli. Il a payé sa dette au propriétaire et il reprit enfin possession de ses affaires. J'ai voulu appeler un taxi pour ramener ses quelques affaires chez moi, au 3 de la via Valeggio.

"Marco ?"

"Oui, Ylli ?"

"Je dois dormir dans même petite chambre ?" m'a-t-il demandé avec un sourire enjôleur.

"Non... la petite chambre sera pour tes affaires, pour tes outils et matériaux, mets-les à l'atelier. mais toi, si ça te fait plaisir, dors avec moi : il y a un lit matrimonial dans ma chambre, il est assez grand pour nous deux..."

"Je donne pas coups de pieds, la nuit... tu peux être tranquille..."

"Et moi je ne ronfle pas... du moins j'espère..." ai-je répondu joyeusement.

"Marco ?"

"Oui, Ylli ?"

"Mon dieu, que j'aime toi !"

"Comme dit la chanson ? Oui, moi aussi je t'aime, mon garçon. Mais tu sais, nous devons faire attention : l'amour n'est pas un but, c'est un point de départ. Si nous voulons continuer à nous aimer, nous devons être patient avec l'autre et construire jour après jour cet amour, ne pas le laisser s'étioler et mourir..."

"Quoi vouloir dire, s'étioler ?"

"Comme une plante ou une fleur sans eau... peu à peu elle meurt, perd ses pétales, sèche et perd toute sa beauté."

"Nous arroserons tous les jours, alors !" s'exclama-t-il, joyeux, et il me prit dans ses bras et m'embrassa sur la bouche. Puis il m'a dit : "Elles étaient vraiment connes, première et troisième femmes... Comment elles laissaient échapper homme comme toi ? Quitter homme comme toi ?"

"Au début tout semblait bien marcher, avec elles..."

"Mais elles ont mis peut-être pas assez d'eau sur amour avec toi... hein ?"

"Peut-être. Mais je ne peux pas les juger... même si elles m'ont fait souffrir."

"Moi aussi je fais souffrir toi, mais je promets toi être plus attentif."

"Il suffit de nous dire toujours tout dès que quelque chose ne va pas. Et d'écouter l'autre, quand il explique quelque chose. Je ne te fais pas de reproches, Ylli, mais si au lieu de partir, au lieu de te mettre en colère contre moi, tu m'avais tout de suite dit ce que tu avais compris et ne te plaisait pas, nous aurions peut-être pu tout éclaircir sur-le-champ et ne souffrir ni toi ni moi..."

"Oui, toi raison. Mais je appris leçon, maintenant, Marco. Quoi on fait, maintenant ?"

"Il est presque l'heure de préparer à manger..."

"Oui... et après déjeuner ?"

"Je pensais aller travailler un peu à l'atelier... ou peut-être plutôt sortir acheter du cuir pour toi, comme tu préfères..."

"J'aime travailler avec toi, mais... je veux me remettre aussi travailler cuir pour gagner quelque chose, je veux pas être charge pour toi."

"Tu peux faire un peu des deux... moi aussi j'aime travailler avec toi. Et puis, tu pourrais aussi m'apprendre à travailler le cuir..."

"Oui, bonne idée... Alors nous allons demain matin acheter cuir ? Et après ?"

"Après ce sera l'heure de dîner... puis d'aller encore travailler un peu à l'atelier..."

"On peut pas faire amour avant ?" me demanda-t-il en rougissant un peu.

"Non, ne vaut-il pas mieux attendre, faire monter le désir, puis jouir ensemble du plaisir d'être dans les bras de l'autre ?"

"Peut-être... mais mon désir déjà beaucoup monté..."

"Bien... alors après le déjeuner nous pourrions..."

"Oui, nous pourrions !" s'exclama Ylli, triomphant.


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