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histore originale par Andrej Koymasky


LA LABORIEUSE EXTINCTION
DES DINOSAURES
CHAPITRE 9
DES JOURS DIFFICILES

À Londres ils se sentirent un peu perdus. La ville était trop grande, ils tournaient toute la journée en demandant dans les commerces, les restaurants et les bureaux s'il y avait du travail, et ils recevaient invariablement une réponse négative.

Ils achetèrent quelques provisions pour se nourrir, ce qui coûtait le moins cher, pour ne pas terminer trop vite le peu d'argent qu'ils avaient, ils dormaient sur un banc dans un parc ou, s'il pleuvait, dans le hall d'une gare, en gardant leur valise entre eux pour qu'on ne la le leur vole pas.

Mais malgré tout, ils étaient heureux d'être ensemble, même s'ils ne pouvaient plus faire l'amour, et ils ne désespéraient pas de l'avenir.

Parfois, un petit travail, comme décharger un camion, nettoyer une cour, ou ce genre de chose, leur rapportait quelques pièces. D'autres fois, l'un d'eux, chacun à son tour, avait essayé de demander l'aumône, mais avec peu de succès : ils étaient trop jeunes et trop bien mis pour susciter la pitié des passants et trop gênés pour être insistants...

Un jour, un jeune homme vêtu avec une élégance raffinée offrit à Corraddo de l'argent contre du sexe, mais le garçon refusa. L'homme insista, proposa plus, mais sans succès.

Les deux amants se rendaient compte que, inéluctablement, ils descendaient une pente. Pourtant, ils continuaient à être sereins, même heureux, parce qu'ils étaient encore ensemble. Parfois, assis n'importe où à manger une pomme ou un bout de fromage, ils riaient et plaisantaient entre eux.

Très tard, un soir, cachés entre les buissons d'un parc, ils arrivèrent enfin à faire l'amour et cela leur donna une nouvelle sérénité et une nouvelle énergie. Ils restèrent dans les buissons, heureux et comblés et ils allèrent s'asseoir sur un banc.

"Et dire que je rêvais de pouvoir un jour t'offrir une belle maison, une belle vie..." lui dit Austin.

"Plus belle que celle-là ? Regarde ce beau plafond que nous avons, regarde ce grand jardin, que peut-il y avoir de plus beau ?" répondit Corrado joyeux, désignant d'abord le ciel puis le parc autour d'eux.

"Oui, mais parfois ce toit a des fuites, on a vu plus étanche, et le chauffage ne marche pas toujours..." plaisanta Austin.

"On peut pas tout avoir dans la vie. Mais je t'ai toi, et c'est bien le plus important. Il faudrait juste qu'on arrive à faire l'amour un peu plus souvent, je pense."

"Si la police nous surprend à faire l'amour, on sera dans une sale galère... surtout moi qui profite d'un mineur !"

"Pas pour longtemps, mon amour, dans une paire de mois tu profiteras d'un majeur. Dis-donc, que vas-tu m'offrir, pour mes vingt et un ans ?"

"Je ne peux rien t'offrir, Corrado, parce que tout ce que j'ai est déjà à toi, en plus d'à moi..."

"Alors tu n'as plus rien ?" lui demanda Corrado en feignant la stupeur.

"Non, rien."

"Mais alors, je me suis mis avec un miséreux !" dit Corrado en riant aux éclats.

Austin déboutonna sa chemise, retira la précieuse chaîne en or que lui avait donné Quentin et, quoique hésitant, il la montra à Corrado et lui dit : "Je te donnerai ça..."

Corrado l'embrassa, puis il lui dit, ému : "Non, mon doux amour, ça c'est Quentin qui te l'a donné, je ne peux pas te l'enlever, je ne veux pas, je ne peux pas accepter un tel sacrifice. Et de toute façon, elle est déjà à moi, puisque tu es à moi, comme je suis à toi."

"Si tu ne t'étais pas mis avec moi, tu serais encore chez toi avec tes parents et tu pourrais vivre une vie normale, décente..."

"Si tu ne t'étais pas mis avec moi, je serais encore à me demander si un jour j'aurai la chance de connaître l'amour... et j'aurais une vie vide."

"Tu en as eu d'autres, avant moi, m'as-tu dit..."

"Oui, mais juste des camarades de... sexe, d'amusement, de plaisir, sans rien d'autre qui vaille la peine d'être vécu. La première fois que je t'ai vu, je me suis dit que ça me plairait de baiser avec toi... mais je pensais juste que tu serais le quatrième de mes compagnons de baise, et d'ailleurs je ne me doutais même pas que toi aussi tu aimais les garçons comme moi."

"Mais quand tu m'as connu je n'étais rien de moins qu'un demi alcoolique... C'est toi qui par ta patience, ton amitié, m'as sorti du puits où je tombais... Tu ne pouvais certainement pas me désirer, dans l'état où j'étais."

"Et pourtant si, je t'ai désiré dès le premier instant, et je regrettais de te voir dans cet état, de voir que jour après jour tu t'enfonçais. Peut-être que ce n'était pas que de l'altruisme, mais même si je pensais que rien n'était possible entre nous, j'ai senti qu'il te fallait un coup de main et j'ai essayé de te le donner. Parce que tu m'attirais. Si tu avais été grossier, ou vieux, ou odieux, je t'aurais sans doute laisser t'enfoncer. Ce n'était donc pas de l'altruisme de ma part."

"Si tu pensais qu'il ne pouvait rien se passer de sexuel avec moi; tu ne l'as pas fait pour toi, en cherchant quelque chose, mais pour moi. Tu as été mon... bon samaritain."

"Et va savoir si le bon samaritain n'aurait pas voulu pouvoir baiser avec le malheureux qu'il aidait ?" lui demanda malicieusement le garçon.

"Et pourquoi pas ? Quoi qu'il en soit, il a agi par altruisme, par solidarité humaine. L'histoire ne retient pas s'il l'a baisé ou pas, parce que cela ne change rien à la valeur de ce qu'il a fait pour un inconnu, un étranger."

"Mais dis-donc ! Deux pédales fauchées qui discutent Bible, en pleine nuit, assis sur un banc dans un parc désert, c'est une caricature !" dit Corrado sarcastique.

"Dis-moi, Corrado, Naples ne te manque pas ? J'y ai passé trois jours en famille, c'est une belle ville."

"Je m'en souviens à peine. Quand mes parents sont venus en Angleterre, j'avais six ans. Dans un sens je me sens plus anglais qu'italien, maintenant. Et ce d'autant plus que je suis avec toi, désormais. Et puis je suis de plein droit citoyen du Royaume Uni depuis cinq ans."

Ils installèrent la valise entre eux, s'appuyant contre elle et se penchant l'un vers l'autre pour appuyer leur tête sur l'épaule de l'autre, en attendant le sommeil.

Au matin, ils reprirent leurs tournées, dans l'espoir de trouver un travail. Ils passaient devant la gare de Charing Cross, quand ils furent attirés par le bruit d'un orchestre, entouré d'un groupe de badauds. Il s'approchèrent, curieux. L'orchestre se composait d'hommes et de femmes vêtus façon militaire et une des femmes brandissait un étendard avec écrit "L'armée du salut : louange à notre seigneur Jésus le sauveur."

Peu à peu ils se retrouvèrent au premier rang. La musique était agréable, composée de marches, d'hymnes, de sonates solennelles, parfois chantées en chœur, mais toujours d'inspiration religieuse.

Un homme de ce groupe folklorique s'approcha des deux garçons et le regarda des pieds à la tête.

"Vous n'avez ni maison ni travail, n'est-ce pas, mes frères ?" leur demanda-t-il.

Austin acquiesça : "Comment l'avez-vous deviné, monsieur ?"

"Je m'appelle frère Burke. Si vous aviez une maison et un travail, vous ne vous promèneriez pas avec une valise, et à vos visages et vos mains, je comprends que vous n'êtes pas de la classe la plus humble, vous n'auriez pas ces habits... pas frais, et vous cheveux seraient plus soignés, vos visages rasés de près..."

"Nous sommes à Londres depuis plusieurs jours, mais nous n'avons pas réussi à trouver du travail, et nous ne pouvons pas nous payer un logement. Le peu d'argent que nous avions s'épuise et on préfère le dépenser à s'acheter quelque nourriture..." dit Corrado.

"Notre mission est d'aider les pauvres, les malheureux et les déshérités et de les conduire à louer le Seigneur Jésus. Nous ne nous intéressons pas à votre passé, mais seulement à ce que vous fassiez de votre mieux pour vous abstenir de boire ou de fumer et de vous adonner aux jeux de hasard, au blasphème, aux drogues ou aux activités sexuelles en dehors des liens sacrés du mariage ... En échange nous vous offrons un endroit où dormir, où vous pouvez vous laver, des plats simples mais réguliers, et nous vous trouvons un travail de manière à ce que vous puissiez, au plus vite, devenir indépendants et assurer vos besoins..."

"Vous dites vrai, monsieur ?" demanda Corrado stupéfait.

"Frère Burke. Bien sûr que je dis vrai. Attendez que se termine notre mission ici, puis venez avec moi, si vous acceptez l'aide que notre Seigneur Jésus vous offre par le moyen de notre mission." Ils acquiescèrent tous deux, alors il sortit de sa poche un calepin et un crayon et il leur demanda leurs noms. "Bien, frère Renzulli, frère Stephenson, ayez un peu de patience."

Quand il fut parti, Corrado murmura à l'oreille de son amant : "Mais il a dit pas de sexe en dehors du mariage... S'il avait dit pas de femme, j'aurais pu promettre, mais comme ça..."

"Mais il a seulement dit que nous devions faire de notre mieux... Et puis on ne fait pas du sexe, mais l'amour, non ?"

"Oui... et être à nouveau jetés à la rue s'ils découvrent qu'on s'aime et qu'on se le montre aussi par... des activités sexuelles en dehors des liens sacrés du mariage !"

"Et alors, on devrait refuser leur aide ?" demanda Austin.

"Non... je ne dis pas ça... mais ça me semblerait les duper, de faire ça en cachette, être hypocrites."

"On le faisait déjà en cachette de tes parents, non ?"

"Ils ne nous avaient pas demandé de ne pas le faire... Et quand ils l'ont demandé... on s'en est allés."

"D'après moi... si c'est très important pour toi, on pourrait peut-être essayer de suivre leur règle, au moins pendant qu'on accepte leur aide... Après tout, même si ça a été dur, ces derniers jours on ne l'a fait qu'une seule fois."

Enfin, ayant terminé sa quête et la distribution de papiers de propagande, frère Burke les emmena à l'hôtel de l'armée du salut pour les sans abris. Il y avait deux grandes chambres, une pour les hommes et une pour les femmes, et avec elles quelques filles-mères avec leurs petits. Chaque chambre avait sa salle de bain, avec douches et lavabos, en annexe. Puis il y avait une cuisine avec une table commune.

La chambre des hommes avait une vingtaine de lits alignés contre deux longs murs, enfin plutôt des paillasses montées sur une estrade en bois et séparées par de petites armoires en bois qui fermaient à clé. Au deux extrémités de la pièce se trouvait un grand poêle en fonte, deux tables et quelques chaises. Un surveillant était dans un box en bois aux parois vitrées. Le tout était illuminé par trois lucarnes et, la nuit, par quelques lampes le long du passage central.

Frère Burke les confia à frère Chandler, le responsable de la chambre des hommes.

"Vous êtes parents ?" leur demanda-t-il en les regardant d'un regard perçant et vif.

"Cousins au deuxième degré." répondit vite Austin.

"Alors aucun problème pour partager un lit pendant quelques semaines... on est un peu débordés ces jours-ci, et le nouveau dortoir pour hommes n'est pas encore prêt."

"Non, aucun problème. C'est toujours mieux que de dormir sur un banc." répondit Austin.

"Ce soir, à leur retour, je devrai placer un de nos hôtes dans le lit d'une de ses connaissances, et ça libérera un lit pour vous. Pour l'instant vous pouvez laisser votre valise dans mon box. Pendant ce temps vous irez vous laver, vous raser et vous changer. Voici, venez, c'est ici. Comme les douches sont communes, vous devez garder vos sous-vêtements en vous lavant, nous n'admettons pas la nudité, ici."

"Et après nous devons garder notre slip mouillé sous le pantalon ?" demanda Corrado ébahi.

"Non, bien sûr. Prenez un slip propre et, un à la fois, allez derrière ce rideau vous changer. Sur cette étagère il y a des paniers, prenez-en un pour mettre les habits à laver et éventuellement vos rechanges. Voici les barres de savon et là les serviettes, que vous étendrez après à ce trépied. Tout est clair ?"

"Oui, merci. Et pour ce qui est de trouver du travail ?" demanda Austin.

"Après votre toilette, je vous conduirai chez frère Ilyffe. C'est lui qui s'occupe de chercher du travail pour nos hôtes. Vous avez un rasoir ?"

"Oui, dans la valise. Et un peu de linge propre, aussi. Pour les habits sales, comment devons-nous faire ?" demanda Austin.

"Vous pouvez les porter à sœur Bumbridge, qui s'occupera de les faire nettoyer et, si besoin est, repriser. Nous avons aussi une garde-robe d'habits donnés par nos bienfaiteurs, si vous avez besoin de quelque chose."

"J'ai quelque rechanges, mais lui n'a que ce qu'il porte. Pour l'instant il peut utiliser mes habits, mais ils seront un peu étroits et trop longs..." dit Austin.

"Alors allons tout de suite voir sœur Bumbridge, pour qu'il ait au moins un rechange." dit frère Chandler.

Quand ils furent propres, frère Chandler les emmena au bureau de frère Ilyffe qui leur demanda ce qu'ils savaient faire.

"Pour l'instant je n'ai rien de vraiment adapté pour vous... mais j'ai une demande pour trois manœuvres pour la démolition d'une vieille maison... Ce n'est pas un travail fixe, mais peut-être que pendant ce temps je pourrai vous trouver quelque chose de mieux pour vous... Présentez-vous demain à cette adresse avec ces papiers, ils vous mettront au travail."

"Ce qu'on gagnera... on doit vous le donner à vous ?" demanda Corrado.

"Non, c'est à vous. Si vous avez l'intention de nous en donner un peu pour aider les plus malheureux que vous, vous pouvez le mettre dans le tronc à l'entrée. Mais ce n'est pas une obligation."

Le soir le replacement fut fait et on leur assigna un lit et on leur donna la clé de la petite armoire où ils purent placer leurs quelques possessions. Installés, vêtus de leurs seuls sous-vêtements, ils s'étendirent sur la paillasse et se couvrirent de la couverture.

"De toute façon, ici, on ne peut rien faire... c'est comme être en public..." murmura Corrado. "Et dormir si proches sans pouvoir rien faire... ce sera dur."

"Peut-être que si après ils éteignent... sans faire de bruit... on pourrait faire quelque chose..." suggéra Austin en chuchotant.

"Mais tu as dit qu'on devait faire un effort pour..."

"Oui. Mais je n'avais pas imaginé qu'ils nous mettraient dans le même lit. Rien qu'un caresse... un baiser, peut-être..." proposa Austin.

"Et comment s'arrêter là ? Mais... on verra."

Ils étaient tous deux sur le dos, seuls leurs bras et leurs jambes se touchaient, mais ce simple contact suffit à leur provoquer tout de suite à chacun une érection. Le silence se fit peu à peu dans cette grande pièce, rompu seulement par quelques quintes de toux, et par le bruissement des corps se tournant sur les paillasses. Du couloir central entre les deux files de lit, pénétrait dans leur espace ouvert la légère clarté des lampes.

Puis frère Chandler vint éteindre, ne laissant allumée qu'une lampe près de la porte, et il se retira dans son box pour dormir.

Austin et Corrado s'étaient mis sur le côté gauche et ils cherchaient le sommeil quand Austin sentit l'érection de son amant presser contre ses fesses. Alors, très lentement, il fit glisser son slip sur ses hanches, il passa sa main derrière lui pour la passer dans l'ouverture de celui de Corrado et il en sortit son beau sexe dur. Il pressa le bassin contre le pubis de son amant.

Corrado frémit et il frotta son érection entre les fesses d'Austin, et s'y insinua lentement jusqu'à ce que son gland frémissant appuie sur la rosette. Alors il poussa en avant et Austin accompagna son mouvement en poussant en arrière. Et enfin Corrado fut entièrement en lui. Alors ils commencèrent à bouger à l'unisson, avec d'amples ondulations de sens opposés, avec calme, pour pouvoir jouir de leur union secrète...

Austin sentait la chaleur du souffle de Corrado sur sa nuque, ses mains sur sa poitrine et son ventre et son sexe chaud et fort glisser en lui d'avant en arrière et son plaisir montait...


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