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histore originale par Andrej Koymasky


LA CORBURE
DU COU
CHAPITRE 14
JE T'ÉPOUSERAI...
ET CE N'EST PAS QU'UNE BELLE CHANSON

Dimanche 5 - 12 heures

Avec Gian nous avons tout préparé pour cet après midi, quand viendront son frère Serse avec Ada, sa femme, son frère Ilario et mon frère Daniel, et que nous échangerons les anneaux devant eux.

Nous avons acheté, et mis au frigidaire, un bon assortiment de pâtisseries fraîches et quelques bouteilles d'un excellent spumante. Maintenant nous décorons le séjour avec quelques bouquets de fleurs et nous avons décidé de couvrir le vieux sofa d'un très beau sari indien en soie, tissé de dessins célestes, blanc et or.

Nous somme tous les deux plutôt excités. Souvent on se regarde et on échange un sourire tendre et radieux. D'accord, cette petite cérémonie n'a aucune valeur légale, mais c'est une façon de nous "engager" devant nos frères.

Gian prend un CD et le met dans le lecteur.

"C'est quoi, ta musique de relaxation ?" je lui demande.

"Non, un cadeau pour toi. Je l'ai trouvé presque par hasard cette semaine et je me suis dit que ce serait parfait pour aujourd'hui..." il me dit avec un chaud sourire.

Peu après, la musique commence. C'est une chanson...

"Marco, je te propose une folie, vraiment
plus folle que cet amour, ce vrai amour.
Ce serait amusant d'observer les expressions
Des amis des parents et des gens.
Marco, viens plus près et donne-moi tes mains
Donne-moi encore ton souffle et tes demains
Donne-moi ta voix et avec moi tu pourras crier
Que l'amour cherche de l'air et qu'il ne peut plus s'arrêter.

Certains diront
Que nous avons toujours envie de plaisanter
Certains diront
"pourquoi ?"

Je t'épouserai et ce sera pour toujours
Inévitablement
Je t'épouserai et en nous aimant
Nous serons libres !

Je t'épouserai et ce sera pour toujours
Sans plus de réserve
Je t'épouserai et en nous aimant
Nous serons libres !

Marco, je veux que la lune montre sa face cachée
Que je désarme la duperie de tous les bien-pensants
Je veux raconter à tous quelle est notre histoire
Parce que je crois en toi et je suis prêt à toute chose !

Certains diront
Que nous sommes possédés par le démon
Certains diront
"pourquoi ?"

Je t'épouserai et ce sera pour toujours..."

"C'est beau..." je murmure, pendant que lui me serre dans ses bras, par derrière, me lovant presque contre lui. "Je n'avais jamais entendu. Ça parle de deux hommes, hein ?"

"Oui, ça s'appelle 'Je t'épouserai" et c'est sorti il y a un peu plus d'un an." dit-il en me tendant la pochette du CD. "C'est Dario Gay qui l'a écrite pour son copain, Marco..."

"C'est un pseudonyme, Dario Gay ?"

"Non, son nom est vraiment Gay, mais ça se prononce 'gahi', ça vient du Piémont. Dommage qu'elle soit dédiée à Marco et pas à Mario, mais elle dit presque exactement ce que moi je t'aurais dit..."

"Que dirais-tu si on la faisait passer pendant qu'on échange les anneaux ?" je lui demande.

"Et pourquoi pas ?"

Il semble que tout soit en ordre, simple mais agréable. Les écrins avec nos anneaux sont sur la table basse en verre, entourés d'une guirlande de fleurs des champs.

Nous allons à la cuisine nous faire un casse-croûte. C'est une belle journée et je me dis que le soleil aussi vient pour la fête...

Puis, après avoir vérifié que tout était en ordre, nous allons dans la chambre nous changer. Pour l'occasion on s'est acheté deux complets identiques : pantalon, gilet et veste bleu aviation, mais plus sombre, chemise de soie gris perle avec boutons de manchette identiques, nœud papillon blanc, chaussures noires.

On retire nos habits et on reste juste en slip et maillot, et j'allais commencer à mettre les nouveaux habits quand Gian vient dans mon dos, me tire entre ses bras et m'embrasse sur le cou. Je sens qu'il lui vient une érection qui commence à pousser contre moi...

"Oh, Gian..." je soupire et je m'abandonne à sa forte étreinte.

"Tu es heureux, mon amour ?" il me demande en glissant sa main sous mon maillot et en me caressant la poitrine et le ventre.

"Plus, je ne pourrais pas... Mais... Si tu me fais ça..."

"On a le temps, non ?" il chuchote en commençant à me titiller les tétons et à me mordiller l'oreille.

Je suis incroyablement excité. Je me retourne entre ses bras et je le serre contre moi. On s'embrasse à fond, avec un plaisir et une passion croissants.

"On a le temps, non ?" il murmure de nouveau en m'enlevant mon maillot.

Je me perds dans son regard lumineux et je fais oui. On s'enlève les derniers vêtements. Le lit nous accueille et on commence à faire l'amour, avec une douceur indescriptible. Peu après il s'offre à moi et je le prends. Puis je m'offre à lui et je l'accueille en moi... Je ne sais pas si c'est parce que c'est un jour spécial, mais mon Gian, et faire l'amour avec lui, me paraissent encore plus beau que d'habitude.

Quand on se relâche, momentanément apaisés, en se caressant et en se donnant de tendres baisers, je jette un coup d'œil au réveil : nous avons peu de temps avant que n'arrivent nos frères. Nous allons prendre une douche rapide, nous nous habillons et nous allons au séjour où nous nous passons une fleur à la boutonnière. Nous nous regardons satisfaits...


17 heures

Nous venons d'échanger les anneaux et maintenant nous servons des gâteaux et du spumante à Serse et Ada, Daniel et Ilario.

C'est la première fois que je vois Serse et se femme : c'est un couple sympathique. Après l'échange des anneaux, Ada nous a embrassés tous les deux, et nos frères nous ont serré la main...

"... et tu l'as expliqué à tes enfants ?" demande Ada à Daniel.

"Oui. Je leur ai expliqué que Gian et Mario s'aiment bien, au point que mon frère viendra habiter ici avec son copain."

"Et comment ils l'ont pris ?"

"Et bien... je dirais bien. Lauretta, mon aînée, aurait voulu venir ici aujourd'hui... Mais ils sont petits, j'ai pensé que ce ne serait pas opportun. J'ai aussi dû leur expliquer que, malheureusement, ils ne devaient pas en parler aux autres, et ils l'ont compris."

"Oui, c'est vraiment dommage," dit Ilario. "c'est une vrai injustice. J'espère qu'eux au moins, en grandissant, ils contribueront à rendre notre société plus juste et plus ouverte."

Daniel continue : "Roberto, le second, m'a demandé si alors ça va aussi si on est gay..."

"Il n'a pas dit pédé ?" je lui demande avec un petit sourire, en l'interrompant.

Daniel sourit et fait oui : "Si, il a bien dit pédé et alors je l'ai corrigé. Donc, je disais, je lui ai expliqué que deux personnes peuvent s'aimer et être heureux ensemble que ce soient deux hommes, ou deux femmes, ou un homme et une femme... Evidemment il m'a demandé alors pourquoi à l'école ils font toutes ces blagues méchantes sur les gays... Alors je lui ai expliqué ce qu'est le préjugé, le racisme, la discrimination... Je ne sais pas combien il en a compris, mais je crois qu'il est important qu'un père tienne ce genre de discours à ses enfants."

"Mais à propos de père et fils, dis-moi," je demande alors à Daniel, "est-ce que tu en as aussi parlé à Papa ?'

"Après ce que tu m'as raconté de ce que vous vous êtes dit, il y a quelques jours, j'ai attendu qu'il en parle lui..."

"Il ne l'a pas fait ?"

"À sa façon... si. Ce matin, quand j'ai dit que je venais te voir... mais sans évoquer la cérémonie... il m'a dit de ne pas m'en faire, qu'il sortirait lui emmener les petits au parc. Il doit avoir vu mon air stupéfait... Alors il m'a dit que, après avoir eu une 'discussion' avec toi, il s'est rendu compte qu'il devait lui aussi donner un coup de main à la maison..."

"Mais il ne t'a rien dit de l'espèce d'armistice qu'on a convenue ?" j'insiste.

"Qu'est-ce que tu vas imaginer ! Tu sais comment il est, je crois que ça lui a déjà assez coûté de devoir capituler face à toi. De toute façon, j'ai l'impression que papa essaie de changer d'attitude."

"Nos parents, malheureusement, je crois qu'ils ne comprendraient jamais..." dit alors Serse.

Gian confirme : "Peut-être qu'ils n'en feraient pas une tragédie, mais... mais je ne leur assignerais ce coup pour rien au monde. Bien que, comme je suis l'aîné, ni marié ni fiancé, et n'ayant jamais parlé de filles avec eux, ça m'étonnerait qu'ils n'aient pas deviné quelque chose. Mais même s'il en est ainsi, je crois qu'ils préfèrent adopter la politique de l'autruche."

Ada sourit : "Moi j'ai dit à mes parents que je venais ici pour la cérémonie d'échange des anneaux entre mon beau-frère et son copain..."

"Ah, tu ne me l'avais pas dit..." lui dit Serse. "Et ils ont réagi comment ?"

"Mieux que je ne m'y attendais. Ils ont dit : quand et-ce qu'en Italie aussi il y aura un PACS ? Il serait temps, s'il est vrai qu'on est un pays civilisé."

"Ben, c'est des gens bien, tes parents... c'est pas par hasard qu'ils ont fait une fille comme toi !" lui dit Serse galant et, l'attrapant par la taille, il la tire contre lui et l'embrasse.

Alors Gian aussi m'attire contre lui et me donne un baiser... Et c'est vraiment bon de pouvoir le faire devant les autres... même si c'est la deuxième fois - la première c'était à la discothèque. Mais là il n'y avait que des étrangers, des gens qui ne savaient rien de nous. Maintenant c'est différent, c'est encore mieux...

On reste encore un peu ensemble, à bavarder de nombreux sujets, puis ils s'en vont et nous laissent seuls. Plus tard il faudra que j'emmène Daniel à l'aéroport, alors je lui dis que je rentre à la maison pour le dîner. J'aide Gian à tout remettre en place. Puis on se change de nouveau...


20 heures

Nous sommes tous à table. L'atmosphère n'est plus tendue comme ces derniers jours, d'ailleurs les trois petits n'arrêtent pas de parler. Papa est toujours taciturne, mais clairement il suit, et avec l'ébauche d'un sourire, la bavardage des petits.

Jusqu'à ce que soudain, Silvia me dit : "Mais Tonton, quand papa reviendra habiter ici avec nous, toi tu va aller vivre avec mon docteur et tu ne viendras plus à notre maison ?"

Avant que Daniel ou moi réagissions, c'est papa qui répond.

"Mais bien sûr que si qu'il viendra te voir, Silvietta. Ton oncle vous aime bien, comme nous tous."

Daniel et moi échangeons un regard.

"Mais alors, s'il nous aime bien, pourquoi il s'en va de la maison ?" insiste Silvia.

"Parce que comme ça... il laisse sa chambre à ton papa, non ?" lui répond papa.

"Mais papa... il pourrait pas dormir avec Roberto comme il fait quand il vient ? Comme ça tonton Mario resterait avec nous." insiste la petite peste.

Cette fois c'est à maman d'intervenir : "Quand vous serez grands, vous voudrez aussi partir de la maison, Silvia. Vous trouverez une personne qui vous aime bien et vous irez vivre ensemble..."

Bien, il semble vraiment qu'à la maison tous aient finalement accepté ma sexualité et mon choix d'aller vivre avec Gian. C'est peut-être une impression due à tout le bonheur que je ressens, mais il me semble aussi que maman se lamente moins que d'habitude de ses maux.


21 heures

Sur la route de l'aéroport.

"Tu as aussi l'impression que maman se lamente moins que d'habitude ?" je demande à Daniel.

"Oui... je crois aussi. Peut-être bien grâce à cet éclat qu'elle a eu avec papa, elle a enfin pu vider son sac... Je ne me doutais pas que papa... trompait maman."

"Tu n'as jamais trompé Giulia ?"

"Non, jamais. Maintenant... c'est différent. Parfois... des aventures... Mais rien de sérieux."

"D'après moi, tu devrais te remarier."

"Ça peut se faire. Je ne sais pas. Si... si ça doit arriver... pourquoi pas ? Tu sais que vous étiez vraiment beaux et mignons, toi et Gian, aujourd'hui ?"

Je souris : "Peut-être parce qu'on est si heureux..."

"Et j'ai aimé la chanson que vous avez passée pendant l'échange des anneaux. Je ne l'avais jamais entendue."

"Moi non plus. Gian me l'a offerte aujourd'hui."

"On ne vous a même pas fait de cadeaux."

"Mais si, de venir partager notre échange d'anneaux."

"J'espère que vous serez toujours heureux."

"On fera de notre mieux." Je lui dis.

Il fait oui et il sourit.


Mercredi 8 - 18 heures 25

Je joue avec Roberto, étendus sur le tapis du séjour, quand mon portable sonne. Je fais signe à mon neveux d'attendre, je m'assied et j'ouvre mon téléphone.

"Mario ? C'est Daniel."

"Salut. Ça va ?"

"Bien. Je sors juste du bureau. Ils viennent de m'annoncer qu'ils me mutent dans deux semaines..."

Je lance un "Yahou !" de joie.

Daniel rit. Il continue. "Alors j'ai demandé une semaine de congés pour fermer ma maison et expédier mes affaires par courrier international... J'arrive jeudi 16, à l'heure habituelle, tu viens me prendre à l'aéroport ?"

"Oui, bien sûr." Roberto me regarde l'air interrogateur. "Tu veux... en parler à quelqu'un d'autre ?"

"Ils sont à la maison tous les trois ?"

"Oui, et Roberto est en face de moi."

"Passe-le-moi."

Je donne le téléphone à mon neveu en lui disant que c'est son père.

"Papa !" crie Roberto excité.

"..."

"Et tu seras toujours là ? Avec nous ?" il demande avec une expression radieuse.

"..."

Le cri de Roberto a bien vite attiré Laura et Silvia qui arrivent au pas de course, en se poussant pour arriver la première, et Silvia essaie d'arracher le portable à son frère, au point que je dois m'interposer pour l'éviter.

"Attends un moment, Silvia..." je lui dis.

"Je veux parler à papinou !" elle hurle.

"Oui, mais dans un moment, non ?"

Roberto fait oui de la tête plusieurs fois, puis se tourne vers Laura : "Papa veut te parler." Et il lui tend le téléphone.

Mais Silvia est plus rapide, elle intercepte le portable et hurle dedans : "Papinooouuu !"

"..."

"Non, je suis ta Silvietta !"

"..."

"Et c'est long comment, une semaine ? Et pourquoi tu viens pas pour le week-end ?"

"..."

"Et après tu ne t'en iras plus ? Tu seras toujours avec nous ?"

Laura écarquille les yeux et fait un sourire heureux, et elle essaie d'arracher le téléphone des mains de Silvia.

Roberto se jette dans mes bras, me serre et me pose un petit baiser sur le nez, puis il me regarde et il dit : "Papa revient vivre avec nous et il ne repartira plus !"

Laura a le dessus sur Silvia, qui essaie de reprendre le téléphone, sans succès.

"Enfin tu reviens, papa..." dit Laura.

"..."

"Bien sûr qu'on a été bien avec tonton Mario mais toi... c'est toi !"

"..."

Je me dis que Gian a été capable non seulement de me faire tomber amoureux de lui, mais aussi, indirectement, de me donner la force d'arranger les problèmes de ma famille. Je savais que les trois petits sentaient le manque de leur père, mais leur enthousiasme à la nouvelle de son retour définitif m'a fait comprendre la profondeur du manque qu'ils ressentaient.

Laura me repasse le téléphone et Silvia, de nouveau, l'intercepte et s'en empare.

"Papinou ! Mon Papinou !" elle crie.

"..."

"Oui, d'accord, mais d'abord je voulais t'envoyer plein de bisous..."

"..."

"Oui, papinou."

Elle me passe enfin le portable.

"Toujours tyrannique, Silvia..." me dit Daniel, "Écoute, Mario, je voulais te dire un truc, maintenant que je suis sûr de rentrer..."

"Oui ?"

"Tu te souviens quand je t'ai dit que tu me faisais chanter ?"

"Bien sûr."

"Et bien... merci de l'avoir fait, Mario. Merci, parce que... je risquais de devenir comme papa... de ne penser qu'à moi."

"Au fond... mon ultimatum aussi venait du fait que je ne pensais qu'à moi..." je lui dis.

"Et tu en avais et tu en as tout le droit, Mario."

"Alors pas de regret... sur le pas que tu fais ?"

"Non, au contraire. Ça me permet de rendre heureuses quatre personnes... sans compter papa et surtout maman."

"Ça pourrait être lourd, pour toi, de renoncer à la liberté que tu as là-bas..." je lui dis.

"Bien moins qu'à toi, Mario, puisque maintenant on a les Torrisi. Je voulais juste te dire que je te suis reconnaissant et que... je t'aime bien."

"Voila, ces derniers mots, tu dois te souvenir de les dire plus souvent, contrairement à... à tu sais qui."

"Papa, n'est-ce pas ?"

"Exact."

"Oui, tu as raison. Et peut-être... qu'on devrait les lui dire à lui aussi, ces mots, tu crois pas ?"

Je réfléchis un instant, puis je confirme : "Oui... Même si je crois que... au moins la première fois, il se demandera si on est vraiment devenus fous !"

"Il est là, papa ?"

"Non, je crois qu'il est dans sa chambre."

"Bien, je l'appellerai plus tard. Laisse-moi être le premier à lui dire que je l'aime bien, s'il te plait."

"Comme tu veux... je le lui dirai demain." je réponds en souriant. "Je crois qu'il vaut mieux y aller... à petites doses."

Il rigole. On se dit au revoir, mais il faut encore que je passe le téléphone aux trois monstres qui veulent faire un bisou à leur papa.


23 heures

De ma chambre, j'appelle Gian avec le portable.

"Salut, amour !" lance-t-il dès qu'il décroche.

"Et si ce n'était pas moi ?" je lui demande en plaisantant.

"J'ai vu le numéro appelant..."

"Samedi 18, tu sais ce qui se passe ?"

"Samedi 18 ? Non..."

"Devine..."

"Tu as un projet particulier ?"

"Je dirais que oui, vraiment... si tu n'as pas changé d'avis."

"Changé d'avis ? Non... tu sais bien que je garde tous mes week-ends libres pour nous."

Je note qu'il a dit "pour nous" et pas "pour toi" et ça me fait plaisir. Non que ça change grand chose, au fond, mais qu'il pense "nous" et pas "toi et moi", ça me fait vraiment plaisir.

"Mais cette fois... je viens samedi et... et je reste pour toujours chez toi."

"Yahou ! Enfin ! Fantastique ! Alors... Daniel a eu sa mutation ?"

"Oui, et il arrive le 16. Deux jours pour ne pas... fuir tout de suite, et puis..."

"Tu l'as su quand ?"

"Il y a près de quatre heures..."

"Et tu as attendu si longtemps pour me le dire !" il me reproche mais sur un ton gentil.

"Je ne pouvais pas te déranger à ton cabinet... et puis, tu sais, avec tous ces mouvements dans la maison... En tout cas, un peu avant, un peu après, c'est pareil pour toi, non ?"

"Mais non ! Tu m'as volé quatre heures de bonheur !" il me dit.

Je souris. "Tu es vraiment heureux que je vienne vivre avec toi ?"

"Pour l'instant oui. Après... on verra..." dit-il pour me chercher.

"Je t'aime, Gian... je t'aime tellement..."

"Je voudrais que tu sois là pour te le dire moi aussi, mais je surenchérirais avec tout mon corps..." il murmure.

"Je... quand même... je sors maintenant et je viens chez toi..."

"Vraiment ? Tu peux ?"

"Oui, Marilena est là et à minuit Giovanna vient la remplacer... Tu veux de moi ?"

"Tu me le demandes ?"

"J'arrive !"

J'enfile mon manteau. Papa sort de la chambre de maman : il lui a apporté les derniers médicaments de la journée.

"Tu sors ?" il me demande, étonné de me voir en manteau et avec un petit sac à dos en main.

"Oui... et je passe la nuit dehors..." je lui dis.

"Ah." dit-il et il me semble que son visage s'obscurcit. Puis il me regarde et il me dit : "Tu vas... chez lui ?"

"Oui."

"Bien. Ne t'en fais pas, ça va bien..." et quand il dit ça son expression s'adoucit un peu.

Et bien que j'ai dit à Daniel que je le laisserais le lui dire le premier, je lui chuchote : "Je t'aime bien, papa..."

Il fait oui de la tête. Il pince les lèvres. Il détourne le regard. Puis il me regarde de nouveau et il murmure simplement : "Oui..."


F I N


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16eEtagère

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