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histore originale par Andrej Koymasky


RENCONTRES ROUMAINES CHAPITRE 8
UNE BELLE RELATION À LONGUE DISTANCE

Danut écrivit une lettre à Marcello, en le remerciant encore pour tout, et lui envoya les données du compte qu'il avait ouvert à la Banca Comerciala Romana de Ploiesti. Marcello alla tout de suite à sa banque, et ordonna un paiement mensuel de deux cents dollars américains sur le compte de Danut. Ils lui dirent que le premier paiement pourrait mettre un mois à arriver, mais les suivants seraient exécutés exactement à l'échéance d'un mois.

Puis il alla acheter une série de cartes postales et des timbres commémoratifs et tout préparer avec l'adresse de Bela Schisilescu. Il en remplit une avec les salutations. Il écrivit une lettre à Danut pour lui dire qu'il avait ordonné le transfert mensuel.

Il reçut une lettre de Danut, dans laquelle il le remerciait à nouveau et lui disait qu'il l'avertirait quand le premier paiement serait arrivé. Il y avait aussi une note de Bela dans laquelle il remerciait beaucoup tant pour la belle carte que pour le beau timbre.

Marcello était heureux.

Au travail, il alla demander s'il pouvait morceler ses vacances afin d'avoir dix jours à Noël, dix pour Pâques et vingt en août. Ils lui dirent qu'il n'y avait pas de problème.

Ensuite il alla parler avec Gheorghe et lui raconta l'évolution de son histoire avec Danut. L'homme en fut très content, et il apprécia beaucoup quand Marcello lui dit que c'était un moyen de rendre ce qu'il avait reçu.

"En réalité, je devrais dire à Danut que c'est toi qui lui envoie l'argent, pas moi..." dit Marcello.

"Non, c'est toi, pas moi. C'est ta sensibilité, ta capacité à ne pas avoir jugé le garçon à travers le travail qu'il faisait, et d'avoir été sensible à son égard."

"Je l'ai appris de toi, après tout... Je te dois beaucoup... Je suis juste en train d'essayer de rendre quelque chose."

Donc, Marcello prit l'habitude, tous les ans, d'aller trois fois en Roumanie, environ tous les quatre mois, pour trouver Danut. L'hôtel à Ploiesti était assez gracieux, et maintenant les employés connaissaient Marcello. Ils avaient certainement compris le pourquoi de ses visites, au cours desquelles il partageait toujours une chambre avec Danut, mais personne ne disait rien.

Parfois, ils allaient même visiter quelque chose en ville ou dans les alentours, mais surtout ils restaient ensemble. Pour Marcello, qui devait voyager assez souvent pour son travail, les séjours qu'il passait avec Danut étaient surtout des temps de repos.

Chaque fois il passait aussi, avec Danut, faire une courte visite à sa famille. Il avait noté avec plaisir que la pauvre maisonnette était, bien que lentement, un peu moins misérable. Bela grandissait bien, et il semblait aller bien à l'école. La mère était stable. Danut était serein, même heureux.

Marcello portait toujours quelque cadeau : à commencer par un épurateur domestique pour l'eau, puis des vêtements à la fois pour Danut et pour Bela, ainsi qu'une radio avec des piles (car dans le petit village l'électricité n'arrivait pas encore).

Mais surtout, tant à Marcello qu'à Danut ça plaisait beaucoup de pouvoir rester, pendant ces jours, dans une intimité agréable. Peut-être aussi parce que chaque fois qu'ils devaient rester éloignés pendant près de quatre mois, quand ils pouvaient faire l'amour, ils étaient à la fois heureux et pleins de désir.

Tant Marcello que Danut, pendant les quatre mois d'éloignement, ils avaient quelque aventure érotique, mais chacun des deux attendait avec joie l'occasion de se rencontrer à nouveau et faire l'amour.

Danut autant que Bela, chaque fois qu'il les revoyait, parlaient un peu plus l'italien, et même le roumain de Marcello s'était beaucoup amélioré.

Vint l'été de 1997 : Cela faisait exactement quatre ans que Marcello avait connu Danut. Le garçon était un beau jeune homme de vingt-trois ans. La vie en plein air pour travailler leur petit champ, lui avait renforcé le corps et l'avait même fait devenir plus beau. Même Bela, maintenant âgé de dix-sept ans, grandissait bien et continuait à étudier avec passion et avait d'excellentes notes.

Pour leur quatrième anniversaire, Marcello avait voulu acheter une moto neuve pour Danut. Sur la nouvelle moto, ils avaient fait des tournées en Roumanie, en remontant jusqu'au château du comte Dracul.

Vint la dernière nuit que Marcello passait à Ploiesti. Les deux s'étaient mis au lit. Peu après, alors qu'ils s'embrassaient et se caressaient, Marcello dit à l'ami :

"Je serais ravi si tu pouvais venir en Italie avec moi..."

"Peut-être à Noël si tu veux, je pourrai venir pour quelques jours. Je serai ravi de voir où tu vis..."

"Oui, bien sûr, on peut le faire. Mais je voulais dire... déménager en Italie, trouver un travail et y rester..."

"Tu sais que je ne peux pas. Au moins tant que Bela n'a pas terminé ses études et trouvé un travail, et aussi longtemps que maman est en vie, je ne peux pas bouger d'ici. J'aimerais beaucoup être avec toi en Italie, mais je ne peux pas."

"Mais quand Bela travaillera... il pourra soigner votre mère, et tu pourrais venir."

Danut sourit : "Ca va prendre au moins six ans... qui sait ce qui peut arriver pendant tout ce temps."

"Mais ça passera. N'aimerais-tu pas venir en Italie ?"

"Oui, bien sûr que j'aimerais... mais faire quoi ? Après tout, je ne suis qu'un paysan, je n'ai même pas un diplôme, je ne sais rien faire."

"Un travail tu pourrais toujours le trouver, peut-être tu que pourrais commencer avec un travail non qualifié, simple. Quelque chose comme faire le ménage dans une entreprise ou dans une maison. Ensuite, tu peux aussi bien apprendre à faire quelque chose."

"Qui sait. Nous verrons. Il y a encore beaucoup de temps. Maintenant pensons à nous deux... C'est notre dernière nuit, celle-ci. Demain matin, je dois t'accompagner à Bucarest, à l'aéroport. Tu me manqueras..."

"Tu n'as pas un ami, quelqu'un ici avec qui..."

"Oui, il y a le garçon de la pompe à essence. Quelque fois, nous nous rencontrons. Mais ce n'est pas la même chose. Quand je suis avec lui... Je pense toujours que je préférerais que ce soit toi, à la place."

"Même chose pour moi..." Commenta Marcello.

Danut lui demanda, sur un ton espiègle : "Toi aussi tu vas avec le garçon de la station d'essence, près de ta maison ?"

"Seulement un qui s'appelle Sammy, de temps en temps, mais il ne travaille pas à une station d'essence. Puis, quelque autre gars que je trouve à la discothèque, mais seulement des aventures sans suite. Mais aussi moi je préférerais que ce soit toi, à chaque fois."

"Est-ce que ça te plaît la façon dont je fais l'amour avec toi ?"

"Très, mais pas seulement cela. À présent, toi et moi on est amis. C'est différent."

"Ouais, c'est différent. Moi aussi j'aime vraiment comment tu fais l'amour, mais pas seulement ça. Depuis cette première fois où je t'ai demandé si tu voulais t'amuser avec moi, j'ai compris que tu étais différent de tous les autres."

"Ah, oui ? Et comment tu l'as compris ?"

"Tu me souriais, et pas comme sourit le chat qui a trouvé la souris. Et tu as voulu savoir mon nom, et tu m'as dit ton prénom et ton nom. Et bien sûr, si tu avais envie de t'amuser, tu pensais aussi à me faire amuser, moi aussi. J'ai senti immédiatement que tu étais très différent de tous les autres clients. Je ne savais pas encore combien tu es différent, combien tu es mieux, toi."

Ils s'embrassèrent et commencèrent à faire l'amour. Ils se prirent l'un l'autre, comme les autres fois, avec un plaisir fort et tendre.

"Marcello ?"

"Oui, Danut ?"

"Te sens-tu de ne pas dormir, cette nuit ? De faire l'amour jusqu'à demain matin ? Je voudrais... faire le plein de toi, avant que tu partes..."

"Faire le plein de moi ? Je suis ton garçon de la station d'essence ?" lui demanda Marcello en plaisantant.

"Oh, ce gars-là ne compte pas. C'est que toi et moi pour une longue période, on ne pourra pas nous voir... Donc, maintenant, je ne veux vraiment pas gaspiller le temps à dormir."

"Très bien, Danut. Très bien, et avec plaisir..."

Ils recommencèrent à faire l'amour, encore une fois se prenant l'un l'autre et en faisant attention de ne pas atteindre l'orgasme, afin de se réjouir de l'autre aussi longtemps que possible. Ils virent le nouveau soleil se lever, et finalement ils s'abandonnèrent à un long, doux, orgasme agréable, enlacés en un magnifique soixante-neuf, se désaltérant l'un de l'autre.

Pendant le vol de retour Marcello se demanda pourquoi cette fois plus que jamais Danut semblait triste de le voir partir. C'était toujours un peu triste de devoir se séparer, mais cette fois plus que les autres.

Peut-être parce qu'il lui avait dit qu'il aurait aimé s'il déménageait en Italie ? Oui, ça devait être ça : Danut l'aurait aimé, mais il ne pouvait pas. Il avait eu tort de lui en parler. Il aurait du comprendre par lui-même que Danut dirait non, parce qu'il était le pilier de la famille et ne pouvait donc pas partir.

Marcello pensa que ce serait beau, cependant, d'avoir Danut en Italie pour les vacances de Noël.

Fin Septembre il reçut une lettre de Roumanie. Il l'ouvrit pendant qu'il montait chez lui. Il vit de l'expéditeur qu'elle venait de Bela, pas de Danut : leur écriture était presque identique... Il sortit les clés de la maison et commença à lire la lettre... et les clés lui tombèrent des mains au sol et il ressentit comme un coup de massue sur la tête.

«Marcello, «Malheureusement, cette fois, je t'écris parce que Danut ne peut plus le faire. Le 6 Septembre, il allait à la banque à Ploiesti pour retirer de l'argent, quand un camion l'a pris de plein fouet et il n'y a rien eu à faire, il est arrivé à l'hôpital sans vie. «Je suis désolé d'avoir à te donner cette mauvaise nouvelle. «Si tu vas à l'église, prie pour lui, s'il te plaît. «Bela»

Il la lut et relut, jusqu'à ne plus distinguer l'écriture à cause des larmes. Il réussit à prendre par terre les clés et à rentrer chez lui. Il s'assit tout à coup sur le canapé, il relut les quelques lignes et se mit à sangloter.

"Pourquoi ?" gémissait-il à voix basse, secoué par les sanglots. "Il n'avait même pas vingt-quatre ans, il lui manquait un mois..."

Marcello était détruit. Danut s'en était allé, ainsi... Danut n'était plus... Il ne le reverra jamais...

Il réussit à peine à appeler Gheorghe, et lui dire entre les sanglots ce qu'il venait d'apprendre. Gheorghe, sentant la douleur profonde de son ami, courut à sa maison. Quand il fut à côté de lui, il l'enlaça, en essayant de le réconforter. Pas tant avec les mots, que par sa présence.

Plus tard, Gheorghe le força à sortir de la maison avec lui, pour aller manger ensemble quelque part. Le visage de Marcello était exsangue, mais il ne pleurait plus.

"Il n'est plus... pourquoi ?" demanda Marcello avec une expression désolée à son ami.

"Il n'y a pas de réponse à ces pourquoi, Marcello. Appelle cela le destin, la fatalité..."

"Il a eu une vie dure, injuste..."

"Mais grâce à toi il a également eu quelques années de bonheur. Grâce à toi !"

"Peu de chose. J'aurais voulu en faire plus, pour lui, pour sa famille. La dernière fois que nous nous sommes vus, la dernière nuit que nous avons passé ensemble... maintenant je le sais... ce fut comme s'il sentait que c'était la dernière fois..."

"Qui sait ? Peut-être que tu as raison, peut-être pas."

"Il n'était pas téméraire en moto, il conduisait bien, ou mieux, il était prudent... Pourquoi ils l'ont tué alors ? Il était si jeune, si bon, si beau... Pourquoi lui et pas moi ? Et maintenant... son frère, sa mère... Les pauvres... ils n'avaient que lui..."

Gheorghe se taisait. Il savait qu'il ne pouvait pas faire autre chose que rester près de lui. Il sentit la douleur de son ami, et il ne pouvait que rester près de lui en silence.

"Et maintenant, le compte était à son nom... comment peut faire son frère ?"

"Il peut obtenir d'un juge l'autorisation de prendre ce qui est dans le compte de son frère..."

"Je dois aller tout de suite à Ploiesti..."

"Pour quoi faire ? Il est mort..."

"Mettre une fleur sur sa tombe... et me mettre d'accord avec Bela, pour qu'il ouvre un compte, pour prendre l'argent que je lui envoie..."

"Tu penses continuer à les lui envoyer ?"

"Maintenant plus qu'avant, non ? Pour Danut c'était important que Bela étudie, alors Bela doit continuer à étudier. Je dois y aller. Certaines choses ne se font pas par lettre."

"Tu veux que je vienne avec toi, Marcello ?"

"Non, je te remercie. Demain, je vais au bureau et je leur demande de me donner quelques jours de permission. Puis, je prends le premier vol et j'y vais."

"Peut-être que tu fais bien, Marcello. Mais ainsi tu n'as pas le temps d'avertir Bela..."

"Peu importe, je sais comment aller chez lui. Je vais m'en sortir. Je vais aller dans le même hôtel où je me trouvais avec Danut. Maintenant ils me connaissent, ils me donneront une chambre. En outre, c'est maintenant la basse saison, il n'y aura pas de problèmes..."

Marcello ne réussit pas à fermer l'œil de toute la nuit. Le lendemain, il alla au bureau et demanda deux semaines de congé pour des raisons familiales. Les ayant obtenues, il alla dans une agence de voyage faire le billet aérien pour Bucarest. Puis il alla à la banque, fit suspendre le transfert pour Danut, demanda 4000 dollars, puis rentra chez lui et prépara sa valise.

Le jour suivant il était à Bucarest. Il prit un taxi et se fit conduire à Ploiesti. Il loua une chambre simple pour deux semaines, puis il alla chercher une voiture de location. Et finalement il conduisit jusqu'au village de Danut.

Il arriva à la maison en fin d'après-midi. Il frappa à la porte. Peu après Bela vint voir qui était là.

"Marcello ! Oh, Marcello !" dit-il, et les deux s'étreignirent et fondirent en larmes. "Tu es venu..."

"Je devais le faire. Tu me conduis à sa tombe, s'il te plaît ?"

"Oui, je... un instant... je dis à maman que je sors pour un instant..."

Marcello les entendit parler, puis la femme appela : "Marcello!"

Il entra et s'approcha au lit. Elle prit sa main et la baisa : "Vous êtes venu... Merci. Danut de là-haut sera heureux. Vous êtes un homme bon. Dieu vous récompensera..."

Bela l'emmena à la tombe. Marcello se mit à genoux et, après des années qu'il ne le faisait pas, il dit une prière. Et il pleura de nouveau. Bela posa une main sur son épaule, sans rien dire.

Marcello, après quelques minutes, essuya ses larmes et se leva.

"Bela, je suis venu pour donner un dernier salut à Danut, mais aussi pour te parler. Maintenant qu'il n'y a plus..."

"Je vais me trouver un travail..."

"Non, je suis venu pour ça. Tu vas continuer à étudier. Tu le dois à Danut. Maintenant, pour prendre l'argent que Danut a dans la banque, peut-être tu devras attendre jusqu'à ce qu'un juge t'en donne l'autorisation, et ça prendra du temps. Mais je vais continuer à envoyer de l'argent pour toi. Allons à Ploiesti, et tu ouvres un compte à ton nom. Tu dois continuer à étudier, et à soigner ta mère. "

"Tu... tu veux continuer à nous aider, même maintenant qu'il n'y a plus Danut ?" demanda Bela.

"Bien sûr. Surtout maintenant qu'il est parti."

"Il avait raison Danut de dire que tu es un homme spécial, extraordinaire, toi. Il avait raison... Ce n'est pas par hasard s'il était tellement amoureux de toi."

"Amoureux ? Danut était amoureux de moi ? Il me voulait du bien, oui, comme je lui en voulais, mais..."

"Non, il était amoureux. Tu étais tout pour lui, et pas seulement parce que tu nous aidais, non seulement parce que tu l'as enlevé de la rue..."

"Tu sais ça aussi ? Est-ce qu'il t'a dit qu'il était amoureux de moi ?"

"Oui. Il me l'a confié, il m'a toujours tout raconté. Il m'a aussi dit que pour ne pas te sentir lié à lui, il ne t'avait jamais dit être amoureux de toi... et il avait même inventé un garçon qui travaille à la pompe à essence..."

"Ce n'était pas vrai ?" Demanda Marcello étonné.

"Non, ce n'était pas vrai. Il t'attendait... Tu aurais dû voir combien il était heureux quand s'approchait le jour de ton arrivée. Puis, quand tu devais partir, pour un peu de jours il devenait silencieux..."

Marcello se sentait déchiré et se demandait comment il pouvait ne pas l'avoir compris tout seul... Il lui avait même parlé de Sammy, et d'autres aventures stupides...

"Mais comment est arrivé, l'accident ?" demanda-t-il.

"Un camion avec remorque... Le camion était en train de le dépasser... la remorque fit une embardée et le heurta, et le jeta hors de la route... Il a tapé la tête... ils disent que... qu'il est mort sur le coup... "

Marcello recommença à pleurer, et bien qu'il tâchât de retenir ses larmes, il n'y réussissait pas.

"Bela, tu dois me promettre que tu vas continuer à étudier, et que tu vas prendre soin de ta mère. Demain, je reviens te prendre, nous allons à la Banca Comerciala Romana où ton frère avait le compte, et nous allons en ouvrir un à ton nom..."

"Je suis encore mineur, je ne sais pas si c'est possible..."

"Si ce n'est pas possible, nous trouverons une autre solution. Mais tu dois me jurer que tu vas continuer à étudier."

"Comme tu le souhaites, Marcello. Merci. Danut avait bien raisons de t'aimer tellement..."

"Ta mère sait... pour Danut et moi ?"

"Il ne le lui avait pas dit... Je ne sais pas, mais je ne crois pas. Il disait que tu venais ici pour affaires, et qu'il te donnait un coup de main, comme une sorte de secrétaire à tout faire. Je pense que maman l'a cru."

Marcello retourna le lendemain pour prendre Bela. Le garçon lui tendit une boîte en carton.

"Cette boîte était à Danut. Je sais que tu la lui avais achetée..."

À l'intérieur il y avait une boîte en bois marquetée, semblable à celle que Gheorghe lui avait donné il y a tant d'années, avec un mécanisme secret d'ouverture.

"Je ne sais pas comment l'ouvrir, mais peut-être que tu le sais. Je crois qu'il sera content si tu la reprends... C'était son plus grand trésor..."

Marcello fit glisser dans la séquence correcte les panneaux et l'ouvrit. À l'intérieur il y avait les lettres qu'il avait envoyées à Danut, et surtout il y avait une photo d'eux deux, qu'ils avaient fait faire par un photographe de rue en face de la cathédrale orthodoxe de Ploiesti. Au dos il était écrit au crayon : «Noël 1995 - ici, dans mon cœur, j'ai juré mon amour à Marcello».

Marcello ferma la boîte : "Je te remercie, Bela. Oui, C'est un véritable trésor pour moi, plus que si elle était en or massif."

Le directeur de la banque leur expliqua que le garçon ne pouvait pas avoir un compte seul, étant mineur. Il ne pourrait l'avoir qu'avec un adulte, et en avoir la signature. Marcello demanda s'il pouvait ouvrir un compte en son nom et donner la signature au garçon. Mais cela n'était pas possible, parce que Marcello ne résidait pas à Ploiesti.

"Bela, n'as-tu pas un parent, un ami, auquel tu peux faire confiance, avec qui tu peux ouvrir un compte ?"

"Maman, mais elle ne peut pas bouger. Je ne peux pas l'amener ici pour la signature."

"Si nous la faisons porter avec une ambulance ?" proposa Marcello.

"Non, elle ne bouge pas de la maison, pas même pour aller à l'hôpital. Si le médecin ne venait pas la voir..."

"Est-ce qu'il y a quelqu'un à qui tu te fies ?"

"Je ne sais pas... Peut-être le pope de notre village..."

"Tu peux avoir pleine confiance en lui ? Et il va accepter ?"

"Oui, c'est un saint homme... Je pense que si nous allons lui expliquer que c'est pour soigner maman et pour mes études, il acceptera."

"Eh bien, allons lui parler, alors."

Le pope les écouta, puis il accepta. Le lendemain, ils l'amenèrent à la banque et finalement réussirent à ouvrir le compte. Marcello y déposa 2500 dollars et en prit les références qu'il lui fallait pour faire à nouveau le transfert mensuel.

Puis Marcello demanda à Bela, chaque fois qu'il allait à Ploiesti pour ses études, d'acheter une fleur et de la déposer pour lui sur la tombe de Danut.

"Que penses-tu étudier, quand tu finiras le lycée ?"

"À l'Université de Bucarest, il y a la faculté de journalisme. Je voudrais y étudier. Je voudrais devenir journaliste ou écrivain."

"Eh bien, alors tu feras ces études. Et tu te feras honneur à Danut."

"Pour Danut et pour toi, Marcello. Oui, je me ferai honneur." dit le garçon.

"Si tu as assez d'argent, tu pourrais payer une voisine pour assister ta mère, lorsque tu es à Ploiesti, puis à Bucarest pour étudier."

"Oui, je pense que cela suffira. Je vais le faire. Je te remercie."

"Et écris-moi, parfois ..."

"Bien sûr. Viendras-tu encore ici quelquefois ?"

"Si cela te fait plaisir... Pas souvent comme avant, mais je peux revenir. Peut-être juste une semaine en été, quand tu es en vacances."

"Tu seras toujours le bienvenu. Maintenant... tu es de la famille, par l'amour que Danut avait pour toi. En plus de tout le bien que tu as fait pour nous et continues à nous faire."

"Toi aussi, Bela, tu es maintenant un peu ma famille."

"J'espère que de là-haut, Danut te récompensera pour tout ce que tu fais."

Marcello pensa que Bela, en grandissant, ressemblait de plus en plus à Danut. Il était juste un peu plus grand et un peu plus mince.

Le garçon interrompit ses pensées : "Ça te dérange si j'utilise maintenant les vêtements que tu avais donnés à Danut ?"

"Bien sûr, ça ne me dérange pas du tout, mais... Tu auras à en faire adapter quelques uns. Tu es un peu différent de taille..."

"Ils m'iront bien presque tous."

"Fais-moi savoir si t'as besoin de quelque chose, Bela. Je serai là."

"Oui, je te remercie. Mais tu fais déjà trop..."

Marcello retourna en Italie. Il mit la boîte de Danut à côté de celle que lui avait donnée Gheoghe des années auparavant. Puis il se rendit immédiatement à la banque pour ordonner le nouveau transfert mensuel au compte du pope et de Bela.

Il mit la photo prise en face de la cathédrale dans un cadre magnifique, et le mit sur sa table de chevet. Chaque soir et chaque matin, en regardant le visage du beau garçon souriant, il le saluait dans son cœur.

Depuis pas mal de mois, Marcello n'avait plus de relations sexuelles : il l'avait réalisé trop tard, mais lui aussi était amoureux de Danut.

"Je ne te l'ai jamais dit... mais maintenant tu le sais. Tu es parti trop tôt, Danut... Tu avais encore toute une vie devant toi, et par contre..."

La douleur progressivement diminua, et la mémoire des bons moments passés avec ce garçon doux devint plus forte et lui réchauffait le cœur.

Bela lui écrivait de temps en temps, pour lui donner des informations sur ses études. En été, comme il lui avait promis, il revint pour une semaine à Ploiesti. Le garçon grandissait bien, la mère semblait devenir de plus en plus petite et frêle.

Ce ne fut pas une surprise, pour Marcello, quand en 1999 Bela lui écrivit que sa mère était morte. Il retourna à nouveau en Roumanie, pour quelques jours. Avec Bela il alla au cimetière pour mettre une fleur à la fois sur le tombeau de Danut et celui de la mère. Le pope l'accueilli chaleureusement.

"Bela est en train de bien grandir, et il est bon à l'école. Mais maintenant, il est resté seul, le pauvre garçon."

"Il n'a pas d'autres parents ?"

"Il a un oncle à Oradea, près de la frontière avec la Hongrie. Un frère de son père. Mais il ne l'a jamais vu."

"Alors je vous le confie, prenez soin de Bela. Voilà mon adresse. Si le garçon a besoin de quelque chose, écrivez-moi, s'il vous plaît, il ne demande jamais rien. Si je sais que vous veillez sur Bela, je serai plus tranquille."

"Sans doute, monsieur Bernardini. Vous êtes un homme bon. Le Seigneur vous récompense et vous bénisse pour tout. Bela ne veut pas vendre la maison et le terrain. Ils ont peu de valeur, et il est maintenant presque toute la semaine à Bucarest, au collège universitaire. Il rentre seulement pour le week-end, pour prier sur les tombes de ses proches et les soigner. "

"Puis-je faire quelque chose pour votre église, pour vos pauvres ?"

"Vous êtes déjà en train de faire beaucoup. Bela chaque mois me donne l'argent que vous envoyez pour l'église. Chaque mois, quand il va à la banque, me donne 500,000 lei, comme vous lui avez dit de faire."

Marcello n'avait jamais dit quoi que ce soit à Bela, mais ne dit rien. Après tout, c'était seulement l'équivalent de 15 dollars par mois.

Mais quand il vit Bela, il le lui demanda. Le garçon rougit.

"Je pensais qu'il y a tant de pauvres gens ici dans le village, et que notre pope pouvait faire du bien..."

"Tu as bien fait, Bela. Mais pourquoi as-tu dit que je t'ai commandé de le faire ?"

"Parce que sinon le pope ne les aurait pas acceptés de moi, il ne voulait pas que je me les enlève de l'argent que tu m'envoies. Ainsi, au contraire il les accepte sans problème..."

"Tu as très bien fait, Bela. Je suis content. Mais tu pouvais aussi me le dire. Heureusement, je n'ai pas dit au pope que ce n'était pas vrai... L'argent que je t'envoie est à toi, tu as le droit de l'utiliser comme bon te semble."

"Je te remercie, Marcello. Je craignais que tu te mettes en colère contre moi pour avoir dit un mensonge."

"Si tout le monde mentait comme toi, Bela, le monde serait bien meilleur."

"Maintenant que ma mère est morte... tu n'as plus à m'envoyer beaucoup d'argent, il me suffit de beaucoup moins pour mes études."

"Pour moi, ça va bien ainsi. Utilises-les comme bon te semble. Donnes-en peut-être un peu plus à ton pope. Tant que tu n'auras pas trouvé un travail et que tu pourras te maintenir tout seul, je vais continuer à t'envoyer toujours le même montant. Pour moi, c'est une petite chose."

Marcello retourna en Italie serein. Bela était de la même étoffe que son frère, c'était un garçon gentil et bon. C'était un plaisir de pouvoir l'aider. Il était en train de devenir assez bon pour parler en italien : il lui avait acheté une grammaire et il l'étudiait tout seul, dans son temps libre. Marcello décida de lui envoyer quelques textes de littérature italienne, à la fois classique et moderne...


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