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histore originale par Andrej Koymasky


LA CORBURE
DU COU
CHAPITRE 13
MON PORTABLE ME TRAHIT

Dimanche 29 - 22 heures 20

J'ai passé un splendide week-end avec mon Gian. Pour la première fois on a fait l'amour sous la douche... ça a été très fort, ça m'a plu... mais je préfère le faire dans un lit, finalement. Ce n'est pas une question d'être traditionaliste, comme Gian, en plaisantant, m'en a accusé, c'est juste que c'est plus confortable.

Puis, le soir, j'ai raccompagné Daniel à l'aéroport. Il m'a dit que très certainement sa boîte le muterait ici d'ici un mois, parce que le directeur de la filiale devait être muté à la direction centrale. Parfait. En rentrant à la maison je me demandais pourquoi Gian ne m'appelait pas comme dimanche dernier, puis je me suis rappelé avoir oublié mon portable à la maison, sans doute à la cuisine.

À peine j'entre que papa m'appelle. Je vais au séjour. Bizarrement la télé est éteinte. Il tient dans la main mon portable et il me regarde comme s'il voulait m'abattre...

Il me demande : "C'est quoi, ça ?"

"Mon portable, non ?" je lui réponds en me demandant ce qui lui prend.

"Je ne suis pas un abruti, je sais bien ce que c'est. Je parle de ceci !" il me dit en me le tendant et je vois sur l'écran le dernier message de mon Gian...

Mes poils se dressent. Il m'a écrit : "Je me sens déjà seul, sans toi, Mario... Je t'aime... Gian !"

La meilleure défense c'est l'attaque... à ce qu'on dit.

"Mais bordel qui t'a autorisé à espionner mes messages, hein ?" je lui dis en cherchant à cacher par l'agressivité de mon ton la panique qui me prend.

"C'est quoi cette histoire, c'est qui ce Gian ?"

"Mais putain qu'est-ce que t'en as à foutre ? C'est mes oignons, non ?" je lui dis en lui arrachant le portable des mains pour l'éteindre.

"Je découvre que mon fils est de la jaquette et je devrais m'en foutre ?" il tonne, plus furieux que moi.

"C'est bien la première fois que tu ne t'en fous pas de moi !" je rétorque, bien décidé à ne pas me laisser intimider.

Ma rage écrase tant le trouble que l'anxiété d'être découvert. Au contraire je me dis, après tout, c'est mieux ainsi.

"Je croyais avoir un fils chez moi... pas un... anormal !" il crie.

"Oh... Oh vraiment ? Mais toi, tu ne t'es jamais senti anormal avec ton putain d'égoïsme ? Je ne te posais pas de problème tant que je te servais d'esclave, pas vrai ? Je parie que si on n'avait pas embauché les Torrisi tu serais resté bien silencieux, tu ne m'aurais rien dit, pour continuer à te faire servir par moi, non ? Mais fais moi ce plaisir, allez ! Je suis bien plus normal que toi !"

"Mais au moins tais-toi ! Tu n'as même pas honte ?"

"Ce qui me ferait honte ce serait plutôt de vivre comme toi ! Plutôt pédé, c'est quelque chose que je n'ai pas choisi, qu'égoïste comme toi, qui as choisi de vivre ainsi !"

"Tu vas entendre Daniel, quand il reviendra..." me crie papa.

"Daniel sait tout, depuis des années, et il n'y trouve vraiment rien à dire. Et même, il connaît... mon homme ! Il n'est pas petit et mesquin comme toi !"

Nous avons haussé le ton tous les deux, en continuant à nous battre, sans nous apercevoir qu'ils étaient tous arrivés, même maman, et qu'ils sont sur le pas de la porte à nous regarder.

Maman dit : "Giovanna, ramenez tout de suite les petits au lit, s'il vous plait." C'est alors nous nous apercevons de leur présence.

On se tourne et on reste là, immobiles, en silence, à les regarder.

J'entends Roberto, que Giovanna ramène à sa chambre, demander : "Mais tonton Mario est pédé ?"

Laura répond : "Tais-toi, Roberto..."

Silvia demande : "C'est quoi, pédé ?"

"Alors, contents ?" dit maman avec une force que je ne lui ai pas vue depuis cent ans. "Maintenant c'est vous qui allez expliquer ça aux petits ! Et quelle honte, laver notre linge sale devant les aides ménagères !"

"Mais ton fils..." objecte papa.

Maman l'interrompt. "Figure-toi que c'est aussi ton fils, Luciano. Je ne l'ai pas fait avec un autre. Notre fils... Mario... sais-tu seulement si ce n'est pas notre faute s'il est devenu ce que tu dis ?"

"Notre faute ?" rugit papa.

"Eh, baisse la voix, Luciano, ou tu veux que tous les voisins nous entendent ?" lui réplique vite maman. "Tu veux aller le crier au balcon ? Et veux-tu savoir ce que j'en pense ? Que je préfère avoir un fils comme Mario qu'un mari comme toi ! Que même au lit tu n'as jamais rien été d'autre qu'un égoïste et un incapable !"

Purée ! Ça c'est un coup bas ! Elle aurait peut-être pas dû dire ça... Je regarde papa. Il est violacé.

"Moi... moi..." il dit et sa voix tremble et s'étrangle.

"C'est tout toi ! Moi, moi ! Tu n'as jamais été capable de dire autre chose que moi, moi ! Pour toi les autres n'existent pas !"

"Tout cela, c'est moi qui vous l'ai donné !" dit papa avec un geste à l'entour, sa voix est basse mais il est furibard.

"Non... non, tu te l'es offert et tu nous as permis d'en jouir, pourvu que nous te servions en tout point. Non, quand donc as-tu jamais pensé aux autres, toi ? À nous ? Je me demande bien ce qui m'a pris de te dire oui quand tu m'as dit que tu voulais m'épouser. Ah ! Tu ne me l'as même pas demandé, tu me l'as indiqué !"

Putain, mais où elle trouve cette énergie, maman, jusqu'à il y a un quart d'heure elle semblait presque moribonde... Je suis complètement abasourdi.

"Tu n'es pas un homme, Luciano, tu es un sac d'immondices bourré d'égoïsme ! Et tu crois que je ne sais pas que tu m'as fait porter des cornes plus d'une fois ? Tu veux que je te fasse la liste de tes garces ? Et si maintenant tu as arrêté c'est parce que tu n'es qu'une épave et que si tu ne paies pas une putain, personne ne viendra avec toi !"

"Mais moi au moins j'allais avec des femmes, pas avec des hommes..." dit mon père, mais bizarrement à voix basse.

"Ah ah ! Bien, cela signifie seulement que tu es un porc hétérosexuel et Mario un brave garçon homosexuel. Quand je suis tombée malade et que Giulia est morte, tu lui as fait arrêter ses études pour en faire le serviteur de la maison à ma place et à celle de Giulia. Mais tu n'as pas bougé un doigt. Et depuis que tu es à la retraite, tu es à peine plus qu'un légume. Tu me fais vomir, Luciano !"

"Si je te fais vomir à ce point, tu n'as qu'à t'en aller."

"Nous sommes en communauté de biens, mon chéri ! On parie qu'en cas de séparation le juge dira que les petits et moi nous restons et que c'est toi qui devra partir ?" dit-elle d'une voix mesurée mais encore décidée.

"Ça suffit, maman..." dis-je en la voyant chanceler et en me précipitant pour la soutenir. "Viens, retourne au lit..."

Il y a Giovanna dans le couloir qui vient vite m'aider. On remet maman au lit.

"Je regrette, maman." Je lui dis.

"Non, je ne suis pas contente, Mario, que tu sois... Mais je t'aime bien et... et tu es plus normal que ton père." Me dit-elle dans un filet de voix. Puis elle ajoute : "Et tu fais bien de t'en aller de la maison et de faire ta vie. Surtout si Daniel revient vraiment ici. Va-t-en, va-t-en... je vais essayer de dormir..."

Giovanna et moi sortons. Elle me regarde.

"Monsieur Mario... ne vous en faites pas pour moi... C'est comme si je n'avais rien entendu..."

Je lui souris, fatigué. "Et les petits ?" je lui demande.

"Ils se sont rendormis."

"Ils ont posé des questions ?"

"Et bien... oui... mais je leur ai dit que quand leur père viendrait il leur expliquerait tout... Et de n'en parler à personne."

"Vous avez bien fait. Merci."

"N'en parlons plus..."

"Et que pouvez-vous bien penser de moi, maintenant que vous savez ?"

Giovanna sourit et, à voix basse, elle me dit : "La valeur d'une personne ne se mesure pas à ce qu'elle fait au lit, monsieur Mario... du moins tant que c'est en accord avec son partenaire..." Puis elle me demande : "Vous me permettez de vous poser une question ?"

"Bien sûr, Giovanna, dites."

"C'est pour votre... compagnon, le tricot que vous m'avez demandé ?"

Je souris : "Oui..."

"Alors, comme je le ferai pendant que je suis ici, vous me paierez seulement la laine et je vous le fais pour rien !"

"Merci... c'est très gentil, Giovanna."

Enfin, je vais au lit moi aussi. Je me sens épuisé. Il est trop tard maintenant pour appeler Gian ou Daniel pour leur raconter ce qui s'est passé. Dommage, ça m'aurait permis de me décharger un peu. Bah, l'intervention de maman et les mots de Giovanna m'ont fait du bien. Mais maman... qui aurait cru que... une telle énergie... et qu'elle prendrait ma défense...


Lundi 30 - 12 heures 35

J'ai passé une nuit agitée. Ce matin j'ai vite téléphoné à Daniel et je lui ai tout raconté, en détail. Il me dit de ne pas m'en faire... En fait ce n'est pas que je m'en fasse beaucoup... Puis j'ai appelé Gian et je lui ai demandé s'il voulait déjeuner avec moi, alors maintenant je l'attends. Papa est resté dans sa chambre, ce matin, il n'est même pas venu prendre son petit déjeuner... Les petits me regardent, mais ils ne m'ont rien demandé. Il règne une atmosphère étrange à la maison.

Le voila qui sort de son cabinet ! Mon dieu, rien qu'à le voir mon cœur accélère. Gian me sourit et je me sens déjà mieux.

"Salut, Mario..."

Il me suffit d'entendre le son de sa voix pour qu'un sourire apparaisse à mes lèvres.

"Salut..."

Il me fait signe de monter avec lui. On entre dans l'appartement et il me prend tout de suite dans ses bras. Je sens son odeur... et je pense que c'est vraiment comme pour un nouveau né qui reconnaît sa mère avant tout à l'odeur, puis à la chaleur, puis au ton de sa voix. Même si pour moi ça intervient dans un autre ordre et si Gian n'est vraiment pas ma mère... Mais de toute façon, entre ses bras j'ai une sensation de chaleur et de sécurité.

"Viens à la cuisine, et raconte-moi tout pendant que je prépare à manger..."

Quand j'ai fini, il me demande : "Tu veux t'installer tout de suite ici ? Tu sais que pour moi il n'y a aucun problème, au contraire..."

"Non, Gian. Je préfère attendre que Daniel obtienne sa mutation. Ni mon père ni ma mère ne peuvent gérer la maison et les petits, maman parce qu'elle ne va pas bien et papa... parce qu'il en est incapable, ou plutôt qu'il s'en fout."

"Demain matin on va acheter les alliances..."

Avec tout ce qui est arrivé, je n'y pensais plus.

"Tu es sûr ?"

"Bien sûr. Pourquoi ? Pas toi ?"

"Moi... tout ce qui m'intéresse c'est juste que tu m'aimes. Le reste... c'est du bonus."

"Bon, d'accord." Me dit-il en souriant. "Mais je veux aussi le bonus, pour nous. Et puis, tu aurais dû me téléphoner hier soir..."

"Je ne voulais pas te réveiller..."

"Grand couillon ! Tu ne réalises pas que j'aurais préféré être réveillé plutôt que de savoir que tu n'as pas bien dormi ?"

"Bah... c'est fini. Je me sens déjà mieux d'avoir pu m'épancher avec toi et avec mon frère. Bien sûr... si tu ne devais pas retourner au cabinet, tu pourrais faire quelque chose d'autre pour me faire sentir bien..." je lui dis avec un petit sourire pour lui exprimer mon désir.

Il me fait une caresse : "Et tu sais combien je le ferais volontiers. Mais pense bien que d'ici peu tu pourras enfin venir vivre ici, avec moi. Et qu'on pourra enfin passer ensembles les jours et les nuits..."

"Je... je devrai me chercher un travail, de toute façon." Je lui dis.

"Tu n'aimerais pas reprendre tes études ?"

"Non... j'ai complètement arrêté les études depuis trois ans, à présent... je me sens rouillé. Pour l'instant au moins, non. Après... qui sait... on verra."

"Si tu t'orientais vers la psychologie infantile... on pourrait travailler ensemble, tu ne crois pas ?"

"Ben... oui... possible. Ce serait même bien. Mais pour l'instant je préfère me trouver un travail, puis on verra. Tu sais, nous autres hommes au foyer nous tenons à avoir un emploi, pour être indépendants..." je lui dis en plaisantant.

"Mais comment, tu quittes ta maison pour arrêter enfin de faire les travaux domestiques et maintenant..."

"Avec toi, je le ferais plus que volontiers. Il me suffit que tu ne tournes pas comme mon père..."


Mardi 31 - 9 heures 15

On entre dans la bijouterie. Nous y accueille une vendeuse jeune et gracieuse, élégante.

Gian demande : "Vous avez les anneaux Cartier faits de trois ors, blanc, rose et jaune entrelacées ?"

"Oui, monsieur, bien sûr." répond-elle et elle va dans la réserve. Elle revient avec un écrin doublé de velours et elle l'ouvre devant nous en le posant sur le présentoir. "Voila... Vous parliez bien de ceux-ci, n'est-ce pas ?"

"Oui, tout à fait. J'en voudrais deux..."

"Pour vous nous pouvons prendre votre mesure, mais vous avez celle de votre compagne ? Ou au moins une de ses bagues que nous pourrions mesurer ?"

"Non, l'autre est pour mon compagnon... lui." déclare tranquillement Gian.

La vendeuse me lance un bref regard, clairement surprise, mais elle ne perd pas son sourire professionnel. "Si vous voulez bien essayer ces anneaux, voyons si nous en avons à votre mesure... Si nous ne l'avions pas, nous pouvons ajuster la taille, dans certaines limites, ou si vous préférez, en commander un."

Elle nous donne une série d'anneaux en acier rangés comme dans un porte-clés et nous demande d'étendre la main gauche. Elle en choisit un et essaie de le mettre à Gian. Au troisième essai elle trouve la bonne taille et la note sur un papier. Puis elle répète l'opération sur ma main. Le mien est une demie taille plus petit que celui de Gian.

Alors elle vérifie dans l'écrin les étiquettes de plusieurs anneaux et elle en sort deux. Nous les mettons : ils sont parfaits, et beaux. Je regarde ma main, ravi. Nous les rendons à la vendeuse qui les met dans deux écrins rouges, de Cartier. Nous payons, je mets dans ma poche l'anneau de Gian et lui le mien. Nous sortons et nous nous regardons, heureux.

"Quand est-ce qu'on se les échange ?" je lui demande tandis qu'on remonte le trottoir.

"Quand tu veux mais... j'aimerais le faire en présence de nos amis et de nos frères... faire une petite fête..."

"Alors il faut qu'on attende jusqu'à dimanche..."

"C'est trop long ?" il me demande avec un sourire.

"Non... Pourvu qu'on puisse quand même faire l'amour avant dimanche."

"Tu as beaucoup de choses à acheter au supermarché ?" me demande-t-il avec un regard malicieux.

"Non, on pourrait torcher ça en quelques minutes..."

"Alors allons-y, ne perdons pas de temps."

Son impatience me fait plaisir. L'envie me vient de le prendre dans mes bras et de l'embrasser, là, dans la rue. Un garçon et une fille pourraient le faire sans problème... ce n'est pas juste !

Les courses faites, nous montons chez Gian. Je laisse tout dans l'entrée et je le suis dans sa chambre. Nous nous déboutonnons les habits l'un à l'autre, en se touchant, se caressant, s'embrassant et en laissant les habits tomber à terre un à un.

Nus, nos sexes dressés et frémissants, nous nous prenons par les mains, les bras tendus et nous tournons ensemble, nous nous regardons, nous admirons, les pieds presque en contact et le corps penché en arrière, un peu comme dans les jeux d'enfants... Du coin de l'œil je vois la chambre tourner autour de nous... Je me sens détendu, heureux.

"Je te veux !" je lui dis, ému.

On s'arrête et on se tire l'un contre l'autre et on se serre fort, on s'embrasse... et plus rien d'autre n'existe, rien que lui et moi. Je ne sais pas comment, on se retrouve enlacés sur le lit. C'est curieux comme je sens l'urgence de faire "tout" et "tout de suite" avec lui et en même temps de savourer les émotions et les sensations qu'il m'offre.

Nos corps se cherchent sans cesse, pour se réunir plus étroitement, plus intimement, pour se fondre. Je crois que j'ai une chance incroyable d'avoir rencontré Gian et d'être devenu sien comme il est devenu mien, et je me demande ce que j'ai bien pu faire pour mériter une telle chance.

C'est si bon de le regarder et de ne voir rien ni personne d'autre, d'entendre résonner en moi une mystérieuse musique, douce et lente... N'arriver à penser à rien d'autre qu'à lui, qu'à nous, d'être excité par sa bonne odeur d'homme. Me sourire à moi même rien qu'à y penser, être disposé à tout pour lui. S'embarquer avec lui vers "notre" univers...

Je le veux en moi, et je sais que lui aussi me veut en lui... Et on engage un soixante neuf doux et passionné, si bon mais pourtant encore insuffisant. Nous en voulons plus, tous les deux ! Beaucoup plus. Nous nous détachons pour nous regarder et donner du plaisir à nos yeux aussi. Puis, avant qu'il ne le fasse, parce que je sais qu'il y pense, je m'offre à lui et je l'invite, du regard, à me prendre, à s'immerger en moi.

Il sourit, tendre, lumineux et me satisfait. Pendant que je le sens me remplir avec son beau membre, je suis stupéfait de ce qu'il suffit de cette petite partie de notre corps pour stabiliser une union et même une unité totale. Je l'accueille avec gratitude et plaisir. Je le sens commencer à bouger, dans une danse de plaisir, et mon corps réponds, de lui-même, à ses poussées.

Je sais... je le sais que ce n'est pas que l'acte en lui qui est splendide, il n'est en fait que le moyen, le meilleur moyen que nous ayons, pour faire se rencontrer nos âmes, pour faire croître notre amour luxuriant. Il n'y a pas que nos corps qui dansent ensemble, il y a aussi nos âmes et elles ne connaissent pas les limites de la matière.

Je ne sais pas pourquoi, mais une question surgit soudain dans mon esprit : mes propres parents ont-ils connu cette joie ? Je crains... et même je suis sûr que non. Je repousse cette pensée déplaisante, et je m'abandonne de nouveau à l'amour que je fais avec Gian.


20 heures 30

Nous sommes à table, tous les six plus Rosaria qui a fait la cuisine et nous avons presque fini de dîner. Papa mange en silence, le regard rivé sur son assiette. Les petits sentent la tension qu'il y a dans la maison et chuchotent entre eux et lancent de temps en temps un regard vers nous, les adultes, comme s'ils avaient peur.

Laura se lève et va faire ses exercices de piano avec Roberto et Silvia autour. Avec Rosaria je ramène maman à sa chambre et nous la mettons au lit. Pendant ce temps papa est allé au séjour et il a allumé la télé. Rosaria retourne dans la cuisine pour débarrasser et je vais dans ma chambre.

Je me demande ce que fait Gian, s'il pense à moi. Je suis sûr que oui. C'est incroyable, merveilleux même, ce que je me sens attiré par lui, l'accord et l'attachement qui se sont développés entre nous en si peu de temps. Je prends l'écrin avec l'anneau de Gian, je le regarde en souriant, je le caresse et je l'embrasse presque comme si je l'embrassais lui... Je le remets dans l'écrin.

Mon portable ronfle. Je le sors et je regarde... et un large sourire apparaît sur mon visage : c'est lui !

"Je pense à toi. Tu me manques. Gian."

J'écris tout de suite la réponse : "Moi aussi je pensais à toi, quand tu as envoyé le message."

Son nouveau message arrive : "Si tu ne signes pas, je fais comment pour savoir s'il vient de toi ou d'un autre ?"

Je ris : "En fait je t'ai rien envoyé, c'est un autre !"

"Oh... présente-le-moi... Je sais que je peux tomber amoureux !"

"C'est toi qui dois me le présenter, pas moi à toi ! C'est ton amoureux, pas le mien !"

"D'accord. Quand tu viens je te mets devant le miroir. Je t'aime tant. Tu vas te coucher ?"

"Oui, et toi ?"

"Je suis déjà au lit... mais il est si vide, sans toi..."

"Plus pour longtemps, mon amour."

"Bonne nuit et fais de beaux rêves."

"Je t'aime ! À vite."

J'attends un peu, au cas ou il m'en enverrait un autre. Puis j'éteins le portable... Je le rallume tout de suite... Je le mets en charge et je commence à me déshabiller. Je mets mon pyjama et je vais aux toilettes... Quand enfin nous vivrons ensemble je n'aurai plus besoin de mettre de pyjama, nous serons presque toujours nus tous les deux.

Quand je sors des toilettes je me trouve nez à nez avec papa et mon sourire se fige. Il me regarde et va pour entrer, puis il s'arrête et m'appelle.

"Mario..."

"Qu'est-ce qu'il y a ?" je lui demande, tendu.

"On ne peut pas continuer comme ça."

"Dès que Daniel revient ici, je m'en..."

Il m'interrompt : "Même après. Je suis ton père... Tu es mon fils... On ne peut pas... on ne doit pas..."

"C'est toi, papa, qui ne m'acceptes pas..."

Nous parlons à voix basse. Parfois nous nous regardons mais quand nos regards se croisent nous détournons les yeux tous les deux.

"Je sais. Je le sais bien. Ce n'est pas facile. Je..." commence-t-il, et il se tait.

J'attends.

Il reprend : "Je crois que... peut-être... je sais que j'ai... tout raté, dans la vie."

Je sens combien il lui coûté de le dire, et j'ai de la peine pour lui, ou plutôt de la compassion. Je ne sais que dire : après tout je pense qu'il en est vraiment ainsi.

"Tu vois, Mario... je... j'ai toujours pensé que... que mon rôle était d'apporter de l'argent à la maison. Un point c'est tout. Et je l'ai fait."

"Oui, mais..."

"Mais. Justement. Et... entre toi et ta mère... vous m'avez jeté à la figure toutes mes erreurs, ces derniers jours. Je... je ne suis pas content que tu sois... comme tu es..."

"Pédé ? Enculé ?" je lui dis avec un petit ton de défiance.

"Comme tu es. Mais... mais c'est vrai que... que peut-être vous non plus n'avez pas à être contents de comment je suis moi. Mais... mais à mon âge... je ne changerai plus. Et si tu es... comme tu es... je ne crois pas que tu changeras."

"Même si je le voulais, et je ne le veux pas, je ne pourrais pas. Au plus je pourrais passer un masque, mais..."

"Voila, justement. Et alors... on ne pourrait pas... je veux dire..."

Je ne l'ai jamais vu ni senti si incertain, si hésitant.

Il continue : "On ne pourrait pas... se tolérer l'un l'autre, toi et moi ?"

Je le regarde un peu stupéfait. Je comprends que ce qu'il m'offre, si ce n'est pas le rameau de la paix, c'est au moins une trêve, une armistice. Mais... mais je me demande s'il ne cache pas quelque chose derrière cette offre. Je ne sais pas, je n'ai pas confiance. Et je décide de le lui dire.

"Pourquoi ? Pour qui ? Tu penses y gagner quoi ? Tu n'as jamais rien fait sans en attendre un avantage, papa."

Il serre les lèvres. Il regarde un point devant lui, sur le sol, comme s'il y avait là qui sait quoi.

"Oui, bien sûr, un avantage pour moi. Je ne peux pas vivre dans une maison où tout le monde est contre moi. Mais aussi pour les petits qui ne sont pas bien avec cette tension. Et aussi pour vous, qui ne pouvez pas vivre avec un ennemi à la maison... Un ennemi ou... quelqu'un pour qui vous nourrissez tant de rancœur. Et je vais où, je fais quoi, à mon âge ?"

Je dois être naïf... mais je sens qu'il est sincère. Et qu'il doit se sentir terriblement seul. Même si, au fond, il se l'est construite tout seul, sa solitude.

"Tu as raison, papa... si on apprenait à s'accepter entre nous... peut-être qu'on vivrait tous un peu mieux. Bonne nuit, papa."

Il a simplement acquiescé et il est allé dans sa chambre.


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